Guide d'étude gratuit

Notes de cours Competent Crew

Un texte pédagogique complet pour l'équipier débutant, avec les standards des stages RYA et des renvois. Lisez-le avant votre stage pour arriver en confiance, ou après pour consolider vos acquis.

RYA Competent Crew — Manuel de cours

Un texte pédagogique complet pour l'équipier de yacht débutant


Durée du cours : 5 jours (ou l'équivalent en week-ends) Prérequis : aucun — adapté aux débutants complets Âge minimum : 12 ans (moins de 18 ans : accord du parent ou du tuteur) Ratio élèves / instructeur : maximum 5:1, minimum 3:1 Résultat : certificat RYA Competent Crew

Ce manuel est écrit comme un instructeur vous parlerait à bord : explications complètes, exemples concrets, démonstrations pas à pas, et le genre de conseils pratiques durement acquis qui ne tiennent jamais sur une fiche de programme. Il suppose que vous n'avez jamais navigué, ou que vous avez navigué un peu et voulez comprendre pourquoi les choses se font comme elles se font. Chaque thème du programme RYA Competent Crew est traité ici sous forme de récit. Lisez-le avant votre stage si vous voulez arriver avec confiance ; lisez-le après si vous voulez consolider ce que vos mains ont appris pendant que votre tête était occupée à s'accrocher.

Un mot sur l'usage de ce livre. La navigation est une compétence physique autant qu'intellectuelle. Lire sur un nœud de chaise n'apprendra pas à vos doigts à le faire — mais le lire d'abord signifie que, lorsque votre instructeur le démontre, votre cerveau a déjà une place où ranger l'information, et vous apprendrez en deux heures ce qui prendrait peut-être deux jours. Partout où vous voyez une démonstration, imaginez-vous en train de la réaliser. Partout où vous voyez une erreur courante, imaginez-vous la commettre puis la corriger. La mer ne récompense pas la seule connaissance théorique, mais elle punit sévèrement l'ignorance.


Table des matières

  1. Termes marins et parties d'un bateau
  2. Cordages, nœuds et épissures
  3. Manœuvre des voiles
  4. Barre et savoir-faire à la conduite
  5. Équipement individuel de sécurité et gilets de sauvetage
  6. Procédures d'homme à la mer
  7. Précautions contre l'incendie et lutte contre l'incendie
  8. Équipement de secours : fusées, radeau, abandon du navire
  9. Vie à bord : cuisine, toilettes et routine quotidienne
  10. Manœuvre des winchs
  11. Défenses et amarres de quai
  12. Mouillage, amarrage et accostage
  13. Tenue de quart et tâches de veille
  14. Barre et travail au compas
  15. Bases de la navigation
  16. Bases de la météo et de la météorologie
  17. Communication à bord et VHF
  18. RIPAM : règles de route
  19. Manœuvre du canot
  20. Savoir-vivre, usages et sensibilisation à l'environnement
  21. Gestion du mal de mer
  22. Bases des premiers secours
  23. Tâches générales sur le pont et sous le pont
  24. Questions d'entraînement et auto-évaluation
  25. Où aller ensuite : notes de renvoi

1. Termes marins et parties d'un bateau

Avant de pouvoir faire quoi que ce soit d'utile sur un yacht, il faut comprendre ce qu'on vous demande de faire. La première exigence, la plus fondamentale, du stage Competent Crew est une connaissance pratique de la terminologie nautique, car chaque ordre donné à bord — « bordez le foc », « attention à la bôme », « allez à l'avant vérifier l'ancre » — est construit à partir de ces mots. Un équipier qui ne fait pas la différence entre l'avant et l'arrière, ou entre bâbord et tribord, n'est pas seulement inutile : il est un danger, car les instructions qui lui sont adressées seront mal interprétées précisément au moment où un malentendu coûte le plus cher.

1.1 Les directions à bord

Toutes les directions à bord se décrivent par rapport au bateau lui-même, jamais par rapport à vous. C'est la convention la plus importante du savoir-faire marin, et elle existe parce que les gens se tournent dans des directions différentes à des moments différents. Si le barreur dit « allez à gauche » et que vous êtes tourné vers l'arrière alors qu'il est tourné vers l'avant, vous irez dans des sens opposés. S'il dit « allez à bâbord », tout le monde va dans la même direction, quel que soit le sens dans lequel chacun est tourné.

L'étrave est l'avant du bateau et l'arrière est sa partie arrière. Ces deux mots servent de repères à tout le reste. Bâbord est le côté gauche lorsqu'on est debout sur le pont face à l'étrave, et tribord le côté droit dans la même position. De nuit, bâbord se repère au feu de navigation rouge et tribord au feu vert — une convention si ancienne qu'elle précède les moteurs, née à l'époque où l'aviron de tribord d'un voilier était l'aviron de barre et devait rester dégagé du quai, ce qui explique aussi pourquoi le côté droit est devenu « tribord » (steer-board, côté de la barre) et le côté gauche, où l'on amarrait les bateaux, « bâbord ». Apprenez les feux dès maintenant : rouge à gauche, vert à droite, et la formule « le porto est rouge » vous servira toute votre vie de navigateur.

Vers l'avant (ou à l'avant) signifie en direction de l'étrave ; vers l'arrière (ou en arrière) signifie en direction de la poupe. Notez que « en arrière » a aussi un second sens lorsqu'il s'agit d'un mouvement : quelque chose « par le travers arrière » est une direction, mais un bateau « qui marche en arrière » recule. Au milieu du bateau (amidships) désigne le centre du bateau — une consigne utile quand le barreur veut que vous vous placiez là où le bateau bouge le moins. Au vent est le côté d'où vient le vent, le côté contre le vent, celui où l'on se tiendrait pour cracher et voir le crachat s'éloigner du bateau. Sous le vent (leeward) se prononce « lou-ard » : c'est le côté vers lequel souffle le vent, le côté aval, le côté abrité où l'ombre de vent du bateau facilite le travail. Au vent et sous le vent ne sont pas des côtés fixes du bateau ; ils changent à chaque virement de bord, et c'est justement pour cela qu'ils ont leurs propres mots au lieu de s'appeler gauche et droite. Par le travers signifie perpendiculaire à l'axe du bateau — « un navire à deux milles par le travers bâbord ». En haut signifie dans le gréement, et en bas signifie dans la cabine.

Un exercice pratique : asseyez-vous dans le cockpit, fermez les yeux, et faites-vous donner des directions — « avant », « sous le vent », « au milieu », « arrière » — en pointant du doigt. Recommencez jusqu'à ce que les mots court-circuitent entièrement votre pensée consciente. Sous pression, sur un pont sombre, dans un grain, vous n'aurez pas le temps de traduire.

1.2 Vocabulaire de la coque et du pont

La coque est le corps principal du navire, la partie qui flotte. Le long de sa partie basse court la quille, un mot qui a deux sens liés et qui déroute souvent les débutants. Structurellement, la quille est l'épine dorsale du bateau, la lourde poutre qui court d'avant en arrière le long du fond. Sur un yacht de croisière moderne, l'aileron visible sous le bateau s'appelle aussi quille, et il est lesté de plomb ou de fer pour empêcher le bateau de se coucher quand le vent gonfle les voiles. Plus la quille est profonde, plus elle donne de moment de redressement et plus le bateau remonte au près — mais plus il lui faut d'eau. Le tirant d'eau est la distance entre la ligne de flottaison et le point le plus bas de la quille : la profondeur minimale d'eau dans laquelle le bateau peut flotter. Connaissez toujours votre tirant d'eau ; c'est le chiffre qui décide si vous pouvez entrer dans un mouillage donné à marée basse.

Le pont est le plancher extérieur du bateau. Au-dessus, généralement à l'avant du cockpit, se trouve le rouf, la structure surélevée qui abrite la cabine en dessous et donne de la hauteur sous barrots. Le cockpit est la zone en retrait, généralement à l'arrière, où l'équipage s'assoit pour barrer et manœuvrer les voiles : c'est la passerelle du bateau, son salon en mer, et sur un yacht bien conçu c'est aussi un puits profond et autovideur qui vous protège d'être emporté par-dessus bord.

La direction se fait à la barre franche sur les petits yachts — un levier fixé à la mèche du gouvernail que l'on pousse et tire — ou à la barre à roue sur les plus grands, reliée par câbles ou par vérins hydrauliques au gouvernail, la pale plate sous l'arrière qui dirige réellement le bateau. Les deux se ressentent très différemment, nous y reviendrons dans la partie consacrée au barrage, mais la physique sous-jacente est identique : le gouvernail dévie l'eau, et le bateau réagit.

Le plat-bord (prononcé « gunnel ») est le bord supérieur de la coque là où elle rencontre le pont. Un pavois est un prolongement plein de la coque au-dessus du niveau du pont, un véritable mur face à la mer, courant sur les bateaux plus grands ou plus anciens. Beaucoup de yachts modernes ont plutôt une filière de pont, une lisse basse ajourée qui court tout autour du bord du pont et contre laquelle on peut caler les orteils de ses bottes lorsque le bateau gîte : apprenez à vous en servir, car c'est en calant vos pieds que vous restez à bord.

À l'avant se trouve le balcon avant, un cadre de garde-corps métallique, et à son pendant, le balcon arrière, à l'arrière. Entre les deux courent des épontilles, des montants métalliques verticaux, qui portent des garde-corps ou des filières, les câbles conçus pour vous empêcher de passer par-dessus bord. Respectez les filières sans leur faire une confiance aveugle : elles sont conçues pour empêcher une personne de tomber, à vitesse de marche humaine, dans des conditions normales. Elles ne sont pas conçues pour supporter le poids de tout l'équipage d'un bateau lors d'un chavirage, et une sangle passée sous les aisselles ne sauvera pas quelqu'un qui a été projeté par-dessus elles. La surface verticale plane qui forme l'arrière est le tableau arrière : sur de nombreux yachts modernes, il est large et en gradins, et sert aussi de plateforme de baignade.

Le franc-bord est la distance entre la ligne de flottaison et le bord du pont : la hauteur de bateau qui dépasse de l'eau. Un franc-bord élevé donne un bateau plus sec et plus confortable, mais il capte davantage le vent, un point qui compte plus qu'on ne le croit lorsqu'on tente de tenir sa place contre une brise dans une marina. La ligne de flottaison est la ligne de la coque où se situe l'eau lorsque le bateau est chargé normalement ; c'est le point de référence pour tout, du tirant d'eau à la vitesse de coque.

1.3 Vocabulaire du gréement

Le gréement est tout ce qui — câbles, cordages et quincaillerie — soutient le mât et commande les voiles, et il se divise nettement en deux familles qu'il faut bien distinguer : le gréement dormant, fixe et qui maintient le mât debout, et le gréement courant, qui bouge et commande les voiles.

Le mât est le principal espar vertical. La bôme est l'espar horizontal fixé au mât par le col de cygne, une rotule qui lui permet de pivoter vers le haut, le bas et sur les côtés, et elle soutient le bas de la grand-voile. Pour maintenir le mât, il y a les câbles du gréement dormant : la draille (ou bastaque avant) va du sommet du mât à l'étrave et empêche le mât de tomber vers l'arrière ; le pataras va du haut du mât à l'arrière et empêche qu'il tombe vers l'avant ; et les haubans vont du mât aux côtés du bateau et empêchent qu'il tombe sur le côté. Les haubans de tête vont en haut du mât ; les haubans inférieurs ou intermédiaires se fixent plus bas. Les barres de flèche sont les tirants horizontaux qui partent du mât et écartent les haubans, augmentant l'angle sous lequel ils soutiennent le mât et donc leur bras de levier : un hauban tendu sous un angle faible travaille beaucoup moins qu'un hauban tendu sous un angle large, et c'est pourquoi les barres de flèche existent. Les câbles aboutissent aux chaînes de haubans, des plaques métalliques boulonnées à travers la coque, et leur tension se règle par des tendeurs (vis de gréement) à leur base. Ne touchez jamais aux tendeurs vous-même ; le réglage du gréement relève du skipper ou du gréeur, mais vous devez savoir ce qu'ils sont.

Le gréement courant est la partie que vous manipulerez réellement tous les jours. Une drisse hisse une voile — il y a la drisse de grand-voile, la drisse de foc, la drisse de spinnaker — et le mot vient de l'ancien anglais « to haul », tirer. Une écoute commande l'angle d'une voile par rapport au vent ; l'écoute de grand-voile commande la grand-voile, les écoutes de foc commandent le foc. Ne confondez pas drisses et écoutes : la drisse tire vers le haut et se règle une fois à chaque hissage ; l'écoute tire latéralement et se règle constamment. Le hale-bas de bôme va de la bôme au pied du mât et empêche la bôme de se lever, ce qui empêche à son tour la bordure arrière de la grand-voile de s'ouvrir par torsion. Le hale-bas de guindant (cunningham) tire vers le bas le guindant de la grand-voile ; le hale-bas de bordure tire le point d'écoute le long de la bôme pour tendre le pied ; les garcettes de ris réduisent la surface de voile ; la balancine soutient la bôme lorsque la voile est baissée ; la drisse d'enrouleur enroule un foc autour de l'étai ; et le rail de chariot (traveller) est un rail transversal sur lequel coulisse un chariot auquel se fixe la poulie d'écoute de grand-voile, vous permettant de déplacer le point d'écoute latéralement sans changer la longueur de l'écoute.

Il y a ensuite la quincaillerie. Un chaumard est tout guide — anneau ou poulie — qui dirige un cordage là où vous le voulez et l'empêche de frotter. Un taquet est la ferrure à deux cornes autour de laquelle on enroule un cordage pour le fixer. Un coinceur (bloqueur) serre un cordage sous charge pour que vous puissiez lâcher une drisse sans qu'elle remonte le long du mât ; on ouvre le levier pour le libérer. Une poulie est une moufle simple ; une manille est un maillon métallique en forme de U avec un axe à vis ou un axe à désaccouplement rapide (une manille à ressort) servant à relier des éléments. Un winch est le tambour mécanique qui démultiplie votre force de traction, et il mérite un chapitre à lui seul, qu'il recevra plus loin dans ce manuel.

1.4 Vocabulaire des voiles

La grand-voile est la grande voile triangulaire établie à l'arrière du mât, fixée le long de son bord d'attaque au mât et le long de sa bordure à la bôme. À l'avant du mât, sur l'étai, se trouve le foc ou le génois ; s'il est assez grand pour chevaucher le mât, on l'appelle génois. Le spinnaker est le grand ballon léger utilisé pour naviguer vent arrière par petit temps.

Chaque voile a trois bords et trois coins, et leurs noms sont constants pour toutes les voiles de tous les bateaux. Le guindant est le bord d'attaque — le bord avant, celui qui est le plus proche du vent — et c'est aussi un verbe : une voile qui « faseye » bat, parce qu'elle a été trop serrée contre le vent. La bordure (leech) est le bord de fuite, et la chute est le bord inférieur. Les coins sont la tête (en haut), le point d'amure (coin inférieur avant, qui partage aussi son nom avec la manœuvre consistant à faire passer l'étrave dans le lit du vent), et le point d'écoute (coin inférieur arrière, où s'attache l'écoute). Lorsqu'un instructeur dit « le guindant faséye », vous savez maintenant exactement quel bord regarder et quel est le problème.

Deux éléments de plus. Les bastaques sont des lattes souples glissées dans des fourreaux le long de la bordure arrière qui soutiennent la forme de la voile et l'empêchent de claquer. Les penons sont de courts morceaux de fil ou de ruban fixés à la voile qui vous montrent le flux d'air qui la traverse — ce sont les instruments propres de la voile, et apprendre à les lire est l'une des compétences les plus précieuses que vous acquerrez. Les œillets de ris sont les petits œillets et attaches le long de la voile servant à ferler la toile excédentaire lorsque vous prenez un ris.

1.5 Mesures et unités

La navigation a ses propres unités, plus anciennes et plus logiques qu'elles n'y paraissent. Un nœud est un mille nautique par heure. Un mille nautique est une minute de latitude — environ 1 852 mètres — ce qui le rend naturellement utile en navigation, car sur une carte, une minute de latitude équivaut à un mille nautique, et vous pouvez mesurer des distances avec votre compas à pointes sèches sans aucun calcul. Une brasse vaut six pieds, unité traditionnelle de profondeur, car elle correspond à peu près à l'envergure des bras d'un marin tendus lorsqu'il tient une ligne de sonde — bien que les sondeurs modernes affichent en mètres. Un câble vaut un dixième de mille nautique, soit environ 185 mètres, à peu près la longueur de la chaîne d'ancre d'un navire.

Parmi les mesures du bateau lui-même, le LHT (longueur hors tout) est la longueur totale de l'étrave à l'arrière ; la LFL (longueur à la flottaison) est la longueur de la coque à la ligne de flottaison, qui est le chiffre qui détermine réellement la vitesse maximale théorique d'une coque à déplacement ; et le maître-bau est la largeur maximale. Lorsque quelqu'un vous dit que le bateau fait 35 pieds, demandez « LHT ou longueur à la flottaison ? » — c'est le genre de question qui vous distingue comme quelqu'un qui fait attention.


2. Cordages, nœuds et épissures

Si une compétence distingue un membre d'équipage utile d'un passager, c'est l'aisance avec les cordages. Le cordage sur un yacht n'est pas une compétence décorative ; il porte des charges, touche à la sécurité et il est constant. Vous ferez des nœuds pour amarrer le bateau la nuit, pour fixer les voiles, pour suspendre les défenses, pour remorquer et — si le pire arrive — pour sauver quelqu'un. Le programme attend de vous que vous maniiez les cordages, notamment en les tournant, en les rangeant, en les amarrant aux taquets et aux bollards, en manœuvrant les aussières, et que vous fassiez correctement et rapidement une liste précise de nœuds, souvent pendant que le bateau bouge et que quelqu'un vous parle.

2.1 Construction et matériaux des cordages

Avant les nœuds, un mot sur ce dans quoi vous les faites, car le cordage dans votre main détermine quel nœud se comporte bien et lequel déçoit.

Le cordage commis à trois torons est le cordage traditionnel : trois torons torsadés ensemble. Il est facile à épisser, bon marché, et il possède une torsion naturelle — un commettage à droite — qui influe sur la façon dont il faut la glène. Sa faiblesse est qu'il fait des coques : si on le glène de la mauvaise façon à répétition, il garde une mémoire tenace de cette torsion, formant des boucles qui ne restent pas à plat.

Le cordage tressé — en particulier la double tresse ou tresse sur tresse, avec une âme intérieure porteuse et une gaine extérieure qui la protège — est ce que vous trouverez sur la plupart des écoutes et drisses modernes. Il glisse en douceur dans les coinceurs, les chaumards et les winchs, il n'a pas de torsion naturelle à combattre, et il est plus doux pour les mains. Sa construction signifie qu'il doit être glené différemment pour éviter les coques.

Les matériaux comptent aussi. Le polyester (Terylene/Dacron) est le cheval de trait : résistant, peu élastique, résistant aux UV, et il constitue la grande majorité du gréement courant. Le nylon s'étire — et cet étirement est un atout, non un défaut, car une aussière de mouillage ou un câble d'ancre qui s'étire absorbe le choc de chaque vague ou rafale au lieu de le transmettre au taquet ou à l'ancre ; c'est pourquoi le nylon est le matériau des câbles d'ancre et des amarres de quai. Le polypropylène flotte, est bon marché, et se dégrade au soleil ; on l'utilise pour les bosses de l'annexe et les aussières de lancer, où flotter est un avantage et une longue durée de vie n'est pas nécessaire. Le Dyneema (Spectra) est du polyéthylène à très haut poids moléculaire : d'une résistance absurde, pratiquement sans étirement et léger, utilisé pour les drisses haute performance. Le Kevlar (aramide) est peu élastique et résistant à la chaleur, mais il se dégrade avec les UV et la flexion, c'est donc un équipement spécialisé.

Un conseil pratique que vous ne trouverez pas dans un programme : ne supposez jamais qu'un cordage est ce qu'il paraît être. Lorsque vous prenez une ligne inconnue, regardez son extrémité — est-elle ligaturée, adhésivée, épissée ou fondue ? Une aussière à œil épissé vous dit que le cordage est destiné à rester fixé de façon permanente à quelque chose ; une extrémité coupée nette vous dit qu'il est destiné à passer dans des poulies. Et demandez toujours avant de couper quoi que ce soit. Il existe un vieux dicton, parfaitement justifié : « ne coupez jamais un cordage à bord sans avoir d'abord acheté un nouveau au propriétaire. »

2.2 Glène et rangement des cordages

Un cordage correctement glené est un cordage prêt à servir ; un cordage laissé en tas est un risque de trébuchement, un risque d'enchevêtrement et une urgence qui attend de se produire. Une drisse lâchée en tas sur le plancher du cockpit se nouera d'elle-même la première fois que le bateau virera dans le vent, et il sera alors impossible de la tirer lorsque vous en aurez besoin. Glener n'est pas de l'ordre pour l'ordre — c'est une question de disponibilité.

La glène standard est votre choix par défaut pour le cordage à trois torons. Comme le cordage à trois torons a une torsion naturelle à droite, vous le glenez dans le sens horaire (vu d'en haut, le même sens que celui dans lequel vous tourneriez une vis pour la serrer), en suivant cette torsion afin que chaque spire repose bien contre la précédente. Travaillez avec le cordage, pas contre lui : si vous glenez à contre-commettage, le cordage vous résistera, produisant une glène qui vous échappe des mains et refuse de rester droite.

La glène en huit est destinée au cordage tressé, qui n'a pas de torsion naturelle à suivre. Au lieu d'enrouler le cordage en cercles, on le pose en motif de huit, en alternant le sens de chaque boucle. Les torsions créées par une boucle sont annulées par la suivante, et la glène qui en résulte file librement quelle que soit la direction dans laquelle on tire le cordage. Une fois que vous avez utilisé une glène en huit sur une drisse tressée, vous ne reviendrez jamais à la glène circulaire pour ce cordage.

La glène sur-sous (glène gitane) est la technique avancée utilisée par les équipages professionnels sur les lignes qui doivent courir sans faille : chaque boucle est posée alternativement par-dessus et par-dessous la précédente, produisant zéro torsion nette dans n'importe quel cordage, quelle que soit sa construction. Cela demande de la pratique, et il vaut la peine de regarder un bosco la faire une fois, à vitesse réelle.

Le rangement comporte trois règles. D'abord, accrochez chaque glène à son taquet, son tourillon ou son râtelier désigné — les bateaux ont une place pour chaque chose, et les cordages qui vivent en tas sont des cordages qui se perdent. Ensuite, ne laissez jamais de cordage libre sur le pont : il fait trébucher l'équipage, s'emmêle dans les winchs et, dans le pire des cas, traîne par-dessus bord dans l'hélice. Enfin — et c'est le détail qui sépare une glène bien rangée d'une glène inutilisable — le bout de travail, celui que vous tirerez, doit sortir du dessus de la glène. S'il sort du dessous, il faut soulever toute la glène avant que le cordage puisse filer, et c'est exactement la chose à découvrir dans la précipitation.

Une bonne habitude à prendre dès le premier jour : glenez un cordage dès que vous avez fini de l'utiliser, à chaque fois, même si vous pensez en avoir besoin à nouveau dans trente secondes. La mémoire musculaire acquise la première semaine rapporte pendant des années.

2.3 Amarrage aux taquets et aux bollards

Le nœud de taquet est la façon standard de fixer un cordage à un taquet de pont, et il doit être fait correctement, car la version incorrecte — enrouler le cordage sans fin en spirales autour du taquet — se bloque complètement sous charge et doit alors être coupée. La séquence correcte est la suivante : faites un tour complet à la base du taquet (cela décharge les cornes) ; puis faites un motif en huit, en croisant le cordage par-dessus les cornes alternées une ou deux fois ; terminez par un nœud d'arrêt, en retournant le cordage à l'envers au moment de le poser sur la dernière corne, de sorte que la boucle se bloque sur elle-même. Le résultat tient fermement sous charge, se libère d'une seule main même lorsqu'il est serré, et laisse le cordage prêt à filer librement une fois défait.

Un bollard simple (un poteau court, fréquent sur les pontons et sur les taquets de proue et de poupe des bateaux plus anciens) peut être fixé en passant une boucle par-dessus, ou par un tour mort et deux demi-clés à sa base. La méthode par boucle est rapide mais la boucle doit être de taille appropriée ; le tour mort et les deux demi-clés sont plus lents mais à toute épreuve.

Les bollards doubles, les paires que l'on trouve sur les quais, reçoivent l'aussière de mouillage en motif de huit entre eux. Le huit n'est pas décoratif : il signifie que le cordage ne peut sauter d'aucun des deux bollards quels que soient les à-coups du bateau, et il répartit la charge entre les deux poteaux. Ne jamais simplement enrouler un cordage autour d'un bollard d'une paire en laissant l'autre inutilisé — la concentration de charge peut endommager la ferrure, et une amarre à un seul tour a bien plus de chances de se libérer.

Quel que soit ce à quoi vous amarrez, la règle d'or du travail d'amarrage est la suivante : ne vous tenez jamais dans une boucle de cordage sous tension, et gardez vos mains à l'écart de chaque point de pincement où le cordage rencontre le métal. Les cordages sous charge ne pardonnent pas, et ils ne vous préviennent pas d'abord.

2.4 Manœuvre des aussières de mouillage

Les aussières sont les gros cordages utilisés pour fixer le bateau à un poste ou à une bouée, et elles exigent du travail d'équipe, de l'anticipation et un certain respect. Contrairement à une drisse, une aussière sous charge peut avoir des tonnes de bateau qui pèsent contre elle, et l'énergie emmagasinée dans un cordage de nylon étiré suffit à projeter une personne par-dessus un ponton.

Apprenez le vocabulaire des amarres, car le skipper les appellera par leur nom et s'attendra à les voir apparaître. Une aussière de travers part directement de côté du bateau vers le quai, maintenant le bateau le long du quai. Les aussières de spring partent d'avant en arrière pour empêcher le bateau de glisser le long du ponton : une aussière de spring avant part de l'avant vers l'arrière, jusqu'à un point du quai, et une aussière de spring arrière part de l'arrière vers l'avant jusqu'au quai. Un bateau bien amarré est retenu par une aussière avant, une aussière arrière et les deux springs — quatre amarres tirant dans quatre directions, de sorte que le bateau reste immobile quels que soient le vent ou le clapot. Lorsqu'un skipper crie « spring prêt », il veut la ligne qui empêche le bateau de dériver, et non une aussière de travers.

Une aussière de lancer est une ligne légère, souvent avec une extrémité lestée — un nœud de poing de singe ou un petit sac de lancer — servant à établir la première liaison entre le bateau et la terre. Vous ne pouvez pas lancer avec précision une grosse aussière à dix mètres, mais vous pouvez lancer une aussière de lancer ; une fois qu'elle atterrit, la grosse aussière est manillée ou nouée à son extrémité et halée jusqu'à vous. Lancer correctement une aussière de lancer est une compétence en soi : faites-la tournoyer en cercles verticaux à côté de vous (jamais à hauteur de tête, jamais face à la personne que vous visez) et lâchez-la au sommet de l'arc.

Lorsque vous manipulez des amarres à terre, rappelez-vous que l'équipe du quai est votre partenaire. Passez les lignes clairement, annoncez ce que vous passez (« aussière de proue à terre ! »), et ne supposez jamais qu'une ligne est frappée tant que quelqu'un ne vous l'a pas dit. Une ligne tombée à l'eau entre le bateau et le quai finira inévitablement dans l'hélice.

2.5 Nœuds essentiels

Vous devez savoir faire les nœuds de cette section rapidement, correctement et sans y penser — dans le noir, avec des gants, sous la pluie, avec quelqu'un qui crie. Entraînez-vous chez vous sur une longueur de cordage jusqu'à ce qu'ils soient automatiques, puis entraînez-vous à nouveau dans des circonstances qui imitent la réalité : assis par terre pendant que quelqu'un vous secoue, ou les mains froides après être resté dehors. Vous trouverez ci-dessous chaque nœud, à quoi il sert, comment le faire et les modes d'échec qui piègent les gens.

Le nœud de huit

Usage : Un nœud d'arrêt, utilisé pour empêcher un cordage de repasser dans une poulie, un coinceur ou un chaumard. Mettez-en un au bout de chaque drisse et de chaque écoute que vous manipulez ; il coûte trois secondes et il a sauvé bien des voiles de partir par-dessus bord ou des drisses de disparaître en haut du mât.

Comment le faire : Formez une boucle au bout du cordage. Passez le bout de travail derrière la partie courante, puis repassez-le vers le bas dans la boucle que vous avez d'abord formée. Le résultat ressemble clairement au chiffre 8.

Caractéristique clé : Il se défait facilement même après avoir été fortement chargé — contrairement à un simple nœud de tête d'alouette, qui peut se coincer en un petit noyau dur. C'est précisément pour cela qu'il est l'arrêt standard. Une erreur courante est de faire par accident un nœud de tête d'alouette ; vérifiez votre travail en le posant à plat — s'il ne ressemble pas à un 8, recommencez.

Le nœud de chaise — le roi des nœuds

Usage : Créer une boucle fixe, qui ne glisse pas, à l'extrémité d'un cordage. La boucle ne se resserre pas (elle n'écrase donc pas ce qu'elle entoure) et ne glisse pas (elle ne se défait donc pas sous charge). Il sert à fixer les écoutes aux voiles là où il n'y a pas de manille, à faire une boucle à passer sur un bollard, à gréer une sangle de sauvetage, et pour cent autres tâches. Tous les marins du monde connaissent ce nœud ; c'est celui que vous ne devez jamais être incapable de faire.

Comment le faire — l'histoire du lapin :

  1. Dans la partie courante du cordage (la longue partie), faites une petite boucle en surplomb — le « trou ». Point crucial : le côté de la boucle où se trouve le bout de travail doit être sur le dessus ; si vous faites le trou dans le mauvais sens, le lapin ressort du mauvais côté et le nœud s'effondre en nœud coulant. Une façon standard de s'en souvenir : faites le trou de sorte que le bout de travail croise par-dessus la partie courante.
  2. Le bout de travail est le « lapin ». Il sort par le trou.
  3. Il fait le tour derrière la partie courante — autour de l'« arbre ».
  4. Il redescend dans le trou.
  5. Tenez la boucle et tirez sur la partie courante ; le nœud se fixe. La boucle est maintenant fixe.

Caractéristique clé : Il ne glisse pas et ne se bloque pas sous charge, vous pouvez donc le défaire même après avoir retenu un bateau toute la nuit. Sa seule faiblesse est que, s'il est chargé puis déchargé à répétition — secoué — il peut se desserrer, en particulier dans un cordage neuf et raide. Si cela compte, ajoutez un nœud d'arrêt (un huit) dans le bout de travail en guise de sécurité. Lorsque vous faites un nœud de chaise sur une bouclette ou autour d'un objet, vérifiez toujours que le « collet » est bien placé et que la boucle a la taille voulue — un nœud de chaise fait autour de rien, mais serré trop fort, est une découverte frustrante lorsque vous aviez besoin d'une boucle de deux mètres.

Une remarque pratique : en cas d'urgence, un nœud de chaise peut se faire d'une seule main autour de votre propre taille. Allongez-vous sur le dos, faites le trou dans le cordage posé en travers de votre poitrine, et exécutez la séquence du lapin d'une seule main. Entraînez-vous à cela une fois, afin que l'idée existe dans votre esprit avant que vous n'en ayez jamais besoin.

Le nœud de cabestan

Usage : Fixer temporairement un cordage à un poteau, une lisse ou un anneau. Sur un yacht, son usage quotidien le plus courant est de suspendre les défenses à la bonne hauteur le long du garde-corps — une tâche que vous accomplirez dès votre premier matin.

Comment le faire :

  1. Enroulez le cordage une fois autour de l'objet.
  2. Croisez le bout de travail par-dessus la partie courante, en formant un X sur la surface de l'objet.
  3. Enroulez une seconde fois autour de l'objet, en faisant passer le bout de travail sous le croisement que vous venez de faire (sous le X).
  4. Tirez fermement les deux bouts. Les deux tours s'agrippent l'un à l'autre.

Caractéristique clé : Extrêmement rapide à faire et, tout aussi important, rapide à régler — vous pouvez le faire glisser vers le haut ou vers le bas avant de le serrer pour mettre la défense exactement à niveau avec le ponton. Sa faiblesse est qu'il peut glisser sur les surfaces lisses (les lisses en inox poli sont glissantes) et qu'il se desserre si la charge fluctue — or la charge d'une défense fluctue à chaque vague. Pour tout ce qui est laissé sans surveillance, renforcez-le avec une demi-clé par-dessus, ou utilisez plutôt un tour mort et deux demi-clés. Une erreur classique est de faire ce qui ressemble à un nœud de cabestan mais d'oublier de passer le bout sous le croisement — testez-le en tirant ; s'il glisse, c'est faux.

Tour mort et deux demi-clés

Usage : Le nœud de sécurité standard pour frapper un cordage sur un anneau, une lisse ou un bollard. C'est votre nœud de référence pour les amarres, pour fixer une aussière de mouillage à un taquet, et pour tout ce qui doit bien tenir puis être défait plus tard.

Comment le faire :

  1. Passez le cordage complètement autour de l'objet deux fois. Un « tour mort » correspond à deux passages du cordage autour de l'objet. C'est la partie que les débutants sautent, et c'est la partie qui compte : le tour mort absorbe presque toute la charge par friction, de sorte que les demi-clés qui suivent sont à peine chargées.
  2. Faites une demi-clé : formez une boucle par-dessus la partie courante et passez le bout de travail à travers.
  3. Faites une seconde demi-clé immédiatement derrière la première, dans le même sens.

Caractéristique clé : Très sûr et capable de tenir des charges énormes, tout en se défaisant relativement facilement une fois la charge retirée — parce que les demi-clés n'ont jamais fait le gros du travail. Si vous vous retrouvez à lutter main sur main pour défaire une amarre, demandez-vous si vous avez fait un tour mort ou si vous êtes passé directement aux demi-clés. Une erreur courante consiste à faire une seule demi-clé au lieu de deux : une seule peut tenir à court terme, mais elle se déroulera d'elle-même sous des charges cycliques. Deux est la norme pour une bonne raison.

Le nœud plat (nœud carré)

Usage : Lier deux bouts du même cordage — classiquement, pour attacher les œillets de ris lorsqu'on réduit la surface de voile, afin que la toile ramassée reste en place. C'est aussi le nœud de choix pour nouer un bandage triangulaire, ce qui explique qu'il figure dans les trousses de secours aussi bien que dans les coffres à voiles.

Comment le faire : Droite sur gauche et sous ; puis gauche sur droite et sous (ou l'image miroir — ce qui compte est que la seconde moitié reflète la première). Lorsqu'il est correct, les deux bouts de travail sortent à côté de leurs propres parties courantes, et le nœud reste à plat. Si les bouts dépassent à angle droit, vous avez fait un « nœud de vieille fille », qui est une chose différente et peu fiable.

Avertissement : N'utilisez JAMAIS un nœud plat pour joindre deux cordages différents, ni deux cordages soumis à une forte tension. Sous charge, il se renverse — les deux boucles glissent l'une de l'autre et le nœud se défait simplement. Ce n'est pas un risque théorique : des personnes sont mortes sur des filières jointes par des nœuds plats. Pour joindre deux cordages, utilisez un nœud de jonction. Le répertoire légitime du nœud plat se limite à : le même cordage, une faible charge, et des bouts qui n'ont pas d'importance.

Le nœud de jonction simple

Usage : Joindre deux cordages d'épaisseur similaire — par exemple, prolonger une aussière de lancer, ou attacher une ligne de défense à un cordage plus long.

Comment le faire :

  1. Faites une boucle (une forme en U) dans le cordage le plus épais ou le plus raide.
  2. Passez le cordage le plus fin par-dessus la boucle, depuis le dessous.
  3. Enroulez-le autour de l'arrière des deux parties de la boucle.
  4. Glissez le bout de travail sous lui-même — sous sa propre partie courante, à l'endroit où il est sorti de la boucle — et non de nouveau vers le bas à travers la boucle.
  5. Tirez fermement. Les deux cordages s'agrippent l'un à l'autre ; plus le cordage fin tire, plus il mord.

Caractéristique clé : Il fonctionne parce que le cordage fin bloque le cordage épais. Si vous inversez les rôles — mettez le cordage fin dans la boucle — il mord beaucoup moins bien. Une erreur classique de débutant est de glisser le bout vers le bas à travers la boucle au lieu de le glisser sous lui-même ; le nœud a alors l'air plausible mais glisse en se défaisant sous charge.

Le nœud de jonction double

Usage : Joindre deux cordages d'épaisseurs inégales, ou ajouter de la sécurité à un nœud de jonction simple dans un cordage moderne et glissant. Si les cordages diffèrent nettement de diamètre, ou si le cordage est raide et lustré (comme du Dyneema neuf), utilisez toujours le double.

Comment le faire : Exactement comme le nœud de jonction simple, sauf qu'après être passé par-dessus la boucle, le cordage fin fait deux tours complets autour de la boucle avant de se glisser sous lui-même. Le tour supplémentaire double à peu près la friction, ce dont les cordages modernes glissants ont besoin.

Le nœud de cabestan roulant

Usage : Attacher un cordage à un autre cordage (ou à un espar) de sorte qu'il s'agrippe sous charge dans un seul sens. Ses usages classiques : décharger un winch coincé ou un coinceur bloqué pour qu'on puisse dégager le blocage ; fixer un cordage à une chaîne d'ancre pour servir d'amortisseur ; ou amener une ligne de rechange sur une drisse chargée. C'est la clé à molette des nœuds — il vous permet de transférer une charge d'un endroit à un autre.

Comment le faire :

  1. Enroulez le bout de travail autour du cordage courant en direction de l'endroit d'où viendra la traction.
  2. Faites un second tour dans le même sens, en croisant par-dessus la partie courante à chaque fois — ce sont ces tours croisés qui créent la prise.
  3. Puis faites un troisième tour à l'opposé de la direction de traction (ou terminez simplement par une demi-clé), sans croiser.
  4. Tirez fermement. Lorsque la charge vient de la direction prévue, les premiers tours mordent davantage et le nœud ne glisse pas.

Caractéristique clé : Il s'agrippe dans un sens et glisse librement dans l'autre — c'est tout l'intérêt. Si votre cabestan roulant glisse sous charge, les causes les plus fréquentes sont que vous avez fait les tours dans le mauvais sens, ou que vous ne l'avez pas bien serré avant de le charger. Rappelez-vous : les tours « roulants » vont vers la charge.

2.6 Épissures — notions

Les épissures détaillées dépassent le programme de l'équipier compétent, mais vous devez comprendre ce qu'est une épissure, car vous en rencontrerez constamment et vous devez en connaître les propriétés.

Une épissure à œil crée une boucle permanente à l'extrémité d'un cordage, par des torons défaits tressés en retour dans la partie courante. Elle est bien plus solide que n'importe quel nœud — les nœuds réduisent généralement la résistance d'un cordage de 30 à 50 pour cent, alors qu'une épissure bien faite conserve nettement plus de 90 pour cent — et elle ne se bloque jamais. C'est pourquoi les écoutes ont des yeux épissés avec cosses plutôt que des nœuds à leurs extrémités.

Une épissure courte joint deux cordages en entrelaçant leurs torons défaits. Elle est immensément solide mais épaissit le cordage à la jonction, donc elle ne passera pas dans les poulies — utilisez-la là où la jonction restera en un seul endroit, comme pour une aussière de remorquage.

Une épissure longue joint deux cordages sans augmenter le diamètre, de sorte que la jonction peut passer dans les poulies et sur les winchs. Elle demande du temps et de l'habileté ; c'est l'épissure de choix pour les drisses et écoutes qui doivent passer dans le système.

Une épissure arrière finit l'extrémité d'un cordage en réintégrant ses torons dans lui-même, empêchant l'effilochage. Sur un bateau de travail, chaque extrémité de cordage qui n'est ni ligaturée ni thermosoudée finira par être épissée en arrière ou ligaturée — un cordage à extrémité effilochée est un cordage qui ne passera pas dans une poulie.

Le point à retenir pour un équipier compétent : si un cordage est épissé, traitez l'épissure comme une partie du cordage. Ne chargez jamais une épissure au-delà de la charge normale de travail du cordage, inspectez les épissures à la recherche de signes de glissement (la queue enfouie qui réapparaît), et ne coupez jamais une épissure pour « faire propre » sans comprendre à quoi le cordage est attaché.

3. Manœuvre des voiles

La manœuvre des voiles est le cœur physique de la voile. Tout le reste — navigation, météo, sécurité — existe pour placer le bateau dans une position où les voiles peuvent faire leur travail ; mais ce sont les voiles elles-mêmes qui transforment le vent en mouvement, et votre rôle d'équipier est de les établir, de les border, de les réduire et de les serrer en toute sécurité et efficacement. Le programme exige que vous frappiez (fixiez), hissiez, preniez des ris (réduisiez) et manœuvriez les voiles en général, à l'aide des écoutes, des drisses et de leurs winchs associés.

3.1 Frapper les voiles

« Frapper » est le terme traditionnel pour fixer une voile au bateau avant de la hisser. La méthode dépend entièrement du type de voile et du système qu'utilise le bateau, donc faites attention pendant le briefing de votre instructeur.

Pour une grand-voile à coulisseaux ou à ralingue, vous introduisez les coulisseaux dans la rainure du mât un par un, du bas vers le haut, vous fixez le point d'amure à la ferrure du col de cygne, puis vous manillez la tête à la drisse de grand-voile. Si le bateau a une grand-voile entièrement lattée avec des chariots de latte, vérifiez que chaque chariot coulisse librement dans sa rainure avant de commencer — un chariot bloqué à mi-hauteur signifie tout redescendre et recommencer, généralement dans des conditions qui se dégradent. Pour un foc frappé sur mousquetons, fixez d'abord le point d'amure à la ferrure de tête d'étrave, puis clipez les mousquetons à piston sur l'étai du bas vers le haut, attachez la drisse à la tête, et enfin nouez les écoutes de foc au point d'écoute avec un nœud de chaise. Utilisez toujours un nœud de chaise pour les écoutes, jamais une manille, sauf si la voile a une ferrure spécifique à bouton-pression : les manilles se desserrent, et une écoute perdue en mer signifie une voile qui claque et une récupération dangereuse.

La plupart des voiliers de croisière modernes ont des foc à enrouleur, où la voile est enroulée en permanence autour de la lisse de l'étai. Ici, le frappage est déjà fait ; vous attachez simplement la drisse à l'émerillon de tête et les écoutes au point d'écoute. Vérifiez que la drisse d'enrouleur court librement et qu'elle n'est pas emmêlée à quoi que ce soit avant d'essayer de dérouler.

Un conseil pratique : lorsque vous frappez une voile, faites-le méthodiquement et vérifiez chaque fixation deux fois. Une drisse manillée sur le mauvais œillet, une écoute nouée au guindant au lieu du point d'écoute, ou un coulisseau sauté dans la rainure, se révéleront seulement lorsque vous serez sous charge et que la voile claquera violemment. Cinq minutes de vérification soignée évitent une heure de corrections pénibles.

3.2 Établir (hisser) les voiles

La règle d'or du hissage est la suivante : mettez toujours le bateau directement face au vent. Une voile ne peut pas être hissée proprement pendant qu'elle se remplit ; le vent la plaque contre le gréement, les coulisseaux se bloquent dans la rainure et la charge de la drisse devient énorme. Lofez face au vent, laissez les voiles faseyer sans danger, puis hissez.

Hisser la grand-voile : D'abord, vérifiez que la balancine soutient la bôme — s'il ne le fait pas, la bôme tombera sur le pont ou sur la tête de quelqu'un lorsque la voile descendra. Choquez l'écoute de grand-voile pour que la bôme puisse pivoter librement vers l'axe du bateau. Libérez tous les cordages de ris pour qu'ils ne s'accrochent pas. Restez au pied du mât (ou utilisez les winchs de drisse du cockpit s'ils sont installés) et halez la drisse de grand-voile main sur main jusqu'à sentir une résistance réelle — c'est le moment où le guindant atteint le sommet de la rainure. Frappez la drisse sur le winch et virez jusqu'à ce que le guindant soit tendu : des rides horizontales le long du guindant signifient une tension insuffisante, des rides verticales signifient qu'il y en a trop. Bloquez la drisse dans son coinceur ou sur son taquet, glenez le bout libre et rangez-le. Ne laissez jamais un bout de drisse traîner en travers de la descente ou pendre sur un winch.

Hisser ou dérouler le foc : Pour un foc frappé sur mousquetons, hissez-le exactement comme la grand-voile, en veillant à ce que les mousquetons ne se bloquent pas sur les ferrures de l'étai. Pour un foc à enrouleur, tenez légèrement la drisse d'enrouleur pour contrôler la vitesse de déroulement — si vous la laissez courir librement, la voile jaillira et commencera à claquer violemment. Tirez régulièrement sur l'écoute de foc sous le vent pour dérouler la voile, puis bloquez l'écoute et rangez la drisse d'enrouleur. Une erreur courante est de tirer sur la drisse d'enrouleur au lieu de l'écoute pour dérouler ; cela enroule la voile plus serrée au lieu de la desserrer.

3.3 Notions de réglage des voiles

Régler une voile signifie l'ajuster pour qu'elle fonctionne à son angle aérodynamique le plus efficace pour l'allure en cours. La théorie est complexe ; la pratique, au niveau équipier compétent, est magnifiquement simple.

Le principe de base : Halez l'écoute jusqu'à ce que la voile cesse de faseyer (de battre) au bord d'attaque. Puis choquez-la juste une fraction jusqu'à ce qu'elle recommence à peine à faseyer. Puis reprenez-la un peu. Vous avez maintenant trouvé l'angle optimal. Cela prend dix secondes et doit être répété à chaque fois que le vent tourne ou que le cap change.

Les penons sont votre instrument principal. Ce sont de courts morceaux de fil ou de ruban fixés près du guindant, des deux côtés de la voile. Lorsque la voile est bien réglée, les deux penons flottent horizontalement vers l'arrière. Si le penon au vent se lève, vous êtes trop près du vent (en pinçage) ou l'écoute est trop serrée — abattez ou choquez l'écoute. Si le penon sous le vent décroche (tombe ou flotte), vous êtes trop loin du vent ou l'écoute est trop serrée — lofez ou choquez l'écoute. Les penons réagissent instantanément ; apprenez à les surveiller aussi constamment qu'un conducteur surveille la route.

Commandes de grand-voile en plus de l'écoute : Le rail de chariot déplace le point d'écoute de grand-voile latéralement. Par petit temps, placez-le au vent pour garder la bôme centrée sans trop tendre la bordure arrière ; par grand temps, descendez-le sous le vent pour réduire la puissance de la voile en laissant la bôme se lever et se tordre hors du haut de la voile. Le hale-bas de bôme contrôle la hauteur de la bôme et la tension de la bordure arrière ; resserrez-le au largue ou au grand largue pour empêcher la bôme de se lever et de tordre la partie haute de la voile. Le hale-bas de guindant (cunningham) tire vers le bas le guindant pour déplacer le creux (la partie la plus profonde de la courbe de la voile) vers l'avant par vent plus fort, ce qui réduit le moment de gîte. Le hale-bas de bordure tend le pied de la voile ; serrez-le par grand vent pour aplatir la voile et réduire la puissance, et choquez-le par petit vent pour ajouter du creux et de la propulsion.

Une erreur courante chez le débutant est de régler une seule fois et d'oublier. Le vent tourne constamment, même sur un cap stable ; la voile qui était parfaite il y a trente secondes peut maintenant être décrochée ou pincée. Le réglage est une conversation continue entre vous et la voile, médiatisée par les penons et le ressenti.

3.4 La prise de ris

Prendre un ris consiste à réduire la surface de voile, et la chose la plus importante à savoir à ce sujet est la suivante : prenez vos ris tôt. Si vous vous demandez si vous devriez prendre un ris, vous auriez dû le faire il y a dix minutes. Attendre que les conditions vous y forcent signifie prendre un ris précisément dans les conditions qui rendent cette manœuvre difficile et dangereuse. Une voile réduite établie confortablement dans une brise modérée vaut infiniment mieux qu'une grand-voile pleine combattue dans un coup de vent.

Procédure de ris à coulisseaux (le système le plus courant) :

  1. Placez le bateau face au vent, soit au moteur, soit en laissant les voiles faseyer.
  2. Choquez complètement l'écoute de grand-voile pour que la voile ne soit plus chargée.
  3. Descendez la drisse de grand-voile jusqu'à ce que l'œillet de ris souhaité (l'anneau renforcé qui marque la nouvelle position d'amure) atteigne la bôme.
  4. Accrochez le nouvel œillet d'amure au crochet de ris du col de cygne, ou tendez le hale-bas/la ligne de ris si le bateau utilise un système de ligne continue.
  5. Hissez à nouveau la drisse de grand-voile fermement. Le guindant doit être aussi tendu qu'avant la prise de ris.
  6. Tirez la ligne de ris (qui passe dans l'œillet de bordure) pour faire descendre le nouveau point d'écoute et l'amener vers l'extérieur le long de la bôme. Halez-la fermement au winch — une bordure lâche détruit la forme de la voile et crée du bruit.
  7. Attachez les garcettes de ris (les petites lignes le long du pied de la voile) légèrement, juste pour rassembler la toile excédentaire. NE les serrez PAS fortement autour de la bôme ; elles ne sont pas structurelles, et une garcette trop serrée dans une rafale déchirera la voile.
  8. Bordez l'écoute de grand-voile et reprenez votre route.

La prise de ris du foc à enrouleur est plus simple : tirez sur la drisse d'enrouleur pour enrouler partiellement la voile. Sachez qu'un foc réduit à l'enrouleur perd en efficacité aérodynamique — sa forme devient molle et l'effet de fente se dégrade. Par mauvais temps, un petit foc de tempête dédié est bien supérieur.

Les grand-voiles à enrouleur dans le mât exigent que vous choquiez la bordure tout en enroulant simultanément le mécanisme à l'intérieur du mât. L'essentiel est de faire rouler la voile uniformément ; si elle se froisse d'un côté, arrêtez immédiatement et reculez légèrement pour la redresser avant de continuer. Un blocage dans le mât est un problème sérieux qui exige souvent de monter en tête de mât pour le réparer.

3.5 Amener et ranger les voiles

Amener une voile est l'inverse de la hisser, mais cela demande autant de soin, car une voile descendue sans contrôle ira par-dessus bord, se remplira d'eau et pourra entraîner quelqu'un avec elle. Lofez face au vent. Choquez la drisse en douceur, en contrôlant la descente avec vos mains ou le frein du winch, et rassemblez la voile à mesure qu'elle descend. Pour la grand-voile, pliez-la soigneusement sur la bôme et attachez-la avec des lacets de voile. Pour les focs, rassemblez la voile sur le pont avant, pliez-la en accordéon, puis ensachez-la ou amarrez-la solidement au garde-corps. Ne laissez jamais une voile claquer librement : les dégâts dus aux UV, au frottement et aux coutures rompues s'accumulent en quelques minutes, et un génois neuf coûte des milliers d'euros.


4. Barre et techniques de navigation

Barrer un yacht est l'une des choses les plus satisfaisantes que vous ferez jamais, et l'une des plus humiliantes. Le programme exige que vous compreniez les principes de base de la voile, que vous barriez et régliez les voiles sur toutes les allures, et que vous suiviez un cap au compas à la voile et au moteur. Cette section couvre la théorie ; le ressenti ne vient que de longues heures à la barre.

4.1 Les allures

L'allure décrit le cap du bateau par rapport à la direction réelle du vent. Comprendre cela n'a rien d'académique — chaque décision concernant le réglage des voiles, la position des équipiers et la sécurité dépend de la connaissance de la provenance du vent.

Vent debout (zone interdite) : Cap directement face au vent, à environ 45 degrés de part et d'autre de la direction du vent. Les voiles ne peuvent pas générer de portance ici ; elles faseyent inutilement et le bateau décroche, dérivant vers l'arrière. Se retrouver vent debout est un rite de passage pour les débutants ; pour en sortir, il faut pousser fortement la barre d'un côté (ou tourner la barre à roue) et laisser le bateau dériver vers l'arrière jusqu'à ce que le vent prenne l'autre face de la voile, ce qui fait pivoter l'étrave hors du vent.

Près serré (louvoyage) : Naviguer aussi près du vent que possible, généralement à environ 45 degrés du vent. Les voiles sont bordées serré, le bateau gîte, et la progression au vent se fait en zigzag (virements de bord). C'est l'allure la plus exigeante pour le réglage et la barre ; de petites erreurs coûtent beaucoup de terrain.

Près bon plein : Vent venant un peu de l'avant du travers, à environ 60–80 degrés du vent. Les voiles sont légèrement choquées. C'est souvent l'allure au vent la plus rapide et la plus confortable.

Largue (travers) : Vent venant directement de côté, à 90 degrés du vent. Les voiles sont choquées à mi-course. Beaucoup de bateaux atteignent leur vitesse de coque maximale au largue.

Largue (grand largue) : Vent venant de l'arrière du travers, à environ 120–150 degrés du vent. Les voiles sont très choquées. Confortable et rapide, mais attention aux virements de bord involontaires.

Vent arrière (plein vent arrière) : Vent venant directement de l'arrière, à 180 degrés du vent. Les voiles sont entièrement choquées. C'est plus lent qu'un grand largue, moins stable (le bateau roule davantage), et cela comporte le plus grand risque d'empannage involontaire — la bôme balayant violemment le bateau si l'arrière traverse le lit du vent. Beaucoup de marins expérimentés préfèrent naviguer en une succession de grands largues plutôt que de naviguer plein vent arrière.

4.2 Techniques de barre

Il existe trois façons de barrer, et un bon barreur les utilise toutes simultanément.

Par les indicateurs de vent : Le penon de tête de mât (Windex) ou les penons sur les haubans vous indiquent la direction du vent apparent. Maintenez l'indicateur à l'angle correct pour l'allure souhaitée. C'est la méthode la plus réactive et celle que vous utiliserez le plus souvent en navigation.

Par le compas : Choisissez le cap souhaité, surveillez la rose du compas et faites de petites corrections douces. Ne courez pas après l'aiguille de façon agressive ; les bateaux lacent naturellement dans la houle, et la sur-correction produit une route en serpentin, lente et épuisante. Anticipez la dérive : si l'étrave part à gauche, appliquez doucement de la barre à droite avant qu'elle n'aille trop loin, puis relâchez à mesure qu'elle revient. Considérez la barre comme un amortissement des oscillations, et non comme leur suppression.

Par les amers (alignements) : Alignez deux objets fixes à terre — un clocher derrière un promontoire, une bouée contre le bord d'une falaise. Tant qu'ils restent alignés, vous suivez une ligne droite. Les alignements sont plus précis qu'un compas pour tenir une route exacte, et ils fonctionnent lorsque le compas n'est pas fiable (près de structures métalliques, en cas d'anomalies magnétiques). Utilisez-les chaque fois que c'est possible.

Barre à direction ou barre à roue : La physique est identique mais la commande est opposée. Avec une barre, poussez-la à l'opposé de la direction dans laquelle vous voulez tourner : poussez la barre à bâbord, le safran tourne à tribord, le bateau tourne à tribord. Avec une roue, tournez-la dans la direction où vous voulez aller, exactement comme une voiture. Cette inversion piège les gens qui passent d'un bateau à l'autre ; rappelez-vous consciemment quel système vous utilisez avant de prendre la barre.

4.3 Virement de bord et empannage

Ce sont les deux manœuvres fondamentales pour changer de cap, et elles diffèrent profondément par leur nature et leur danger.

Virement de bord (virer vent devant) consiste à faire passer l'étrave au travers du vent. C'est sûr, maîtrisé et routinier :

  1. Le skipper annonce « Virement de bord ! » L'équipier prépare en mettant l'écoute de foc neuve (la « paresseuse ») sur son winch et en libérant l'écoute active du taquet.
  2. Le skipper annonce « Lof ! » (ou « Lof à fond ! ») et pousse la barre sous le vent (ou tourne la roue au vent).
  3. Lorsque l'étrave passe dans le lit du vent, l'ancienne écoute de foc est choquée.
  4. La nouvelle écoute de foc est halée et virée serrée au moment où la voile se remplit du nouveau côté.
  5. L'équipier traverse le bateau sans heurt, en passant sous la bôme.
  6. Le barreur remet le safran dans l'axe une fois le nouveau cap atteint.

Un virement propre prend cinq secondes. Un mauvais virement — choque tardive, écoute lente, barre hésitante — laisse le bateau vent debout, perdant du terrain et de l'élan.

Empannage (virer lof pour lof) consiste à faire passer l'arrière au travers du vent. Il est intrinsèquement plus dangereux, car la grand-voile, remplie d'un côté, reçoit soudainement le vent de l'autre côté et la bôme balaie le bateau avec une force considérable. Un empannage non maîtrisé peut casser la bôme, détruire le gréement, assommer un équipier ou le projeter par-dessus bord.

  1. Le skipper annonce « Préparez-vous à empanner ! » L'équipier borde la grand-voile pour rapprocher la bôme de l'axe du bateau, réduisant la distance qu'elle doit parcourir.
  2. Le barreur abat lentement.
  3. Le skipper annonce « Empanne ! » au moment où le vent prend l'arrière de la grand-voile.
  4. L'équipier choque rapidement mais de façon maîtrisée l'écoute de grand-voile pendant que la bôme traverse.
  5. Les écoutes de foc sont échangées.
  6. Le barreur stabilise le nouveau cap.

Tout le monde doit garder la tête basse pendant un empannage. La trajectoire de la bôme est prévisible ; les têtes dans cette trajectoire ne le sont pas. Par vent fort, beaucoup de skippers préfèrent virer vent devant sur 270 degrés plutôt qu'empanner, échangeant la distance contre la sécurité.

4.4 Manœuvre au moteur

La propulsion au moteur introduit des forces que la voile n'a pas, et les comprendre évite les accrochages dans les marinas et les collisions.

Effet d'hélice (propeller walk) : Lorsque vous engagez la marche arrière, l'hélice agit comme une roue à aubes, poussant l'arrière latéralement. Sur la plupart des hélices à pas à droite, la marche arrière fait pivoter l'arrière vers bâbord. Ce n'est pas un défaut ; c'est une caractéristique que vous pouvez utiliser. Pour faire tourner un bateau dans un espace restreint, alternez des coups de marche avant et arrière, en utilisant l'effet d'hélice pour faire pivoter le bateau autour de sa quille. Sachez dans quel sens votre hélice travaille avant d'en avoir besoin.

Évitage (steerageway) : Un bateau ne gouverne que lorsque l'eau s'écoule sur le safran. À très faible vitesse, le safran est inefficace et le bateau paraît mou et peu réactif. Un bref coup de marche avant — juste assez pour faire passer de l'eau sur le safran sans augmenter sensiblement la vitesse — rétablit instantanément la barre. Cette technique, appelée « coups de marche avant », est indispensable pour les manœuvres à basse vitesse.

Prise au vent (windage) : Les bateaux à franc-bord élevé agissent comme des voiles. À l'arrêt, l'étrave part sous le vent. Abordez les pontons et les bouées en gardant cela à l'esprit : approchez face au vent lorsque c'est possible, et anticipez qu'un vent de travers repoussera l'étrave loin de l'endroit visé.

5. Équipement de sécurité individuel et gilets de sauvetage

La mer se moque de votre aptitude à nager, de votre condition physique et de votre assurance. L'immersion en eau froide tue plus vite que presque tout autre danger maritime, et la seule défense fiable est de porter le bon équipement avant d'en avoir besoin. Le programme exige que vous compreniez et respectiez les règles de port du harnais de sécurité, des gilets de sauvetage et des aides à la flottabilité individuelles, et que vous préveniez le risque d'homme à la mer par une conduite disciplinée.

5.1 Gilets de sauvetage et aides à la flottabilité

Ce ne sont pas la même chose, et les confondre peut être fatal.

Une aide à la flottabilité (d'une poussée de 50 newtons) est un gilet rempli de mousse, conçu pour les nageurs conscients en eaux abritées — équipiers de dériveurs, véliplanchistes, motomarinistes. Elle fournit suffisamment de flottabilité pour maintenir la tête d'un nageur compétent hors de l'eau, mais elle ne retournera pas une personne inconsciente sur le dos. Si vous tombez par-dessus bord d'un yacht et êtes assommé par la bôme, une aide à la flottabilité vous maintiendra à flot face contre l'eau. Elle ne convient pas aux équipiers de yachts hauturiers.

Un gilet de sauvetage (d'une poussée de 150 N ou 275 N) est conçu spécifiquement pour retourner une personne inconsciente sur le dos dans l'eau en cinq secondes, quelle que soit la façon dont elle est tombée. C'est ce que vous devez porter sur un yacht. La poussée de 150 N est la norme pour la plaisance ; celle de 275 N est pour le gros temps, les traversées hauturières, ou lorsqu'on porte un lourd ciré ou une ceinture d'outils qui emprisonnent l'air et résistent à la rotation. Si vous portez des vêtements imperméables épais, l'air emprisonné peut empêcher un gilet de 150 N de vous retourner — passez au 275 N.

5.2 Types de gilets de sauvetage et fonctionnement

Les gilets à mousse intégrée sont encombrants mais assurent toujours la flottabilité sans aucune action de la part de celui qui le porte. Ils sont courants sur les navires de commerce et comme équipement de secours. Leur inconvénient est l'encombrement : ils sont chauds, contraignants et assez inconfortables pour que les gens les retirent lorsque les conditions s'améliorent — précisément au moment où les accidents surviennent.

Les gilets gonflables manuellement exigent que celui qui les porte tire une poignée qui perce une cartouche de CO2. Ils sont compacts et confortables lorsqu'ils ne sont pas gonflés, mais ils sont inutiles si le porteur est inconscient ou paniqué et oublie de tirer la poignée. Ils ne conviennent qu'aux utilisateurs confiants et conscients, dans des situations où le gonflage est un choix.

Les gilets gonflables automatiquement sont la norme pour l'équipage des yachts. Ils se gonflent au contact de l'eau grâce à une pastille hydrosoluble (mécanisme Halkey-Roberts) ou à un clapet hydrostatique (UML/Hamar), et ils peuvent aussi être déclenchés manuellement par une poignée. Tout gilet automatique doit disposer d'un tube de gonflage buccal de secours — les cartouches de gaz tombent en panne, les pastilles se dégradent, et vous devez pouvoir compléter la flottabilité avec votre souffle. Vérifiez que le tube buccal est accessible avant d'enfiler le gilet.

Les sangles d'entrejambe (sangles de cuisse) sont non négociables. Sans elles, un gilet gonflé remonte par-dessus la tête de celui qui le porte dans l'eau, laissant la bouche et le nez immergés. Cela se produit en quelques secondes et rend le gilet totalement inutile. Clipez la sangle d'entrejambe entre vos jambes à chaque fois que vous enfilez le gilet. Faites-en une habitude si ancrée que mettre un gilet sans elle vous paraisse faux.

Une capuche anti-embruns est un auvent vif qui se déploie sur le visage pour empêcher la noyade due aux vagues déferlant sur la bouche et le nez. Par mer agitée, même une victime sur le dos peut se noyer sous les immersions répétées ; la capuche crée une poche d'air. Si votre gilet en est équipé, sachez comment la déployer.

Les accessoires comprennent un sifflet (pour attirer l'attention sans vous épuiser), du ruban réfléchissant (pour être visible à la lampe torche), une lampe activée par l'eau (pour que les secouristes vous voient la nuit) et, de plus en plus souvent, une balise AIS MOB qui transmet votre position aux navires proches. Ce sont des multiplicateurs de sécurité ; utilisez-les.

5.3 Harnais de sécurité et longes

Un gilet vous maintient à flot après être tombé à la mer ; un harnais vous empêche de tomber à la mer en premier lieu. Les deux sont complémentaires, et non interchangeables.

Un harnais se porte sur les épaules, autour de la poitrine et de la taille, avec un anneau en D sur la poitrine ou le dos auquel se clippe une longe (ligne de sécurité). L'autre extrémité de la longe se clippe sur les points d'ancrage solides du bateau — généralement des câbles de sécurité (jackstays), des sangles ou des filins qui courent sur la longueur du pont des deux côtés, vous permettant de vous déplacer du cockpit à l'étrave tout en restant attaché en permanence.

La règle empirique est simple : si les conditions exigent un gilet, elles exigent un harnais. Clipez-vous avant de monter sur le pont la nuit, dans le brouillard, par gros temps, ou chaque fois que le skipper l'ordonne. Utilisez une longe courte (environ un mètre) lorsque vous travaillez au mât ou à la barre, pour éviter d'être entraîné par-dessus bord si vous glissez ; utilisez une longe à deux mousquetons avec des mousquetons long et court pour vous déplacer sur le pont, en vous clipant successivement sur les points d'ancrage solides pour ne jamais être détaché.

Une discipline pratique : clipez-vous avant de quitter la descente, et non après avoir atteint le pont. Le moment de transition — monter, s'adapter à l'obscurité, retrouver son équilibre — est celui où les chutes arrivent.

5.4 Quand porter l'équipement de sécurité

Portez gilets et harnais :

  • La nuit, toujours.
  • Par visibilité réduite (brouillard, forte pluie, neige).
  • Lorsque le skipper l'ordonne.
  • Lorsque vous êtes seul sur le pont.
  • Par gros temps ou mer agitée.
  • Chaque fois que vous vous sentez mal à l'aise ou en insécurité.

Ce dernier point compte. Il n'y a aucune honte à mettre l'équipement de sécurité parce que l'on se sent mal à l'aise. La mer récompense la prudence et punit la bravade. Si vous vous demandez si les conditions justifient l'équipement, c'est le cas.


6. Procédures d'homme à la mer

L'homme à la mer (MOB) est l'urgence qui transforme une navigation de routine en lutte contre le temps, le froid et la visibilité. Le programme exige que vous compreniez les actions à mener pour récupérer une personne tombée à l'eau. En tant qu'équipier compétent, vous ne dirigerez peut-être pas la récupération, mais votre rôle dans les premiers instants déterminera si elle réussit.

6.1 Actions immédiates — les dix premières secondes

Les dix premières secondes après qu'une personne est tombée à la mer comptent plus que tout ce qui suit. Mémorisez cette séquence :

  1. CRIEZ. Hurlez « Homme à la mer ! Bâbord ! » (ou tribord). Faites-le immédiatement, avant toute autre chose. Chacun à bord doit savoir tout de suite ce qui s'est passé et de quel côté regarder.
  2. POINTEZ. Désignez un équipier — par son nom, et non par son rôle — pour ne rien faire d'autre que pointer en permanence la personne à l'eau. Ne la quittez jamais des yeux. Une tête dans l'eau disparaît incroyablement vite ; une fois le contact visuel perdu, la récupération devient exponentiellement plus difficile. Le seul travail du pointeur est de maintenir ce contact.
  3. JETEZ. Jetez immédiatement vers la victime tout objet flottant : bouées de sauvetage, bouées fumigènes, bouées en fer à cheval, défenses, coussins, voire un sac étanche. Même si cela n'atteint pas la personne, cela marque l'endroit et lui donne quelque chose vers lequel nager. Plusieurs objets forment une traînée visible.
  4. APPUYEZ. Si le traceur de cartes ou le GPS dispose d'un bouton MOB, appuyez-le immédiatement. Cela enregistre les coordonnées exactes au moment de l'incident, ce qui est précieux si le contact visuel est perdu ou si vous devez revenir plus tard à la position.
  5. ALERTEZ. Le skipper prend le commandement. Le moteur est mis en marche — mais seulement après avoir vérifié qu'aucun cordage ne traîne près de l'hélice. Une hélice encombrée pendant une récupération d'homme à la mer transforme un sauvetage en double tragédie.

Entraînez-vous à cette séquence jusqu'à ce qu'elle soit réflexe. Pendant votre formation, votre instructeur la répétera sans cesse ; acceptez cette répétition. Les véritables urgences ne laissent aucune place à la délibération.

6.2 Méthodes de récupération — votre rôle d'équipier

Le skipper décide de la manœuvre de récupération (arrêt rapide, en huit, ou approche au moteur). Votre travail est d'exécuter sans faille les tâches qui vous sont confiées.

Lors d'une approche au moteur, le skipper amène le bateau bord à bord avec la victime en venant sous le vent, en s'arrêtant avec la victime du côté sous le vent. Cela place la coque comme un brise-vent, créant une eau plus calme pour la récupération.

Les options de récupération dépendent de l'état de la victime. Déployez une échelle d'embarquement si elle peut grimper. Utilisez un lifesling ou une boucle de cordage si elle ne peut pas s'agripper. Si la victime est épuisée, en hypothermie ou blessée, elle peut être incapable de s'aider du tout ; dans ce cas, clipez une drisse à son harnais ou à son gilet et hissez-la verticalement hors de l'eau au winch. Cela demande de la coordination : une personne s'occupe du winch, une autre guide la victime loin de la coque, et tout le monde communique clairement.

Ne sautez pas à l'eau sauf si le skipper l'ordonne explicitement et que vous êtes relié à bord. Deux personnes dans l'eau doublent le problème, divisent les moyens par deux et augmentent considérablement le risque de perdre les deux. L'instinct d'aider directement est puissant ; contrôlez-le par la discipline.

6.3 Soins après la récupération

Dès que la victime est à bord, faites-la descendre immédiatement. Retirez les vêtements mouillés — un tissu mouillé évacue la chaleur du corps vingt-cinq fois plus vite que l'air. Traitez l'hypothermie : réchauffement progressif avec couvertures, sacs de couchage et chaleur corporelle ; boissons chaudes et sucrées si la victime est pleinement consciente et capable d'avaler. NE frottez PAS vigoureusement les extrémités et n'appliquez pas de chaleur directe ; cela fait refluer le sang froid des membres vers le cœur, provoquant une chute potentiellement fatale de la température centrale connue sous le nom d'« afterdrop ». Surveillez en permanence la respiration et la conscience. Même une victime qui semble rétablie a besoin d'un examen médical.

6.4 Prévention

La meilleure récupération d'homme à la mer est celle dont vous n'avez jamais besoin. Suivez ces règles de discipline :

  • « Une main pour le bateau, une main pour soi. » Tenez-vous toujours à quelque chose de solide.
  • Portez un harnais et clipez-vous lorsque les conditions le justifient.
  • Gardez le pont dégagé de tout cordage traînant, de matériel mal rangé et de tout risque de trébuchement.
  • Restez bas et déplacez-vous avec précaution, surtout sur les ponts mouillés ou gîtés.
  • Portez des chaussures antidérapantes. Les chaussures de pont existent pour une raison.
  • Communiquez clairement lorsque vous vous déplacez sur le bateau ; faites savoir aux autres où vous vous trouvez.

7. Précautions contre l'incendie et lutte contre l'incendie

L'incendie à bord d'un yacht compte parmi les urgences les plus terrifiantes, car il n'y a nulle part où aller. Le programme exige la connaissance des risques d'incendie, la connaissance des mesures de prévention et la compréhension des actions à mener en cas d'incendie.

7.1 Le triangle du feu

Un feu requiert trois éléments : la chaleur, le combustible et l'oxygène. Supprimez l'un d'eux et le feu s'éteint. Chaque action de lutte contre l'incendie vise l'un de ces trois éléments : le refroidissement supprime la chaleur, l'étouffement supprime l'oxygène, l'isolement des sources de combustible supprime le combustible. Comprendre ce triangle rend chaque décision logique plutôt que mémorisée.

7.2 Risques d'incendie à bord

Le coin cuisine (kitchenette) est la source la plus fréquente d'incendies à bord : huile de cuisson qui s'enflamme, fuites de gaz qui s'accumulent dans les fonds, réchauds laissés sans surveillance, essuie-tout près des brûleurs. Le compartiment moteur renferme du gazole, de l'huile, du câblage électrique et de la chaleur — une combinaison qui exige la vigilance. Les installations électriques causent des incendies par surcharge des circuits, câblage défectueux, connexions corrodées et, de plus en plus, par emballement thermique des batteries au lithium. Les liquides inflammables — essence pour les moteurs hors-bord, pétrole lampant, white-spirit, alcool — doivent être stockés dans des coffres dédiés et ventilés, jamais dans la cabine.

7.3 Prévention des incendies

La prévention vaut infiniment mieux que la lutte. Ne laissez jamais la cuisine sans surveillance. Coupez le gaz à la bouteille lorsque vous ne cuisinez pas activement, surtout la nuit. Gardez les fonds du compartiment moteur propres et exempts d'accumulation d'huile et de carburant. Inspectez régulièrement les connexions électriques à la recherche de corrosion, de dommages dus à la chaleur ou de bornes desserrées. Rangez correctement les liquides inflammables. Interdiction de fumer sous le pont, en toutes circonstances ; si vous fumez sur le pont, utilisez des cendriers profonds et jetez les mégots par-dessus le côté sous le vent, jamais dans les poubelles.

7.4 Extincteurs

Connaissez l'emplacement et le type des extincteurs de votre bateau avant de prendre la mer. Des feux différents exigent des extincteurs différents, et utiliser le mauvais peut aggraver la situation.

La poudre polyvalente (étiquette bleue) est polyvalente (classes A solides, B liquides, C gaz, installations électriques). Elle fonctionne mais salit, réduit la visibilité et est corrosive pour l'électronique. Utilisez-la lorsque rien d'autre ne convient.

Le CO2 (étiquette noire) est idéal pour les feux électriques et les compartiments moteur, car il ne laisse aucun résidu. Mais il déplace l'oxygène — dans un espace confiné, il peut vous asphyxier. De plus, la corne de décharge devient extrêmement froide ; la tenir à mains nues cause des gelures. Utilisez toujours la poignée ou des gants.

La mousse (étiquette crème) est excellente pour les feux de liquides (huile, gazole). Elle forme un voile à la surface du combustible, coupant l'oxygène et empêchant la reprise du feu.

L'eau (étiquette rouge) est UNIQUEMENT destinée aux feux de classe A (bois, papier, tissus). N'utilisez JAMAIS l'eau sur les feux électriques (risque d'électrocution) ni sur les feux de graisse ou d'huile (elle se vaporise violemment, propageant l'huile enflammée).

Les couvertures anti-feu sont indispensables dans la cuisine. Pour un feu de casserole, jetez la couverture sur la casserole pour l'étouffer, puis coupez le gaz. Ne déplacez pas la casserole ; ne soulevez pas la couverture pour vérifier. Laissez-la en place jusqu'à refroidissement complet.

7.5 Actions en cas d'incendie

  1. Criez « Feu, feu, feu ! » et indiquez l'endroit. Chacun doit le savoir instantanément.
  2. Alertez le skipper, qui prend le commandement. Si le feu est incontrôlable, émettez immédiatement un MAYDAY.
  3. Isolez la source de combustible : coupez le gaz, le moteur et les interrupteurs généraux électriques si cela peut se faire sans danger.
  4. Attaquez avec l'extincteur approprié. Visez la BASE des flammes, et non le sommet. Balayez de gauche à droite.
  5. Ventilez stratégiquement : fermez les écoutilles et les aérations pour priver le feu d'oxygène. N'ouvrez PAS complètement l'écoutille du moteur s'il y a un feu à l'intérieur ; l'afflux d'oxygène provoque un embrasement généralisé. Déchargez par le petit regard d'inspection ou l'orifice dédié aux extincteurs.
  6. Évacuez si le feu ne peut pas être circonscrit. Enfilez les gilets de sauvetage, mettez le radeau de sauvetage à l'eau, saisissez le sac d'abandon. L'abandon du navire est un dernier recours, mais l'hésitation coûte des vies.

8. Matériel de secours : fusées, radeau de sauvetage, abandon du navire

Le programme exige que vous sachiez utiliser des fusées de détresse et savoir quand elles doivent être employées, et que vous compreniez comment mettre à l'eau et embarquer dans un radeau de sauvetage. Ce sont des compétences que vous espérez ne jamais utiliser, mais si vous en avez besoin, l'hésitation ou l'ignorance peuvent coûter des vies.

8.1 Fusées de détresse

Les fusées sont des dispositifs pyrotechniques utilisés UNIQUEMENT dans des situations de danger grave et imminent pour la vie ou pour le bateau. Elles ne servent pas à attirer l'attention à la légère ; un usage abusif gaspille les moyens de sauvetage et peut entraîner des poursuites.

Les fusées rouges à main brûlent pendant environ 60 secondes avec une intensité vive. Elles servent à indiquer votre position exacte à un sauveteur qui vous cherche déjà — un hélicoptère des garde-côtes, un navire proche répondant à votre MAYDAY. Tenez-la à bout de bras au-dessus du côté sous le vent, pour que les étincelles s'éloignent du bateau et du gréement. Ne regardez pas directement la fusée allumée ; les lésions de la rétine sont permanentes. Allumez-la seulement lorsque vous voyez ou entendez le sauveteur approcher.

Les fusées rouges à parachute projettent une fusée à environ 300 mètres de hauteur, suspendue à un parachute, et brûlent pendant plus de 40 secondes. Elles sont visibles à des kilomètres et servent à attirer l'attention de navires lointains ou de stations à terre lorsque personne ne sait que vous êtes en difficulté. Pointez légèrement vers le vent arrière au tir, afin que le parachute qui descend dérive vers vous plutôt que loin de vous. Ne pointez jamais vers des personnes, le bateau ou le gréement. Le moteur de la fusée est chaud et les débris retombent.

Les cartouches de fumée orange (à main ou flottantes) produisent une fumée orange dense pendant 3 à 60 minutes. Ce sont des signaux de jour uniquement, inutiles la nuit. Leur valeur principale est d'indiquer la direction du vent aux hélicoptères et de marquer la position pour les sauveteurs qui scrutent visuellement. Déployez-les sous le vent pour que la fumée n'enveloppe pas le bateau.

Les fusées blanches à main sont des signaux d'avertissement de collision de nuit, et NON des signaux de détresse. Utilisez-les pour alerter un navire qui approche et qui pourrait ne pas vous avoir vu.

Règles de sécurité : rangez les fusées dans un conteneur étanche, facilement accessible mais protégé d'un allumage accidentel. Vérifiez régulièrement les dates de péremption (généralement quatre ans). Lisez les instructions AVANT une urgence — tâtonner avec un emballage inconnu alors que le bateau coule n'est pas le moment d'apprendre. Ne tirez jamais une fusée d'essai. Éliminez les fusées périmées légalement par l'intermédiaire des garde-côtes ou de la police maritime ; ne les jetez jamais dans les poubelles domestiques ni dans un feu de jardin.

8.2 Radeaux de sauvetage

Le radeau de sauvetage est votre dernier refuge lorsque le bateau lui-même est devenu inhabitable. Comprendre son fonctionnement avant d'en avoir besoin est essentiel.

Rangement : Les radeaux de sauvetage sont conservés dans une housse (sac souple) ou un conteneur rigide sur le pont, montés dans un berceau avec un dispositif de largage hydrostatique (HRU). Si le bateau coule, le HRU se déclenche à 2–4 mètres de profondeur, coupant la sangle de retenue et permettant au radeau de flotter librement. Le fil de mouillage reste attaché au bateau qui coule, et lorsque le bateau descend, le fil se tend et déclenche la bouteille de CO2 de gonflage. Ce déploiement automatique est la raison pour laquelle le fil de mouillage doit être fixé à un point d'ancrage solide qui tiendra jusqu'au gonflage complet du radeau — généralement un point d'ancrage dédié et robuste près du rangement du radeau, et NON un taquet qui pourrait arracher sous charge.

Mise à l'eau manuelle : Si vous devez déployer le radeau avant que le bateau ne coule :

  1. Assurez-vous que le fil de mouillage est fermement attaché au point d'ancrage du bateau.
  2. Jetez le conteneur ou la housse par-dessus bord dans l'eau.
  3. Tirez brusquement sur le fil de mouillage jusqu'à sentir une résistance — cela déclenche la bouteille de gaz.
  4. Le radeau se gonfle automatiquement. Ramenez-le le long du bord.

Embarquement : Ne sautez pas dans le radeau si c'est possible ; vous risquez de percer le plancher ou de blesser les occupants. Descendez prudemment depuis le point le plus bas du bateau. Si vous êtes déjà dans l'eau, utilisez l'échelle d'embarquement ou la sangle en toile pour vous hisser — cela demande de la force dans le haut du corps, que l'hypothermie dégrade rapidement, donc embarquez tant que vous le pouvez encore. Emportez le sac d'abandon avec vous.

À l'intérieur du radeau : Ne coupez le fil de mouillage QUE si le navire-mère coule ou brûle et menace le radeau. Déployez immédiatement l'ancre flottante (drogue) pour stabiliser le radeau et réduire la dérive. Videz toute l'eau. Administrez rapidement les premiers secours et des comprimés contre le mal de mer — vomir dans un radeau fermé est pénible et accélère la déshydratation. Établissez un tour de quart. Rationnez strictement l'eau dès le premier jour ; ne buvez en aucun cas l'eau de mer. Maintenez le moral par une routine, la conversation et un but commun.

8.3 Procédures d'abandon du navire

L'abandon du navire est un dernier recours. L'adage « montez dans le radeau » existe parce qu'un bateau qui coule est souvent plus sûr qu'un radeau jusqu'aux tout derniers instants — il est plus grand, plus visible, dispose de provisions et offre un abri. Ne quittez le bord que lorsque rester à bord est clairement plus dangereux que d'entrer dans le radeau.

La séquence :

  1. Émettez un MAYDAY avec votre position. Faites-le avant d'abandonner ; une fois dans le radeau, la communication est limitée.
  2. Activez la balise EPIRB et emportez-la avec vous.
  3. Enfilez les gilets de sauvetage et les combinaisons de survie si elles sont disponibles.
  4. Mettez le radeau de sauvetage à l'eau sous le vent.
  5. Saisissez le sac d'abandon (il contient une VHF portative, des fusées, de l'eau, une trousse de premiers secours, un SART).
  6. Embarquez dans le radeau et coupez le fil de mouillage si nécessaire.

Entraînez-vous mentalement. Sachez où se trouve chaque équipement. Dans une véritable urgence, les capacités cognitives se dégradent sous le stress ; les connaissances préalablement acquises tiennent.


9. Vivre à bord : cuisine, toilettes et vie quotidienne

Le programme exige que vous accomplissiez correctement les tâches générales sur le pont et sous le pont, liées à la routine quotidienne du bateau. Cela paraît banal, mais bien vivre à bord fait la différence entre une traversée supportable et une traversée pénible, entre une traversée sûre et une traversée dangereuse.

9.1 Sécurité et fonctionnement de la cuisine

La cuisine est statistiquement l'endroit le plus dangereux à bord en raison des risques d'incendie et de brûlures. Traitez-la avec respect.

Sécurité du gaz : Le gaz de pétrole liquéfié (GPL — propane ou butane) est plus lourd que l'air. Une fuite descend dans les fonds, créant un mélange explosif invisible. Coupez toujours le gaz à la bouteille lorsque vous ne cuisinez pas activement. Sachez où se trouve la commande à distance de coupure par électrovanne et testez-la régulièrement. Allumez l'allumette AVANT d'ouvrir le brûleur (allumette puis gaz, et non gaz puis allumette) ; allumer le gaz en premier laisse le combustible non brûlé s'accumuler. Vérifiez que la ventilation des fonds fonctionne.

Cuisine en mer : Utilisez le réchaud à cardan — il pivote pour rester horizontal lorsque le bateau gîte. Calez les casseroles avec des pinces ou des barres de retenue. Ne remplissez jamais les casseroles à ras bord ; le liquide bouillant se déverse à chaque vague. Le cuisinier doit porter un harnais par gros temps ; être projeté contre un réchaud chaud est une blessure fréquente. Les repas en une seule casserole sont préférables en route — ils minimisent les risques de renversement, la vaisselle et le temps passé vulnérable devant le réchaud.

Rangement : Verrouillez toutes les portes des coffres avec des loquets pour qu'elles ne s'ouvrent pas en gîtant. Calez fermement les objets pour éviter les cliquetis et la casse. Rangez les objets lourds bas pour maintenir la stabilité du bateau. Une boîte de haricots qui vole lors d'un chavirage devient un projectile.

9.2 Toilettes marines (WC)

Les toilettes marines diffèrent fondamentalement de la plomberie domestique, et leur mauvaise utilisation provoque des bouchages, des inondations et des odeurs qui rendent le bateau inhabitable.

Fonctionnement des toilettes à pompe manuelle :

  1. Ouvrez la prise de mer (vanne) d'admission (eau de rinçage) et d'évacuation.
  2. Pompez vigoureusement la manette — généralement 10 à 15 coups — pour aspirer l'eau de mer et pousser les déchets vers le réservoir de rétention ou par-dessus bord là où c'est autorisé.
  3. Placez la vanne en position « cuvette sèche » et pompez encore plusieurs fois pour vider l'eau stagnante de la cuvette. Cela évite les clapotis en route et réduit les odeurs.
  4. FERMEZ LES PRISES DE MER lorsque vous avez terminé. Laisser ouvertes les prises de rejet est un grand risque de naufrage : si la tuyauterie cède sous la ligne de flottaison, l'eau entre librement. De nombreux bateaux ont été perdus ainsi.

Les toilettes électriques fonctionnent par interrupteur mais suivent la même discipline des prises de mer.

Règles des toilettes : RIEN ne va dans les toilettes à part les déchets humains et le papier toilette de qualité marine. Pas de produits d'hygiène, de lingettes humides, d'essuie-tout, de restes de nourriture ni rien d'autre. Ces éléments bouchent instantanément le clapet ou le broyeur, et les déboucher exige un démontage répugnant. Fermez toujours le couvercle avant de tirer la chasse pour éviter qu'un objet ne tombe par accident. Lavez-vous soigneusement les mains. Laissez le local propre pour l'utilisateur suivant.

9.3 Réservoirs de rétention et réglementation des rejets

De nombreuses juridictions interdisent de rejeter des eaux usées non traitées à moins de trois milles des côtes ou dans les eaux intérieures. Les déchets sont pompés dans un réservoir de rétention, vidés aux stations de pompage des marinas ou rejetés au large lorsque c'est autorisé. Connaissez la réglementation locale ; l'ignorance n'est pas une défense, et les installations de pompage sont largement disponibles.

9.4 Gestion de l'eau douce

Les réservoirs d'eau sont limités. Économisez l'eau sans pitié. Utilisez l'eau de mer pour la première vaisselle, suivie d'un bref rinçage à l'eau douce. Prenez des douches « navy » : mouillez-vous, coupez l'eau, savonnez-vous, rincez brièvement. Surveillez les niveaux des réservoirs sur le tableau des jauges et signalez les inquiétudes au skipper tôt. Manquer d'eau en pleine traversée crée une véritable détresse.


10. Manœuvre des winchs

Les winchs sont des dispositifs mécaniques puissants qui démultiplient votre force de traction, permettant à une seule personne de tendre une écoute de génois contre des tonnes de pression du vent. Ils sont aussi responsables des blessures graves les plus fréquentes sur les yachts — amputations de doigts et arrachements de peau sur les winchs. Respectez-les.

10.1 Anatomie d'un winch

Le tambour est le barillet autour duquel s'enroule le cordage. La base contient des cliquets qui claquent, permettant au tambour de ne tourner que dans le sens du halage. Le logement de manivelle accueille la manivelle du winch. Les winchs autobloquants modernes ont des mâchoires cannelées sur le dessus qui saisissent le cordage automatiquement, libérant une main pour d'autres tâches.

10.2 Chargement d'un winch

  1. Tendez le cordage depuis le chaumard ou le coinceur.
  2. Enroulez le cordage autour du tambour dans le sens HORAIRE (vu d'en haut). Les tours dans le sens antihoraire glissent et se bloquent.
  3. Faites 2 à 3 tours pour des charges modérées, 4 à 5 pour des charges lourdes. Trop peu de tours et le cordage glisse sur le tambour ; trop de tours et le cordage chevauche, s'empile et se bloque complètement.
  4. Assurez-vous que les tours sont à plat et parallèles. Des tours qui se chevauchent (tours en surplomb) bloquent le winch de façon inamovible et exigent de couper le cordage pour le libérer.

10.3 Virer au winch

Insérez fermement la manivelle du winch et assurez-vous qu'elle s'enclenche. NE laissez JAMAIS une manivelle dans son logement lorsque vous ne virez pas activement. Si le cordage se charge soudainement — une rafale remplit la voile, le bateau à-coup — la manivelle tourne violemment à des centaines de tours par minute et peut briser un bras, une mâchoire ou des côtes. Retirez la manivelle dès que vous cessez de virer.

Virez en douceur en utilisant le poids de votre corps, et pas seulement la force des bras. Calez vos pieds. Sur les winchs autobloquants, engagez le bout dans les mâchoires et verrouillez le bras de dégagement. Sur les winchs conventionnels, quelqu'un doit tenir le bout — tirez le cordage qui sort du winch pour créer une friction sur le tambour. Un bout mou équivaut à aucune prise.

10.4 Filer sous charge

Ne lâchez jamais simplement un cordage chargé. Il fouette violemment hors du tambour, et peut emporter des doigts avec lui. Choquez légèrement le bout pour permettre un glissement contrôlé, ou retirez les tours un par un en maintenant la tension.

10.5 Règles de sécurité

  • Gardez les doigts à l'écart du tambour et du point d'entrée du cordage. Les doigts n'ont rien à faire près d'un winch en rotation.
  • Ne jamais enrouler le cordage autour de votre main lorsque vous halez le bout. S'il s'accroche, votre main suit.
  • Retirez toujours la manivelle une fois le travail terminé.
  • En cas de blocage (surcharge), utilisez un nœud de cabestan roulant avec un cordage de rechange pour décharger le winch, puis défaites le cordage coincé. Ne forcez jamais un winch bloqué ; vous le détruirez.

11. Défenses et amarres de quai

Les défenses et les amarres de quai constituent l'interface entre votre bateau et le monde solide, et les bien installer évite les dégâts pour les deux. Elles paraissent simples, mais un mauvais placement des défenses et un mauvais gréement des amarres causent plus de dégâts, esthétiques comme structurels, que toute autre opération courante.

11.1 Défenses

Les défenses absorbent l'énergie du contact entre le bateau et le quai, un bateau le long du bord ou le mur d'une écluse. Sans elles, la fibre de verre se fissure, le gelcoat s'écaille et le bois s'éclate.

Types : Les défenses cylindriques se suspendent verticalement et conviennent aux coques plates contre des quais plats. Les défenses sphériques répartissent la charge sur une surface plus large et sont préférables pour les coques courbes ou les surfaces irrégulières. Les défenses à marches protègent la coque à la ligne de flottaison, là où le bord du quai rencontre le bateau. Les défenses gonflables se rangent petites et se gonflent au besoin ; elles sont excellentes pour les bateaux de croisière disposant de peu de place de rangement.

Placement : Suspendez les défenses au point de maître-bau maximal — la partie la plus large du bateau — car c'est là que le contact se produit en premier. Ajustez la hauteur pour que la défense se trouve entre la coque et la surface du quai, ni au-dessus ni en dessous. Une défense suspendue trop haut ne protège rien ; une défense trop basse s'écrase sous le bord du ponton. En approchant d'un poste inconnu, il vaut mieux trop de défenses à des hauteurs variées que trop peu, parfaitement placées.

Fixation : Utilisez un nœud de cabestan sur le garde-corps ou la filière pour un réglage rapide, renforcé d'une demi-clé si vous quittez le bateau sans surveillance. Vous pouvez aussi utiliser des pinces ou des boucles dédiées. Ne fixez jamais les défenses aux seuls pieds des épontilles — le levier peut les plier. Dans les marinas, réglez les défenses après avoir accosté ; la position finale peut différer de votre estimation à l'approche.

Usage : Ne suspendez les défenses que lors des manœuvres, à quai ou à couple. Naviguer avec des défenses qui pendent vous désigne comme inexpérimenté et risque de les faire tomber à la mer. Rangez-les en navigation.

11.2 Amarres de quai (aussières de mouillage)

Les amarres de quai fixent le bateau au poste et doivent retenir le mouvement dans toutes les directions : avant-arrière, latéral et les à-coups verticaux.

Le système à quatre lignes : Un bateau correctement amarré utilise une aussière avant, une aussière arrière, un spring avant et un spring arrière. L'aussière avant part de la proue vers l'avant jusqu'à un taquet du quai situé devant le bateau ; l'aussière arrière part de la poupe vers l'arrière jusqu'à un taquet du quai situé derrière. Le spring avant part de la proue vers l'arrière jusqu'à un taquet du quai au milieu du bateau ; le spring arrière part de la poupe vers l'avant jusqu'à un taquet du quai au milieu du bateau. Ensemble, ces quatre lignes empêchent le mouvement dans toutes les directions. Les aussières de travers (directement latérales) sont complémentaires, et ne remplacent pas les springs.

Matériau : Les amarres de quai doivent être en nylon, qui s'étire pour absorber les chocs. Le polyester est trop raide pour les amarres de quai ; il transmet chaque à-coup directement aux taquets, causant bruit, usure et rupture potentielle. Le nylon à trois torons est traditionnel et facile à épisser ; le nylon tressé est plus doux pour les mains et résiste mieux au frottement.

Longueur et diamètre : Les lignes doivent être assez longues pour permettre un réglage, mais pas au point que l'excédent de glène traîne dans l'eau. Le diamètre doit correspondre au déplacement du bateau — des lignes sous-dimensionnées s'usent par frottement ; des lignes surdimensionnées sont raides et difficiles à manier. Votre skipper précisera les tailles appropriées.

Protection contre le frottement : Là où les lignes passent dans les chaumards ou frottent contre les bords du quai, utilisez des protections anti-frottement (cuir, toile ou manchons du commerce). Le frottement détruit un cordage plus vite que la charge ; inspectez régulièrement les lignes pour détecter l'abrasion.

Réglage : Une fois les amarres établies, réglez toutes les lignes pour que le bateau soit centré au poste, à égale distance des voisins et des pontons. Les lignes doivent être tendues sans être raides ; une certaine élasticité est souhaitable. Réglez de nouveau après les changements de marée ou les variations de temps.


12. Mouillage, ancrage et accostage

Amener le bateau au repos en toute sécurité — le long d'un ponton, sur une bouée de corps mort ou au mouillage — exige de la préparation, de la communication et de l'exécution. Le programme couvre la manœuvre des aussières, la prise des bouées de corps mort et la préparation du bateau pour entrer et sortir d'un port.

12.1 Accostage à quai

La préparation commence avant d'entrer dans la marina. Suspendez les défenses à la bonne hauteur. Préparez l'aussière avant, l'aussière arrière et les springs, chacun passé à l'extérieur des filières et prêt à l'emploi. Dégagez le pont de tout encombrement. Expliquez à l'équipage les rôles : qui manœuvre quelle ligne, qui se tient où, et quel est le plan si l'approche tourne mal.

L'approche : Le skipper amène le bateau lentement, idéalement face au vent ou au courant (le plus fort des deux), avec un minimum de gaz. En tant qu'équipier, tenez-vous prêt avec les lignes glénées et prêtes. Ne lancez pas les lignes tant que le bateau n'est pas assez proche et stable ; un lancer prématuré signifie récupérer des cordages mouillés et recommencer.

Passer les lignes à terre : Ne débarquez que sur instruction, ne sautez jamais. Passez les lignes au personnel de la marina ou fixez-les vous-même aux taquets désignés. Communiquez clairement : « Aussière avant à terre ! » « Aussière arrière frappée ! »

Fixation : Frappez les quatre lignes (avant, arrière, les deux springs). Réglez leurs longueurs pour que le bateau soit centré, sans frotter contre le ponton ni contre les bateaux voisins. Vérifiez à nouveau les nœuds et les taquets. Ce n'est qu'alors que vous pouvez vous détendre.

12.2 Prise d'une bouée de corps mort

Les corps morts sont des mouillages permanents avec bouées, courants dans les ports et les baies abritées. Ils suppriment les soucis de traînage d'ancre mais exigent une manœuvre précise.

  1. Approchez lentement face au vent ou au courant (le plus fort des deux), en gardant la bouée visible en permanence.
  2. Placez un équipier à la proue avec une gaffe. La personne à la proue guide le barreur par gestes — la voix porte mal sur le bruit du moteur et du vent.
  3. Une fois bord à bord avec la bouée, accrochez la boucle de reprise avec la gaffe. Tenez-la solidement ; la perdre oblige à revenir en arrière.
  4. Passez une aussière de corps mort dans la boucle de reprise et frappez LES DEUX BOUTS sur le taquet de proue. Cela crée une bride qui peut être larguée facilement au départ sans que personne n'aille à l'avant.
  5. Assurez-vous que l'aussière est dégagée de l'hélice et qu'elle n'est enroulée autour de rien.
  6. Laissez le bateau se poser de nouveau sur le corps mort. Vérifiez la sécurité avant de vous détendre.

12.3 Mouillage à l'ancre

Mouiller l'ancre, c'est la liberté — la possibilité de s'arrêter n'importe où, sur une profondeur et un fond d'accrochage adaptés. Cela exige du jugement et de la technique.

Choisir un emplacement : Recherchez l'abri du vent et de la houle. Un bon fond d'accrochage est le sable ou la vase ; évitez les herbiers, la roche ou le corail. Vérifiez la profondeur à marée basse — flotterez-vous encore ? Laissez une place suffisante pour que le bateau puisse évoluer avec les changements de vent et de courant sans heurter les voisins ou les obstacles. Consultez les cartes pour repérer les câbles, les pipelines sous-marins ou les zones réglementées.

Procédure :

  1. Le barreur arrête le bateau au-dessus de l'emplacement choisi, face au vent.
  2. Filez l'ancre en douceur — ne la jetez pas, sinon la chaîne s'entasse et s'emmêle.
  3. Filez la ligne de mouillage (chaîne plus aussière) pendant que le bateau dérive vers l'arrière. Rapport de mouillage : minimum 3:1 pour une chaîne (trois mètres de chaîne par mètre de profondeur), 5:1 pour un cordage. Plus de longueur augmente considérablement la force de tenue.
  4. Frappez la ligne de mouillage sur le taquet une fois la longueur suffisante filée.
  5. Le bateau tend la ligne. Vérifiez qu'il ne chasse pas en alignant deux objets fixes à terre (un alignement). S'ils bougent l'un par rapport à l'autre, l'ancre chasse. Reposez-la en filant davantage de longueur ou en changeant de position.

Lever l'ancre : Démarrez le moteur. Avancez lentement vers l'ancre en halant la chaîne. Lorsque la chaîne est verticale (« à pic »), l'ancre se libère. Lavez la vase de la chaîne avec une brosse de pont et un seau avant qu'elle n'entre dans le puits — une chaîne boueuse corrode et sent mauvais.


13. Quart et veille

Le programme exige que vous assuriez une veille efficace en mer. Ce n'est pas une observation passive ; c'est une vigilance active et disciplinée qui constitue le fondement de la sécurité maritime.

13.1 L'impératif légal et moral

La règle 5 du RIPAM énonce : « Tout navire doit, en toutes circonstances, maintenir une veille convenable, visuelle et auditive, ainsi que par tous les moyens disponibles adaptés aux circonstances et conditions du moment, afin de pouvoir apprécier pleinement la situation et le risque d'abordage. » C'est une obligation légale, et non un simple conseil. En tant qu'équipier compétent, assurer la veille fait partie de vos responsabilités premières.

13.2 Comment assurer une veille convenable

Scrutez méthodiquement. Ne fixez pas l'horizon droit devant vous sans rien voir. Divisez l'horizon en secteurs et balayez-les méthodiquement : depuis la proue, à travers l'horizon bâbord, retour à la proue, à travers l'horizon tribord, et recommencez. Votre regard ne doit jamais s'attarder plus de quelques secondes sur une même zone.

Utilisez des jumelles. Examinez chaque point sur l'horizon. Ce qui ressemble à une crête de vague peut être un bateau de pêche à faible bordé, un conteneur à moitié submergé ou une marque de navigation. Les jumelles transforment l'incertitude en identification.

Écoutez. Moteurs, sirènes de brouillard, voix et déferlement des vagues portent sur l'eau. Coupez la musique et ouvrez les écoutilles lorsque la visibilité est mauvaise. Le son vous alerte souvent avant la vue.

Regardez derrière vous. Le navire qui vous dépasse est tout aussi dangereux que celui qui arrive de face. Vérifiez l'arrière régulièrement.

Veille de nuit : Laissez 15 à 20 minutes à vos yeux pour s'adapter à l'obscurité. Évitez les téléphones, les instruments et les feux blancs. Utilisez une lumière rouge si l'éclairage est nécessaire. Regardez légèrement à côté des objets — la vision excentrée utilise les bâtonnets de votre rétine, bien plus sensibles en faible lumière que les cônes utilisés pour la vision directe.

Signalez immédiatement. Si vous apercevez un autre navire, une bouée, des débris, la terre ou tout élément inhabituel, signalez-le au barreur sur-le-champ. Donnez les relèvements par rapport au bateau : « Navire droit devant, sur tribord avant », « Deux quarts sur bâbord arrière », « Droit devant ». Les signalements vagues font perdre du temps.

13.3 Systèmes de quart

Sur les longues traversées, l'équipage se divise en quarts qui se relaient (généralement 4 heures de quart, 4 heures de repos). Lors des manœuvres, de l'entrée au port ou en cas d'urgence, tout l'équipage est sur le pont.

La relève de quart est critique. Le quart sortant doit briefer le quart entrant sur : le cap et la vitesse en cours ; le trafic proche et les risques d'abordage ; les changements de temps ; la configuration des voiles ; les ordres permanents du skipper ; les problèmes d'équipement ; et tout autre élément pertinent. Ne supposez jamais la continuité ; vérifiez toujours.


14. Barre au compas et navigation au compas

Suivre un cap au compas est une compétence essentielle de l'équipier compétent. Cela paraît simple — garder l'aiguille sur le chiffre — mais bien le faire exige de la compréhension et de la pratique.

14.1 Lire le compas

Le compas magnétique pointe vers le nord magnétique, et non vers le nord vrai. Lisez le repère en degrés sur la ligne de foi (la ligne alignée sur l'étrave du bateau). Ce chiffre est votre cap.

La déclinaison est la différence entre le nord vrai et le nord magnétique, causée par le champ magnétique terrestre. Elle varie selon le lieu et est imprimée sur la rose des vents de la carte. La déviation est l'erreur causée par le métal et les aimants présents à bord ; elle est propre à chaque bateau et consignée sur une carte de déviation. Au niveau équipier compétent, vous suivez les caps magnétiques tels qu'ils sont donnés ; la correction de la déclinaison et de la déviation viendra plus tard.

14.2 Technique de barre

Choisissez votre cap. Surveillez la rose du compas. Faites de petites corrections douces — de simples fractions de mouvement de barre, et non des déflexions complètes. Anticipez le lacet naturel du bateau dans la houle ; ne combattez pas chaque oscillation. La sur-correction produit une route en serpentin, lente, épuisante et inconfortable.

Considérez la barre comme un amortissement, et non comme une suppression. Si l'étrave dérive de cinq degrés vers bâbord, appliquez doucement de la barre à tribord pour stopper la dérive, puis relâchez à mesure qu'elle revient. L'objectif est un cap moyen stable, et non une perfection robotique.

Par gros temps, barrer devient physique. Calez-vous. Utilisez les deux mains. Acceptez que le bateau divague ; concentrez-vous sur la symétrie des écarts plutôt que sur la recherche d'une ligne droite impossible.

15. Notions de navigation

Le niveau équipier compétent n'est pas un cours de navigation, mais une connaissance de base est exigée. Vous devez comprendre les cartes, reconnaître le balisage et comprendre ce que fait le navigateur afin de pouvoir l'aider intelligemment.

15.1 Cartes

Les cartes marines sont les cartes de la mer. Les sondes sont indiquées en mètres par rapport au zéro des cartes (la plus basse mer astronomique). Apprenez les symboles de base : roches, épaves, bouées, mouillages, chenaux, courbes de sonde. Gardez les cartes au sec et pliées proprement le long des plis existants. Utilisez uniquement un crayon — l'encre est permanente et ruine la carte.

Les cartes racontent une histoire. Les courbes de sonde révèlent la forme du fond ; des courbes rapprochées signifient des pentes abruptes, des courbes espacées signifient des pentes douces. Les symboles indiquent les dangers, les passes sûres et les zones réglementées. Passez du temps à étudier les cartes même lorsque vous ne naviguez pas ; la familiarité donne confiance.

15.2 Bouées et marques (région A de l'AISM — Europe)

Les systèmes de balisage définissent les chenaux sûrs et signalent les dangers. Dans la région A de l'AISM (Europe, Afrique, Asie, Australie) :

Marques latérales délimitent les bords des chenaux. Les marques de bâbord sont rouges avec une tête de mât cylindrique ; laissez-les à bâbord lorsque vous entrez au port depuis le large. Les marques de tribord sont vertes avec une tête de mât conique ; laissez-les à tribord lorsque vous entrez. Moyen mnémotechnique pour la région A : « Rouge à bâbord au retour. » (La région B, Amériques, inverse les couleurs.)

Marques cardinales indiquent où se trouve l'eau saine par rapport à la marque (nord, sud, est, ouest). Ce sont des pylônes jaunes et noirs portant deux cônes noirs en tête de mât disposés pour indiquer la direction. Leurs rythmes de feux codent leur identité. Apprenez les séquences ; elles sont logiques une fois comprises.

Marques de danger isolé sont noires avec des bandes horizontales rouges et deux sphères noires au sommet. L'eau saine les entoure, mais le danger se trouve directement en dessous.

Marques d'eaux saines portent des bandes verticales rouges et blanches et une seule sphère rouge. Elles indiquent le milieu des chenaux ou les atterrages.

Marques spéciales sont jaunes et indiquent des pipelines, des zones de dépôt, des zones militaires ou des points de collecte de données. Elles ne sont pas principalement destinées à la navigation.

15.3 Introduction au compas

Traité à la section 14. Au niveau équipier compétent, votre tâche est de suivre avec précision les caps demandés et de signaler vos observations en utilisant la terminologie correcte.


16. Notions de météorologie

Le programme exige la connaissance des services de prévision et de l'échelle de Beaufort. Comprendre la météo fait passer la navigation de la survie réactive à la planification proactive.

16.1 Sources de prévisions météo

Radio VHF : Bulletins de prévisions maritimes diffusés par les garde-côtes ou les services météorologiques sur des fréquences programmées. Apprenez le calendrier de votre zone.

NAVTEX : Récepteur automatique qui imprime prévisions et avis de grand frais. Courant sur les yachts de croisière.

Internet et applications : Windy, PredictWind, XCWeather, les pages marines du Met Office. Téléchargez les prévisions avant le départ ; la connexion en mer n'est pas fiable.

Bureaux du port : Affichent les prévisions locales et les relevés barométriques. Demandez au personnel ses connaissances locales ; il connaît les microclimats que les modèles ne voient pas.

16.2 L'échelle de Beaufort

L'amiral Sir Francis Beaufort a créé cette échelle empirique reliant la vitesse du vent aux conditions observées sur la mer. Mémorisez au minimum les forces 0 à 6 :

  • Force 0 (calme) : <1 nœud. Mer comme un miroir.
  • Force 1 (très petite brise) : 1–3 nœuds. Rides, sans crêtes.
  • Force 2 (petite brise) : 4–6 nœuds. Petites vaguelettes, crêtes vitreuses.
  • Force 3 (petite brise établie) : 7–10 nœuds. Vaguelettes plus grandes, moutons épars.
  • Force 4 (jolie brise) : 11–16 nœuds. Petites vagues, moutons fréquents.
  • Force 5 (bonne brise) : 17–21 nœuds. Vagues modérées, nombreux moutons, quelques embruns.
  • Force 6 (vent frais) : 22–27 nœuds. Grosses vagues, moutons partout, davantage d'embruns. La prise de ris commence généralement ici.
  • Force 7 (grand frais) : 28–33 nœuds. La mer se creuse, des traînées d'écume apparaissent.
  • Force 8 (coup de vent) : 34–40 nœuds. Vagues assez hautes, embruns en poussière, visibilité réduite.

Au-delà de la force 8, les conditions dépassent les capacités habituelles d'un yacht de plaisance. Connaissez vos limites.

16.3 Observer la météo

Baromètre : Une pression en baisse indique une dégradation du temps (dépression ou front qui approche). Une pression en hausse indique une amélioration. La vitesse de variation compte davantage que la valeur absolue ; des chutes rapides signalent des systèmes intenses.

Nuages : Des cirrus filamenteux qui s'épaississent en altostratus précèdent souvent un front chaud et la pluie. Les cumulonimbus en forme de tour indiquent des grains ou des orages. Apprenez les types de nuages ; ils prévoient le temps avec plusieurs heures d'avance, avant les instruments.

Changements de vent : Les brusques changements de direction marquent souvent le passage de fronts. Notez les changements et corrélez-les avec le baromètre et les nuages.

La connaissance de la météo est cumulative. Aucun indicateur isolé ne raconte toute l'histoire ; combinez plusieurs sources.


17. Communication à bord et radio VHF

Une communication claire prévient les accidents. Les malentendus sur le pont mènent à des blessures ; les malentendus à la radio mènent à des sauvetages ratés.

17.1 Communication à bord

La communication en boucle fermée élimine toute ambiguïté :

  • Le skipper donne un ordre : « Choquez l'écoute de foc ! »
  • L'équipier répète : « Je choque l'écoute de foc ! »
  • L'équipier exécute et rend compte : « Écoute de foc choquée ! »

Cela confirme que le message a été entendu, compris et exécuté. La communication en boucle ouverte (« Tu m'as entendu ? ») ouvre la porte au désastre.

Les signes de la main sont essentiels lors de l'amarrage ou du mouillage lorsque le bruit du moteur couvre la voix. Convenez des signes à l'avance : pointer à gauche ou à droite pour la direction, poing fermé pour stop ou maintien, main passée en travers de la gorge pour couper le moteur. Standardisez-les au sein de votre équipage.

Terminologie : Utilisez toujours les termes marins (bâbord, tribord, avant, arrière) plutôt que gauche/droite/devant/derrière, qui dépendent de la direction où l'on fait face. Un vocabulaire constant évite la confusion.

17.2 Notions de radio VHF

Utiliser la VHF légalement exige un certificat restreint de radiotéléphoniste (SRC), mais l'équipier compétent doit connaître les bases pour les urgences.

Le canal 16 est la fréquence internationale de détresse, de sécurité et d'appel. Il est écouté en permanence.

Réglages de puissance : Haute (25 W) pour la portée ; basse (1 W) pour les échanges courts en marina afin de ne pas encombrer les ondes.

Silencieux (squelch) : Réglez jusqu'à ce que le souffle de fond disparaisse juste. Trop haut, il masque les signaux faibles.

Appels de détresse :

  • MAYDAY : Danger grave et imminent pour la vie ou le bateau. Vraies urgences uniquement.
  • PAN-PAN : Urgence. Préoccupation pour la sécurité mais pas de danger immédiat (panne de moteur dérivant vers des rochers, problème médical).
  • SÉCURITÉ/Securite (prononcé « say-cure-ee-tay ») : Sécurité. Avis de navigation ou météorologiques (bois flottant, avis de tempête).

En cas d'ordre d'émettre un MAYDAY :

  1. Appuyez et maintenez le bouton d'émission.
  2. Dites « MAYDAY, MAYDAY, MAYDAY. »
  3. « Ici [nom du bateau], [nom du bateau], [nom du bateau]. »
  4. Le MMSI et l'indicatif d'appel si vous les connaissez.
  5. « MAYDAY [nom du bateau]. »
  6. La position (latitude/longitude ou relèvement/distance par rapport à un amer).
  7. La nature de la détresse (« Coule », « Incendie »).
  8. Le nombre de personnes à bord.
  9. L'assistance requise.
  10. Relâchez le bouton et écoutez.

ASN (appel sélectif numérique) : Le bouton rouge protégé envoie une alerte de détresse numérique automatique avec la position GPS à tous les navires proches et aux garde-côtes. Maintenez-le pendant 3 à 5 secondes. Faites suivre d'un MAYDAY vocal.


18. RIPAM : règles de route

Le programme exige la compréhension des règles de priorité de base pour assister le skipper et maintenir une veille sûre. La couverture complète est abordée au niveau Day Skipper.

18.1 Principes essentiels pour l'équipier

Règle 5 (veille) : Maintenez une vigilance visuelle et auditive en permanence. Traité à la section 13.

Règle 7 (risque d'abordage) : Si le relèvement compas d'un navire qui approche ne change pas, vous êtes sur une route de collision. Signalez-le immédiatement.

Propulsion contre voile : En général, le navire à propulsion cède le passage au voilier. Mais le voilier cède le passage aux navires gênés dans leur capacité de manœuvre, aux navires non maîtres de leur manœuvre, aux navires limités par leur tirant d'eau ou aux navires engagés dans la pêche.

Bâbord amures prend la route : Lorsque deux voiliers sont sur des amures opposées, celui qui est bâbord amures s'écarte de la route de celui qui est tribord amures. Aide-mémoire : « Le porto est rouge. Rouge veut dire danger. Bâbord amures prend la route. »

Au vent cède la route : Sur la même amure, le voilier au vent cède la route à celui qui est sous le vent.

Dépassement : Tout navire qui en dépasse un autre doit s'écarter, qu'il soit à voiles ou à moteur.

18.2 Feux et marques (reconnaissance de base)

  • Rouge au-dessus du vert : Voilier vu de face.
  • Blanc seul : Navire au mouillage ou feu de poupe d'un navire qui s'éloigne.
  • Rouge et blanc : Bâbord d'un navire à moteur.
  • Vert et blanc : Tribord d'un navire à moteur.
  • Boule noire (jour) : Navire au mouillage.
  • Deux boules noires verticales : Navire incapable de manœuvrer.
  • Losange noir : Navire en remorque.

18.3 Signaux sonores

  • 1 brève : Changement de route à tribord.
  • 2 brèves : Changement de route à bâbord.
  • 3 brèves : Propulsion en marche arrière.
  • 5 brèves : Doute sur les intentions / signal d'alarme.
  • Son prolongé (4–6 s) : Visibilité restreinte.

19. Manœuvre du youyou

Le youyou (annexe) transporte l'équipage et les provisions entre le voilier au mouillage et la terre. Le programme exige de connaître les règles de chargement et la manœuvre à l'aviron.

19.1 Règles de chargement

Vérifiez la plaque de capacité du fabricant pour le nombre maximal de personnes et le poids. Ne le dépassez jamais. Gardez le poids bas et centré ; les passagers s'assoient sur les bancs (bancs de nage) ou sur le fond, jamais sur les plats-bords. Répartissez le poids uniformément d'avant en arrière : trop à l'arrière, le tableau s'emplit d'eau ; trop à l'avant, le nez s'enfonce. Arrimez les bidons de carburant et les bouteilles d'eau pour qu'ils ne glissent pas.

19.2 Technique de nage

Asseyez-vous face à la poupe (dos à la marche). Placez les avirons dans les tolets. Tenez les manches légèrement. Penchez-vous en avant, plongez les pales complètement, tirez en vous redressant avec les jambes et le dos, pas seulement avec les bras. Mettez les pales en drapeau (à plat) au retour pour réduire la résistance au vent et éviter d'accrocher les vagues. Pour virer, tirez fort d'un aviron tandis que l'autre rame en arrière (poussée vers l'avant).

La nage à l'aviron s'améliore vite avec la pratique. Privilégiez le rythme à la puissance : des coups réguliers et souples valent mieux qu'un effort frénétique.

19.3 Moteurs hors-bord

Si vous utilisez un hors-bord, reliez la clé d'arrêt (cordon de coupure) au poignet du barreur ou à son gilet. Si le barreur tombe à l'eau, le cordon coupe le moteur, ce qui empêche le youyou de tourner en rond et de les percuter. Emportez toujours des avirons de secours ; les moteurs tombent en panne.

19.4 Amarrage du youyou

En remorque, utilisez une remorque assez longue pour que le youyou reste dans la vague de sillage du bateau-mère : trop courte, elle percute l'arrière ; trop longue, elle dévie. Amarré bord à bord, attachez-le avec des bosses avant et arrière pour éviter les chocs. Hissez-le sur bossoirs ou dégonflez-le pour les longues traversées afin de réduire la traînée et éviter de le perdre.


20. Usages, coutumes et respect de l'environnement

Le programme exige de connaître les usages admis concernant les pavillons, la prévention du bruit, les égards envers les autres embarcations et la responsabilité environnementale. La marine comprend aussi la courtoisie.

20.1 Pavillons et guidons

Pavillon national : Pavillon du pays d'immatriculation du navire. Arboré à la poupe ou sur la bordure arrière de la voile la plus à l'arrière. Hissé à 0800 (ou au lever du soleil), amené au coucher du soleil (ou à 2100 en été). Amené en navigation si le bateau est laissé sans surveillance.

Guidon : Flamme du club de voile, arborée en tête du grand mât.

Pavillon de courtoisie : Pavillon national du pays visité, arboré sur la barre de flèche tribord. Il doit être en bon état et de taille correcte (pas plus grand que votre pavillon national).

Pavillon Q (quarantaine, jaune) : Arboré en entrant dans les eaux territoriales étrangères jusqu'à l'obtention de la libre pratique douanière et sanitaire.

Le respect des usages en matière de pavillons témoigne de votre respect et de votre compétence. Des pavillons incorrects attirent l'attention des autorités comme des marins expérimentés.

20.2 Savoir-vivre au port

Limitez le bruit au minimum : le son porte énormément sur l'eau. Musique forte, groupes électrogènes la nuit ou cris perturbent tout un mouillage. Respectez l'intimité des voisins ; ne traversez jamais le pont d'un autre bateau pour rejoindre le ponton. Surveillez vos animaux. Gérez correctement vos défenses (voir section 11). Lorsque vous vous amarrez bord à bord, demandez d'abord la permission, enjambez les liernes avant ou arrière (jamais le cockpit ni le roof), et installez des défenses supplémentaires entre les bateaux.

20.3 Responsabilité environnementale

Zéro rejet : Rien ne passe par-dessus bord. Plastiques, emballages, mégots : tout revient aux poubelles à terre.

Eaux usées : Utilisez les cuves de rétention ou les stations de pompage. Aucun rejet d'eaux usées brutes dans les ports fermés ou les zones sensibles.

Eaux grises : Limitez les détergents agressifs. Utilisez un savon écologique.

Déversements d'huile ou de carburant : Signalez-les immédiatement. Utilisez des kits antipollution. Ne rejetez jamais les eaux de cale huileuses.

Mouillage : Évitez les récifs coralliens et les herbiers. Utilisez les coffres d'amarrage établis lorsqu'ils existent.

Faune : Observez à distance respectueuse. Ne nourrissez pas les animaux marins ni les oiseaux de mer.

La protection de l'environnement n'est pas négociable. La mer nous nourrit ; nous lui devons du soin.


21. Gestion du mal de mer

Le mal de mer touche la plupart des gens à un moment ou à un autre. Le programme reconnaît des degrés de gravité variables et attend de vous une contribution malgré l'inconfort.

21.1 Comprendre le mal de mer

Il résulte d'un conflit sensoriel : l'oreille interne perçoit le mouvement tandis que les yeux voient l'intérieur immobile de la cabine. L'anxiété, la fatigue, la déshydratation et les fortes odeurs l'aggravent.

21.2 Prévention et remèdes

Médicaments : Prenez un antinaupathique (Stugeron/cinnarizine, Dramamine, patchs à la scopolamine) AVANT le départ. Une fois les vomissements commencés, les comprimés ne sont plus absorbés.

Acupression : Les bracelets Sea-Bands exercent une pression sur le point P6 (Nei-Kuan) du poignet. Les preuves sont mitigées, mais beaucoup y trouvent un soulagement.

Alimentation : Évitez les repas lourds et gras ou l'alcool en excès avant de naviguer. Mangez des féculents fades (biscuits salés, pain).

Air frais et horizon : Restez sur le pont. Regarder l'horizon synchronise les systèmes visuel et vestibulaire.

Position : Au milieu du navire, près de la ligne de flottaison, on ressent le moins de mouvement.

Restez occupé : La barre ou les tâches précises détournent le cerveau des signaux contradictoires.

21.3 Si vous êtes malade

Penchez-vous côté sous le vent pour que le vent emporte le vomi loin du bateau et de l'équipage. PORTEZ VOTRE HARNAIS : vomir par-dessus bord est un risque majeur d'homme à la mer, à cause des vertiges et de la position penchée. Buvez souvent de l'eau ou des boissons électrolytiques ; la déshydratation aggrave les symptômes et altère la lucidité.

Ne restez pas caché en bas à vous apitoyer sur votre sort. Prévenez le skipper. Même les équipiers très touchés peuvent souvent rouler des cordages, surveiller depuis le cockpit ou accomplir des tâches simples. La contribution malgré la maladie est évaluée.


22. Notions de premiers secours

Une certification complète de premiers secours n'est pas exigée pour le Competent Crew, mais une connaissance de base est indispensable.

22.1 Blessures courantes à bord

Coupures et écorchures : Causées par les manilles, le gréement en câble ou les couteaux. Nettoyez à l'eau douce, appliquez un antiseptique, bandez. Les plaies marines s'infectent facilement ; surveillez la rougeur, le gonflement et la chaleur.

Écrasements : Doigts pris dans les winches ou entre le bateau et le quai. Appliquez de la glace, immobilisez, consultez un médecin. Les écrasements sont trompeusement graves : des lésions internes peuvent ne pas apparaître immédiatement.

Brûlures : Réchaud de cuisine, échappement du moteur. Refroidissez sous l'eau courante pendant 10 minutes au moins. N'appliquez ni beurre, ni glace, ni crème directement.

Traumatismes crâniens : Bôme qui balance. Surveillez une commotion : nausées, pupilles inégales, confusion, somnolence, vomissements. Toute perte de connaissance exige une évaluation médicale urgente.

Entorses : Chevilles ou genoux sur un pont irrégulier. Repos, Glace, Compression, Élévation (RICE).

22.2 Hypothermie

L'eau froide évacue la chaleur du corps 25 fois plus vite que l'air froid. Symptômes : frissons incontrôlables, maladresse, confusion, élocution embarrassée, apathie. Traitement : retirez les vêtements mouillés, isolez avec couvertures et sacs de couchage, donnez des boissons chaudes (pas brûlantes) et sucrées si la personne est consciente. Manipulez doucement : une manipulation brutale peut déclencher des arythmies cardiaques. Ne frottez jamais les extrémités.

22.3 La trousse de premiers secours

Sachez où elle se trouve. Familiarisez-vous avec son contenu : pansements adhésifs, bandes, antiseptique, antidouleurs, pince à écharde, bande triangulaire, compresses stériles. Vérifiez les dates de péremption et réapprovisionnez les articles utilisés.


23. Tâches générales sur le pont et sous le pont

Un équipier compétent anticipe les besoins et agit de sa propre initiative. Le programme exige une exécution satisfaisante des routines quotidiennes.

23.1 Routine du matin

Levez-vous tôt. Aérez la cabine (ouvrez les capots pour dissiper la condensation). Vérifiez les fonds de cale pour toute entrée d'eau inattendue. Aidez à préparer et à débarrasser le petit-déjeuner. Rangez la literie dans les casiers prévus.

23.2 Préparation du départ

Rangez les objets libres à l'intérieur. Verrouillez les loquets des casiers. Vérifiez que les planches de descente sont en place. Parez les défenses et préparez les amarres. Larguez dans l'ordre donné par le skipper.

23.3 Tâches en navigation

Maintenez une veille constante. Réglez les voiles selon les indications ou de votre propre initiative lorsque le vent tourne. Enroulez et rangez les cordages immédiatement après usage. Gardez le cockpit rangé : les cordages mal rangés près de la barre ou des winches sont mortels. Servez des rafraîchissements aux barreurs et aux équipiers de quart.

23.4 Arrivée et routine du soir

Préparez défenses et amarres avant d'entrer dans la marina ou le mouillage. Amarrez correctement le bateau. Lavez les ponts salés. Aidez à préparer le repas. Rangez la cabine : les bateaux en désordre stressent. Chargez les batteries. Remplissez les réservoirs d'eau. Videz les cuves de rétention aux stations de pompage.

La routine crée la sécurité. Les habitudes prises tôt persistent tout au long de votre carrière de navigateur.


24. Questions d'entraînement et auto-évaluation

Testez vos connaissances. Les réponses suivent chaque question.

Nœuds et cordages

  1. Quel nœud forme une boucle fixe dans une amarre pour la passer sur un bollard ?

Nœud de chaise.

  1. Pourquoi ne jamais utiliser un nœud plat pour relier deux cordages différents ?

Il se défait sous charge. Utilisez le nœud d'écoute double.

  1. À quoi sert le nœud de cabestan ?

Fixer un cordage à un autre cordage ou à un espar, en s'agrippant sous charge dans un seul sens ; soulager la tension sur un cordage coincé.

  1. Dans quel sens enrouler un cordage à trois torons ?

Dans le sens des aiguilles d'une montre, en suivant la torsion naturelle à droite.

Sécurité et urgences

  1. Actions immédiates en cas d'homme à la mer ?

Crier « Homme à la mer ! », pointer en continu, jeter une bouée de sauvetage, appuyer sur MOB du GPS, prévenir le skipper.

  1. Quand porter le harnais de sécurité ?

La nuit, par mauvaise visibilité, gros temps, seul sur le pont, ou sur ordre du skipper.

  1. Couleur de l'étiquette de l'extincteur au CO2 et feux appropriés ?

Noir. Feux électriques et feux de compartiment moteur.

  1. Pourquoi ne jamais ouvrir complètement la trappe moteur en cas d'incendie ?

L'afflux d'oxygène provoque un embrasement généralisé.

  1. À quoi sert la sangle d'entrejambes du gilet ?

Elle empêche le gilet de remonter par-dessus la tête dans l'eau.

Navigation à voile et manœuvre

  1. Différence entre virer vent debout et empanner ?

Virer : l'étrave passe face au vent. Empanner : l'arrière passe face au vent.

  1. Allure avec le vent directement de côté (90°) ?

Largue.

  1. Direction dans laquelle le bateau doit être lofé lors de la hissée de la grand-voile ?

Directement face au vent (vent debout).

  1. Danger de laisser la manivelle dans le logement d'un winch ?

Une rotation violente cause des blessures graves.

  1. Signification de « close-hauled » (au près) ?

Naviguer aussi près du vent que possible, à environ 45° de celui-ci.

Navigation et règles

  1. Couleur de la marque latérale de bâbord en entrant dans un port, région A de l'AISM ?

Rouge.

  1. Navire montrant un feu rouge au-dessus d'un feu vert ?

Voilier vu de face.

  1. Signal sonore pour changer de route à tribord ?

Une brève.

  1. Règle 5 du RIPAM ?

Maintenir une veille appropriée, à vue, à l'ouïe et par tous les moyens disponibles.

Vie à bord

  1. Pourquoi fermer les prises d'eau de mer après usage des toilettes ?

Pour éviter une voie d'eau si la tuyauterie cède sous la ligne de flottaison.

  1. Seul élément, outre les déchets humains, admis dans les toilettes marines ?

Du papier toilette de qualité marine.

  1. Pavillon hissé en entrant dans des eaux étrangères avant la libre pratique ?

Pavillon Q (jaune uni).

  1. Force du vent pour la force 6 Beaufort ?

22–27 nœuds (Vent fort).


25. Pour la suite : notes de renvoi

Ce manuel couvre en profondeur le programme du Competent Crew. Les sujets introduits ici se développent nettement dans les cours RYA suivants :

  • Cartographie, calculs de marée, balisage : Voir la matière Day Skipper, sections 1, 12, 13.
  • RIPAM : Voir Day Skipper section 3 et Coastal Skipper section 7.
  • Météorologie : Voir Day Skipper section 4, Offshore section 3, Ocean section 6.
  • Radio VHF : Voir Day Skipper section 9 et Coastal Skipper section 11.
  • Manœuvres de récupération d'homme à la mer : Voir Day Skipper section 8.
  • Préparation de route : Voir Day Skipper section 5 et Coastal Skipper section 2.
  • Gros temps et stabilité : Voir Coastal Skipper section 8 et Offshore section 4.
  • Navigation astronomique : Uniquement dans la matière Ocean, sections 1–4.

La maîtrise de la navigation est cumulative. Chaque cours s'appuie sur le précédent. Consolidez à fond les fondamentaux du Competent Crew avant d'avancer ; les lacunes deviennent ensuite des gouffres.


Document compilé : 2026-10-06 Agent : opencode Modèle : qwen-3.8-max


RYA Competent Crew — Manuel de cours

Un texte pédagogique complet pour l'équipier de yacht débutant


Durée du cours : 5 jours (ou l'équivalent en week-ends) Prérequis : aucun — adapté aux débutants complets Âge minimum : 12 ans (moins de 18 ans : accord du parent ou du tuteur) Ratio élèves / instructeur : maximum 5:1, minimum 3:1 Résultat : certificat RYA Competent Crew

Ce manuel est écrit comme un instructeur vous parlerait à bord : explications complètes, exemples concrets, démonstrations pas à pas, et le genre de conseils pratiques durement acquis qui ne tiennent jamais sur une fiche de programme. Il suppose que vous n'avez jamais navigué, ou que vous avez navigué un peu et voulez comprendre pourquoi les choses se font comme elles se font. Chaque thème du programme RYA Competent Crew est traité ici sous forme de récit. Lisez-le avant votre stage si vous voulez arriver avec confiance ; lisez-le après si vous voulez consolider ce que vos mains ont appris pendant que votre tête était occupée à s'accrocher.

Un mot sur l'usage de ce livre. La navigation est une compétence physique autant qu'intellectuelle. Lire sur un nœud de chaise n'apprendra pas à vos doigts à le faire — mais le lire d'abord signifie que, lorsque votre instructeur le démontre, votre cerveau a déjà une place où ranger l'information, et vous apprendrez en deux heures ce qui prendrait peut-être deux jours. Partout où vous voyez une démonstration, imaginez-vous en train de la réaliser. Partout où vous voyez une erreur courante, imaginez-vous la commettre puis la corriger. La mer ne récompense pas la seule connaissance théorique, mais elle punit sévèrement l'ignorance.


Table des matières

  1. Termes marins et parties d'un bateau
  2. Cordages, nœuds et épissures
  3. Manœuvre des voiles
  4. Barre et savoir-faire à la conduite
  5. Équipement individuel de sécurité et gilets de sauvetage
  6. Procédures d'homme à la mer
  7. Précautions contre l'incendie et lutte contre l'incendie
  8. Équipement de secours : fusées, radeau, abandon du navire
  9. Vie à bord : cuisine, toilettes et routine quotidienne
  10. Manœuvre des winchs
  11. Défenses et amarres de quai
  12. Mouillage, amarrage et accostage
  13. Tenue de quart et tâches de veille
  14. Barre et travail au compas
  15. Bases de la navigation
  16. Bases de la météo et de la météorologie
  17. Communication à bord et VHF
  18. RIPAM : règles de route
  19. Manœuvre du canot
  20. Savoir-vivre, usages et sensibilisation à l'environnement
  21. Gestion du mal de mer
  22. Bases des premiers secours
  23. Tâches générales sur le pont et sous le pont
  24. Questions d'entraînement et auto-évaluation
  25. Où aller ensuite : notes de renvoi

1. Termes marins et parties d'un bateau

Avant de pouvoir faire quoi que ce soit d'utile sur un yacht, il faut comprendre ce qu'on vous demande de faire. La première exigence, la plus fondamentale, du stage Competent Crew est une connaissance pratique de la terminologie nautique, car chaque ordre donné à bord — « bordez le foc », « attention à la bôme », « allez à l'avant vérifier l'ancre » — est construit à partir de ces mots. Un équipier qui ne fait pas la différence entre l'avant et l'arrière, ou entre bâbord et tribord, n'est pas seulement inutile : il est un danger, car les instructions qui lui sont adressées seront mal interprétées précisément au moment où un malentendu coûte le plus cher.

1.1 Les directions à bord

Toutes les directions à bord se décrivent par rapport au bateau lui-même, jamais par rapport à vous. C'est la convention la plus importante du savoir-faire marin, et elle existe parce que les gens se tournent dans des directions différentes à des moments différents. Si le barreur dit « allez à gauche » et que vous êtes tourné vers l'arrière alors qu'il est tourné vers l'avant, vous irez dans des sens opposés. S'il dit « allez à bâbord », tout le monde va dans la même direction, quel que soit le sens dans lequel chacun est tourné.

L'étrave est l'avant du bateau et l'arrière est sa partie arrière. Ces deux mots servent de repères à tout le reste. Bâbord est le côté gauche lorsqu'on est debout sur le pont face à l'étrave, et tribord le côté droit dans la même position. De nuit, bâbord se repère au feu de navigation rouge et tribord au feu vert — une convention si ancienne qu'elle précède les moteurs, née à l'époque où l'aviron de tribord d'un voilier était l'aviron de barre et devait rester dégagé du quai, ce qui explique aussi pourquoi le côté droit est devenu « tribord » (steer-board, côté de la barre) et le côté gauche, où l'on amarrait les bateaux, « bâbord ». Apprenez les feux dès maintenant : rouge à gauche, vert à droite, et la formule « le porto est rouge » vous servira toute votre vie de navigateur.

Vers l'avant (ou à l'avant) signifie en direction de l'étrave ; vers l'arrière (ou en arrière) signifie en direction de la poupe. Notez que « en arrière » a aussi un second sens lorsqu'il s'agit d'un mouvement : quelque chose « par le travers arrière » est une direction, mais un bateau « qui marche en arrière » recule. Au milieu du bateau (amidships) désigne le centre du bateau — une consigne utile quand le barreur veut que vous vous placiez là où le bateau bouge le moins. Au vent est le côté d'où vient le vent, le côté contre le vent, celui où l'on se tiendrait pour cracher et voir le crachat s'éloigner du bateau. Sous le vent (leeward) se prononce « lou-ard » : c'est le côté vers lequel souffle le vent, le côté aval, le côté abrité où l'ombre de vent du bateau facilite le travail. Au vent et sous le vent ne sont pas des côtés fixes du bateau ; ils changent à chaque virement de bord, et c'est justement pour cela qu'ils ont leurs propres mots au lieu de s'appeler gauche et droite. Par le travers signifie perpendiculaire à l'axe du bateau — « un navire à deux milles par le travers bâbord ». En haut signifie dans le gréement, et en bas signifie dans la cabine.

Un exercice pratique : asseyez-vous dans le cockpit, fermez les yeux, et faites-vous donner des directions — « avant », « sous le vent », « au milieu », « arrière » — en pointant du doigt. Recommencez jusqu'à ce que les mots court-circuitent entièrement votre pensée consciente. Sous pression, sur un pont sombre, dans un grain, vous n'aurez pas le temps de traduire.

1.2 Vocabulaire de la coque et du pont

La coque est le corps principal du navire, la partie qui flotte. Le long de sa partie basse court la quille, un mot qui a deux sens liés et qui déroute souvent les débutants. Structurellement, la quille est l'épine dorsale du bateau, la lourde poutre qui court d'avant en arrière le long du fond. Sur un yacht de croisière moderne, l'aileron visible sous le bateau s'appelle aussi quille, et il est lesté de plomb ou de fer pour empêcher le bateau de se coucher quand le vent gonfle les voiles. Plus la quille est profonde, plus elle donne de moment de redressement et plus le bateau remonte au près — mais plus il lui faut d'eau. Le tirant d'eau est la distance entre la ligne de flottaison et le point le plus bas de la quille : la profondeur minimale d'eau dans laquelle le bateau peut flotter. Connaissez toujours votre tirant d'eau ; c'est le chiffre qui décide si vous pouvez entrer dans un mouillage donné à marée basse.

Le pont est le plancher extérieur du bateau. Au-dessus, généralement à l'avant du cockpit, se trouve le rouf, la structure surélevée qui abrite la cabine en dessous et donne de la hauteur sous barrots. Le cockpit est la zone en retrait, généralement à l'arrière, où l'équipage s'assoit pour barrer et manœuvrer les voiles : c'est la passerelle du bateau, son salon en mer, et sur un yacht bien conçu c'est aussi un puits profond et autovideur qui vous protège d'être emporté par-dessus bord.

La direction se fait à la barre franche sur les petits yachts — un levier fixé à la mèche du gouvernail que l'on pousse et tire — ou à la barre à roue sur les plus grands, reliée par câbles ou par vérins hydrauliques au gouvernail, la pale plate sous l'arrière qui dirige réellement le bateau. Les deux se ressentent très différemment, nous y reviendrons dans la partie consacrée au barrage, mais la physique sous-jacente est identique : le gouvernail dévie l'eau, et le bateau réagit.

Le plat-bord (prononcé « gunnel ») est le bord supérieur de la coque là où elle rencontre le pont. Un pavois est un prolongement plein de la coque au-dessus du niveau du pont, un véritable mur face à la mer, courant sur les bateaux plus grands ou plus anciens. Beaucoup de yachts modernes ont plutôt une filière de pont, une lisse basse ajourée qui court tout autour du bord du pont et contre laquelle on peut caler les orteils de ses bottes lorsque le bateau gîte : apprenez à vous en servir, car c'est en calant vos pieds que vous restez à bord.

À l'avant se trouve le balcon avant, un cadre de garde-corps métallique, et à son pendant, le balcon arrière, à l'arrière. Entre les deux courent des épontilles, des montants métalliques verticaux, qui portent des garde-corps ou des filières, les câbles conçus pour vous empêcher de passer par-dessus bord. Respectez les filières sans leur faire une confiance aveugle : elles sont conçues pour empêcher une personne de tomber, à vitesse de marche humaine, dans des conditions normales. Elles ne sont pas conçues pour supporter le poids de tout l'équipage d'un bateau lors d'un chavirage, et une sangle passée sous les aisselles ne sauvera pas quelqu'un qui a été projeté par-dessus elles. La surface verticale plane qui forme l'arrière est le tableau arrière : sur de nombreux yachts modernes, il est large et en gradins, et sert aussi de plateforme de baignade.

Le franc-bord est la distance entre la ligne de flottaison et le bord du pont : la hauteur de bateau qui dépasse de l'eau. Un franc-bord élevé donne un bateau plus sec et plus confortable, mais il capte davantage le vent, un point qui compte plus qu'on ne le croit lorsqu'on tente de tenir sa place contre une brise dans une marina. La ligne de flottaison est la ligne de la coque où se situe l'eau lorsque le bateau est chargé normalement ; c'est le point de référence pour tout, du tirant d'eau à la vitesse de coque.

1.3 Vocabulaire du gréement

Le gréement est tout ce qui — câbles, cordages et quincaillerie — soutient le mât et commande les voiles, et il se divise nettement en deux familles qu'il faut bien distinguer : le gréement dormant, fixe et qui maintient le mât debout, et le gréement courant, qui bouge et commande les voiles.

Le mât est le principal espar vertical. La bôme est l'espar horizontal fixé au mât par le col de cygne, une rotule qui lui permet de pivoter vers le haut, le bas et sur les côtés, et elle soutient le bas de la grand-voile. Pour maintenir le mât, il y a les câbles du gréement dormant : la draille (ou bastaque avant) va du sommet du mât à l'étrave et empêche le mât de tomber vers l'arrière ; le pataras va du haut du mât à l'arrière et empêche qu'il tombe vers l'avant ; et les haubans vont du mât aux côtés du bateau et empêchent qu'il tombe sur le côté. Les haubans de tête vont en haut du mât ; les haubans inférieurs ou intermédiaires se fixent plus bas. Les barres de flèche sont les tirants horizontaux qui partent du mât et écartent les haubans, augmentant l'angle sous lequel ils soutiennent le mât et donc leur bras de levier : un hauban tendu sous un angle faible travaille beaucoup moins qu'un hauban tendu sous un angle large, et c'est pourquoi les barres de flèche existent. Les câbles aboutissent aux chaînes de haubans, des plaques métalliques boulonnées à travers la coque, et leur tension se règle par des tendeurs (vis de gréement) à leur base. Ne touchez jamais aux tendeurs vous-même ; le réglage du gréement relève du skipper ou du gréeur, mais vous devez savoir ce qu'ils sont.

Le gréement courant est la partie que vous manipulerez réellement tous les jours. Une drisse hisse une voile — il y a la drisse de grand-voile, la drisse de foc, la drisse de spinnaker — et le mot vient de l'ancien anglais « to haul », tirer. Une écoute commande l'angle d'une voile par rapport au vent ; l'écoute de grand-voile commande la grand-voile, les écoutes de foc commandent le foc. Ne confondez pas drisses et écoutes : la drisse tire vers le haut et se règle une fois à chaque hissage ; l'écoute tire latéralement et se règle constamment. Le hale-bas de bôme va de la bôme au pied du mât et empêche la bôme de se lever, ce qui empêche à son tour la bordure arrière de la grand-voile de s'ouvrir par torsion. Le hale-bas de guindant (cunningham) tire vers le bas le guindant de la grand-voile ; le hale-bas de bordure tire le point d'écoute le long de la bôme pour tendre le pied ; les garcettes de ris réduisent la surface de voile ; la balancine soutient la bôme lorsque la voile est baissée ; la drisse d'enrouleur enroule un foc autour de l'étai ; et le rail de chariot (traveller) est un rail transversal sur lequel coulisse un chariot auquel se fixe la poulie d'écoute de grand-voile, vous permettant de déplacer le point d'écoute latéralement sans changer la longueur de l'écoute.

Il y a ensuite la quincaillerie. Un chaumard est tout guide — anneau ou poulie — qui dirige un cordage là où vous le voulez et l'empêche de frotter. Un taquet est la ferrure à deux cornes autour de laquelle on enroule un cordage pour le fixer. Un coinceur (bloqueur) serre un cordage sous charge pour que vous puissiez lâcher une drisse sans qu'elle remonte le long du mât ; on ouvre le levier pour le libérer. Une poulie est une moufle simple ; une manille est un maillon métallique en forme de U avec un axe à vis ou un axe à désaccouplement rapide (une manille à ressort) servant à relier des éléments. Un winch est le tambour mécanique qui démultiplie votre force de traction, et il mérite un chapitre à lui seul, qu'il recevra plus loin dans ce manuel.

1.4 Vocabulaire des voiles

La grand-voile est la grande voile triangulaire établie à l'arrière du mât, fixée le long de son bord d'attaque au mât et le long de sa bordure à la bôme. À l'avant du mât, sur l'étai, se trouve le foc ou le génois ; s'il est assez grand pour chevaucher le mât, on l'appelle génois. Le spinnaker est le grand ballon léger utilisé pour naviguer vent arrière par petit temps.

Chaque voile a trois bords et trois coins, et leurs noms sont constants pour toutes les voiles de tous les bateaux. Le guindant est le bord d'attaque — le bord avant, celui qui est le plus proche du vent — et c'est aussi un verbe : une voile qui « faseye » bat, parce qu'elle a été trop serrée contre le vent. La bordure (leech) est le bord de fuite, et la chute est le bord inférieur. Les coins sont la tête (en haut), le point d'amure (coin inférieur avant, qui partage aussi son nom avec la manœuvre consistant à faire passer l'étrave dans le lit du vent), et le point d'écoute (coin inférieur arrière, où s'attache l'écoute). Lorsqu'un instructeur dit « le guindant faséye », vous savez maintenant exactement quel bord regarder et quel est le problème.

Deux éléments de plus. Les bastaques sont des lattes souples glissées dans des fourreaux le long de la bordure arrière qui soutiennent la forme de la voile et l'empêchent de claquer. Les penons sont de courts morceaux de fil ou de ruban fixés à la voile qui vous montrent le flux d'air qui la traverse — ce sont les instruments propres de la voile, et apprendre à les lire est l'une des compétences les plus précieuses que vous acquerrez. Les œillets de ris sont les petits œillets et attaches le long de la voile servant à ferler la toile excédentaire lorsque vous prenez un ris.

1.5 Mesures et unités

La navigation a ses propres unités, plus anciennes et plus logiques qu'elles n'y paraissent. Un nœud est un mille nautique par heure. Un mille nautique est une minute de latitude — environ 1 852 mètres — ce qui le rend naturellement utile en navigation, car sur une carte, une minute de latitude équivaut à un mille nautique, et vous pouvez mesurer des distances avec votre compas à pointes sèches sans aucun calcul. Une brasse vaut six pieds, unité traditionnelle de profondeur, car elle correspond à peu près à l'envergure des bras d'un marin tendus lorsqu'il tient une ligne de sonde — bien que les sondeurs modernes affichent en mètres. Un câble vaut un dixième de mille nautique, soit environ 185 mètres, à peu près la longueur de la chaîne d'ancre d'un navire.

Parmi les mesures du bateau lui-même, le LHT (longueur hors tout) est la longueur totale de l'étrave à l'arrière ; la LFL (longueur à la flottaison) est la longueur de la coque à la ligne de flottaison, qui est le chiffre qui détermine réellement la vitesse maximale théorique d'une coque à déplacement ; et le maître-bau est la largeur maximale. Lorsque quelqu'un vous dit que le bateau fait 35 pieds, demandez « LHT ou longueur à la flottaison ? » — c'est le genre de question qui vous distingue comme quelqu'un qui fait attention.


2. Cordages, nœuds et épissures

Si une compétence distingue un membre d'équipage utile d'un passager, c'est l'aisance avec les cordages. Le cordage sur un yacht n'est pas une compétence décorative ; il porte des charges, touche à la sécurité et il est constant. Vous ferez des nœuds pour amarrer le bateau la nuit, pour fixer les voiles, pour suspendre les défenses, pour remorquer et — si le pire arrive — pour sauver quelqu'un. Le programme attend de vous que vous maniiez les cordages, notamment en les tournant, en les rangeant, en les amarrant aux taquets et aux bollards, en manœuvrant les aussières, et que vous fassiez correctement et rapidement une liste précise de nœuds, souvent pendant que le bateau bouge et que quelqu'un vous parle.

2.1 Construction et matériaux des cordages

Avant les nœuds, un mot sur ce dans quoi vous les faites, car le cordage dans votre main détermine quel nœud se comporte bien et lequel déçoit.

Le cordage commis à trois torons est le cordage traditionnel : trois torons torsadés ensemble. Il est facile à épisser, bon marché, et il possède une torsion naturelle — un commettage à droite — qui influe sur la façon dont il faut la glène. Sa faiblesse est qu'il fait des coques : si on le glène de la mauvaise façon à répétition, il garde une mémoire tenace de cette torsion, formant des boucles qui ne restent pas à plat.

Le cordage tressé — en particulier la double tresse ou tresse sur tresse, avec une âme intérieure porteuse et une gaine extérieure qui la protège — est ce que vous trouverez sur la plupart des écoutes et drisses modernes. Il glisse en douceur dans les coinceurs, les chaumards et les winchs, il n'a pas de torsion naturelle à combattre, et il est plus doux pour les mains. Sa construction signifie qu'il doit être glené différemment pour éviter les coques.

Les matériaux comptent aussi. Le polyester (Terylene/Dacron) est le cheval de trait : résistant, peu élastique, résistant aux UV, et il constitue la grande majorité du gréement courant. Le nylon s'étire — et cet étirement est un atout, non un défaut, car une aussière de mouillage ou un câble d'ancre qui s'étire absorbe le choc de chaque vague ou rafale au lieu de le transmettre au taquet ou à l'ancre ; c'est pourquoi le nylon est le matériau des câbles d'ancre et des amarres de quai. Le polypropylène flotte, est bon marché, et se dégrade au soleil ; on l'utilise pour les bosses de l'annexe et les aussières de lancer, où flotter est un avantage et une longue durée de vie n'est pas nécessaire. Le Dyneema (Spectra) est du polyéthylène à très haut poids moléculaire : d'une résistance absurde, pratiquement sans étirement et léger, utilisé pour les drisses haute performance. Le Kevlar (aramide) est peu élastique et résistant à la chaleur, mais il se dégrade avec les UV et la flexion, c'est donc un équipement spécialisé.

Un conseil pratique que vous ne trouverez pas dans un programme : ne supposez jamais qu'un cordage est ce qu'il paraît être. Lorsque vous prenez une ligne inconnue, regardez son extrémité — est-elle ligaturée, adhésivée, épissée ou fondue ? Une aussière à œil épissé vous dit que le cordage est destiné à rester fixé de façon permanente à quelque chose ; une extrémité coupée nette vous dit qu'il est destiné à passer dans des poulies. Et demandez toujours avant de couper quoi que ce soit. Il existe un vieux dicton, parfaitement justifié : « ne coupez jamais un cordage à bord sans avoir d'abord acheté un nouveau au propriétaire. »

2.2 Glène et rangement des cordages

Un cordage correctement glené est un cordage prêt à servir ; un cordage laissé en tas est un risque de trébuchement, un risque d'enchevêtrement et une urgence qui attend de se produire. Une drisse lâchée en tas sur le plancher du cockpit se nouera d'elle-même la première fois que le bateau virera dans le vent, et il sera alors impossible de la tirer lorsque vous en aurez besoin. Glener n'est pas de l'ordre pour l'ordre — c'est une question de disponibilité.

La glène standard est votre choix par défaut pour le cordage à trois torons. Comme le cordage à trois torons a une torsion naturelle à droite, vous le glenez dans le sens horaire (vu d'en haut, le même sens que celui dans lequel vous tourneriez une vis pour la serrer), en suivant cette torsion afin que chaque spire repose bien contre la précédente. Travaillez avec le cordage, pas contre lui : si vous glenez à contre-commettage, le cordage vous résistera, produisant une glène qui vous échappe des mains et refuse de rester droite.

La glène en huit est destinée au cordage tressé, qui n'a pas de torsion naturelle à suivre. Au lieu d'enrouler le cordage en cercles, on le pose en motif de huit, en alternant le sens de chaque boucle. Les torsions créées par une boucle sont annulées par la suivante, et la glène qui en résulte file librement quelle que soit la direction dans laquelle on tire le cordage. Une fois que vous avez utilisé une glène en huit sur une drisse tressée, vous ne reviendrez jamais à la glène circulaire pour ce cordage.

La glène sur-sous (glène gitane) est la technique avancée utilisée par les équipages professionnels sur les lignes qui doivent courir sans faille : chaque boucle est posée alternativement par-dessus et par-dessous la précédente, produisant zéro torsion nette dans n'importe quel cordage, quelle que soit sa construction. Cela demande de la pratique, et il vaut la peine de regarder un bosco la faire une fois, à vitesse réelle.

Le rangement comporte trois règles. D'abord, accrochez chaque glène à son taquet, son tourillon ou son râtelier désigné — les bateaux ont une place pour chaque chose, et les cordages qui vivent en tas sont des cordages qui se perdent. Ensuite, ne laissez jamais de cordage libre sur le pont : il fait trébucher l'équipage, s'emmêle dans les winchs et, dans le pire des cas, traîne par-dessus bord dans l'hélice. Enfin — et c'est le détail qui sépare une glène bien rangée d'une glène inutilisable — le bout de travail, celui que vous tirerez, doit sortir du dessus de la glène. S'il sort du dessous, il faut soulever toute la glène avant que le cordage puisse filer, et c'est exactement la chose à découvrir dans la précipitation.

Une bonne habitude à prendre dès le premier jour : glenez un cordage dès que vous avez fini de l'utiliser, à chaque fois, même si vous pensez en avoir besoin à nouveau dans trente secondes. La mémoire musculaire acquise la première semaine rapporte pendant des années.

2.3 Amarrage aux taquets et aux bollards

Le nœud de taquet est la façon standard de fixer un cordage à un taquet de pont, et il doit être fait correctement, car la version incorrecte — enrouler le cordage sans fin en spirales autour du taquet — se bloque complètement sous charge et doit alors être coupée. La séquence correcte est la suivante : faites un tour complet à la base du taquet (cela décharge les cornes) ; puis faites un motif en huit, en croisant le cordage par-dessus les cornes alternées une ou deux fois ; terminez par un nœud d'arrêt, en retournant le cordage à l'envers au moment de le poser sur la dernière corne, de sorte que la boucle se bloque sur elle-même. Le résultat tient fermement sous charge, se libère d'une seule main même lorsqu'il est serré, et laisse le cordage prêt à filer librement une fois défait.

Un bollard simple (un poteau court, fréquent sur les pontons et sur les taquets de proue et de poupe des bateaux plus anciens) peut être fixé en passant une boucle par-dessus, ou par un tour mort et deux demi-clés à sa base. La méthode par boucle est rapide mais la boucle doit être de taille appropriée ; le tour mort et les deux demi-clés sont plus lents mais à toute épreuve.

Les bollards doubles, les paires que l'on trouve sur les quais, reçoivent l'aussière de mouillage en motif de huit entre eux. Le huit n'est pas décoratif : il signifie que le cordage ne peut sauter d'aucun des deux bollards quels que soient les à-coups du bateau, et il répartit la charge entre les deux poteaux. Ne jamais simplement enrouler un cordage autour d'un bollard d'une paire en laissant l'autre inutilisé — la concentration de charge peut endommager la ferrure, et une amarre à un seul tour a bien plus de chances de se libérer.

Quel que soit ce à quoi vous amarrez, la règle d'or du travail d'amarrage est la suivante : ne vous tenez jamais dans une boucle de cordage sous tension, et gardez vos mains à l'écart de chaque point de pincement où le cordage rencontre le métal. Les cordages sous charge ne pardonnent pas, et ils ne vous préviennent pas d'abord.

2.4 Manœuvre des aussières de mouillage

Les aussières sont les gros cordages utilisés pour fixer le bateau à un poste ou à une bouée, et elles exigent du travail d'équipe, de l'anticipation et un certain respect. Contrairement à une drisse, une aussière sous charge peut avoir des tonnes de bateau qui pèsent contre elle, et l'énergie emmagasinée dans un cordage de nylon étiré suffit à projeter une personne par-dessus un ponton.

Apprenez le vocabulaire des amarres, car le skipper les appellera par leur nom et s'attendra à les voir apparaître. Une aussière de travers part directement de côté du bateau vers le quai, maintenant le bateau le long du quai. Les aussières de spring partent d'avant en arrière pour empêcher le bateau de glisser le long du ponton : une aussière de spring avant part de l'avant vers l'arrière, jusqu'à un point du quai, et une aussière de spring arrière part de l'arrière vers l'avant jusqu'au quai. Un bateau bien amarré est retenu par une aussière avant, une aussière arrière et les deux springs — quatre amarres tirant dans quatre directions, de sorte que le bateau reste immobile quels que soient le vent ou le clapot. Lorsqu'un skipper crie « spring prêt », il veut la ligne qui empêche le bateau de dériver, et non une aussière de travers.

Une aussière de lancer est une ligne légère, souvent avec une extrémité lestée — un nœud de poing de singe ou un petit sac de lancer — servant à établir la première liaison entre le bateau et la terre. Vous ne pouvez pas lancer avec précision une grosse aussière à dix mètres, mais vous pouvez lancer une aussière de lancer ; une fois qu'elle atterrit, la grosse aussière est manillée ou nouée à son extrémité et halée jusqu'à vous. Lancer correctement une aussière de lancer est une compétence en soi : faites-la tournoyer en cercles verticaux à côté de vous (jamais à hauteur de tête, jamais face à la personne que vous visez) et lâchez-la au sommet de l'arc.

Lorsque vous manipulez des amarres à terre, rappelez-vous que l'équipe du quai est votre partenaire. Passez les lignes clairement, annoncez ce que vous passez (« aussière de proue à terre ! »), et ne supposez jamais qu'une ligne est frappée tant que quelqu'un ne vous l'a pas dit. Une ligne tombée à l'eau entre le bateau et le quai finira inévitablement dans l'hélice.

2.5 Nœuds essentiels

Vous devez savoir faire les nœuds de cette section rapidement, correctement et sans y penser — dans le noir, avec des gants, sous la pluie, avec quelqu'un qui crie. Entraînez-vous chez vous sur une longueur de cordage jusqu'à ce qu'ils soient automatiques, puis entraînez-vous à nouveau dans des circonstances qui imitent la réalité : assis par terre pendant que quelqu'un vous secoue, ou les mains froides après être resté dehors. Vous trouverez ci-dessous chaque nœud, à quoi il sert, comment le faire et les modes d'échec qui piègent les gens.

Le nœud de huit

Usage : Un nœud d'arrêt, utilisé pour empêcher un cordage de repasser dans une poulie, un coinceur ou un chaumard. Mettez-en un au bout de chaque drisse et de chaque écoute que vous manipulez ; il coûte trois secondes et il a sauvé bien des voiles de partir par-dessus bord ou des drisses de disparaître en haut du mât.

Comment le faire : Formez une boucle au bout du cordage. Passez le bout de travail derrière la partie courante, puis repassez-le vers le bas dans la boucle que vous avez d'abord formée. Le résultat ressemble clairement au chiffre 8.

Caractéristique clé : Il se défait facilement même après avoir été fortement chargé — contrairement à un simple nœud de tête d'alouette, qui peut se coincer en un petit noyau dur. C'est précisément pour cela qu'il est l'arrêt standard. Une erreur courante est de faire par accident un nœud de tête d'alouette ; vérifiez votre travail en le posant à plat — s'il ne ressemble pas à un 8, recommencez.

Le nœud de chaise — le roi des nœuds

Usage : Créer une boucle fixe, qui ne glisse pas, à l'extrémité d'un cordage. La boucle ne se resserre pas (elle n'écrase donc pas ce qu'elle entoure) et ne glisse pas (elle ne se défait donc pas sous charge). Il sert à fixer les écoutes aux voiles là où il n'y a pas de manille, à faire une boucle à passer sur un bollard, à gréer une sangle de sauvetage, et pour cent autres tâches. Tous les marins du monde connaissent ce nœud ; c'est celui que vous ne devez jamais être incapable de faire.

Comment le faire — l'histoire du lapin :

  1. Dans la partie courante du cordage (la longue partie), faites une petite boucle en surplomb — le « trou ». Point crucial : le côté de la boucle où se trouve le bout de travail doit être sur le dessus ; si vous faites le trou dans le mauvais sens, le lapin ressort du mauvais côté et le nœud s'effondre en nœud coulant. Une façon standard de s'en souvenir : faites le trou de sorte que le bout de travail croise par-dessus la partie courante.
  2. Le bout de travail est le « lapin ». Il sort par le trou.
  3. Il fait le tour derrière la partie courante — autour de l'« arbre ».
  4. Il redescend dans le trou.
  5. Tenez la boucle et tirez sur la partie courante ; le nœud se fixe. La boucle est maintenant fixe.

Caractéristique clé : Il ne glisse pas et ne se bloque pas sous charge, vous pouvez donc le défaire même après avoir retenu un bateau toute la nuit. Sa seule faiblesse est que, s'il est chargé puis déchargé à répétition — secoué — il peut se desserrer, en particulier dans un cordage neuf et raide. Si cela compte, ajoutez un nœud d'arrêt (un huit) dans le bout de travail en guise de sécurité. Lorsque vous faites un nœud de chaise sur une bouclette ou autour d'un objet, vérifiez toujours que le « collet » est bien placé et que la boucle a la taille voulue — un nœud de chaise fait autour de rien, mais serré trop fort, est une découverte frustrante lorsque vous aviez besoin d'une boucle de deux mètres.

Une remarque pratique : en cas d'urgence, un nœud de chaise peut se faire d'une seule main autour de votre propre taille. Allongez-vous sur le dos, faites le trou dans le cordage posé en travers de votre poitrine, et exécutez la séquence du lapin d'une seule main. Entraînez-vous à cela une fois, afin que l'idée existe dans votre esprit avant que vous n'en ayez jamais besoin.

Le nœud de cabestan

Usage : Fixer temporairement un cordage à un poteau, une lisse ou un anneau. Sur un yacht, son usage quotidien le plus courant est de suspendre les défenses à la bonne hauteur le long du garde-corps — une tâche que vous accomplirez dès votre premier matin.

Comment le faire :

  1. Enroulez le cordage une fois autour de l'objet.
  2. Croisez le bout de travail par-dessus la partie courante, en formant un X sur la surface de l'objet.
  3. Enroulez une seconde fois autour de l'objet, en faisant passer le bout de travail sous le croisement que vous venez de faire (sous le X).
  4. Tirez fermement les deux bouts. Les deux tours s'agrippent l'un à l'autre.

Caractéristique clé : Extrêmement rapide à faire et, tout aussi important, rapide à régler — vous pouvez le faire glisser vers le haut ou vers le bas avant de le serrer pour mettre la défense exactement à niveau avec le ponton. Sa faiblesse est qu'il peut glisser sur les surfaces lisses (les lisses en inox poli sont glissantes) et qu'il se desserre si la charge fluctue — or la charge d'une défense fluctue à chaque vague. Pour tout ce qui est laissé sans surveillance, renforcez-le avec une demi-clé par-dessus, ou utilisez plutôt un tour mort et deux demi-clés. Une erreur classique est de faire ce qui ressemble à un nœud de cabestan mais d'oublier de passer le bout sous le croisement — testez-le en tirant ; s'il glisse, c'est faux.

Tour mort et deux demi-clés

Usage : Le nœud de sécurité standard pour frapper un cordage sur un anneau, une lisse ou un bollard. C'est votre nœud de référence pour les amarres, pour fixer une aussière de mouillage à un taquet, et pour tout ce qui doit bien tenir puis être défait plus tard.

Comment le faire :

  1. Passez le cordage complètement autour de l'objet deux fois. Un « tour mort » correspond à deux passages du cordage autour de l'objet. C'est la partie que les débutants sautent, et c'est la partie qui compte : le tour mort absorbe presque toute la charge par friction, de sorte que les demi-clés qui suivent sont à peine chargées.
  2. Faites une demi-clé : formez une boucle par-dessus la partie courante et passez le bout de travail à travers.
  3. Faites une seconde demi-clé immédiatement derrière la première, dans le même sens.

Caractéristique clé : Très sûr et capable de tenir des charges énormes, tout en se défaisant relativement facilement une fois la charge retirée — parce que les demi-clés n'ont jamais fait le gros du travail. Si vous vous retrouvez à lutter main sur main pour défaire une amarre, demandez-vous si vous avez fait un tour mort ou si vous êtes passé directement aux demi-clés. Une erreur courante consiste à faire une seule demi-clé au lieu de deux : une seule peut tenir à court terme, mais elle se déroulera d'elle-même sous des charges cycliques. Deux est la norme pour une bonne raison.

Le nœud plat (nœud carré)

Usage : Lier deux bouts du même cordage — classiquement, pour attacher les œillets de ris lorsqu'on réduit la surface de voile, afin que la toile ramassée reste en place. C'est aussi le nœud de choix pour nouer un bandage triangulaire, ce qui explique qu'il figure dans les trousses de secours aussi bien que dans les coffres à voiles.

Comment le faire : Droite sur gauche et sous ; puis gauche sur droite et sous (ou l'image miroir — ce qui compte est que la seconde moitié reflète la première). Lorsqu'il est correct, les deux bouts de travail sortent à côté de leurs propres parties courantes, et le nœud reste à plat. Si les bouts dépassent à angle droit, vous avez fait un « nœud de vieille fille », qui est une chose différente et peu fiable.

Avertissement : N'utilisez JAMAIS un nœud plat pour joindre deux cordages différents, ni deux cordages soumis à une forte tension. Sous charge, il se renverse — les deux boucles glissent l'une de l'autre et le nœud se défait simplement. Ce n'est pas un risque théorique : des personnes sont mortes sur des filières jointes par des nœuds plats. Pour joindre deux cordages, utilisez un nœud de jonction. Le répertoire légitime du nœud plat se limite à : le même cordage, une faible charge, et des bouts qui n'ont pas d'importance.

Le nœud de jonction simple

Usage : Joindre deux cordages d'épaisseur similaire — par exemple, prolonger une aussière de lancer, ou attacher une ligne de défense à un cordage plus long.

Comment le faire :

  1. Faites une boucle (une forme en U) dans le cordage le plus épais ou le plus raide.
  2. Passez le cordage le plus fin par-dessus la boucle, depuis le dessous.
  3. Enroulez-le autour de l'arrière des deux parties de la boucle.
  4. Glissez le bout de travail sous lui-même — sous sa propre partie courante, à l'endroit où il est sorti de la boucle — et non de nouveau vers le bas à travers la boucle.
  5. Tirez fermement. Les deux cordages s'agrippent l'un à l'autre ; plus le cordage fin tire, plus il mord.

Caractéristique clé : Il fonctionne parce que le cordage fin bloque le cordage épais. Si vous inversez les rôles — mettez le cordage fin dans la boucle — il mord beaucoup moins bien. Une erreur classique de débutant est de glisser le bout vers le bas à travers la boucle au lieu de le glisser sous lui-même ; le nœud a alors l'air plausible mais glisse en se défaisant sous charge.

Le nœud de jonction double

Usage : Joindre deux cordages d'épaisseurs inégales, ou ajouter de la sécurité à un nœud de jonction simple dans un cordage moderne et glissant. Si les cordages diffèrent nettement de diamètre, ou si le cordage est raide et lustré (comme du Dyneema neuf), utilisez toujours le double.

Comment le faire : Exactement comme le nœud de jonction simple, sauf qu'après être passé par-dessus la boucle, le cordage fin fait deux tours complets autour de la boucle avant de se glisser sous lui-même. Le tour supplémentaire double à peu près la friction, ce dont les cordages modernes glissants ont besoin.

Le nœud de cabestan roulant

Usage : Attacher un cordage à un autre cordage (ou à un espar) de sorte qu'il s'agrippe sous charge dans un seul sens. Ses usages classiques : décharger un winch coincé ou un coinceur bloqué pour qu'on puisse dégager le blocage ; fixer un cordage à une chaîne d'ancre pour servir d'amortisseur ; ou amener une ligne de rechange sur une drisse chargée. C'est la clé à molette des nœuds — il vous permet de transférer une charge d'un endroit à un autre.

Comment le faire :

  1. Enroulez le bout de travail autour du cordage courant en direction de l'endroit d'où viendra la traction.
  2. Faites un second tour dans le même sens, en croisant par-dessus la partie courante à chaque fois — ce sont ces tours croisés qui créent la prise.
  3. Puis faites un troisième tour à l'opposé de la direction de traction (ou terminez simplement par une demi-clé), sans croiser.
  4. Tirez fermement. Lorsque la charge vient de la direction prévue, les premiers tours mordent davantage et le nœud ne glisse pas.

Caractéristique clé : Il s'agrippe dans un sens et glisse librement dans l'autre — c'est tout l'intérêt. Si votre cabestan roulant glisse sous charge, les causes les plus fréquentes sont que vous avez fait les tours dans le mauvais sens, ou que vous ne l'avez pas bien serré avant de le charger. Rappelez-vous : les tours « roulants » vont vers la charge.

2.6 Épissures — notions

Les épissures détaillées dépassent le programme de l'équipier compétent, mais vous devez comprendre ce qu'est une épissure, car vous en rencontrerez constamment et vous devez en connaître les propriétés.

Une épissure à œil crée une boucle permanente à l'extrémité d'un cordage, par des torons défaits tressés en retour dans la partie courante. Elle est bien plus solide que n'importe quel nœud — les nœuds réduisent généralement la résistance d'un cordage de 30 à 50 pour cent, alors qu'une épissure bien faite conserve nettement plus de 90 pour cent — et elle ne se bloque jamais. C'est pourquoi les écoutes ont des yeux épissés avec cosses plutôt que des nœuds à leurs extrémités.

Une épissure courte joint deux cordages en entrelaçant leurs torons défaits. Elle est immensément solide mais épaissit le cordage à la jonction, donc elle ne passera pas dans les poulies — utilisez-la là où la jonction restera en un seul endroit, comme pour une aussière de remorquage.

Une épissure longue joint deux cordages sans augmenter le diamètre, de sorte que la jonction peut passer dans les poulies et sur les winchs. Elle demande du temps et de l'habileté ; c'est l'épissure de choix pour les drisses et écoutes qui doivent passer dans le système.

Une épissure arrière finit l'extrémité d'un cordage en réintégrant ses torons dans lui-même, empêchant l'effilochage. Sur un bateau de travail, chaque extrémité de cordage qui n'est ni ligaturée ni thermosoudée finira par être épissée en arrière ou ligaturée — un cordage à extrémité effilochée est un cordage qui ne passera pas dans une poulie.

Le point à retenir pour un équipier compétent : si un cordage est épissé, traitez l'épissure comme une partie du cordage. Ne chargez jamais une épissure au-delà de la charge normale de travail du cordage, inspectez les épissures à la recherche de signes de glissement (la queue enfouie qui réapparaît), et ne coupez jamais une épissure pour « faire propre » sans comprendre à quoi le cordage est attaché.

3. Manœuvre des voiles

La manœuvre des voiles est le cœur physique de la voile. Tout le reste — navigation, météo, sécurité — existe pour placer le bateau dans une position où les voiles peuvent faire leur travail ; mais ce sont les voiles elles-mêmes qui transforment le vent en mouvement, et votre rôle d'équipier est de les établir, de les border, de les réduire et de les serrer en toute sécurité et efficacement. Le programme exige que vous frappiez (fixiez), hissiez, preniez des ris (réduisiez) et manœuvriez les voiles en général, à l'aide des écoutes, des drisses et de leurs winchs associés.

3.1 Frapper les voiles

« Frapper » est le terme traditionnel pour fixer une voile au bateau avant de la hisser. La méthode dépend entièrement du type de voile et du système qu'utilise le bateau, donc faites attention pendant le briefing de votre instructeur.

Pour une grand-voile à coulisseaux ou à ralingue, vous introduisez les coulisseaux dans la rainure du mât un par un, du bas vers le haut, vous fixez le point d'amure à la ferrure du col de cygne, puis vous manillez la tête à la drisse de grand-voile. Si le bateau a une grand-voile entièrement lattée avec des chariots de latte, vérifiez que chaque chariot coulisse librement dans sa rainure avant de commencer — un chariot bloqué à mi-hauteur signifie tout redescendre et recommencer, généralement dans des conditions qui se dégradent. Pour un foc frappé sur mousquetons, fixez d'abord le point d'amure à la ferrure de tête d'étrave, puis clipez les mousquetons à piston sur l'étai du bas vers le haut, attachez la drisse à la tête, et enfin nouez les écoutes de foc au point d'écoute avec un nœud de chaise. Utilisez toujours un nœud de chaise pour les écoutes, jamais une manille, sauf si la voile a une ferrure spécifique à bouton-pression : les manilles se desserrent, et une écoute perdue en mer signifie une voile qui claque et une récupération dangereuse.

La plupart des voiliers de croisière modernes ont des foc à enrouleur, où la voile est enroulée en permanence autour de la lisse de l'étai. Ici, le frappage est déjà fait ; vous attachez simplement la drisse à l'émerillon de tête et les écoutes au point d'écoute. Vérifiez que la drisse d'enrouleur court librement et qu'elle n'est pas emmêlée à quoi que ce soit avant d'essayer de dérouler.

Un conseil pratique : lorsque vous frappez une voile, faites-le méthodiquement et vérifiez chaque fixation deux fois. Une drisse manillée sur le mauvais œillet, une écoute nouée au guindant au lieu du point d'écoute, ou un coulisseau sauté dans la rainure, se révéleront seulement lorsque vous serez sous charge et que la voile claquera violemment. Cinq minutes de vérification soignée évitent une heure de corrections pénibles.

3.2 Établir (hisser) les voiles

La règle d'or du hissage est la suivante : mettez toujours le bateau directement face au vent. Une voile ne peut pas être hissée proprement pendant qu'elle se remplit ; le vent la plaque contre le gréement, les coulisseaux se bloquent dans la rainure et la charge de la drisse devient énorme. Lofez face au vent, laissez les voiles faseyer sans danger, puis hissez.

Hisser la grand-voile : D'abord, vérifiez que la balancine soutient la bôme — s'il ne le fait pas, la bôme tombera sur le pont ou sur la tête de quelqu'un lorsque la voile descendra. Choquez l'écoute de grand-voile pour que la bôme puisse pivoter librement vers l'axe du bateau. Libérez tous les cordages de ris pour qu'ils ne s'accrochent pas. Restez au pied du mât (ou utilisez les winchs de drisse du cockpit s'ils sont installés) et halez la drisse de grand-voile main sur main jusqu'à sentir une résistance réelle — c'est le moment où le guindant atteint le sommet de la rainure. Frappez la drisse sur le winch et virez jusqu'à ce que le guindant soit tendu : des rides horizontales le long du guindant signifient une tension insuffisante, des rides verticales signifient qu'il y en a trop. Bloquez la drisse dans son coinceur ou sur son taquet, glenez le bout libre et rangez-le. Ne laissez jamais un bout de drisse traîner en travers de la descente ou pendre sur un winch.

Hisser ou dérouler le foc : Pour un foc frappé sur mousquetons, hissez-le exactement comme la grand-voile, en veillant à ce que les mousquetons ne se bloquent pas sur les ferrures de l'étai. Pour un foc à enrouleur, tenez légèrement la drisse d'enrouleur pour contrôler la vitesse de déroulement — si vous la laissez courir librement, la voile jaillira et commencera à claquer violemment. Tirez régulièrement sur l'écoute de foc sous le vent pour dérouler la voile, puis bloquez l'écoute et rangez la drisse d'enrouleur. Une erreur courante est de tirer sur la drisse d'enrouleur au lieu de l'écoute pour dérouler ; cela enroule la voile plus serrée au lieu de la desserrer.

3.3 Notions de réglage des voiles

Régler une voile signifie l'ajuster pour qu'elle fonctionne à son angle aérodynamique le plus efficace pour l'allure en cours. La théorie est complexe ; la pratique, au niveau équipier compétent, est magnifiquement simple.

Le principe de base : Halez l'écoute jusqu'à ce que la voile cesse de faseyer (de battre) au bord d'attaque. Puis choquez-la juste une fraction jusqu'à ce qu'elle recommence à peine à faseyer. Puis reprenez-la un peu. Vous avez maintenant trouvé l'angle optimal. Cela prend dix secondes et doit être répété à chaque fois que le vent tourne ou que le cap change.

Les penons sont votre instrument principal. Ce sont de courts morceaux de fil ou de ruban fixés près du guindant, des deux côtés de la voile. Lorsque la voile est bien réglée, les deux penons flottent horizontalement vers l'arrière. Si le penon au vent se lève, vous êtes trop près du vent (en pinçage) ou l'écoute est trop serrée — abattez ou choquez l'écoute. Si le penon sous le vent décroche (tombe ou flotte), vous êtes trop loin du vent ou l'écoute est trop serrée — lofez ou choquez l'écoute. Les penons réagissent instantanément ; apprenez à les surveiller aussi constamment qu'un conducteur surveille la route.

Commandes de grand-voile en plus de l'écoute : Le rail de chariot déplace le point d'écoute de grand-voile latéralement. Par petit temps, placez-le au vent pour garder la bôme centrée sans trop tendre la bordure arrière ; par grand temps, descendez-le sous le vent pour réduire la puissance de la voile en laissant la bôme se lever et se tordre hors du haut de la voile. Le hale-bas de bôme contrôle la hauteur de la bôme et la tension de la bordure arrière ; resserrez-le au largue ou au grand largue pour empêcher la bôme de se lever et de tordre la partie haute de la voile. Le hale-bas de guindant (cunningham) tire vers le bas le guindant pour déplacer le creux (la partie la plus profonde de la courbe de la voile) vers l'avant par vent plus fort, ce qui réduit le moment de gîte. Le hale-bas de bordure tend le pied de la voile ; serrez-le par grand vent pour aplatir la voile et réduire la puissance, et choquez-le par petit vent pour ajouter du creux et de la propulsion.

Une erreur courante chez le débutant est de régler une seule fois et d'oublier. Le vent tourne constamment, même sur un cap stable ; la voile qui était parfaite il y a trente secondes peut maintenant être décrochée ou pincée. Le réglage est une conversation continue entre vous et la voile, médiatisée par les penons et le ressenti.

3.4 La prise de ris

Prendre un ris consiste à réduire la surface de voile, et la chose la plus importante à savoir à ce sujet est la suivante : prenez vos ris tôt. Si vous vous demandez si vous devriez prendre un ris, vous auriez dû le faire il y a dix minutes. Attendre que les conditions vous y forcent signifie prendre un ris précisément dans les conditions qui rendent cette manœuvre difficile et dangereuse. Une voile réduite établie confortablement dans une brise modérée vaut infiniment mieux qu'une grand-voile pleine combattue dans un coup de vent.

Procédure de ris à coulisseaux (le système le plus courant) :

  1. Placez le bateau face au vent, soit au moteur, soit en laissant les voiles faseyer.
  2. Choquez complètement l'écoute de grand-voile pour que la voile ne soit plus chargée.
  3. Descendez la drisse de grand-voile jusqu'à ce que l'œillet de ris souhaité (l'anneau renforcé qui marque la nouvelle position d'amure) atteigne la bôme.
  4. Accrochez le nouvel œillet d'amure au crochet de ris du col de cygne, ou tendez le hale-bas/la ligne de ris si le bateau utilise un système de ligne continue.
  5. Hissez à nouveau la drisse de grand-voile fermement. Le guindant doit être aussi tendu qu'avant la prise de ris.
  6. Tirez la ligne de ris (qui passe dans l'œillet de bordure) pour faire descendre le nouveau point d'écoute et l'amener vers l'extérieur le long de la bôme. Halez-la fermement au winch — une bordure lâche détruit la forme de la voile et crée du bruit.
  7. Attachez les garcettes de ris (les petites lignes le long du pied de la voile) légèrement, juste pour rassembler la toile excédentaire. NE les serrez PAS fortement autour de la bôme ; elles ne sont pas structurelles, et une garcette trop serrée dans une rafale déchirera la voile.
  8. Bordez l'écoute de grand-voile et reprenez votre route.

La prise de ris du foc à enrouleur est plus simple : tirez sur la drisse d'enrouleur pour enrouler partiellement la voile. Sachez qu'un foc réduit à l'enrouleur perd en efficacité aérodynamique — sa forme devient molle et l'effet de fente se dégrade. Par mauvais temps, un petit foc de tempête dédié est bien supérieur.

Les grand-voiles à enrouleur dans le mât exigent que vous choquiez la bordure tout en enroulant simultanément le mécanisme à l'intérieur du mât. L'essentiel est de faire rouler la voile uniformément ; si elle se froisse d'un côté, arrêtez immédiatement et reculez légèrement pour la redresser avant de continuer. Un blocage dans le mât est un problème sérieux qui exige souvent de monter en tête de mât pour le réparer.

3.5 Amener et ranger les voiles

Amener une voile est l'inverse de la hisser, mais cela demande autant de soin, car une voile descendue sans contrôle ira par-dessus bord, se remplira d'eau et pourra entraîner quelqu'un avec elle. Lofez face au vent. Choquez la drisse en douceur, en contrôlant la descente avec vos mains ou le frein du winch, et rassemblez la voile à mesure qu'elle descend. Pour la grand-voile, pliez-la soigneusement sur la bôme et attachez-la avec des lacets de voile. Pour les focs, rassemblez la voile sur le pont avant, pliez-la en accordéon, puis ensachez-la ou amarrez-la solidement au garde-corps. Ne laissez jamais une voile claquer librement : les dégâts dus aux UV, au frottement et aux coutures rompues s'accumulent en quelques minutes, et un génois neuf coûte des milliers d'euros.


4. Barre et techniques de navigation

Barrer un yacht est l'une des choses les plus satisfaisantes que vous ferez jamais, et l'une des plus humiliantes. Le programme exige que vous compreniez les principes de base de la voile, que vous barriez et régliez les voiles sur toutes les allures, et que vous suiviez un cap au compas à la voile et au moteur. Cette section couvre la théorie ; le ressenti ne vient que de longues heures à la barre.

4.1 Les allures

L'allure décrit le cap du bateau par rapport à la direction réelle du vent. Comprendre cela n'a rien d'académique — chaque décision concernant le réglage des voiles, la position des équipiers et la sécurité dépend de la connaissance de la provenance du vent.

Vent debout (zone interdite) : Cap directement face au vent, à environ 45 degrés de part et d'autre de la direction du vent. Les voiles ne peuvent pas générer de portance ici ; elles faseyent inutilement et le bateau décroche, dérivant vers l'arrière. Se retrouver vent debout est un rite de passage pour les débutants ; pour en sortir, il faut pousser fortement la barre d'un côté (ou tourner la barre à roue) et laisser le bateau dériver vers l'arrière jusqu'à ce que le vent prenne l'autre face de la voile, ce qui fait pivoter l'étrave hors du vent.

Près serré (louvoyage) : Naviguer aussi près du vent que possible, généralement à environ 45 degrés du vent. Les voiles sont bordées serré, le bateau gîte, et la progression au vent se fait en zigzag (virements de bord). C'est l'allure la plus exigeante pour le réglage et la barre ; de petites erreurs coûtent beaucoup de terrain.

Près bon plein : Vent venant un peu de l'avant du travers, à environ 60–80 degrés du vent. Les voiles sont légèrement choquées. C'est souvent l'allure au vent la plus rapide et la plus confortable.

Largue (travers) : Vent venant directement de côté, à 90 degrés du vent. Les voiles sont choquées à mi-course. Beaucoup de bateaux atteignent leur vitesse de coque maximale au largue.

Largue (grand largue) : Vent venant de l'arrière du travers, à environ 120–150 degrés du vent. Les voiles sont très choquées. Confortable et rapide, mais attention aux virements de bord involontaires.

Vent arrière (plein vent arrière) : Vent venant directement de l'arrière, à 180 degrés du vent. Les voiles sont entièrement choquées. C'est plus lent qu'un grand largue, moins stable (le bateau roule davantage), et cela comporte le plus grand risque d'empannage involontaire — la bôme balayant violemment le bateau si l'arrière traverse le lit du vent. Beaucoup de marins expérimentés préfèrent naviguer en une succession de grands largues plutôt que de naviguer plein vent arrière.

4.2 Techniques de barre

Il existe trois façons de barrer, et un bon barreur les utilise toutes simultanément.

Par les indicateurs de vent : Le penon de tête de mât (Windex) ou les penons sur les haubans vous indiquent la direction du vent apparent. Maintenez l'indicateur à l'angle correct pour l'allure souhaitée. C'est la méthode la plus réactive et celle que vous utiliserez le plus souvent en navigation.

Par le compas : Choisissez le cap souhaité, surveillez la rose du compas et faites de petites corrections douces. Ne courez pas après l'aiguille de façon agressive ; les bateaux lacent naturellement dans la houle, et la sur-correction produit une route en serpentin, lente et épuisante. Anticipez la dérive : si l'étrave part à gauche, appliquez doucement de la barre à droite avant qu'elle n'aille trop loin, puis relâchez à mesure qu'elle revient. Considérez la barre comme un amortissement des oscillations, et non comme leur suppression.

Par les amers (alignements) : Alignez deux objets fixes à terre — un clocher derrière un promontoire, une bouée contre le bord d'une falaise. Tant qu'ils restent alignés, vous suivez une ligne droite. Les alignements sont plus précis qu'un compas pour tenir une route exacte, et ils fonctionnent lorsque le compas n'est pas fiable (près de structures métalliques, en cas d'anomalies magnétiques). Utilisez-les chaque fois que c'est possible.

Barre à direction ou barre à roue : La physique est identique mais la commande est opposée. Avec une barre, poussez-la à l'opposé de la direction dans laquelle vous voulez tourner : poussez la barre à bâbord, le safran tourne à tribord, le bateau tourne à tribord. Avec une roue, tournez-la dans la direction où vous voulez aller, exactement comme une voiture. Cette inversion piège les gens qui passent d'un bateau à l'autre ; rappelez-vous consciemment quel système vous utilisez avant de prendre la barre.

4.3 Virement de bord et empannage

Ce sont les deux manœuvres fondamentales pour changer de cap, et elles diffèrent profondément par leur nature et leur danger.

Virement de bord (virer vent devant) consiste à faire passer l'étrave au travers du vent. C'est sûr, maîtrisé et routinier :

  1. Le skipper annonce « Virement de bord ! » L'équipier prépare en mettant l'écoute de foc neuve (la « paresseuse ») sur son winch et en libérant l'écoute active du taquet.
  2. Le skipper annonce « Lof ! » (ou « Lof à fond ! ») et pousse la barre sous le vent (ou tourne la roue au vent).
  3. Lorsque l'étrave passe dans le lit du vent, l'ancienne écoute de foc est choquée.
  4. La nouvelle écoute de foc est halée et virée serrée au moment où la voile se remplit du nouveau côté.
  5. L'équipier traverse le bateau sans heurt, en passant sous la bôme.
  6. Le barreur remet le safran dans l'axe une fois le nouveau cap atteint.

Un virement propre prend cinq secondes. Un mauvais virement — choque tardive, écoute lente, barre hésitante — laisse le bateau vent debout, perdant du terrain et de l'élan.

Empannage (virer lof pour lof) consiste à faire passer l'arrière au travers du vent. Il est intrinsèquement plus dangereux, car la grand-voile, remplie d'un côté, reçoit soudainement le vent de l'autre côté et la bôme balaie le bateau avec une force considérable. Un empannage non maîtrisé peut casser la bôme, détruire le gréement, assommer un équipier ou le projeter par-dessus bord.

  1. Le skipper annonce « Préparez-vous à empanner ! » L'équipier borde la grand-voile pour rapprocher la bôme de l'axe du bateau, réduisant la distance qu'elle doit parcourir.
  2. Le barreur abat lentement.
  3. Le skipper annonce « Empanne ! » au moment où le vent prend l'arrière de la grand-voile.
  4. L'équipier choque rapidement mais de façon maîtrisée l'écoute de grand-voile pendant que la bôme traverse.
  5. Les écoutes de foc sont échangées.
  6. Le barreur stabilise le nouveau cap.

Tout le monde doit garder la tête basse pendant un empannage. La trajectoire de la bôme est prévisible ; les têtes dans cette trajectoire ne le sont pas. Par vent fort, beaucoup de skippers préfèrent virer vent devant sur 270 degrés plutôt qu'empanner, échangeant la distance contre la sécurité.

4.4 Manœuvre au moteur

La propulsion au moteur introduit des forces que la voile n'a pas, et les comprendre évite les accrochages dans les marinas et les collisions.

Effet d'hélice (propeller walk) : Lorsque vous engagez la marche arrière, l'hélice agit comme une roue à aubes, poussant l'arrière latéralement. Sur la plupart des hélices à pas à droite, la marche arrière fait pivoter l'arrière vers bâbord. Ce n'est pas un défaut ; c'est une caractéristique que vous pouvez utiliser. Pour faire tourner un bateau dans un espace restreint, alternez des coups de marche avant et arrière, en utilisant l'effet d'hélice pour faire pivoter le bateau autour de sa quille. Sachez dans quel sens votre hélice travaille avant d'en avoir besoin.

Évitage (steerageway) : Un bateau ne gouverne que lorsque l'eau s'écoule sur le safran. À très faible vitesse, le safran est inefficace et le bateau paraît mou et peu réactif. Un bref coup de marche avant — juste assez pour faire passer de l'eau sur le safran sans augmenter sensiblement la vitesse — rétablit instantanément la barre. Cette technique, appelée « coups de marche avant », est indispensable pour les manœuvres à basse vitesse.

Prise au vent (windage) : Les bateaux à franc-bord élevé agissent comme des voiles. À l'arrêt, l'étrave part sous le vent. Abordez les pontons et les bouées en gardant cela à l'esprit : approchez face au vent lorsque c'est possible, et anticipez qu'un vent de travers repoussera l'étrave loin de l'endroit visé.

5. Équipement de sécurité individuel et gilets de sauvetage

La mer se moque de votre aptitude à nager, de votre condition physique et de votre assurance. L'immersion en eau froide tue plus vite que presque tout autre danger maritime, et la seule défense fiable est de porter le bon équipement avant d'en avoir besoin. Le programme exige que vous compreniez et respectiez les règles de port du harnais de sécurité, des gilets de sauvetage et des aides à la flottabilité individuelles, et que vous préveniez le risque d'homme à la mer par une conduite disciplinée.

5.1 Gilets de sauvetage et aides à la flottabilité

Ce ne sont pas la même chose, et les confondre peut être fatal.

Une aide à la flottabilité (d'une poussée de 50 newtons) est un gilet rempli de mousse, conçu pour les nageurs conscients en eaux abritées — équipiers de dériveurs, véliplanchistes, motomarinistes. Elle fournit suffisamment de flottabilité pour maintenir la tête d'un nageur compétent hors de l'eau, mais elle ne retournera pas une personne inconsciente sur le dos. Si vous tombez par-dessus bord d'un yacht et êtes assommé par la bôme, une aide à la flottabilité vous maintiendra à flot face contre l'eau. Elle ne convient pas aux équipiers de yachts hauturiers.

Un gilet de sauvetage (d'une poussée de 150 N ou 275 N) est conçu spécifiquement pour retourner une personne inconsciente sur le dos dans l'eau en cinq secondes, quelle que soit la façon dont elle est tombée. C'est ce que vous devez porter sur un yacht. La poussée de 150 N est la norme pour la plaisance ; celle de 275 N est pour le gros temps, les traversées hauturières, ou lorsqu'on porte un lourd ciré ou une ceinture d'outils qui emprisonnent l'air et résistent à la rotation. Si vous portez des vêtements imperméables épais, l'air emprisonné peut empêcher un gilet de 150 N de vous retourner — passez au 275 N.

5.2 Types de gilets de sauvetage et fonctionnement

Les gilets à mousse intégrée sont encombrants mais assurent toujours la flottabilité sans aucune action de la part de celui qui le porte. Ils sont courants sur les navires de commerce et comme équipement de secours. Leur inconvénient est l'encombrement : ils sont chauds, contraignants et assez inconfortables pour que les gens les retirent lorsque les conditions s'améliorent — précisément au moment où les accidents surviennent.

Les gilets gonflables manuellement exigent que celui qui les porte tire une poignée qui perce une cartouche de CO2. Ils sont compacts et confortables lorsqu'ils ne sont pas gonflés, mais ils sont inutiles si le porteur est inconscient ou paniqué et oublie de tirer la poignée. Ils ne conviennent qu'aux utilisateurs confiants et conscients, dans des situations où le gonflage est un choix.

Les gilets gonflables automatiquement sont la norme pour l'équipage des yachts. Ils se gonflent au contact de l'eau grâce à une pastille hydrosoluble (mécanisme Halkey-Roberts) ou à un clapet hydrostatique (UML/Hamar), et ils peuvent aussi être déclenchés manuellement par une poignée. Tout gilet automatique doit disposer d'un tube de gonflage buccal de secours — les cartouches de gaz tombent en panne, les pastilles se dégradent, et vous devez pouvoir compléter la flottabilité avec votre souffle. Vérifiez que le tube buccal est accessible avant d'enfiler le gilet.

Les sangles d'entrejambe (sangles de cuisse) sont non négociables. Sans elles, un gilet gonflé remonte par-dessus la tête de celui qui le porte dans l'eau, laissant la bouche et le nez immergés. Cela se produit en quelques secondes et rend le gilet totalement inutile. Clipez la sangle d'entrejambe entre vos jambes à chaque fois que vous enfilez le gilet. Faites-en une habitude si ancrée que mettre un gilet sans elle vous paraisse faux.

Une capuche anti-embruns est un auvent vif qui se déploie sur le visage pour empêcher la noyade due aux vagues déferlant sur la bouche et le nez. Par mer agitée, même une victime sur le dos peut se noyer sous les immersions répétées ; la capuche crée une poche d'air. Si votre gilet en est équipé, sachez comment la déployer.

Les accessoires comprennent un sifflet (pour attirer l'attention sans vous épuiser), du ruban réfléchissant (pour être visible à la lampe torche), une lampe activée par l'eau (pour que les secouristes vous voient la nuit) et, de plus en plus souvent, une balise AIS MOB qui transmet votre position aux navires proches. Ce sont des multiplicateurs de sécurité ; utilisez-les.

5.3 Harnais de sécurité et longes

Un gilet vous maintient à flot après être tombé à la mer ; un harnais vous empêche de tomber à la mer en premier lieu. Les deux sont complémentaires, et non interchangeables.

Un harnais se porte sur les épaules, autour de la poitrine et de la taille, avec un anneau en D sur la poitrine ou le dos auquel se clippe une longe (ligne de sécurité). L'autre extrémité de la longe se clippe sur les points d'ancrage solides du bateau — généralement des câbles de sécurité (jackstays), des sangles ou des filins qui courent sur la longueur du pont des deux côtés, vous permettant de vous déplacer du cockpit à l'étrave tout en restant attaché en permanence.

La règle empirique est simple : si les conditions exigent un gilet, elles exigent un harnais. Clipez-vous avant de monter sur le pont la nuit, dans le brouillard, par gros temps, ou chaque fois que le skipper l'ordonne. Utilisez une longe courte (environ un mètre) lorsque vous travaillez au mât ou à la barre, pour éviter d'être entraîné par-dessus bord si vous glissez ; utilisez une longe à deux mousquetons avec des mousquetons long et court pour vous déplacer sur le pont, en vous clipant successivement sur les points d'ancrage solides pour ne jamais être détaché.

Une discipline pratique : clipez-vous avant de quitter la descente, et non après avoir atteint le pont. Le moment de transition — monter, s'adapter à l'obscurité, retrouver son équilibre — est celui où les chutes arrivent.

5.4 Quand porter l'équipement de sécurité

Portez gilets et harnais :

  • La nuit, toujours.
  • Par visibilité réduite (brouillard, forte pluie, neige).
  • Lorsque le skipper l'ordonne.
  • Lorsque vous êtes seul sur le pont.
  • Par gros temps ou mer agitée.
  • Chaque fois que vous vous sentez mal à l'aise ou en insécurité.

Ce dernier point compte. Il n'y a aucune honte à mettre l'équipement de sécurité parce que l'on se sent mal à l'aise. La mer récompense la prudence et punit la bravade. Si vous vous demandez si les conditions justifient l'équipement, c'est le cas.


6. Procédures d'homme à la mer

L'homme à la mer (MOB) est l'urgence qui transforme une navigation de routine en lutte contre le temps, le froid et la visibilité. Le programme exige que vous compreniez les actions à mener pour récupérer une personne tombée à l'eau. En tant qu'équipier compétent, vous ne dirigerez peut-être pas la récupération, mais votre rôle dans les premiers instants déterminera si elle réussit.

6.1 Actions immédiates — les dix premières secondes

Les dix premières secondes après qu'une personne est tombée à la mer comptent plus que tout ce qui suit. Mémorisez cette séquence :

  1. CRIEZ. Hurlez « Homme à la mer ! Bâbord ! » (ou tribord). Faites-le immédiatement, avant toute autre chose. Chacun à bord doit savoir tout de suite ce qui s'est passé et de quel côté regarder.
  2. POINTEZ. Désignez un équipier — par son nom, et non par son rôle — pour ne rien faire d'autre que pointer en permanence la personne à l'eau. Ne la quittez jamais des yeux. Une tête dans l'eau disparaît incroyablement vite ; une fois le contact visuel perdu, la récupération devient exponentiellement plus difficile. Le seul travail du pointeur est de maintenir ce contact.
  3. JETEZ. Jetez immédiatement vers la victime tout objet flottant : bouées de sauvetage, bouées fumigènes, bouées en fer à cheval, défenses, coussins, voire un sac étanche. Même si cela n'atteint pas la personne, cela marque l'endroit et lui donne quelque chose vers lequel nager. Plusieurs objets forment une traînée visible.
  4. APPUYEZ. Si le traceur de cartes ou le GPS dispose d'un bouton MOB, appuyez-le immédiatement. Cela enregistre les coordonnées exactes au moment de l'incident, ce qui est précieux si le contact visuel est perdu ou si vous devez revenir plus tard à la position.
  5. ALERTEZ. Le skipper prend le commandement. Le moteur est mis en marche — mais seulement après avoir vérifié qu'aucun cordage ne traîne près de l'hélice. Une hélice encombrée pendant une récupération d'homme à la mer transforme un sauvetage en double tragédie.

Entraînez-vous à cette séquence jusqu'à ce qu'elle soit réflexe. Pendant votre formation, votre instructeur la répétera sans cesse ; acceptez cette répétition. Les véritables urgences ne laissent aucune place à la délibération.

6.2 Méthodes de récupération — votre rôle d'équipier

Le skipper décide de la manœuvre de récupération (arrêt rapide, en huit, ou approche au moteur). Votre travail est d'exécuter sans faille les tâches qui vous sont confiées.

Lors d'une approche au moteur, le skipper amène le bateau bord à bord avec la victime en venant sous le vent, en s'arrêtant avec la victime du côté sous le vent. Cela place la coque comme un brise-vent, créant une eau plus calme pour la récupération.

Les options de récupération dépendent de l'état de la victime. Déployez une échelle d'embarquement si elle peut grimper. Utilisez un lifesling ou une boucle de cordage si elle ne peut pas s'agripper. Si la victime est épuisée, en hypothermie ou blessée, elle peut être incapable de s'aider du tout ; dans ce cas, clipez une drisse à son harnais ou à son gilet et hissez-la verticalement hors de l'eau au winch. Cela demande de la coordination : une personne s'occupe du winch, une autre guide la victime loin de la coque, et tout le monde communique clairement.

Ne sautez pas à l'eau sauf si le skipper l'ordonne explicitement et que vous êtes relié à bord. Deux personnes dans l'eau doublent le problème, divisent les moyens par deux et augmentent considérablement le risque de perdre les deux. L'instinct d'aider directement est puissant ; contrôlez-le par la discipline.

6.3 Soins après la récupération

Dès que la victime est à bord, faites-la descendre immédiatement. Retirez les vêtements mouillés — un tissu mouillé évacue la chaleur du corps vingt-cinq fois plus vite que l'air. Traitez l'hypothermie : réchauffement progressif avec couvertures, sacs de couchage et chaleur corporelle ; boissons chaudes et sucrées si la victime est pleinement consciente et capable d'avaler. NE frottez PAS vigoureusement les extrémités et n'appliquez pas de chaleur directe ; cela fait refluer le sang froid des membres vers le cœur, provoquant une chute potentiellement fatale de la température centrale connue sous le nom d'« afterdrop ». Surveillez en permanence la respiration et la conscience. Même une victime qui semble rétablie a besoin d'un examen médical.

6.4 Prévention

La meilleure récupération d'homme à la mer est celle dont vous n'avez jamais besoin. Suivez ces règles de discipline :

  • « Une main pour le bateau, une main pour soi. » Tenez-vous toujours à quelque chose de solide.
  • Portez un harnais et clipez-vous lorsque les conditions le justifient.
  • Gardez le pont dégagé de tout cordage traînant, de matériel mal rangé et de tout risque de trébuchement.
  • Restez bas et déplacez-vous avec précaution, surtout sur les ponts mouillés ou gîtés.
  • Portez des chaussures antidérapantes. Les chaussures de pont existent pour une raison.
  • Communiquez clairement lorsque vous vous déplacez sur le bateau ; faites savoir aux autres où vous vous trouvez.

7. Précautions contre l'incendie et lutte contre l'incendie

L'incendie à bord d'un yacht compte parmi les urgences les plus terrifiantes, car il n'y a nulle part où aller. Le programme exige la connaissance des risques d'incendie, la connaissance des mesures de prévention et la compréhension des actions à mener en cas d'incendie.

7.1 Le triangle du feu

Un feu requiert trois éléments : la chaleur, le combustible et l'oxygène. Supprimez l'un d'eux et le feu s'éteint. Chaque action de lutte contre l'incendie vise l'un de ces trois éléments : le refroidissement supprime la chaleur, l'étouffement supprime l'oxygène, l'isolement des sources de combustible supprime le combustible. Comprendre ce triangle rend chaque décision logique plutôt que mémorisée.

7.2 Risques d'incendie à bord

Le coin cuisine (kitchenette) est la source la plus fréquente d'incendies à bord : huile de cuisson qui s'enflamme, fuites de gaz qui s'accumulent dans les fonds, réchauds laissés sans surveillance, essuie-tout près des brûleurs. Le compartiment moteur renferme du gazole, de l'huile, du câblage électrique et de la chaleur — une combinaison qui exige la vigilance. Les installations électriques causent des incendies par surcharge des circuits, câblage défectueux, connexions corrodées et, de plus en plus, par emballement thermique des batteries au lithium. Les liquides inflammables — essence pour les moteurs hors-bord, pétrole lampant, white-spirit, alcool — doivent être stockés dans des coffres dédiés et ventilés, jamais dans la cabine.

7.3 Prévention des incendies

La prévention vaut infiniment mieux que la lutte. Ne laissez jamais la cuisine sans surveillance. Coupez le gaz à la bouteille lorsque vous ne cuisinez pas activement, surtout la nuit. Gardez les fonds du compartiment moteur propres et exempts d'accumulation d'huile et de carburant. Inspectez régulièrement les connexions électriques à la recherche de corrosion, de dommages dus à la chaleur ou de bornes desserrées. Rangez correctement les liquides inflammables. Interdiction de fumer sous le pont, en toutes circonstances ; si vous fumez sur le pont, utilisez des cendriers profonds et jetez les mégots par-dessus le côté sous le vent, jamais dans les poubelles.

7.4 Extincteurs

Connaissez l'emplacement et le type des extincteurs de votre bateau avant de prendre la mer. Des feux différents exigent des extincteurs différents, et utiliser le mauvais peut aggraver la situation.

La poudre polyvalente (étiquette bleue) est polyvalente (classes A solides, B liquides, C gaz, installations électriques). Elle fonctionne mais salit, réduit la visibilité et est corrosive pour l'électronique. Utilisez-la lorsque rien d'autre ne convient.

Le CO2 (étiquette noire) est idéal pour les feux électriques et les compartiments moteur, car il ne laisse aucun résidu. Mais il déplace l'oxygène — dans un espace confiné, il peut vous asphyxier. De plus, la corne de décharge devient extrêmement froide ; la tenir à mains nues cause des gelures. Utilisez toujours la poignée ou des gants.

La mousse (étiquette crème) est excellente pour les feux de liquides (huile, gazole). Elle forme un voile à la surface du combustible, coupant l'oxygène et empêchant la reprise du feu.

L'eau (étiquette rouge) est UNIQUEMENT destinée aux feux de classe A (bois, papier, tissus). N'utilisez JAMAIS l'eau sur les feux électriques (risque d'électrocution) ni sur les feux de graisse ou d'huile (elle se vaporise violemment, propageant l'huile enflammée).

Les couvertures anti-feu sont indispensables dans la cuisine. Pour un feu de casserole, jetez la couverture sur la casserole pour l'étouffer, puis coupez le gaz. Ne déplacez pas la casserole ; ne soulevez pas la couverture pour vérifier. Laissez-la en place jusqu'à refroidissement complet.

7.5 Actions en cas d'incendie

  1. Criez « Feu, feu, feu ! » et indiquez l'endroit. Chacun doit le savoir instantanément.
  2. Alertez le skipper, qui prend le commandement. Si le feu est incontrôlable, émettez immédiatement un MAYDAY.
  3. Isolez la source de combustible : coupez le gaz, le moteur et les interrupteurs généraux électriques si cela peut se faire sans danger.
  4. Attaquez avec l'extincteur approprié. Visez la BASE des flammes, et non le sommet. Balayez de gauche à droite.
  5. Ventilez stratégiquement : fermez les écoutilles et les aérations pour priver le feu d'oxygène. N'ouvrez PAS complètement l'écoutille du moteur s'il y a un feu à l'intérieur ; l'afflux d'oxygène provoque un embrasement généralisé. Déchargez par le petit regard d'inspection ou l'orifice dédié aux extincteurs.
  6. Évacuez si le feu ne peut pas être circonscrit. Enfilez les gilets de sauvetage, mettez le radeau de sauvetage à l'eau, saisissez le sac d'abandon. L'abandon du navire est un dernier recours, mais l'hésitation coûte des vies.

8. Matériel de secours : fusées, radeau de sauvetage, abandon du navire

Le programme exige que vous sachiez utiliser des fusées de détresse et savoir quand elles doivent être employées, et que vous compreniez comment mettre à l'eau et embarquer dans un radeau de sauvetage. Ce sont des compétences que vous espérez ne jamais utiliser, mais si vous en avez besoin, l'hésitation ou l'ignorance peuvent coûter des vies.

8.1 Fusées de détresse

Les fusées sont des dispositifs pyrotechniques utilisés UNIQUEMENT dans des situations de danger grave et imminent pour la vie ou pour le bateau. Elles ne servent pas à attirer l'attention à la légère ; un usage abusif gaspille les moyens de sauvetage et peut entraîner des poursuites.

Les fusées rouges à main brûlent pendant environ 60 secondes avec une intensité vive. Elles servent à indiquer votre position exacte à un sauveteur qui vous cherche déjà — un hélicoptère des garde-côtes, un navire proche répondant à votre MAYDAY. Tenez-la à bout de bras au-dessus du côté sous le vent, pour que les étincelles s'éloignent du bateau et du gréement. Ne regardez pas directement la fusée allumée ; les lésions de la rétine sont permanentes. Allumez-la seulement lorsque vous voyez ou entendez le sauveteur approcher.

Les fusées rouges à parachute projettent une fusée à environ 300 mètres de hauteur, suspendue à un parachute, et brûlent pendant plus de 40 secondes. Elles sont visibles à des kilomètres et servent à attirer l'attention de navires lointains ou de stations à terre lorsque personne ne sait que vous êtes en difficulté. Pointez légèrement vers le vent arrière au tir, afin que le parachute qui descend dérive vers vous plutôt que loin de vous. Ne pointez jamais vers des personnes, le bateau ou le gréement. Le moteur de la fusée est chaud et les débris retombent.

Les cartouches de fumée orange (à main ou flottantes) produisent une fumée orange dense pendant 3 à 60 minutes. Ce sont des signaux de jour uniquement, inutiles la nuit. Leur valeur principale est d'indiquer la direction du vent aux hélicoptères et de marquer la position pour les sauveteurs qui scrutent visuellement. Déployez-les sous le vent pour que la fumée n'enveloppe pas le bateau.

Les fusées blanches à main sont des signaux d'avertissement de collision de nuit, et NON des signaux de détresse. Utilisez-les pour alerter un navire qui approche et qui pourrait ne pas vous avoir vu.

Règles de sécurité : rangez les fusées dans un conteneur étanche, facilement accessible mais protégé d'un allumage accidentel. Vérifiez régulièrement les dates de péremption (généralement quatre ans). Lisez les instructions AVANT une urgence — tâtonner avec un emballage inconnu alors que le bateau coule n'est pas le moment d'apprendre. Ne tirez jamais une fusée d'essai. Éliminez les fusées périmées légalement par l'intermédiaire des garde-côtes ou de la police maritime ; ne les jetez jamais dans les poubelles domestiques ni dans un feu de jardin.

8.2 Radeaux de sauvetage

Le radeau de sauvetage est votre dernier refuge lorsque le bateau lui-même est devenu inhabitable. Comprendre son fonctionnement avant d'en avoir besoin est essentiel.

Rangement : Les radeaux de sauvetage sont conservés dans une housse (sac souple) ou un conteneur rigide sur le pont, montés dans un berceau avec un dispositif de largage hydrostatique (HRU). Si le bateau coule, le HRU se déclenche à 2–4 mètres de profondeur, coupant la sangle de retenue et permettant au radeau de flotter librement. Le fil de mouillage reste attaché au bateau qui coule, et lorsque le bateau descend, le fil se tend et déclenche la bouteille de CO2 de gonflage. Ce déploiement automatique est la raison pour laquelle le fil de mouillage doit être fixé à un point d'ancrage solide qui tiendra jusqu'au gonflage complet du radeau — généralement un point d'ancrage dédié et robuste près du rangement du radeau, et NON un taquet qui pourrait arracher sous charge.

Mise à l'eau manuelle : Si vous devez déployer le radeau avant que le bateau ne coule :

  1. Assurez-vous que le fil de mouillage est fermement attaché au point d'ancrage du bateau.
  2. Jetez le conteneur ou la housse par-dessus bord dans l'eau.
  3. Tirez brusquement sur le fil de mouillage jusqu'à sentir une résistance — cela déclenche la bouteille de gaz.
  4. Le radeau se gonfle automatiquement. Ramenez-le le long du bord.

Embarquement : Ne sautez pas dans le radeau si c'est possible ; vous risquez de percer le plancher ou de blesser les occupants. Descendez prudemment depuis le point le plus bas du bateau. Si vous êtes déjà dans l'eau, utilisez l'échelle d'embarquement ou la sangle en toile pour vous hisser — cela demande de la force dans le haut du corps, que l'hypothermie dégrade rapidement, donc embarquez tant que vous le pouvez encore. Emportez le sac d'abandon avec vous.

À l'intérieur du radeau : Ne coupez le fil de mouillage QUE si le navire-mère coule ou brûle et menace le radeau. Déployez immédiatement l'ancre flottante (drogue) pour stabiliser le radeau et réduire la dérive. Videz toute l'eau. Administrez rapidement les premiers secours et des comprimés contre le mal de mer — vomir dans un radeau fermé est pénible et accélère la déshydratation. Établissez un tour de quart. Rationnez strictement l'eau dès le premier jour ; ne buvez en aucun cas l'eau de mer. Maintenez le moral par une routine, la conversation et un but commun.

8.3 Procédures d'abandon du navire

L'abandon du navire est un dernier recours. L'adage « montez dans le radeau » existe parce qu'un bateau qui coule est souvent plus sûr qu'un radeau jusqu'aux tout derniers instants — il est plus grand, plus visible, dispose de provisions et offre un abri. Ne quittez le bord que lorsque rester à bord est clairement plus dangereux que d'entrer dans le radeau.

La séquence :

  1. Émettez un MAYDAY avec votre position. Faites-le avant d'abandonner ; une fois dans le radeau, la communication est limitée.
  2. Activez la balise EPIRB et emportez-la avec vous.
  3. Enfilez les gilets de sauvetage et les combinaisons de survie si elles sont disponibles.
  4. Mettez le radeau de sauvetage à l'eau sous le vent.
  5. Saisissez le sac d'abandon (il contient une VHF portative, des fusées, de l'eau, une trousse de premiers secours, un SART).
  6. Embarquez dans le radeau et coupez le fil de mouillage si nécessaire.

Entraînez-vous mentalement. Sachez où se trouve chaque équipement. Dans une véritable urgence, les capacités cognitives se dégradent sous le stress ; les connaissances préalablement acquises tiennent.


9. Vivre à bord : cuisine, toilettes et vie quotidienne

Le programme exige que vous accomplissiez correctement les tâches générales sur le pont et sous le pont, liées à la routine quotidienne du bateau. Cela paraît banal, mais bien vivre à bord fait la différence entre une traversée supportable et une traversée pénible, entre une traversée sûre et une traversée dangereuse.

9.1 Sécurité et fonctionnement de la cuisine

La cuisine est statistiquement l'endroit le plus dangereux à bord en raison des risques d'incendie et de brûlures. Traitez-la avec respect.

Sécurité du gaz : Le gaz de pétrole liquéfié (GPL — propane ou butane) est plus lourd que l'air. Une fuite descend dans les fonds, créant un mélange explosif invisible. Coupez toujours le gaz à la bouteille lorsque vous ne cuisinez pas activement. Sachez où se trouve la commande à distance de coupure par électrovanne et testez-la régulièrement. Allumez l'allumette AVANT d'ouvrir le brûleur (allumette puis gaz, et non gaz puis allumette) ; allumer le gaz en premier laisse le combustible non brûlé s'accumuler. Vérifiez que la ventilation des fonds fonctionne.

Cuisine en mer : Utilisez le réchaud à cardan — il pivote pour rester horizontal lorsque le bateau gîte. Calez les casseroles avec des pinces ou des barres de retenue. Ne remplissez jamais les casseroles à ras bord ; le liquide bouillant se déverse à chaque vague. Le cuisinier doit porter un harnais par gros temps ; être projeté contre un réchaud chaud est une blessure fréquente. Les repas en une seule casserole sont préférables en route — ils minimisent les risques de renversement, la vaisselle et le temps passé vulnérable devant le réchaud.

Rangement : Verrouillez toutes les portes des coffres avec des loquets pour qu'elles ne s'ouvrent pas en gîtant. Calez fermement les objets pour éviter les cliquetis et la casse. Rangez les objets lourds bas pour maintenir la stabilité du bateau. Une boîte de haricots qui vole lors d'un chavirage devient un projectile.

9.2 Toilettes marines (WC)

Les toilettes marines diffèrent fondamentalement de la plomberie domestique, et leur mauvaise utilisation provoque des bouchages, des inondations et des odeurs qui rendent le bateau inhabitable.

Fonctionnement des toilettes à pompe manuelle :

  1. Ouvrez la prise de mer (vanne) d'admission (eau de rinçage) et d'évacuation.
  2. Pompez vigoureusement la manette — généralement 10 à 15 coups — pour aspirer l'eau de mer et pousser les déchets vers le réservoir de rétention ou par-dessus bord là où c'est autorisé.
  3. Placez la vanne en position « cuvette sèche » et pompez encore plusieurs fois pour vider l'eau stagnante de la cuvette. Cela évite les clapotis en route et réduit les odeurs.
  4. FERMEZ LES PRISES DE MER lorsque vous avez terminé. Laisser ouvertes les prises de rejet est un grand risque de naufrage : si la tuyauterie cède sous la ligne de flottaison, l'eau entre librement. De nombreux bateaux ont été perdus ainsi.

Les toilettes électriques fonctionnent par interrupteur mais suivent la même discipline des prises de mer.

Règles des toilettes : RIEN ne va dans les toilettes à part les déchets humains et le papier toilette de qualité marine. Pas de produits d'hygiène, de lingettes humides, d'essuie-tout, de restes de nourriture ni rien d'autre. Ces éléments bouchent instantanément le clapet ou le broyeur, et les déboucher exige un démontage répugnant. Fermez toujours le couvercle avant de tirer la chasse pour éviter qu'un objet ne tombe par accident. Lavez-vous soigneusement les mains. Laissez le local propre pour l'utilisateur suivant.

9.3 Réservoirs de rétention et réglementation des rejets

De nombreuses juridictions interdisent de rejeter des eaux usées non traitées à moins de trois milles des côtes ou dans les eaux intérieures. Les déchets sont pompés dans un réservoir de rétention, vidés aux stations de pompage des marinas ou rejetés au large lorsque c'est autorisé. Connaissez la réglementation locale ; l'ignorance n'est pas une défense, et les installations de pompage sont largement disponibles.

9.4 Gestion de l'eau douce

Les réservoirs d'eau sont limités. Économisez l'eau sans pitié. Utilisez l'eau de mer pour la première vaisselle, suivie d'un bref rinçage à l'eau douce. Prenez des douches « navy » : mouillez-vous, coupez l'eau, savonnez-vous, rincez brièvement. Surveillez les niveaux des réservoirs sur le tableau des jauges et signalez les inquiétudes au skipper tôt. Manquer d'eau en pleine traversée crée une véritable détresse.


10. Manœuvre des winchs

Les winchs sont des dispositifs mécaniques puissants qui démultiplient votre force de traction, permettant à une seule personne de tendre une écoute de génois contre des tonnes de pression du vent. Ils sont aussi responsables des blessures graves les plus fréquentes sur les yachts — amputations de doigts et arrachements de peau sur les winchs. Respectez-les.

10.1 Anatomie d'un winch

Le tambour est le barillet autour duquel s'enroule le cordage. La base contient des cliquets qui claquent, permettant au tambour de ne tourner que dans le sens du halage. Le logement de manivelle accueille la manivelle du winch. Les winchs autobloquants modernes ont des mâchoires cannelées sur le dessus qui saisissent le cordage automatiquement, libérant une main pour d'autres tâches.

10.2 Chargement d'un winch

  1. Tendez le cordage depuis le chaumard ou le coinceur.
  2. Enroulez le cordage autour du tambour dans le sens HORAIRE (vu d'en haut). Les tours dans le sens antihoraire glissent et se bloquent.
  3. Faites 2 à 3 tours pour des charges modérées, 4 à 5 pour des charges lourdes. Trop peu de tours et le cordage glisse sur le tambour ; trop de tours et le cordage chevauche, s'empile et se bloque complètement.
  4. Assurez-vous que les tours sont à plat et parallèles. Des tours qui se chevauchent (tours en surplomb) bloquent le winch de façon inamovible et exigent de couper le cordage pour le libérer.

10.3 Virer au winch

Insérez fermement la manivelle du winch et assurez-vous qu'elle s'enclenche. NE laissez JAMAIS une manivelle dans son logement lorsque vous ne virez pas activement. Si le cordage se charge soudainement — une rafale remplit la voile, le bateau à-coup — la manivelle tourne violemment à des centaines de tours par minute et peut briser un bras, une mâchoire ou des côtes. Retirez la manivelle dès que vous cessez de virer.

Virez en douceur en utilisant le poids de votre corps, et pas seulement la force des bras. Calez vos pieds. Sur les winchs autobloquants, engagez le bout dans les mâchoires et verrouillez le bras de dégagement. Sur les winchs conventionnels, quelqu'un doit tenir le bout — tirez le cordage qui sort du winch pour créer une friction sur le tambour. Un bout mou équivaut à aucune prise.

10.4 Filer sous charge

Ne lâchez jamais simplement un cordage chargé. Il fouette violemment hors du tambour, et peut emporter des doigts avec lui. Choquez légèrement le bout pour permettre un glissement contrôlé, ou retirez les tours un par un en maintenant la tension.

10.5 Règles de sécurité

  • Gardez les doigts à l'écart du tambour et du point d'entrée du cordage. Les doigts n'ont rien à faire près d'un winch en rotation.
  • Ne jamais enrouler le cordage autour de votre main lorsque vous halez le bout. S'il s'accroche, votre main suit.
  • Retirez toujours la manivelle une fois le travail terminé.
  • En cas de blocage (surcharge), utilisez un nœud de cabestan roulant avec un cordage de rechange pour décharger le winch, puis défaites le cordage coincé. Ne forcez jamais un winch bloqué ; vous le détruirez.

11. Défenses et amarres de quai

Les défenses et les amarres de quai constituent l'interface entre votre bateau et le monde solide, et les bien installer évite les dégâts pour les deux. Elles paraissent simples, mais un mauvais placement des défenses et un mauvais gréement des amarres causent plus de dégâts, esthétiques comme structurels, que toute autre opération courante.

11.1 Défenses

Les défenses absorbent l'énergie du contact entre le bateau et le quai, un bateau le long du bord ou le mur d'une écluse. Sans elles, la fibre de verre se fissure, le gelcoat s'écaille et le bois s'éclate.

Types : Les défenses cylindriques se suspendent verticalement et conviennent aux coques plates contre des quais plats. Les défenses sphériques répartissent la charge sur une surface plus large et sont préférables pour les coques courbes ou les surfaces irrégulières. Les défenses à marches protègent la coque à la ligne de flottaison, là où le bord du quai rencontre le bateau. Les défenses gonflables se rangent petites et se gonflent au besoin ; elles sont excellentes pour les bateaux de croisière disposant de peu de place de rangement.

Placement : Suspendez les défenses au point de maître-bau maximal — la partie la plus large du bateau — car c'est là que le contact se produit en premier. Ajustez la hauteur pour que la défense se trouve entre la coque et la surface du quai, ni au-dessus ni en dessous. Une défense suspendue trop haut ne protège rien ; une défense trop basse s'écrase sous le bord du ponton. En approchant d'un poste inconnu, il vaut mieux trop de défenses à des hauteurs variées que trop peu, parfaitement placées.

Fixation : Utilisez un nœud de cabestan sur le garde-corps ou la filière pour un réglage rapide, renforcé d'une demi-clé si vous quittez le bateau sans surveillance. Vous pouvez aussi utiliser des pinces ou des boucles dédiées. Ne fixez jamais les défenses aux seuls pieds des épontilles — le levier peut les plier. Dans les marinas, réglez les défenses après avoir accosté ; la position finale peut différer de votre estimation à l'approche.

Usage : Ne suspendez les défenses que lors des manœuvres, à quai ou à couple. Naviguer avec des défenses qui pendent vous désigne comme inexpérimenté et risque de les faire tomber à la mer. Rangez-les en navigation.

11.2 Amarres de quai (aussières de mouillage)

Les amarres de quai fixent le bateau au poste et doivent retenir le mouvement dans toutes les directions : avant-arrière, latéral et les à-coups verticaux.

Le système à quatre lignes : Un bateau correctement amarré utilise une aussière avant, une aussière arrière, un spring avant et un spring arrière. L'aussière avant part de la proue vers l'avant jusqu'à un taquet du quai situé devant le bateau ; l'aussière arrière part de la poupe vers l'arrière jusqu'à un taquet du quai situé derrière. Le spring avant part de la proue vers l'arrière jusqu'à un taquet du quai au milieu du bateau ; le spring arrière part de la poupe vers l'avant jusqu'à un taquet du quai au milieu du bateau. Ensemble, ces quatre lignes empêchent le mouvement dans toutes les directions. Les aussières de travers (directement latérales) sont complémentaires, et ne remplacent pas les springs.

Matériau : Les amarres de quai doivent être en nylon, qui s'étire pour absorber les chocs. Le polyester est trop raide pour les amarres de quai ; il transmet chaque à-coup directement aux taquets, causant bruit, usure et rupture potentielle. Le nylon à trois torons est traditionnel et facile à épisser ; le nylon tressé est plus doux pour les mains et résiste mieux au frottement.

Longueur et diamètre : Les lignes doivent être assez longues pour permettre un réglage, mais pas au point que l'excédent de glène traîne dans l'eau. Le diamètre doit correspondre au déplacement du bateau — des lignes sous-dimensionnées s'usent par frottement ; des lignes surdimensionnées sont raides et difficiles à manier. Votre skipper précisera les tailles appropriées.

Protection contre le frottement : Là où les lignes passent dans les chaumards ou frottent contre les bords du quai, utilisez des protections anti-frottement (cuir, toile ou manchons du commerce). Le frottement détruit un cordage plus vite que la charge ; inspectez régulièrement les lignes pour détecter l'abrasion.

Réglage : Une fois les amarres établies, réglez toutes les lignes pour que le bateau soit centré au poste, à égale distance des voisins et des pontons. Les lignes doivent être tendues sans être raides ; une certaine élasticité est souhaitable. Réglez de nouveau après les changements de marée ou les variations de temps.


12. Mouillage, ancrage et accostage

Amener le bateau au repos en toute sécurité — le long d'un ponton, sur une bouée de corps mort ou au mouillage — exige de la préparation, de la communication et de l'exécution. Le programme couvre la manœuvre des aussières, la prise des bouées de corps mort et la préparation du bateau pour entrer et sortir d'un port.

12.1 Accostage à quai

La préparation commence avant d'entrer dans la marina. Suspendez les défenses à la bonne hauteur. Préparez l'aussière avant, l'aussière arrière et les springs, chacun passé à l'extérieur des filières et prêt à l'emploi. Dégagez le pont de tout encombrement. Expliquez à l'équipage les rôles : qui manœuvre quelle ligne, qui se tient où, et quel est le plan si l'approche tourne mal.

L'approche : Le skipper amène le bateau lentement, idéalement face au vent ou au courant (le plus fort des deux), avec un minimum de gaz. En tant qu'équipier, tenez-vous prêt avec les lignes glénées et prêtes. Ne lancez pas les lignes tant que le bateau n'est pas assez proche et stable ; un lancer prématuré signifie récupérer des cordages mouillés et recommencer.

Passer les lignes à terre : Ne débarquez que sur instruction, ne sautez jamais. Passez les lignes au personnel de la marina ou fixez-les vous-même aux taquets désignés. Communiquez clairement : « Aussière avant à terre ! » « Aussière arrière frappée ! »

Fixation : Frappez les quatre lignes (avant, arrière, les deux springs). Réglez leurs longueurs pour que le bateau soit centré, sans frotter contre le ponton ni contre les bateaux voisins. Vérifiez à nouveau les nœuds et les taquets. Ce n'est qu'alors que vous pouvez vous détendre.

12.2 Prise d'une bouée de corps mort

Les corps morts sont des mouillages permanents avec bouées, courants dans les ports et les baies abritées. Ils suppriment les soucis de traînage d'ancre mais exigent une manœuvre précise.

  1. Approchez lentement face au vent ou au courant (le plus fort des deux), en gardant la bouée visible en permanence.
  2. Placez un équipier à la proue avec une gaffe. La personne à la proue guide le barreur par gestes — la voix porte mal sur le bruit du moteur et du vent.
  3. Une fois bord à bord avec la bouée, accrochez la boucle de reprise avec la gaffe. Tenez-la solidement ; la perdre oblige à revenir en arrière.
  4. Passez une aussière de corps mort dans la boucle de reprise et frappez LES DEUX BOUTS sur le taquet de proue. Cela crée une bride qui peut être larguée facilement au départ sans que personne n'aille à l'avant.
  5. Assurez-vous que l'aussière est dégagée de l'hélice et qu'elle n'est enroulée autour de rien.
  6. Laissez le bateau se poser de nouveau sur le corps mort. Vérifiez la sécurité avant de vous détendre.

12.3 Mouillage à l'ancre

Mouiller l'ancre, c'est la liberté — la possibilité de s'arrêter n'importe où, sur une profondeur et un fond d'accrochage adaptés. Cela exige du jugement et de la technique.

Choisir un emplacement : Recherchez l'abri du vent et de la houle. Un bon fond d'accrochage est le sable ou la vase ; évitez les herbiers, la roche ou le corail. Vérifiez la profondeur à marée basse — flotterez-vous encore ? Laissez une place suffisante pour que le bateau puisse évoluer avec les changements de vent et de courant sans heurter les voisins ou les obstacles. Consultez les cartes pour repérer les câbles, les pipelines sous-marins ou les zones réglementées.

Procédure :

  1. Le barreur arrête le bateau au-dessus de l'emplacement choisi, face au vent.
  2. Filez l'ancre en douceur — ne la jetez pas, sinon la chaîne s'entasse et s'emmêle.
  3. Filez la ligne de mouillage (chaîne plus aussière) pendant que le bateau dérive vers l'arrière. Rapport de mouillage : minimum 3:1 pour une chaîne (trois mètres de chaîne par mètre de profondeur), 5:1 pour un cordage. Plus de longueur augmente considérablement la force de tenue.
  4. Frappez la ligne de mouillage sur le taquet une fois la longueur suffisante filée.
  5. Le bateau tend la ligne. Vérifiez qu'il ne chasse pas en alignant deux objets fixes à terre (un alignement). S'ils bougent l'un par rapport à l'autre, l'ancre chasse. Reposez-la en filant davantage de longueur ou en changeant de position.

Lever l'ancre : Démarrez le moteur. Avancez lentement vers l'ancre en halant la chaîne. Lorsque la chaîne est verticale (« à pic »), l'ancre se libère. Lavez la vase de la chaîne avec une brosse de pont et un seau avant qu'elle n'entre dans le puits — une chaîne boueuse corrode et sent mauvais.


13. Quart et veille

Le programme exige que vous assuriez une veille efficace en mer. Ce n'est pas une observation passive ; c'est une vigilance active et disciplinée qui constitue le fondement de la sécurité maritime.

13.1 L'impératif légal et moral

La règle 5 du RIPAM énonce : « Tout navire doit, en toutes circonstances, maintenir une veille convenable, visuelle et auditive, ainsi que par tous les moyens disponibles adaptés aux circonstances et conditions du moment, afin de pouvoir apprécier pleinement la situation et le risque d'abordage. » C'est une obligation légale, et non un simple conseil. En tant qu'équipier compétent, assurer la veille fait partie de vos responsabilités premières.

13.2 Comment assurer une veille convenable

Scrutez méthodiquement. Ne fixez pas l'horizon droit devant vous sans rien voir. Divisez l'horizon en secteurs et balayez-les méthodiquement : depuis la proue, à travers l'horizon bâbord, retour à la proue, à travers l'horizon tribord, et recommencez. Votre regard ne doit jamais s'attarder plus de quelques secondes sur une même zone.

Utilisez des jumelles. Examinez chaque point sur l'horizon. Ce qui ressemble à une crête de vague peut être un bateau de pêche à faible bordé, un conteneur à moitié submergé ou une marque de navigation. Les jumelles transforment l'incertitude en identification.

Écoutez. Moteurs, sirènes de brouillard, voix et déferlement des vagues portent sur l'eau. Coupez la musique et ouvrez les écoutilles lorsque la visibilité est mauvaise. Le son vous alerte souvent avant la vue.

Regardez derrière vous. Le navire qui vous dépasse est tout aussi dangereux que celui qui arrive de face. Vérifiez l'arrière régulièrement.

Veille de nuit : Laissez 15 à 20 minutes à vos yeux pour s'adapter à l'obscurité. Évitez les téléphones, les instruments et les feux blancs. Utilisez une lumière rouge si l'éclairage est nécessaire. Regardez légèrement à côté des objets — la vision excentrée utilise les bâtonnets de votre rétine, bien plus sensibles en faible lumière que les cônes utilisés pour la vision directe.

Signalez immédiatement. Si vous apercevez un autre navire, une bouée, des débris, la terre ou tout élément inhabituel, signalez-le au barreur sur-le-champ. Donnez les relèvements par rapport au bateau : « Navire droit devant, sur tribord avant », « Deux quarts sur bâbord arrière », « Droit devant ». Les signalements vagues font perdre du temps.

13.3 Systèmes de quart

Sur les longues traversées, l'équipage se divise en quarts qui se relaient (généralement 4 heures de quart, 4 heures de repos). Lors des manœuvres, de l'entrée au port ou en cas d'urgence, tout l'équipage est sur le pont.

La relève de quart est critique. Le quart sortant doit briefer le quart entrant sur : le cap et la vitesse en cours ; le trafic proche et les risques d'abordage ; les changements de temps ; la configuration des voiles ; les ordres permanents du skipper ; les problèmes d'équipement ; et tout autre élément pertinent. Ne supposez jamais la continuité ; vérifiez toujours.


14. Barre au compas et navigation au compas

Suivre un cap au compas est une compétence essentielle de l'équipier compétent. Cela paraît simple — garder l'aiguille sur le chiffre — mais bien le faire exige de la compréhension et de la pratique.

14.1 Lire le compas

Le compas magnétique pointe vers le nord magnétique, et non vers le nord vrai. Lisez le repère en degrés sur la ligne de foi (la ligne alignée sur l'étrave du bateau). Ce chiffre est votre cap.

La déclinaison est la différence entre le nord vrai et le nord magnétique, causée par le champ magnétique terrestre. Elle varie selon le lieu et est imprimée sur la rose des vents de la carte. La déviation est l'erreur causée par le métal et les aimants présents à bord ; elle est propre à chaque bateau et consignée sur une carte de déviation. Au niveau équipier compétent, vous suivez les caps magnétiques tels qu'ils sont donnés ; la correction de la déclinaison et de la déviation viendra plus tard.

14.2 Technique de barre

Choisissez votre cap. Surveillez la rose du compas. Faites de petites corrections douces — de simples fractions de mouvement de barre, et non des déflexions complètes. Anticipez le lacet naturel du bateau dans la houle ; ne combattez pas chaque oscillation. La sur-correction produit une route en serpentin, lente, épuisante et inconfortable.

Considérez la barre comme un amortissement, et non comme une suppression. Si l'étrave dérive de cinq degrés vers bâbord, appliquez doucement de la barre à tribord pour stopper la dérive, puis relâchez à mesure qu'elle revient. L'objectif est un cap moyen stable, et non une perfection robotique.

Par gros temps, barrer devient physique. Calez-vous. Utilisez les deux mains. Acceptez que le bateau divague ; concentrez-vous sur la symétrie des écarts plutôt que sur la recherche d'une ligne droite impossible.

15. Notions de navigation

Le niveau équipier compétent n'est pas un cours de navigation, mais une connaissance de base est exigée. Vous devez comprendre les cartes, reconnaître le balisage et comprendre ce que fait le navigateur afin de pouvoir l'aider intelligemment.

15.1 Cartes

Les cartes marines sont les cartes de la mer. Les sondes sont indiquées en mètres par rapport au zéro des cartes (la plus basse mer astronomique). Apprenez les symboles de base : roches, épaves, bouées, mouillages, chenaux, courbes de sonde. Gardez les cartes au sec et pliées proprement le long des plis existants. Utilisez uniquement un crayon — l'encre est permanente et ruine la carte.

Les cartes racontent une histoire. Les courbes de sonde révèlent la forme du fond ; des courbes rapprochées signifient des pentes abruptes, des courbes espacées signifient des pentes douces. Les symboles indiquent les dangers, les passes sûres et les zones réglementées. Passez du temps à étudier les cartes même lorsque vous ne naviguez pas ; la familiarité donne confiance.

15.2 Bouées et marques (région A de l'AISM — Europe)

Les systèmes de balisage définissent les chenaux sûrs et signalent les dangers. Dans la région A de l'AISM (Europe, Afrique, Asie, Australie) :

Marques latérales délimitent les bords des chenaux. Les marques de bâbord sont rouges avec une tête de mât cylindrique ; laissez-les à bâbord lorsque vous entrez au port depuis le large. Les marques de tribord sont vertes avec une tête de mât conique ; laissez-les à tribord lorsque vous entrez. Moyen mnémotechnique pour la région A : « Rouge à bâbord au retour. » (La région B, Amériques, inverse les couleurs.)

Marques cardinales indiquent où se trouve l'eau saine par rapport à la marque (nord, sud, est, ouest). Ce sont des pylônes jaunes et noirs portant deux cônes noirs en tête de mât disposés pour indiquer la direction. Leurs rythmes de feux codent leur identité. Apprenez les séquences ; elles sont logiques une fois comprises.

Marques de danger isolé sont noires avec des bandes horizontales rouges et deux sphères noires au sommet. L'eau saine les entoure, mais le danger se trouve directement en dessous.

Marques d'eaux saines portent des bandes verticales rouges et blanches et une seule sphère rouge. Elles indiquent le milieu des chenaux ou les atterrages.

Marques spéciales sont jaunes et indiquent des pipelines, des zones de dépôt, des zones militaires ou des points de collecte de données. Elles ne sont pas principalement destinées à la navigation.

15.3 Introduction au compas

Traité à la section 14. Au niveau équipier compétent, votre tâche est de suivre avec précision les caps demandés et de signaler vos observations en utilisant la terminologie correcte.


16. Notions de météorologie

Le programme exige la connaissance des services de prévision et de l'échelle de Beaufort. Comprendre la météo fait passer la navigation de la survie réactive à la planification proactive.

16.1 Sources de prévisions météo

Radio VHF : Bulletins de prévisions maritimes diffusés par les garde-côtes ou les services météorologiques sur des fréquences programmées. Apprenez le calendrier de votre zone.

NAVTEX : Récepteur automatique qui imprime prévisions et avis de grand frais. Courant sur les yachts de croisière.

Internet et applications : Windy, PredictWind, XCWeather, les pages marines du Met Office. Téléchargez les prévisions avant le départ ; la connexion en mer n'est pas fiable.

Bureaux du port : Affichent les prévisions locales et les relevés barométriques. Demandez au personnel ses connaissances locales ; il connaît les microclimats que les modèles ne voient pas.

16.2 L'échelle de Beaufort

L'amiral Sir Francis Beaufort a créé cette échelle empirique reliant la vitesse du vent aux conditions observées sur la mer. Mémorisez au minimum les forces 0 à 6 :

  • Force 0 (calme) : <1 nœud. Mer comme un miroir.
  • Force 1 (très petite brise) : 1–3 nœuds. Rides, sans crêtes.
  • Force 2 (petite brise) : 4–6 nœuds. Petites vaguelettes, crêtes vitreuses.
  • Force 3 (petite brise établie) : 7–10 nœuds. Vaguelettes plus grandes, moutons épars.
  • Force 4 (jolie brise) : 11–16 nœuds. Petites vagues, moutons fréquents.
  • Force 5 (bonne brise) : 17–21 nœuds. Vagues modérées, nombreux moutons, quelques embruns.
  • Force 6 (vent frais) : 22–27 nœuds. Grosses vagues, moutons partout, davantage d'embruns. La prise de ris commence généralement ici.
  • Force 7 (grand frais) : 28–33 nœuds. La mer se creuse, des traînées d'écume apparaissent.
  • Force 8 (coup de vent) : 34–40 nœuds. Vagues assez hautes, embruns en poussière, visibilité réduite.

Au-delà de la force 8, les conditions dépassent les capacités habituelles d'un yacht de plaisance. Connaissez vos limites.

16.3 Observer la météo

Baromètre : Une pression en baisse indique une dégradation du temps (dépression ou front qui approche). Une pression en hausse indique une amélioration. La vitesse de variation compte davantage que la valeur absolue ; des chutes rapides signalent des systèmes intenses.

Nuages : Des cirrus filamenteux qui s'épaississent en altostratus précèdent souvent un front chaud et la pluie. Les cumulonimbus en forme de tour indiquent des grains ou des orages. Apprenez les types de nuages ; ils prévoient le temps avec plusieurs heures d'avance, avant les instruments.

Changements de vent : Les brusques changements de direction marquent souvent le passage de fronts. Notez les changements et corrélez-les avec le baromètre et les nuages.

La connaissance de la météo est cumulative. Aucun indicateur isolé ne raconte toute l'histoire ; combinez plusieurs sources.


17. Communication à bord et radio VHF

Une communication claire prévient les accidents. Les malentendus sur le pont mènent à des blessures ; les malentendus à la radio mènent à des sauvetages ratés.

17.1 Communication à bord

La communication en boucle fermée élimine toute ambiguïté :

  • Le skipper donne un ordre : « Choquez l'écoute de foc ! »
  • L'équipier répète : « Je choque l'écoute de foc ! »
  • L'équipier exécute et rend compte : « Écoute de foc choquée ! »

Cela confirme que le message a été entendu, compris et exécuté. La communication en boucle ouverte (« Tu m'as entendu ? ») ouvre la porte au désastre.

Les signes de la main sont essentiels lors de l'amarrage ou du mouillage lorsque le bruit du moteur couvre la voix. Convenez des signes à l'avance : pointer à gauche ou à droite pour la direction, poing fermé pour stop ou maintien, main passée en travers de la gorge pour couper le moteur. Standardisez-les au sein de votre équipage.

Terminologie : Utilisez toujours les termes marins (bâbord, tribord, avant, arrière) plutôt que gauche/droite/devant/derrière, qui dépendent de la direction où l'on fait face. Un vocabulaire constant évite la confusion.

17.2 Notions de radio VHF

Utiliser la VHF légalement exige un certificat restreint de radiotéléphoniste (SRC), mais l'équipier compétent doit connaître les bases pour les urgences.

Le canal 16 est la fréquence internationale de détresse, de sécurité et d'appel. Il est écouté en permanence.

Réglages de puissance : Haute (25 W) pour la portée ; basse (1 W) pour les échanges courts en marina afin de ne pas encombrer les ondes.

Silencieux (squelch) : Réglez jusqu'à ce que le souffle de fond disparaisse juste. Trop haut, il masque les signaux faibles.

Appels de détresse :

  • MAYDAY : Danger grave et imminent pour la vie ou le bateau. Vraies urgences uniquement.
  • PAN-PAN : Urgence. Préoccupation pour la sécurité mais pas de danger immédiat (panne de moteur dérivant vers des rochers, problème médical).
  • SÉCURITÉ/Securite (prononcé « say-cure-ee-tay ») : Sécurité. Avis de navigation ou météorologiques (bois flottant, avis de tempête).

En cas d'ordre d'émettre un MAYDAY :

  1. Appuyez et maintenez le bouton d'émission.
  2. Dites « MAYDAY, MAYDAY, MAYDAY. »
  3. « Ici [nom du bateau], [nom du bateau], [nom du bateau]. »
  4. Le MMSI et l'indicatif d'appel si vous les connaissez.
  5. « MAYDAY [nom du bateau]. »
  6. La position (latitude/longitude ou relèvement/distance par rapport à un amer).
  7. La nature de la détresse (« Coule », « Incendie »).
  8. Le nombre de personnes à bord.
  9. L'assistance requise.
  10. Relâchez le bouton et écoutez.

ASN (appel sélectif numérique) : Le bouton rouge protégé envoie une alerte de détresse numérique automatique avec la position GPS à tous les navires proches et aux garde-côtes. Maintenez-le pendant 3 à 5 secondes. Faites suivre d'un MAYDAY vocal.


18. RIPAM : règles de route

Le programme exige la compréhension des règles de priorité de base pour assister le skipper et maintenir une veille sûre. La couverture complète est abordée au niveau Day Skipper.

18.1 Principes essentiels pour l'équipier

Règle 5 (veille) : Maintenez une vigilance visuelle et auditive en permanence. Traité à la section 13.

Règle 7 (risque d'abordage) : Si le relèvement compas d'un navire qui approche ne change pas, vous êtes sur une route de collision. Signalez-le immédiatement.

Propulsion contre voile : En général, le navire à propulsion cède le passage au voilier. Mais le voilier cède le passage aux navires gênés dans leur capacité de manœuvre, aux navires non maîtres de leur manœuvre, aux navires limités par leur tirant d'eau ou aux navires engagés dans la pêche.

Bâbord amures prend la route : Lorsque deux voiliers sont sur des amures opposées, celui qui est bâbord amures s'écarte de la route de celui qui est tribord amures. Aide-mémoire : « Le porto est rouge. Rouge veut dire danger. Bâbord amures prend la route. »

Au vent cède la route : Sur la même amure, le voilier au vent cède la route à celui qui est sous le vent.

Dépassement : Tout navire qui en dépasse un autre doit s'écarter, qu'il soit à voiles ou à moteur.

18.2 Feux et marques (reconnaissance de base)

  • Rouge au-dessus du vert : Voilier vu de face.
  • Blanc seul : Navire au mouillage ou feu de poupe d'un navire qui s'éloigne.
  • Rouge et blanc : Bâbord d'un navire à moteur.
  • Vert et blanc : Tribord d'un navire à moteur.
  • Boule noire (jour) : Navire au mouillage.
  • Deux boules noires verticales : Navire incapable de manœuvrer.
  • Losange noir : Navire en remorque.

18.3 Signaux sonores

  • 1 brève : Changement de route à tribord.
  • 2 brèves : Changement de route à bâbord.
  • 3 brèves : Propulsion en marche arrière.
  • 5 brèves : Doute sur les intentions / signal d'alarme.
  • Son prolongé (4–6 s) : Visibilité restreinte.

19. Manœuvre du youyou

Le youyou (annexe) transporte l'équipage et les provisions entre le voilier au mouillage et la terre. Le programme exige de connaître les règles de chargement et la manœuvre à l'aviron.

19.1 Règles de chargement

Vérifiez la plaque de capacité du fabricant pour le nombre maximal de personnes et le poids. Ne le dépassez jamais. Gardez le poids bas et centré ; les passagers s'assoient sur les bancs (bancs de nage) ou sur le fond, jamais sur les plats-bords. Répartissez le poids uniformément d'avant en arrière : trop à l'arrière, le tableau s'emplit d'eau ; trop à l'avant, le nez s'enfonce. Arrimez les bidons de carburant et les bouteilles d'eau pour qu'ils ne glissent pas.

19.2 Technique de nage

Asseyez-vous face à la poupe (dos à la marche). Placez les avirons dans les tolets. Tenez les manches légèrement. Penchez-vous en avant, plongez les pales complètement, tirez en vous redressant avec les jambes et le dos, pas seulement avec les bras. Mettez les pales en drapeau (à plat) au retour pour réduire la résistance au vent et éviter d'accrocher les vagues. Pour virer, tirez fort d'un aviron tandis que l'autre rame en arrière (poussée vers l'avant).

La nage à l'aviron s'améliore vite avec la pratique. Privilégiez le rythme à la puissance : des coups réguliers et souples valent mieux qu'un effort frénétique.

19.3 Moteurs hors-bord

Si vous utilisez un hors-bord, reliez la clé d'arrêt (cordon de coupure) au poignet du barreur ou à son gilet. Si le barreur tombe à l'eau, le cordon coupe le moteur, ce qui empêche le youyou de tourner en rond et de les percuter. Emportez toujours des avirons de secours ; les moteurs tombent en panne.

19.4 Amarrage du youyou

En remorque, utilisez une remorque assez longue pour que le youyou reste dans la vague de sillage du bateau-mère : trop courte, elle percute l'arrière ; trop longue, elle dévie. Amarré bord à bord, attachez-le avec des bosses avant et arrière pour éviter les chocs. Hissez-le sur bossoirs ou dégonflez-le pour les longues traversées afin de réduire la traînée et éviter de le perdre.


20. Usages, coutumes et respect de l'environnement

Le programme exige de connaître les usages admis concernant les pavillons, la prévention du bruit, les égards envers les autres embarcations et la responsabilité environnementale. La marine comprend aussi la courtoisie.

20.1 Pavillons et guidons

Pavillon national : Pavillon du pays d'immatriculation du navire. Arboré à la poupe ou sur la bordure arrière de la voile la plus à l'arrière. Hissé à 0800 (ou au lever du soleil), amené au coucher du soleil (ou à 2100 en été). Amené en navigation si le bateau est laissé sans surveillance.

Guidon : Flamme du club de voile, arborée en tête du grand mât.

Pavillon de courtoisie : Pavillon national du pays visité, arboré sur la barre de flèche tribord. Il doit être en bon état et de taille correcte (pas plus grand que votre pavillon national).

Pavillon Q (quarantaine, jaune) : Arboré en entrant dans les eaux territoriales étrangères jusqu'à l'obtention de la libre pratique douanière et sanitaire.

Le respect des usages en matière de pavillons témoigne de votre respect et de votre compétence. Des pavillons incorrects attirent l'attention des autorités comme des marins expérimentés.

20.2 Savoir-vivre au port

Limitez le bruit au minimum : le son porte énormément sur l'eau. Musique forte, groupes électrogènes la nuit ou cris perturbent tout un mouillage. Respectez l'intimité des voisins ; ne traversez jamais le pont d'un autre bateau pour rejoindre le ponton. Surveillez vos animaux. Gérez correctement vos défenses (voir section 11). Lorsque vous vous amarrez bord à bord, demandez d'abord la permission, enjambez les liernes avant ou arrière (jamais le cockpit ni le roof), et installez des défenses supplémentaires entre les bateaux.

20.3 Responsabilité environnementale

Zéro rejet : Rien ne passe par-dessus bord. Plastiques, emballages, mégots : tout revient aux poubelles à terre.

Eaux usées : Utilisez les cuves de rétention ou les stations de pompage. Aucun rejet d'eaux usées brutes dans les ports fermés ou les zones sensibles.

Eaux grises : Limitez les détergents agressifs. Utilisez un savon écologique.

Déversements d'huile ou de carburant : Signalez-les immédiatement. Utilisez des kits antipollution. Ne rejetez jamais les eaux de cale huileuses.

Mouillage : Évitez les récifs coralliens et les herbiers. Utilisez les coffres d'amarrage établis lorsqu'ils existent.

Faune : Observez à distance respectueuse. Ne nourrissez pas les animaux marins ni les oiseaux de mer.

La protection de l'environnement n'est pas négociable. La mer nous nourrit ; nous lui devons du soin.


21. Gestion du mal de mer

Le mal de mer touche la plupart des gens à un moment ou à un autre. Le programme reconnaît des degrés de gravité variables et attend de vous une contribution malgré l'inconfort.

21.1 Comprendre le mal de mer

Il résulte d'un conflit sensoriel : l'oreille interne perçoit le mouvement tandis que les yeux voient l'intérieur immobile de la cabine. L'anxiété, la fatigue, la déshydratation et les fortes odeurs l'aggravent.

21.2 Prévention et remèdes

Médicaments : Prenez un antinaupathique (Stugeron/cinnarizine, Dramamine, patchs à la scopolamine) AVANT le départ. Une fois les vomissements commencés, les comprimés ne sont plus absorbés.

Acupression : Les bracelets Sea-Bands exercent une pression sur le point P6 (Nei-Kuan) du poignet. Les preuves sont mitigées, mais beaucoup y trouvent un soulagement.

Alimentation : Évitez les repas lourds et gras ou l'alcool en excès avant de naviguer. Mangez des féculents fades (biscuits salés, pain).

Air frais et horizon : Restez sur le pont. Regarder l'horizon synchronise les systèmes visuel et vestibulaire.

Position : Au milieu du navire, près de la ligne de flottaison, on ressent le moins de mouvement.

Restez occupé : La barre ou les tâches précises détournent le cerveau des signaux contradictoires.

21.3 Si vous êtes malade

Penchez-vous côté sous le vent pour que le vent emporte le vomi loin du bateau et de l'équipage. PORTEZ VOTRE HARNAIS : vomir par-dessus bord est un risque majeur d'homme à la mer, à cause des vertiges et de la position penchée. Buvez souvent de l'eau ou des boissons électrolytiques ; la déshydratation aggrave les symptômes et altère la lucidité.

Ne restez pas caché en bas à vous apitoyer sur votre sort. Prévenez le skipper. Même les équipiers très touchés peuvent souvent rouler des cordages, surveiller depuis le cockpit ou accomplir des tâches simples. La contribution malgré la maladie est évaluée.


22. Notions de premiers secours

Une certification complète de premiers secours n'est pas exigée pour le Competent Crew, mais une connaissance de base est indispensable.

22.1 Blessures courantes à bord

Coupures et écorchures : Causées par les manilles, le gréement en câble ou les couteaux. Nettoyez à l'eau douce, appliquez un antiseptique, bandez. Les plaies marines s'infectent facilement ; surveillez la rougeur, le gonflement et la chaleur.

Écrasements : Doigts pris dans les winches ou entre le bateau et le quai. Appliquez de la glace, immobilisez, consultez un médecin. Les écrasements sont trompeusement graves : des lésions internes peuvent ne pas apparaître immédiatement.

Brûlures : Réchaud de cuisine, échappement du moteur. Refroidissez sous l'eau courante pendant 10 minutes au moins. N'appliquez ni beurre, ni glace, ni crème directement.

Traumatismes crâniens : Bôme qui balance. Surveillez une commotion : nausées, pupilles inégales, confusion, somnolence, vomissements. Toute perte de connaissance exige une évaluation médicale urgente.

Entorses : Chevilles ou genoux sur un pont irrégulier. Repos, Glace, Compression, Élévation (RICE).

22.2 Hypothermie

L'eau froide évacue la chaleur du corps 25 fois plus vite que l'air froid. Symptômes : frissons incontrôlables, maladresse, confusion, élocution embarrassée, apathie. Traitement : retirez les vêtements mouillés, isolez avec couvertures et sacs de couchage, donnez des boissons chaudes (pas brûlantes) et sucrées si la personne est consciente. Manipulez doucement : une manipulation brutale peut déclencher des arythmies cardiaques. Ne frottez jamais les extrémités.

22.3 La trousse de premiers secours

Sachez où elle se trouve. Familiarisez-vous avec son contenu : pansements adhésifs, bandes, antiseptique, antidouleurs, pince à écharde, bande triangulaire, compresses stériles. Vérifiez les dates de péremption et réapprovisionnez les articles utilisés.


23. Tâches générales sur le pont et sous le pont

Un équipier compétent anticipe les besoins et agit de sa propre initiative. Le programme exige une exécution satisfaisante des routines quotidiennes.

23.1 Routine du matin

Levez-vous tôt. Aérez la cabine (ouvrez les capots pour dissiper la condensation). Vérifiez les fonds de cale pour toute entrée d'eau inattendue. Aidez à préparer et à débarrasser le petit-déjeuner. Rangez la literie dans les casiers prévus.

23.2 Préparation du départ

Rangez les objets libres à l'intérieur. Verrouillez les loquets des casiers. Vérifiez que les planches de descente sont en place. Parez les défenses et préparez les amarres. Larguez dans l'ordre donné par le skipper.

23.3 Tâches en navigation

Maintenez une veille constante. Réglez les voiles selon les indications ou de votre propre initiative lorsque le vent tourne. Enroulez et rangez les cordages immédiatement après usage. Gardez le cockpit rangé : les cordages mal rangés près de la barre ou des winches sont mortels. Servez des rafraîchissements aux barreurs et aux équipiers de quart.

23.4 Arrivée et routine du soir

Préparez défenses et amarres avant d'entrer dans la marina ou le mouillage. Amarrez correctement le bateau. Lavez les ponts salés. Aidez à préparer le repas. Rangez la cabine : les bateaux en désordre stressent. Chargez les batteries. Remplissez les réservoirs d'eau. Videz les cuves de rétention aux stations de pompage.

La routine crée la sécurité. Les habitudes prises tôt persistent tout au long de votre carrière de navigateur.


24. Questions d'entraînement et auto-évaluation

Testez vos connaissances. Les réponses suivent chaque question.

Nœuds et cordages

  1. Quel nœud forme une boucle fixe dans une amarre pour la passer sur un bollard ?

Nœud de chaise.

  1. Pourquoi ne jamais utiliser un nœud plat pour relier deux cordages différents ?

Il se défait sous charge. Utilisez le nœud d'écoute double.

  1. À quoi sert le nœud de cabestan ?

Fixer un cordage à un autre cordage ou à un espar, en s'agrippant sous charge dans un seul sens ; soulager la tension sur un cordage coincé.

  1. Dans quel sens enrouler un cordage à trois torons ?

Dans le sens des aiguilles d'une montre, en suivant la torsion naturelle à droite.

Sécurité et urgences

  1. Actions immédiates en cas d'homme à la mer ?

Crier « Homme à la mer ! », pointer en continu, jeter une bouée de sauvetage, appuyer sur MOB du GPS, prévenir le skipper.

  1. Quand porter le harnais de sécurité ?

La nuit, par mauvaise visibilité, gros temps, seul sur le pont, ou sur ordre du skipper.

  1. Couleur de l'étiquette de l'extincteur au CO2 et feux appropriés ?

Noir. Feux électriques et feux de compartiment moteur.

  1. Pourquoi ne jamais ouvrir complètement la trappe moteur en cas d'incendie ?

L'afflux d'oxygène provoque un embrasement généralisé.

  1. À quoi sert la sangle d'entrejambes du gilet ?

Elle empêche le gilet de remonter par-dessus la tête dans l'eau.

Navigation à voile et manœuvre

  1. Différence entre virer vent debout et empanner ?

Virer : l'étrave passe face au vent. Empanner : l'arrière passe face au vent.

  1. Allure avec le vent directement de côté (90°) ?

Largue.

  1. Direction dans laquelle le bateau doit être lofé lors de la hissée de la grand-voile ?

Directement face au vent (vent debout).

  1. Danger de laisser la manivelle dans le logement d'un winch ?

Une rotation violente cause des blessures graves.

  1. Signification de « close-hauled » (au près) ?

Naviguer aussi près du vent que possible, à environ 45° de celui-ci.

Navigation et règles

  1. Couleur de la marque latérale de bâbord en entrant dans un port, région A de l'AISM ?

Rouge.

  1. Navire montrant un feu rouge au-dessus d'un feu vert ?

Voilier vu de face.

  1. Signal sonore pour changer de route à tribord ?

Une brève.

  1. Règle 5 du RIPAM ?

Maintenir une veille appropriée, à vue, à l'ouïe et par tous les moyens disponibles.

Vie à bord

  1. Pourquoi fermer les prises d'eau de mer après usage des toilettes ?

Pour éviter une voie d'eau si la tuyauterie cède sous la ligne de flottaison.

  1. Seul élément, outre les déchets humains, admis dans les toilettes marines ?

Du papier toilette de qualité marine.

  1. Pavillon hissé en entrant dans des eaux étrangères avant la libre pratique ?

Pavillon Q (jaune uni).

  1. Force du vent pour la force 6 Beaufort ?

22–27 nœuds (Vent fort).


25. Pour la suite : notes de renvoi

Ce manuel couvre en profondeur le programme du Competent Crew. Les sujets introduits ici se développent nettement dans les cours RYA suivants :

  • Cartographie, calculs de marée, balisage : Voir la matière Day Skipper, sections 1, 12, 13.
  • RIPAM : Voir Day Skipper section 3 et Coastal Skipper section 7.
  • Météorologie : Voir Day Skipper section 4, Offshore section 3, Ocean section 6.
  • Radio VHF : Voir Day Skipper section 9 et Coastal Skipper section 11.
  • Manœuvres de récupération d'homme à la mer : Voir Day Skipper section 8.
  • Préparation de route : Voir Day Skipper section 5 et Coastal Skipper section 2.
  • Gros temps et stabilité : Voir Coastal Skipper section 8 et Offshore section 4.
  • Navigation astronomique : Uniquement dans la matière Ocean, sections 1–4.

La maîtrise de la navigation est cumulative. Chaque cours s'appuie sur le précédent. Consolidez à fond les fondamentaux du Competent Crew avant d'avancer ; les lacunes deviennent ensuite des gouffres.


Document compilé : 2026-10-06 Agent : opencode Modèle : qwen-3.8-max

RYA Day Skipper : manuel de cours complet

Introduction : ce que signifie être Day Skipper

La qualification RYA Day Skipper marque le passage décisif de l'équipier compétent à la personne responsable de la sécurité, de la navigation et de la conduite d'un petit voilier de croisière. Ce n'est pas un simple certificat : c'est la reconnaissance que vous pouvez prendre en charge un bateau de 7 à 15 mètres, de jour, dans des eaux à marées connues. La responsabilité est considérable. En tant que skipper, vous êtes le décideur final de tout, du moment où l'on quitte le port à la façon de gérer une urgence en mer. La sécurité de votre équipage, l'intégrité du bateau et votre propre confiance dépendent entièrement de la profondeur de votre compréhension et de la qualité de votre préparation.

Ce manuel est conçu pour vous enseigner comme si vous étiez assis en classe avec un instructeur expérimenté, ou debout à ses côtés sur le pont. Il va au-delà des listes à puces et des check-lists du programme pour expliquer le pourquoi et le comment de chaque compétence. Vous trouverez des exemples détaillés, des mises en garde pratiques issues de l'expérience et des explications qui relient la théorie au mouvement du bateau sous vos pieds. Lisez-le non comme une référence à survoler, mais comme un manuel à étudier, annoter et assimiler avant de prendre la barre en tant que skipper.


Chapitre 1 : cartographie et navigation

Comprendre la carte comme un document vivant

Une carte nautique n'est pas une carte terrestre. C'est une représentation dynamique d'un milieu marin qui évolue avec les marées, les saisons et l'activité humaine. Au niveau Day Skipper, vous devez dépasser la simple reconnaissance des symboles pour comprendre ce que la carte vous dit du comportement de l'eau et du fond. Les cartes marines standard de l'Amirauté restent la référence de la navigation papier, même si les cartes Imray sont appréciées pour leur clarté et leurs courbes de sondes colorées. Les cartes numériques, matricielles (RNC) ou vectorielles (ENC), sont des outils puissants, mais ce sont des aides à la navigation, pas des remplaçants des savoir-faire traditionnels. Les électroniques tombent en panne ; le papier, non.

Les niveaux de référence des cartes sont essentiels pour comprendre ce que signifient les chiffres. Les sondes sont rapportées au zéro hydrographique, le plus bas niveau de marée astronomique (LAT), ce qui signifie que la sonde indiquée est la profondeur minimale attendue dans des conditions de marée normales. Les hauteurs, comme les tirants d'air sous les ponts ou les sommets de falaises, sont rapportées à la pleine mer moyenne de vives-eaux (MHWS). Confondre ces deux références, ou supposer qu'une sonde cartographiée représente la profondeur actuelle, est l'une des erreurs les plus courantes et les plus dangereuses pour un nouveau skipper. Retenez toujours : profondeur réelle = sonde + hauteur de marée actuelle. Si la carte indique 2.0m et que la marée est haute de 3.5m, vous avez 5.5m d'eau sous la quille. Si la marée descend à 1.0m, il ne vous reste que 3.0m. Ce calcul doit devenir un réflexe.

L'échelle détermine le niveau de détail. Les cartes à grande échelle (par ex. 1:25,000) montrent les ports et les chenaux avec finesse et doivent être utilisées dès que l'on navigue en eaux resserrées. Les cartes à petite échelle (par ex. 1:250,000) couvrent de vastes zones mais omettent les dangers pertinents pour un voilier. Ne tentez jamais un pilotage avec une seule carte à petite échelle. La précision de position varie aussi avec l'échelle : un trait de crayon sur une carte au 1:250,000 peut représenter des centaines de mètres d'incertitude. Gardez cette limite à l'esprit lorsque vous reportez un point près de hauts-fonds ou de rochers.

La maîtrise des symboles de la carte INT1 n'est pas négociable. Vous devez reconnaître instantanément la différence entre une épave qui découvre à la LAT et une épave submergée mais dangereuse, entre un pipeline et un câble, entre zones de mouillage et zones réglementées. Passez du temps à étudier la carte 5011 jusqu'à ce que l'identification soit automatique. Tout aussi important : tenir les cartes à jour grâce aux Avis aux navigateurs. Une carte non corrigée depuis six mois peut ne plus refléter la réalité : de nouvelles épaves apparaissent, des bouées sont déplacées et des chenaux s'envasent. Faites de la mise à jour une habitude de routine, pas une réflexion après coup.

Relèvement de position : savoir où l'on se trouve réellement

Le relèvement de position est l'art de déterminer la position de votre bateau avec une précision suffisante pour naviguer en sécurité. Il existe une hiérarchie de confiance : un point visuel issu de plusieurs relèvements est plus fiable qu'une position estimée, laquelle est elle-même plus fiable que la seule navigation à l'estime. Comprendre cette hiérarchie évite la surconfiance dans des données incertaines.

Les points visuels sont votre outil principal en eaux côtières. Un point à deux relèvements exige de prendre simultanément deux relèvements au compas sur deux objets cartographiés, idéalement séparés de 60° à 120°. Des relèvements trop proches créent un angle d'intersection aigu qui amplifie toute erreur de mesure. Reportez chaque relèvement comme une droite de position (LOP) sur la carte ; le point où elles se croisent est votre position. Marquez-le d'un cercle et notez l'heure. Un point à trois relèvements ajoute de la redondance. Si les trois LOP se rejoignent en un seul point, votre position est excellente. Plus souvent, elles forment un petit triangle appelé « cocked hat ». Si ce triangle est petit (moins de 0.5nm en eau libre), supposez que votre position se trouve en son centre ou au coin le plus proche du danger. S'il est grand, soupçonnez une erreur systématique : la déviation a peut-être changé, ou un amer a été mal identifié. Ne faites pas aveuglément confiance à un mauvais point ; vérifiez avant de poursuivre.

Les alignements offrent une précision exceptionnelle. Lorsque deux objets fixes s'alignent visuellement (un clocher derrière un phare, par exemple), vous savez que vous êtes exactement sur cette ligne, quelle que soit l'erreur de compas. Les alignements sont précieux pour vérifier votre position le long de la route prévue, confirmer que vous êtes au centre d'un chenal ou détecter une dérive latérale due à la marée ou à la dérive. Utilisez-les chaque fois que possible.

Les points par relèvements successifs résolvent le problème lorsqu'un seul amer est visible. Prenez un relèvement sur l'objet, notez l'heure et l'indication du loch, faites route à cap constant sur une distance donnée, puis prenez un second relèvement sur le même objet. Reportez la première LOP en avant selon votre route et la distance parcourue, en tenant compte du courant de marée pendant l'intervalle. Le point où la LOP reportée croise le second relèvement est votre point par relèvements successifs. Cette technique exige un maintien de cap précis, des lectures de loch exactes et une bonne estimation de la marée. Les erreurs s'accumulent vite : considérez donc les points successifs comme moins fiables que les points simultanés à plusieurs relèvements.

La navigation à l'estime (DR) consiste à reporter le cap gouverné et la distance parcourue dans l'eau depuis votre dernière position connue. Elle tient compte de la dérive, mais ignore la marée. C'est le socle de toute navigation, mais elle se dégrade avec le temps à cause des erreurs de barre, des erreurs de loch et des courants non pris en compte. Après une heure d'estime en eaux à marée sans point, votre incertitude de position peut dépasser 1nm. Cherchez toujours à passer de l'estime à la position estimée (EP) ou à un point dès que possible.

La position estimée (EP) combine l'estime avec les vecteurs de marée et les estimations de dérive. C'est votre meilleure estimation de position lorsqu'aucun point n'est disponible. Distinguez clairement l'EP du point dans votre journal et sur la carte (EP marquée d'un triangle, point d'un cercle). Une EP est utile mais comporte une incertitude inhérente ; ne vous y fiez jamais seule à proximité de dangers.

La fréquence des points dépend du risque. En pleine mer, par bonne visibilité et sans trafic, un point toutes les heures peut suffire. À l'approche d'une côte sous le vent, en entrant dans un chenal ou en naviguant dans le brouillard, il faut une conscience de position continue : un point toutes les quelques minutes, ou des alignements en permanence. La question n'est jamais « À quelle fréquence dois-je faire le point ? » mais « Quelle est la conséquence d'une erreur à cet instant ? »

Route à suivre : le cœur de la navigation en eaux à marée

Le calcul de la route à suivre (CTS) est la compétence de navigation la plus importante pour un Day Skipper en eaux à marée. Sans elle, vous serez poussé hors de route par les courants, gaspillerez du carburant et du temps à lutter contre la marée, ou pire, serez porté sur des dangers en croyant suivre le bon cap. La CTS répond à la question : « Compte tenu de la marée, quel cap dois-je suivre pour obtenir la route fond souhaitée ? »

Exemple détaillé : Vous quittez le point A pour le point B, à 12 milles nautiques, sur une route fond de 090°T. Votre vitesse propre est de 5 nœuds. La HW au port de référence est à 1200. Vous partez à 1300 (HW+1). L'atlas des courants indique :

  • HW+1 (1300–1400) : 2.0kn portant 045°T
  • HW+2 (1400–1500) : 2.5kn portant 050°T
  • HW+3 (1500–1600) : 1.8kn portant 055°T

La dérive est estimée à 5° (vent du nord).

Solution pas à pas :

  1. Reportez la route fond de A à B : 090°T, 12nm.
  2. Estimez le temps de passage : 12nm ÷ 5kn = 2.4 heures. Il vous faudra environ 2.5 heures de données de marée.
  3. Depuis le point A, tracez le premier vecteur de marée : 2.0nm à 045°T (dérive pendant HW+1).
  4. Depuis l'extrémité de ce vecteur, tracez le second : 2.5nm à 050°T (HW+2).
  5. Depuis l'extrémité du second, tracez la moitié du troisième vecteur (vous n'avez besoin que de 0.4hr de HW+3) : 1.8kn × 0.4hr = 0.72nm à 055°T.
  6. Vous obtenez maintenant un point d'arrivée de déplacement cumulé dû à la marée. Mesurez la dérive totale : environ 4.8nm au nord-est.
  7. Réglez le compas à pointes sèches sur vitesse propre × temps de passage : 5kn × 2.4hr = 12nm. Placez une pointe sur le point d'arrivée de marée et tracez un arc coupant la route fond AB.
  8. Tracez une ligne du point d'arrivée de marée jusqu'au point où l'arc coupe la route fond. C'est votre route dans l'eau : la direction que doit prendre l'étrave à travers l'eau.
  9. Mesurez le relèvement de la route dans l'eau : environ 108°T.
  10. Appliquez la dérive : le vent vient du nord (côté gauche en cap est), vous poussant vers le sud. Ajoutez 5° pour compenser. CTS = 113°T.
  11. Convertissez en magnétique, en supposant une variation de 3°W. CTS magnétique = 116°M.
  12. Heure d'arrivée estimée : départ 1300 + 2.4hr = 1524. Vitesse fond = 12nm ÷ 2.4hr = 5kn SOG.

Points critiques : Travaillez toujours en relèvements vrais sur la carte et ne convertissez en magnétique qu'à la toute dernière étape, pour la barre. La dérive varie énormément avec la force du vent, la forme de la coque et la voilure ; 5° est typique par conditions modérées, mais par gros temps il peut en falloir 10° ou plus. Recalculez la CTS si les conditions changent sensiblement en cours de traversée : un changement de direction du vent modifiant la dérive, ou une variation inattendue du courant de marée, invalide votre calcul initial. Vérifiez votre progression par des points réguliers ; si votre point montre que vous êtes systématiquement à gauche ou à droite de la route, corrigez la CTS plutôt que de tenir obstinément le cap initial. La carte se moque de votre plan ; elle ne répond qu'à la physique.

Les erreurs courantes consistent à oublier de prendre en compte les fractions d'heure de marée, à tracer les vecteurs de marée depuis la destination au lieu du point de départ, à confondre la portée (direction vers laquelle porte le courant) et la vitesse de dérive, et à mal appliquer la dérive. Entraînez-vous aux calculs de CTS jusqu'à ce que la géométrie devienne intuitive. Ce n'est pas académique : c'est ainsi que vous arrivez en sécurité.

Navigation électronique : faire confiance, mais vérifier

Le GPS et les traceurs de cartes ont révolutionné la navigation, mais ils ont aussi engendré la complaisance. Un GPS donne la position à quelques mètres près, à condition que le datum corresponde à votre carte, que l'antenne ait une vue dégagée du ciel et que le système n'ait pas défailli. Le WGS84 est le datum GPS universel ; assurez-vous que votre traceur et vos cartes papier utilisent ce même datum. Un décalage de seulement 200m peut vous échouer dans un chenal étroit.

Définissez les waypoints et les routes avec soin, en vérifiant chaque waypoint sur la carte papier avant de vous y fier. Surveillez l'écart de route (XTE), mais comprenez que les alarmes XTE vous signalent que vous vous êtes écarté de la route prévue, et non que la route prévue est dangereuse. Configurez les alarmes de sonde, de mouillage et d'arrivée, mais testez-les avant de vous y fier. L'intégration AIS est précieuse pour identifier le trafic commercial et comprendre ses intentions grâce aux données CPA/TCPA, mais rappelez-vous que l'AIS de classe B n'émet pas en continu et que de nombreux petits navires n'ont pas d'AIS du tout. Confrontez les cibles électroniques aux observations visuelles : si vous voyez un navire sur l'écran mais pas à l'extérieur, quelque chose ne va pas.

La maîtrise de la carte papier reste obligatoire. Considérez l'électronique comme une aide puissante qui s'ajoute aux savoir-faire traditionnels, jamais comme un remplaçant. Emportez des batteries de secours, gardez un GPS portatif chargé et conservez la capacité de rentrer au port avec seulement une carte, un compas et un almanach des marées.


Chapitre 2 : hauteurs et courants de marée

Lire le rythme de la mer

Les marées sont le battement de cœur de la navigation côtière dans les eaux britanniques et européennes. Les mal comprendre mène à l'échouage, à des passages manqués ou à un piège sous une côte au vent. La maîtrise commence avec les tables de marées et s'étend à la prévision de la profondeur d'eau à tout moment et à l'anticipation de la force et de la direction du courant tout au long de votre traversée.

Les Admiralty Tide Tables fournissent les heures et hauteurs de pleine et basse mer aux ports standard. Pour les ports secondaires, vous devez appliquer les écarts d'heure et de hauteur indiqués dans les tables. Une interpolation est souvent nécessaire : si l'écart d'heure de HW de votre port secondaire est de +0045 en vives-eaux et de +0030 en mortes-eaux, et qu'aujourd'hui se situe à mi-chemin entre les deux, interpolez à +0037. Les écarts de hauteur se traitent de la même façon. Ce calcul est fastidieux mais indispensable ; deviner à l'œil la hauteur de marée dans un port secondaire a échoué sur d'innombrables voiliers.

Les calculs de hauteur de marée déterminent si vous avez assez d'eau pour franchir un haut-fond ou entrer dans un port. La formule est simple : profondeur réelle = sonde + hauteur de marée. Mais trouver la hauteur de marée à un instant donné nécessite soit la courbe de marée de l'almanach, soit la règle des douzièmes comme approximation. Cette règle stipule qu'au cours de la première heure après LW/HW, la marée monte ou descend d'un douzième du marnage ; à la deuxième heure, de 2/12 ; aux troisième et quatrième heures, de 3/12 chacune ; à la cinquième heure, de 2/12 ; à la sixième heure, de 1/12. Elle suppose une courbe sinusoïdale et échoue dans les zones à double marée ou aux courbes déformées (par ex. le Solent, Poole Harbour). Privilégiez toujours la méthode de la courbe lorsque la précision compte.

Exemple pratique : La sonde à la barre d'entrée du port est de 1.5m. Votre tirant d'eau est de 1.8m. Vous exigez 1.0m de garde sous quille par sécurité. Profondeur minimale requise : 1.8 + 1.0 = 2.8m. Hauteur de marée minimale requise : 2.8 - 1.5 = 1.3m. Consultez la courbe de marée pour trouver la fenêtre horaire où la marée dépasse 1.3m. Arrivez dans cette fenêtre ou attendez. Ne supposez jamais que l'heure d'entrée sûre d'hier vaut pour aujourd'hui ; les marnages changent chaque jour.

Les hauteurs d'assèchement sont cartographiées comme des cotes au-dessus de la LAT, découvertes à basse mer. Une hauteur d'assèchement de 2.0m signifie que le fond est à 2.0m au-dessus de la LAT et ne sera recouvert que lorsque la marée dépassera 2.0m. Reconnaissez le symbole (sonde soulignée) et calculez soigneusement les fenêtres de submersion.

Courants de marée : la rivière invisible

Les courants de marée sont des mouvements horizontaux de l'eau provoqués par la montée et la descente de la marée. Ils peuvent dépasser 5 nœuds dans les chenaux resserrés et sont le facteur dominant de la préparation de route. Les atlas de courants fournissent la portée (direction) et la vitesse de dérive pour chaque heure par rapport à la HW d'un port de référence. Les losanges de courant portés sur les cartes offrent des données similaires, rattachées à des tables de référence. Les deux sources donnent les vitesses de vives-eaux et de mortes-eaux ; interpolez pour les jours intermédiaires avec la méthode des facteurs ou une estimation visuelle.

L'intégration des courants dans les calculs de CTS a été traitée au chapitre 1. Ici, concentrez-vous sur la planification stratégique. Repérez les passages-clés (étroits où une marée contraire rend la progression impossible ou dangereuse) et calez votre traversée pour les franchir à l'étale ou avec un courant favorable. Portland Bill, l'Alderney Race et le Pentland Firth sont des exemples notoires : une erreur de deux heures peut faire la différence entre une traversée paisible et une épreuve mettant la vie en danger dans les overfalls (clapots). Les overfalls se forment lorsque de forts courants interagissent avec la topographie du fond, créant des vagues stationnaires, des tourbillons et une mer confuse. Évitez-les complètement par mauvais temps ; par temps calme, franchissez-les à l'étale si possible.

Au mouillage, tenez compte de la direction et de la force du courant. Mouillez dans une zone abritée à la fois du vent et du courant, en laissant suffisamment de place d'évitage pour tout le cycle de marée. Un voilier mouillé dans un courant de 3 nœuds subit des efforts équivalents à plus de 30 nœuds de vent sur le mouillage. Sous-estimez cela et vous chasserez.


Chapitre 3 : pilotage

Naviguer là où les erreurs ne pardonnent pas

Le pilotage est la navigation en eaux resserrées, où les marges d'erreur se mesurent en mètres et non en milles. Ports, chenaux, estuaires et approches de mouillages exigent une préparation minutieuse et une exécution précise. Contrairement à la navigation en pleine mer, où vous avez le temps de corriger vos erreurs, le pilotage n'offre pas de seconde chance. Échouer ici peut percer la coque, endommager le gouvernail ou immobiliser le bateau de façon irrécupérable.

La préparation de l'arrivée commence plusieurs jours avant d'atteindre le port. Étudiez les cartes à grande échelle, les guides de pilotage, les almanachs et les guides de port. Repérez chaque danger, alignement, relèvement de dégagement et courbe de sonde le long de votre approche prévue. Notez les canaux VHF de la capitainerie, de la marina et du VTS. Vérifiez les heures et hauteurs de marée pour votre fenêtre d'arrivée. Consultez les Avis aux navigateurs récents pour les modifications temporaires. Cette recherche ne peut pas être menée correctement en navigation ; elle doit être achevée à quai ou au mouillage avant le départ.

Établissez un plan de pilotage écrit. Ce n'est pas facultatif. Votre plan doit comprendre les routes d'approche tracées sur la carte avec les relèvements de dégagement (par ex. « Gardez l'église St. Mary’s relevée à plus de 270°M pour éviter le haut-fond de Black Rock Shoal »), les relèvements de danger (« Si la balise X relève moins de 180°M, vous êtes trop à l'est : changez de route immédiatement »), les waypoints marquant les points de décision, les contrôles de sonde corrélés aux lectures de l'échosondeur, les repères visuels classés dans l'ordre d'apparition, les plans de secours identifiant les critères d'abandon et les destinations de remplacement, et les protocoles de communication, y compris quand appeler la capitainerie. Plastifiez ou rendez imperméable ce plan. Gardez-le accessible au poste de barre, pas enfoui sous le pont.

Informez votre équipage avant d'entrer en eaux resserrées. Attribuez des rôles précis : une personne en veille qui annonce les amers et les bouées, une qui surveille la sonde et annonce les profondeurs, une prête avec les défenses et les amarres, une à la barre qui suit vos instructions. Chacun doit comprendre le plan, savoir ce qu'il faut surveiller et se sentir libre de signaler si quelque chose semble anormal. Un équipage silencieux est un équipage démobilisé ; l'engagement sauve les bateaux.

L'exécution repose sur des techniques plus fiables que la seule navigation au compas. Les alignements (lignes-guides) sont supérieurs : lorsque deux objets fixes s'alignent verticalement, vous êtes exactement sur une route sûre, quelle que soit l'erreur de compas, l'anomalie magnétique ou l'imprécision de la personne à la barre. Les alignements naturels (clocher derrière un promontoire) et artificiels (balises de jour, feux de guidage) doivent être repérés dans votre plan et utilisés activement. Les relèvements de dégagement établissent des limites de sécurité : tant qu'un amer reste dans les limites indiquées, vous êtes en eau sûre. La navigation sur courbe de sonde utilise l'échosondeur comme guide principal par mauvaise visibilité ; suivez une courbe précise tout en la recoupant avec la carte et le compas. Les feux à secteurs indiquent les chenaux sûrs par leur couleur : le blanc signifie eau sûre, le rouge ou le vert marque la limite du danger. Connaissez les limites des secteurs avant d'entrer ; arriver de nuit sans savoir quelle couleur signifie quoi relève de l'imprudence.

L'entrée au port exige l'évaluation des passages à marée, des conditions de barre et de la direction du courant. Les barres sont particulièrement dangereuses lorsque le jusant s'oppose au vent ou à la houle, créant des vagues déferlantes capables de faire chavirer ou d'engloutir un voilier. Calez le franchissement des barres à l'étale ou avec un courant favorable chaque fois que possible. Si les conditions sont limites, attendez au large ou déroutez-vous. Aucun horaire ne vaut le risque pour le bateau. L'approche des marinas exige le contrôle de la vitesse (la vitesse minimale dans les marinas est une obligation et une courtoisie), la mise en place des défenses avant tout contact, la préparation à la manipulation des amarres et une communication claire avec le personnel de la marina par VHF. Le pilotage de nuit amplifie chaque difficulté : les repères visuels diminuent, la perception des profondeurs faiblit et la fatigue s'accumule. Une préparation méticuleuse, un recours accru aux instruments et aux feux, une vitesse prudente et une veille doublée sont obligatoires. Si vous n'avez pas d'expérience du pilotage de nuit, n'entreprenez pas d'entrer dans un port inconnu après la tombée de la nuit.


Chapitre 4 : préparation de route

La discipline de penser à l'avance

La préparation de route n'est pas de la paperasse ; c'est le cadre intellectuel qui vous maintient en vie. Le cycle APEM (Appraisal, Planning, Execution, Monitoring) structure cette réflexion à une échelle adaptée à la navigation de jour en eaux à marées connues. Sauter une phase invite au désastre.

Appraisal (évaluation) examine les options avant de s'engager sur une route. Considérez la distance, les passages à marée, les prévisions météo, l'expérience et la forme physique de l'équipage, la lumière du jour disponible et les ports de refuge. Identifiez systématiquement les dangers : hauts-fonds, clapots, dispositifs de séparation de trafic, zones de pêche aux filets, zones d'exercices militaires, zones de câbles. Vérifiez les règlements locaux et les exigences de déclaration au VTS. Demandez-vous : « Si les conditions se dégradent à mi-parcours, où puis-je aller en sécurité ? » Si la réponse est « nulle part », reconsidérez la traversée. Les ports de refuge doivent être réellement accessibles par temps qui se dégrade, et pas seulement marqués comme ports sur la carte.

Planning traduit l'évaluation en détails opérationnels. Reportez les waypoints, les routes fond et les segments CTS sur la carte. Calculez l'heure de départ pour optimiser les passages à marée, arriver en plein jour avec une marge et éviter les courants contraires. Consultez les prévisions météo de plusieurs sources ; définissez les critères de go/no-go selon les capacités de votre bateau et l'expérience de l'équipage. Une prévision de Force 5 peut convenir à un équipage expérimenté sur un voilier robuste de 10m, mais être terrifiante pour des débutants sur un dayboat de 7m. Calculez la consommation de carburant avec une réserve de 50 % ; manquer de carburant dans un courant est inexcusable. Informez soigneusement l'équipage : expliquez la route, attribuez les quarts et les rôles, passez en revue les procédures d'urgence, repérez les arrêts confort et les pauses repas. Consignez le plan dans un carnet de traversée ou un formulaire normalisé. Un plan écrit force la clarté ; un plan mental se dissout sous le stress.

Execution (exécution) est le respect discipliné du plan, avec la souplesse de s'adapter. Suivez la progression par des points réguliers, des inscriptions au journal et la comparaison entre route réelle et route prévue. Les conditions changent ; vous devez changer aussi. Les points de décision prédéfinis (« au waypoint C, si le vent dépasse F6, déroutez-vous vers le port D ») évitent l'indécision en cas de fatigue ou de stress. Communiquez avec les contacts à terre comme prévu ; déposez vos plans de navigation et mettez-les à jour si vous êtes dérouté. Les déclarations au VTS sont obligatoires dans de nombreuses zones ; ne pas déclarer peut entraîner des amendes et témoigne certainement d'une mauvaise pratique marine.

Monitoring (suivi) se poursuit après l'arrivée. Faites un débriefing avec l'équipage : ce qui a marché, ce qui n'a pas marché, ce qui vous a surpris. Notez les leçons dans votre journal personnel. Complétez le journal de bord avec les positions, les heures moteur, le carburant consommé et les événements notables. Le bilan après traversée transforme l'expérience en expertise ; le négliger gaspille l'apprentissage contenu dans chaque voyage.

La navigation de jour exige de la prudence. Planifiez des routes réalisables largement dans la lumière du jour disponible ; le coucher du soleil n'est pas une échéance mais une limite stricte. Prévoyez des marges pour les retards imprévus. Les eaux familières recèlent toujours des dangers inconnus ; la complaisance tue. Si vous naviguez en solitaire, simplifiez fortement la préparation, renforcez les mesures d'autonomie (fiabilité du pilote automatique, prévention de l'homme à la mer en priorité) et acceptez honnêtement des marges réduites.


Chapitre 5 : RIPAM – règles de route

Obligations légales qui sauvent des vies

Le Règlement international pour prévenir les abordages en mer (RIPAM, COLREGS) n'est pas une suggestion ; c'est la loi. Le violer risque l'abordage, des poursuites et l'annulation de l'assurance. Plus important encore, il encode des siècles d'expérience maritime sur la façon dont les navires interagissent de manière prévisible. Les connaître par cœur évite la panique dans les situations de proximité.

Principes fondamentaux : La règle 2 précise que rien n'exonère de la négligence des bonnes pratiques marines ; vous pouvez vous écarter des règles pour éviter un danger immédiat, mais jamais à la légère. La règle 5 impose une veille appropriée à vue, à l'ouïe et par tous les moyens disponibles, à tout moment, pas seulement quand vous en avez envie. La règle 6 exige une vitesse de sécurité permettant d'éviter efficacement l'abordage ; dans le brouillard, les eaux encombrées ou l'obscurité, cela signifie souvent plus lentement que vous ne le souhaiteriez. La règle 7 avertit qu'un relèvement constant vers un autre navire indique un risque d'abordage ; ne supposez pas l'absence de risque sur la base d'informations maigres. La règle 8 exige une action franche, précoce et importante, facilement observable par les autres ; les petites variations de cap sont invisibles et inefficaces.

Dynamique de la route et du maintien de cap : Les voiliers suivent la règle 12 : bâbord amures cède la route à tribord amures ; au vent cède à sous le vent ; le navire qui dépasse se tient à l'écart quelle que soit l'amure. Les navires à moteur qui se croisent de front (règle 14) s'écartent tous deux à tribord pour passer bâbord contre bâbord. Les navires à moteur en croisement (règle 15) : celui qui a l'autre à tribord cède la route et doit éviter de passer devant. Le dépassement (règle 13) s'applique universellement : tout navire arrivant par l'arrière du travers à plus de 22.5° doit se tenir à l'écart, quel que soit son mode de propulsion. Le navire maintenu (règle 17) conserve initialement son cap et sa vitesse, mais peut manœuvrer pour éviter si le navire qui doit s'écarter n'agit pas correctement, et doit agir lorsque l'abordage devient inévitable. Ce n'est pas une attente passive ; c'est une surveillance active avec une réponse graduelle.

La règle 18 établit une hiérarchie : les navires non maîtres de leur manœuvre, à capacité de manœuvre restreinte, gênés par leur tirant d'eau et les navires de pêche ont priorité sur les voiliers, qui ont priorité sur les navires à moteur. Les hydravions s'écartent généralement de tout le monde. Mémorisez cette hiérarchie ; l'hésitation à l'appliquer cause des accidents.

Feux, marques et signaux sonores

Les feux de navigation la nuit et les marques le jour indiquent le type de navire, son statut et son activité. Les navires à moteur en route montrent un ou des feux de tête de mât, des feux de côté (rouge à bâbord, vert à tribord) et un feu de poupe. Les voiliers montrent des feux de côté et un feu de poupe ; les navires de moins de 20m peuvent montrer un tricolore en tête de mât, mais ne doivent jamais montrer de feu blanc de tête de mât en navigation à la voile. Les navires à moteur montrent un cône pointe en bas le jour et les feux de navire à moteur la nuit. Les feux de mouillage sont blancs toutes directions à l'avant ; les navires de plus de 50m ajoutent un feu blanc toutes directions à l'arrière.

Les signaux spéciaux indiquent des conditions particulières : deux feux rouges toutes directions ou deux boules = navire non maître de sa manœuvre ; feux rouge-blanc-rouge ou boule-losange-boule = capacité de manœuvre restreinte ; trois feux rouges toutes directions ou un cylindre = gêné par son tirant d'eau ; feux vert au-dessus de blanc ou rouge au-dessus de blanc, avec cônes pointe à pointe = pêche ; feux de mouillage plus deux feux rouges toutes directions ou trois boules = échoué. Les navires remorqueurs montrent des feux de tête de mât supplémentaires et un feu de remorque jaune à l'arrière.

Les signaux sonores traduisent l'intention et l'avertissement, à vue et par visibilité restreinte. À vue : une brève = changement de route à tribord ; deux brèves = changement de route à bâbord ; trois brèves = marche arrière ; cinq brèves ou plus = signal de doute ou de danger. Par visibilité restreinte : un navire à moteur en route émet un long son toutes les deux minutes ; les voiliers, navires de pêche, NUC, RAM et CBD émettent un long suivi de deux brèves toutes les deux minutes ; les navires au mouillage font sonner la cloche rapidement pendant cinq secondes chaque minute ; les navires échoués ajoutent un signal de gong après la cloche.

Apprenez les feux et les marques à l'aide de cartes-mémoire, d'applications et d'une observation nocturne délibérée. Entraînez-vous régulièrement avec l'équipage aux scénarios du RIPAM à l'aide de maquettes ou de schémas. En cas de doute dans une situation réelle, ralentissez ou arrêtez-vous pour évaluer ; l'élan amplifie l'erreur. Consignez les situations de proximité dans le journal avec les heures, les positions, les actions entreprises et les résultats. Cela protège juridiquement et instruit concrètement.


Chapitre 6 : météorologie

Lire le ciel aussi habilement que la carte

Le temps détermine si votre traversée sera agréable, difficile ou périlleuse. Le Day Skipper doit interpréter les prévisions avec précision, reconnaître les effets locaux qui modifient les prévisions régionales et prendre des décisions de go/no-go fondées sur une évaluation honnête des conditions par rapport à ses capacités.

Les prévisions proviennent de plusieurs sources : le bulletin maritime de la BBC (emblématique mais codé), les prévisions côtières du Met Office, le NAVTEX, des services en ligne comme Windy et PredictWind, et les diffusions VHF. Apprenez la terminologie avec précision : veer signifie un vent qui refuse (rotation dans le sens horaire) ; back signifie un vent qui adonne (rotation dans le sens antihoraire). Gust désigne une brusque augmentation brève ; squall implique une durée plus longue avec précipitations. Les catégories de visibilité (bonne/modérée/mauvaise/brouillard) ont des seuils précis en milles nautiques. L'échelle de Beaufort relie la vitesse du vent à l'état de la mer observable : force 4 se traduit par de fréquents moutons, force 6 par de grosses vagues à crêtes d'écume et embruns réduisant la visibilité. Connaissez vos limites personnelles et celles de votre bateau sur cette échelle. La fiabilité des prévisions se dégrade au-delà de 24–48 heures ; considérez les prévisions à plus longue échéance comme des tendances, non des certitudes.

Les systèmes de pression déterminent le temps. Les hautes pressions (anticyclone) apportent un temps stable, des vents faibles et éventuellement du brouillard ou de la brume, avec une circulation horaire dans l'hémisphère Nord. Les basses pressions (dépression) apportent un temps instable, des vents plus forts, de la nébulosité et de la pluie, avec une circulation antihoraire. Les fronts marquent les limites entre masses d'air : les fronts chauds apportent une baisse progressive de la pression, un vent qui refuse, une séquence de nuages descendante (cirrus → cirrostratus → altostratus → nimbostratus), une pluie continue et une hausse de température ; les fronts froids apportent une hausse rapide de la pression, un vent qui adonne, des cumulus et cumulonimbus en tours, des averses fortes et une baisse de température. Les occlusions mêlent les caractéristiques selon leur type. L'espacement des isobares indique la force du vent : des isobares serrées signifient des vents de gradient plus forts.

Les effets locaux modifient considérablement les prévisions synoptiques. Les brises de mer se forment en milieu de matinée, car la terre chauffe plus vite que la mer et aspire l'air frais vers la côte ; elles atteignent leur maximum l'après-midi et tombent le soir, ce qui affecte fortement la navigation côtière de jour. Les zones d'accélération autour des caps, dans les détroits ou au-dessus des collines peuvent doubler la vitesse locale du vent. Les zones d'abri sous le vent des masses terrestres offrent un abri, mais attention aux rafales soudaines à la sortie. Le type de brouillard compte : le brouillard de rayonnement se forme sur terre la nuit et se dissipe généralement au large ; le brouillard d'advection survient lorsque de l'air chaud et humide passe sur une mer froide et peut persister plusieurs jours ; la fumée de mer apparaît lorsque de l'air froid passe sur une eau relativement chaude. Les vents catabatiques descendent des pentes la nuit ; les vents anabatiques remontent les pentes le jour. Ces effets sont prévisibles si on les comprend et mortels si on les ignore.

L'usage du baromètre est sous-estimé. La tendance de la pression compte davantage que la valeur absolue : une baisse rapide (>1mb/heure) signale l'approche d'une dépression ou d'un front ; une hausse suggère une amélioration ; une stabilité indique des conditions stables. Relevez régulièrement les valeurs pour suivre les tendances. Un baromètre en baisse, combiné à un vent qui adonne et à des nuages descendants, est la signature classique de l'approche d'une dépression ; agissez avant que les conditions ne vous imposent une réaction.

La décision exige des critères prédéfinis établis avant le départ, et non improvisés sous le stress. Définissez les limites de vent et d'état de mer pour le go/no-go selon l'expérience de l'équipage et les capacités du bateau. Identifiez les signes de détérioration qui déclenchent la prise de ris, le changement de route ou la recherche d'un abri. Vérifiez les prévisions face aux conditions réelles en route ; si la réalité s'écarte nettement de la prévision, réévaluez immédiatement le plan. S'obstiner dans un plan malgré des éléments contraires n'est pas de la détermination : c'est de la négligence.


Chapitre 7 : réglage des voiles et manœuvre du bateau

Faire travailler le bateau avec vous

Un réglage efficace des voiles et une manœuvre assurée distinguent le skipper compétent de celui qui se contente de survivre. Le réglage influe sur la vitesse, l'équilibre, le confort et la sécurité. La manœuvre détermine si les évolutions sont fluides et contrôlées, ou chaotiques et dangereuses.

Les penons sont vos principaux indicateurs de réglage. Sur le foc comme sur la grand-voile, les penons en fil doivent flotter horizontalement vers l'arrière lorsque le réglage est optimal. Si le penon intérieur se lève, choquez l'écoute ou le traveller ; si le penon extérieur se lève, bordez ou lofez. La position du creux de la voile contrôle la puissance : le creux maximal doit se situer à environ 40 % de la longueur de la chute arrière sur la grand-voile, 35 % sur le génois. Avancez le creux par vent fort pour aplatir et réduire la puissance ; reculez-le par vent faible pour creuser et générer de la portance. Le contrôle de la vrillure gère la forme de la partie haute de la voile : si les penons supérieurs flottent avant les inférieurs, la vrillure est excessive ; choquez le traveller ou bordez davantage le hale-bas (vang) pour la réduire. Augmentez volontairement la vrillure par vent rafaleux ou clapoteux pour évacuer le vent en excès en partie haute et maintenir l'équilibre.

Le réglage du foc dépend de la position du chariot d'écoute. Les renvois avant aplatissent la chute arrière haute et resserrent la fente ; les renvois arrière ouvrent la fente et donnent de la puissance aux parties hautes. Réglez les chariots selon la force du vent et l'allure. Les commandes de la grand-voile remplissent des fonctions distinctes : le Cunningham règle la position du creux d'avant en arrière ; la bordure (outhaul) contrôle la tension de la base et la profondeur générale ; le hale-bas gère la tension de la chute arrière et la vrillure indépendamment de l'écoute ; le traveller fixe l'angle d'attaque sans modifier le profil de la chute. Maîtrisez chaque commande séparément avant de les combiner.

Chaque allure exige une stratégie d'optimisation différente. Le près serré demande des écoutes bordées à fond, penons flottants ; le serrage (cap trop au vent) sacrifie la vitesse pour l'angle au vent, tandis que l'abattée légère gagne en vitesse mais perd du terrain au vent. Équilibrez la vitesse de route au vent (VMG) par l'expérimentation. Le largue est l'allure la plus facile et la plus rapide ; choquez les écoutes progressivement en abattant. Déployez le spinnaker ou l'asymétrique au largue pour des gains de vitesse spectaculaires. Le vent arrière exige de la vigilance contre les empannages involontaires ; utilisez des preventers, tangonnez le génois en ailes de papillon (wing-on-wing) s'il n'y a pas de spi, et surveillez les variations du vent apparent provoquées par le surf sur les vagues.

Prenez les ris tôt et sans hésiter. L'adage « si vous pensez à prendre un ris, il est temps de le faire » existe parce que l'hésitation coûte cher. Le premier ris se prend en général à partir de la force 4–5, le deuxième à partir de F5–6, le troisième ou la voile de cape à partir de F7. Procédure de ris à coulisseau ou à enrouleur (slab/jiffy) : choquez la drisse, halez fermement le pendeur de point d'amure, retendez la drisse pour restaurer la tension de la guindant, rangez les bouts de coulisseau et capelez les ris s'ils sont installés. Conservez une forme de voile correcte après la prise de ris ; une voile ronde réduite marche mal et gîte excessivement. Pour un enrouleur dans le mât ou sur le bôme, surveillez les plis indiquant un enroulement irrégulier ; ne forcez jamais le mécanisme. L'équilibre doit s'améliorer après la prise de ris ; une tendance au lof (weather helm) persistante indique la nécessité d'une réduction supplémentaire ou d'un réglage du foc.

La manœuvre au moteur exige de comprendre l'effet d'hélice (poussée transversale faisant dériver l'arrière en marche arrière, généralement vers bâbord avec des hélices à droite), l'évitage (vitesse minimale d'environ 1.5–2kn pour que le gouvernail soit efficace) et l'effet de vent (l'étrave part sous le vent, l'arrière cherche le vent). Accostez en fonction de ce qui est le plus fort, le vent ou la marée, à vitesse réduite et contrôlée. Utilisez des springs pour pivoter et amarrer ; placez les défenses avec soin avant le contact. Appareiller exige de dégager méthodiquement les amarres, de pivoter à l'aide d'un spring et d'exploiter l'effet d'hélice. L'homme à la mer au moteur se traite par un arrêt rapide ou un virement Williamson, avec un observateur dédié et un largage immédiat de flottaison.

À la voile, virer exige une action douce à la barre et un bref contre-bordage du foc s'il est collant, pour pousser l'étrave à travers le vent. Empanner exige une écoute de grand-voile centrée ou un preventer, un passage de bôme contrôlé et une abattée progressive par vent fort. La cape crée une plate-forme de dérive stable pour se reposer, réparer ou attendre un homme à la mer : contre-bordez le foc, bloquez la barre sous le vent, choquez la grand-voile. L'accostage à la voile est rarement nécessaire mais constitue une précieuse solution de secours ; approchez vent arrière ou marée portante en utilisant des bouts-remorques pour le contrôle final.


Chapitre 8 : mouillage et amarrage

Assurer le bateau en sécurité

Le mouillage et l'amarrage sont des compétences fondamentales, testées à plusieurs reprises lors de l'épreuve pratique du Day Skipper. Mal les réaliser risque le déraper, l'abordage, des dommages à la coque ou des nuits blanches à s'inquiéter.

Le choix de l'ancre dépend du type de fond : la Danforth excelle dans le sable et la vase ; la Bruce/CQR convient aux fonds mixtes ; les ancres à soc (plow) conviennent à des conditions variées. La taille doit correspondre au déplacement du bateau ; une ancre trop petite cède par conditions défavorables. Le rapport d'évitage est crucial : au minimum 4:1 pour la chaîne, 6:1 pour un mouillage mixte chaîne-orin. L'évitage est la longueur de mouillage divisée par la profondeur mesurée depuis le davier jusqu'au fond (et non depuis la surface). Augmentez-le pour une nuit, par mauvais temps ou si la tenue est douteuse. Un évitage insuffisant est la cause la plus fréquente de déraper.

Le choix du site privilégie un bon fond d'accrochage (vase, sable, argile), l'abri du vent dominant et de la houle, une place d'évitage suffisante pour tout le cycle de marée, et la distance par rapport aux câbles, pipelines et zones réglementées. Consultez les symboles de la carte et les descriptions du guide de pilotage ; le symbole « mouillage » ne garantit pas une bonne tenue.

Une procédure de mouillage correctement exécutée assure une accroche fiable : approchez lentement face au vent ou au courant (le plus fort des deux), arrêtez complètement le bateau à l'endroit voulu, descendez l'ancre jusqu'au fond en filant progressivement la chaîne, reculez doucement au point mort ou au ralenti pour faire mordre les pattes, filez le reste de l'évitage tout en continuant de reculer doucement, confirmez l'accroche par des alignements ou une alarme de mouillage GPS, puis amarrez le mouillage avec un amortisseur ou un crochet de chaîne pour soulager le guindeau. Le relevage exige de propulser lentement vers l'avant pour arracher l'ancre à la verticale ; nettoyez la vase ou les herbes de l'ancre avant de la ranger solidement.

La veille au mouillage est obligatoire : vérifications régulières de la position par alignements, contrôle de l'alarme GPS et inspection visuelle de la tension et de la direction du mouillage. Un déraper exige une réaction immédiate : refiler de l'évitage, changer d'emplacement vers un meilleur fond, ou appareiller si les conditions l'imposent. Une ancre engagée peut exiger une récupération par orin de trip, une inspection en plongée ou une aide professionnelle. La chaîne se vrille au fil des mouillages successifs ; étalez-la régulièrement en ligne droite pour éviter les nœuds.

L'amarrage recouvre la prise de coffre (approche face au vent ou à la marée, gaffe prête, amarrage au taquet d'étrave, vérification de l'état du coffre), l'accostage à la méditerranéenne en poupe (ancre mouillée à l'avant, amarres portées à terre), le mouillage bord à bord avec d'autres bateaux (défenses doublées, amarres croisées, communication courtoise) et l'accostage en marina (suivez les instructions, privilégiez les springs, placez correctement les défenses, raccordez les services à terre en sécurité). Quitter tout mouillage exige un moteur chaud, des amarres dégagées méthodiquement, un équipage informé et un plan de secours en cas de panne moteur évalué avant de larguer.


Chapitre 9 : récupération d'un homme à la mer

L'exercice qui doit devenir instinctif

La récupération d'un homme à la mer (MOB) doit être répétée jusqu'à ce que l'exécution devienne automatique. La panique et l'hésitation tuent ; la compétence acquise par l'entraînement sauve des vies. Les candidats Day Skipper démontrent leur maîtrise à la voile comme au moteur.

Les actions immédiates ne sont pas négociables et se déroulent dans cet ordre : crier « Homme à la mer ! » assez fort pour alerter tout l'équipage ; jeter immédiatement une bouée de sauvetage (bouée couronne, bouée dan, tout objet flottant) vers la victime ; désigner un observateur dédié qui maintient un contact visuel permanent et désigne sans relâche la victime du doigt ; appuyer sur la touche MOB du GPS ou du traceur pour marquer la position ; déclencher l'AIS-SART ou la balise MOB personnelle si le bateau en est équipé. Ces étapes se déroulent simultanément grâce à la coordination de l'équipage, et non séquentiellement par une seule personne.

Les méthodes de récupération varient selon les conditions et le bateau. L'arrêt rapide fonctionne mieux lorsque la victime reste visible : virez immédiatement face au vent, faites faseyer les voiles, dérivez vers la victime. Le retour en huit maintient mieux la vue dans la houle : poursuivez les amures actuelles 30–60 secondes, empannez, remontez au près jusqu'à la victime. Le retour en largue convient aux débutants : abattez au largue, naviguez 30–60 secondes, virez, revenez au largue vers la victime. Au moteur, virez vers la victime en tenant compte de l'effet d'hélice, revenez en cercle, approchez face au vent ou à la marée pour la reprise finale, passez au point mort avant d'arriver à la victime, et coupez le moteur avant tout contact physique pour éviter les blessures par l'hélice.

Les techniques de reprise privilégient la sécurité : approchez par sous le vent pour abriter la victime du vent et des vagues ; utilisez un Lifesling, un filet d'embarquement, une échelle de bord ou un palan de hissage adapté au franc-bord et à l'état de la victime ; coordonnez les rôles de l'équipage (barreur, observateur, équipier aux amarres, équipe de récupération) par des exercices répétés. Manipulez les victimes en hypothermie avec douceur et, si possible, à l'horizontale ; réalisez un bilan médical après la récupération.

La prévention prime sur la récupération : imposez la politique du harnais et de la longe par mauvais temps, la nuit et pendant les quarts en solitaire ; installez correctement des filières de sécurité avec des points d'attache permettant de se déplacer sans se décrocher ; inspectez régulièrement les filières pour détecter la corrosion ou l'usure ; aménagez un cockpit ergonomique avec surfaces antidérapantes, poignées suffisantes et portiques de sécurité solides. La meilleure récupération d'homme à la mer est celle dont on n'a jamais besoin.


Chapitre 10 : utilisation de la radio VHF

Parler clairement quand cela compte le plus

La radio VHF est votre principal moyen de communication maritime. Le Day Skipper doit détenir le RYA Short Range Certificate (SRC) ou un équivalent, et savoir utiliser la VHF/DSC avec compétence sous pression.

Les communications courantes suivent un protocole strict : appelez « [station appelée] x3, ici [votre bateau] x3, [canal], Terminé. » Passez sur le canal de travail après le premier contact sur Ch16 ou Ch9 ; revenez sur Ch16 à la fin. Utilisez l'alphabet phonétique (Alpha, Bravo, Charlie...) pour épeler sans ambiguïté. Respectez l'étiquette radio : émissions brèves, claires et professionnelles ; pas de bavardage inutile ; écoutez avant d'émettre pour éviter les interférences.

Les appels de détresse, d'urgence et de sécurité suivent des formats prescrits. MAYDAY indique un danger grave et imminent exigeant une assistance immédiate : « MAYDAY x3, nom du bateau/indicatif x3, position, nature de la détresse, assistance requise, personnes à bord, autres informations. » Le silence est imposé par « SEELONCE MAYDAY ». PAN-PAN signale une situation urgente concernant la sécurité mais sans danger imminent, avec un format similaire précédé de PAN-PAN. SÉCURITÉ précède les avis de navigation et les avertissements météorologiques. Les alertes de détresse ASN s'activent en maintenant enfoncé le bouton rouge pendant 3–5 secondes ; la transmission automatique de la position et de l'heure suit, mais complétez toujours par un MAYDAY vocal sur Ch16.

L'ASN (appel sélectif numérique, DSC) permet les appels courants par sélection dans le répertoire, les diffusions de groupe et l'interrogation de position. Le MMSI (Maritime Mobile Service Identity) est un numéro unique à 9 chiffres programmé dans la radio ; enregistrez le vôtre correctement. Les opérations de marina et de port utilisent en général Ch M ou Ch9 ; consultez les listes locales. Maintenez une écoute sur les canaux pertinents : manquer une instruction du VTS ou une annonce d'ouverture de pont cause retards et dangers.

Connaissez les limites : la portée de la VHF est limitée à la ligne de vue, typiquement 5–10nm pour un portatif, 15–25nm pour un fixe en tête de mât. Économisez l'autonomie de la batterie du portatif ; emportez des rechanges. Les téléphones portables ne sont pas fiables en mer et ne remplacent pas la VHF. Testez la radio régulièrement ; découvrez une panne avant qu'une urgence ne la révèle.


Chapitre 11 : équipement et procédures de sécurité

La préparation comme responsabilité

En tant que skipper, vous êtes juridiquement et moralement responsable de l'équipement de sécurité du bateau et des procédures de sécurité de l'équipage. L'ignorance n'est pas une excuse ; la négligence engage votre responsabilité.

L'équipement de sécurité individuel comprend des gilets de sauvetage correctement ajustés (gonflage automatique de préférence, sangle d'entrejambes obligatoire pour les enfants et les non-nageurs), portés chaque fois que les conditions l'exigent (gros temps, nuit, non-nageurs à bord, enfants présents). Les aides à la flottabilité conviennent à un usage en annexe ou en eaux côtières, mais offrent moins de protection au large. Les harnais et les longes accrochés aux filières préviennent l'homme à la mer ; appliquez rigoureusement la règle de l'accrochage. Les balises de localisation personnelles (PLB) exigent un enregistrement, des tests réguliers et la familiarisation de l'équipage avec leur déclenchement.

L'équipement de sécurité du bateau doit être inspecté, entretenu et présenté à l'équipage. L'emplacement du radeau de sauvetage, la procédure de mise à l'eau, son contenu et l'intervalle d'entretien doivent être connus de tous. Les fusées de détresse (fumigènes rouges à main pour la nuit et la détresse, fumigènes orange pour le jour et la localisation, fusée parachute pour les longues distances) exigent un stockage correct, un suivi des dates de péremption et une élimination légale. La radiobalise EPIRB (406MHz) exige un enregistrement, un test mensuel et une installation à flotteur libre. Les extincteurs (poudre, CO2, mousse) placés stratégiquement nécessitent un entraînement à la technique PASS (Pull, Aim, Squeeze, Sweep : tirer, viser, presser, balayer) et une inspection régulière. La couverture anti-feu située dans la cuisine doit être connue et son usage pratiqué. Les pompes de cale (manuelles et électriques) sont testées régulièrement, avec un seau de secours disponible. La trousse de premiers secours est approvisionnée selon les recommandations RYA, son emplacement est connu et son contenu est réapprovisionné après usage. Le largage d'une bouée dan ou d'une perche MOB est pratiqué. Les bouts-lancés sont placés à portée de main et la technique de lancer est entraînée.

Les procédures d'urgence exigent des réponses répétées. Incendie : donner l'alarme, isoler les sources de carburant et d'électricité, combattre seulement si c'est sans danger, évacuer si ce n'est pas le cas, lancer un MAYDAY si l'incendie est incontrôlable. Voie d'eau : localiser la source, colmater l'arrivée avec un bouchon ou un tapis anti-voie d'eau, pomper en continu, lancer un PAN-PAN ou un MAYDAY selon la gravité. Échouage : évaluer les dégâts à la coque, rechercher les fuites, déhaler à l'ancre si c'est sûr, demander de l'aide si nécessaire. Urgence médicale : administrer les premiers secours, contacter le TMAS par VHF ou téléphone satellite, dérouter si c'est grave. Abandon du navire : dernier recours seulement ; sac de survie, EPIRB, radeau de sauvetage, vêtements chauds prêts ; restez à bord sauf si le bateau coule ou brûle.

Des briefings de sécurité sont obligatoires avant chaque départ : emplacement et usage des gilets de sauvetage, emplacement des extincteurs, procédure MOB, utilisation de la VHF, emplacement des prises d'eau de mer, vanne d'isolement du gaz. Adaptez les briefings à l'expérience de l'équipage ; les visiteurs reçoivent une version simplifiée couvrant l'essentiel. Consignez la réalisation du briefing dans le journal de bord.


Chapitre 12 : contrôles moteur et entretien de base

La compétence mécanique comme savoir-faire marin

Une panne moteur en mer va de l'incommodant au catastrophique. Les contrôles quotidiens et le dépannage de base relèvent des responsabilités du skipper, et non de luxes facultatifs.

Les contrôles quotidiens avant démarrage suivent une routine : niveau d'huile à la jauge (faire l'appoint avec la bonne qualité si en dessous du repère) ; niveau du liquide de refroidissement dans le vase d'expansion (maintenir le mélange eau douce) ; niveau de carburant suffisant pour la traversée plus une réserve de 50 % (purger le séparateur d'eau) ; tension et état de la courroie (test de flèche selon les spécifications du constructeur) ; inspection visuelle des fuites d'huile, de carburant ou de liquide de refroidissement ; crépine de prise d'eau de mer dégagée, bol du filtre à carburant propre. Cinq minutes de contrôle évitent des heures de panne.

Procédure de démarrage : vérifiez que la boîte est au point mort ; activez les bougies de préchauffage pour un démarrage à froid du diesel (durée selon le manuel) ; actionnez le démarreur 10 secondes maximum par tentative, avec des intervalles de refroidissement ; vérifiez la pression d'huile immédiatement après le démarrage (pas de pression = arrêt immédiat) ; confirmez le débit du liquide de refroidissement par le témoin de jet ; laissez chauffer avant de solliciter le moteur. S'écarter de cette séquence endommage le moteur.

Les pannes courantes ont des remèdes systématiques. Ne démarre pas : vérifier l'alimentation en carburant (fonctionnement de la pompe d'alimentation, colmatage du filtre), purger l'air du circuit de carburant, vérifier le fonctionnement de la batterie et du démarreur, tester les bougies de préchauffage. Surchauffe : contrôler le débit d'eau de mer (roue à aubes endommagée, crépine colmatée, durite écrasée), vérifier le niveau de liquide de refroidissement, tester le thermostat, examiner la tension de la courroie. Perte de puissance : rechercher une contamination du carburant, un échappement bouché, une hélice encrassée, une surcharge. Diagnostic de fumée excessive : noire = déséquilibre carburant/air ; bleue = combustion d'huile ; blanche = entrée de liquide de refroidissement ou carburant non brûlé. Défaut de charge : inspecter la courroie d'alternateur, nettoyer les connexions, tester le régulateur.

Les travaux d'entretien de base prolongent la durée de vie et la fiabilité du moteur. Vidange d'huile selon l'intervalle du constructeur, avec remplacement du filtre et élimination correcte. Remplacement de la roue à aubes chaque année ou au besoin, avec lubrification lors de la pose. Changement des filtres à carburant et à huile, suivi d'une purge du circuit de carburant. Contrôle des anodes sacrificielles, à remplacer lorsque plus de 50 % sont consumées. L'hivernage comprend l'antigel, un stabilisant de carburant, de l'huile de conservation (fogging) et la préparation du stockage de la batterie.

Emportez les rechanges essentiels : filtres à carburant, filtres à huile, roues à aubes, courroies, fusibles, ampoules, huile moteur, liquide de refroidissement, kit de purge, outils de base. Sachez où est rangé chaque rechange ; chercher frénétiquement pendant une panne fait perdre un temps précieux.


Chapitre 13 : systèmes de balisage

Lire le langage des marques

Le balisage AISM est le langage universel de la navigation maritime. Mal lire une bouée vous place du mauvais côté d'un chenal, sur un haut-fond ou dans le trafic venant en face.

La région A de l'AISM (Europe, Afrique, Asie, Australie) utilise des marques latérales rouges de bâbord (topmarque cylindrique, Fl.R), à laisser à bâbord en entrant depuis le large, et des marques latérales vertes de tribord (topmarque conique, Fl.G), à laisser à tribord en entrant. Les marques cardinales indiquent l'eau sûre par rapport à leur position (Nord/Est/Sud/Ouest) à l'aide de topmarques à deux cônes et de rythmes lumineux correspondant aux positions d'un cadran d'horloge (N = Q/VQ continu, E = 3 éclats, S = 6 éclats, W = 9 éclats). Les marques de danger isolé (bandes noir-rouge-noir, deux sphères, Fl(2)) signalent un danger immédiatement voisin, avec eau sûre tout autour. Les marques d'eau sûre (rayures verticales rouge et blanc, topmarque sphérique, Iso/Occ/LFl) indiquent le milieu du chenal ou un point d'atterrissage. Les marques spéciales (jaunes, topmarque en X, Fl.Y) désignent les ODAS, les câbles, les zones militaires ou d'autres zones particulières ; consultez la carte pour leur signification.

La région B de l'AISM (Amériques, Japon, Corée, Philippines) inverse les couleurs latérales : rouge = tribord en entrant (« Red Right Returning » : rouge à droite au retour), vert = bâbord. Toutes les autres marques sont identiques à la région A. Vérifiez la région avant de naviguer dans des eaux inconnues ; supposer la région A dans les eaux de la région B a causé de nombreux échouages.

Les caractéristiques lumineuses distinguent les marques la nuit : feu à éclats (Fl) a une durée de lumière plus courte que l'obscurité ; feu à occultations (Occ) a une durée d'obscurité plus courte que la lumière ; isophase (Iso) a des périodes de lumière et d'obscurité égales ; feu à groupes d'éclats (Fl(n)) précise le nombre d'éclats par période ; scintillant (Q) et scintillant rapide (VQ) désignent un feu rapide pour les marques cardinales ; éclat long (LFl) dure 2 secondes ou plus. Mémorisez d'abord les topmarques : elles sont visibles de jour comme de nuit. Apprenez les rythmes lumineux par association (mnémotechnique du cadran d'horloge des cardinales). Confirmez toujours l'identification par la légende de la carte ; la supposition engendre l'accident.


Chapitre 14 : bases de la navigation de nuit

Opérer au-delà du jour

Bien que le Day Skipper insiste sur la navigation de jour, une compétence de base de nuit est introduite car une traversée se prolonge parfois au-delà du coucher du soleil de façon imprévue. La navigation de nuit exige une discipline accrue et des attentes ajustées.

La vision nocturne exige 20 à 30 minutes pour une adaptation complète des bâtonnets. Préservez-la sans relâche : utilisez un éclairage rouge à la table à cartes et à la descente, réglez les instruments à la luminosité minimale lisible, évitez l'exposition à la lumière blanche. Pour améliorer la veille, utilisez une technique de balayage plutôt que de fixer du regard : la vision périphérique détecte mieux les feux faibles que le regard direct.

La navigation de nuit repose fortement sur l'identification des feux : feux à secteurs, feux d'alignement, feux de bouées vérifiés par distance et relèvement. Les signaux sonores prennent de l'importance à mesure que les repères visuels diminuent. La réduction des informations visuelles exige de s'appuyer davantage sur les instruments, l'échosondeur et le GPS, avec des marges prudentes : distances de dégagement plus larges, vitesses réduites, fréquence de points accrue.

Les considérations de sécurité s'intensifient la nuit : veille double recommandée, politique du harnais obligatoire, gestion de la fatigue par la rotation des quarts et les périodes de repos, protocoles de communication verbale clairs avec confirmations répétées. La navigation de nuit en eaux inconnues dépasse le cadre du Day Skipper ; si vous êtes surpris, mettez-vous à la cape ou mouillez en sécurité jusqu'à l'aube plutôt que de risquer une entrée à l'aveugle.


Chapitre 15 : conduite à la barre et gestion de l'équipage

Diriger par la compétence et la communication

Le skippering associe la maîtrise technique de la barre au leadership humain. Les deux compétences sont également essentielles ; un navigateur brillant qui ne sait pas communiquer clairement ni inspirer confiance à l'équipage échouera comme skipper, tout comme un leader charismatique qui ne sait pas tracer une route sûre.

Conduite à la barre : barrer comme navigation active

Barrer n'est pas un simple maintien de cap passif ; c'est une navigation active par le ressenti, la vue et le retour des instruments. Barrer au compas exige d'anticiper l'évitage avant qu'il ne se développe : surveillez la vitesse de déplacement de la rose du compas plutôt que d'attendre que l'écart s'accumule. Des corrections douces et petites préservent l'élan ; de grands coups brusques font perdre de la vitesse et déstabilisent l'équipage. Le barrage à l'indicateur de vent utilise la constance de l'angle de vent apparent comme référence principale au près ; les penons fournissent un retour immédiat sur le réglage, en complément des données de cap. Le barrage dans la houle exige de lire l'état de la mer devant soi : abattez légèrement dans les rafales pour réduire la puissance et éviter une gîte excessive ; lofez dans les accalmies pour maintenir la propulsion ; barrez en diagonale à travers les fronts de vagues en vent arrière pour éviter le surf et la perte de contrôle. L'usage du pilote automatique exige une installation correcte, un calibrage pour les conditions magnétiques locales et la compréhension de ses limites : il ne voit ni les grains, ni les casiers de pêche, ni les autres navires. Ne considérez jamais le pilote automatique comme le seul barreur ; conservez la compétence de barre manuelle et intervenez de façon anticipée. La barre franche de secours doit être entraînée avant que la panne n'impose l'improvisation ; sachez où elle est rangée et comment la monter rapidement.

Gestion de l'équipage : l'élément humain du skippering

La gestion de l'équipage distingue les skippers adéquats des excellents. Les briefings fixent les attentes et construisent des modèles mentaux partagés : les briefings avant départ couvrent l'équipement de sécurité, le plan de route, la météo et les rôles ; les briefings avant manœuvre expliquent ce qui va se passer, qui fait quoi et ce que signifient les signaux ; les briefings avant quart transmettent la conscience de la situation. Gardez les briefings clairs, concis et inclusifs : invitez aux questions plutôt que d'exiger le silence. La délégation confie les tâches selon les compétences individuelles tout en offrant des occasions de progresser ; responsabilisez les équipiers tout en supervisant les résultats. La communication suit des principes en boucle fermée : les instructions sont accusées de réception et répétées pour confirmer la compréhension ; l'ambiguïté est éliminée par un langage précis. Le moral dépend du renforcement positif, d'une répartition équitable de la charge de travail, du confort (nourriture, chaleur, repos) et de la reconnaissance des efforts. La résolution des conflits exige une intervention précoce, en privé, centrée sur le comportement plutôt que sur la personnalité ; une tension non résolue s'envenime et compromet la sécurité. Les moments d'enseignement surgissent constamment : expliquez la logique des décisions, encouragez la curiosité, développez la compétence progressivement. Un équipage qui comprend le pourquoi performe mieux qu'un équipage qui se contente d'obéir.

Le style de direction s'adapte aux situations : directif lors des urgences où l'hésitation coûte des vies ; consultatif pendant la planification, où des avis variés améliorent les décisions ; délégatif lors des opérations de routine, où la microgestion érode la confiance. La transparence des décisions compte lorsque le temps le permet : expliquer son raisonnement bâtit la confiance et instruit. La responsabilité signifie assumer pleinement ses décisions, reconnaître ouvertement ses erreurs et en tirer visiblement les leçons. Une autorité calme inspire confiance sans arrogance ; les équipages suivent les mains stables, pas les voix fortes. Rappelez-vous que votre état émotionnel se transmet instantanément à tous à bord ; maîtrisez votre stress de façon visible, car l'anxiété cachée transparaît dans le ton, la posture et la qualité des décisions.


Chapitre 16 : instruments de navigation et électronique

Intégrer les outils sans dépendre d'eux

Les voiliers modernes embarquent une instrumentation sophistiquée, mais les instruments servent le jugement ; ils ne le remplacent pas. La maîtrise suppose de comprendre les capacités, les limites et les modes de défaillance de chaque outil, ainsi que son intégration aux méthodes traditionnelles.

Le compas magnétique reste la sauvegarde ultime. Lisez-le avec précision en alignant votre œil directement au-dessus de la ligne de foi pour éviter l'erreur de parallaxe. Appliquez la variation (écart entre le nord vrai et le nord magnétique, figurant sur la rose des caps de la carte) lorsque vous convertissez des relèvements. Comprenez la déviation (erreur de compas causée par les champs magnétiques propres au bateau) et tenez à jour une table de déviation après tout changement de structure ou toute installation d'équipement. Faites évoluer le bateau (swing) périodiquement pour vérifier les valeurs de déviation. Les compas à main permettent des points visuels précis ; entraînez-vous à prendre des relèvements calmement malgré le mouvement du bateau. L'installation du compas de barre, l'état du liquide d'amortissement et le fonctionnement de l'éclairage exigent une inspection régulière.

L'échosondeur mesure la profondeur sous le transducteur ou sous la quille selon le réglage de décalage. Configurez correctement le décalage pour votre bateau : profondeur sous quille pour éviter les échouages, profondeur sous transducteur pour la précision scientifique. Réglez convenablement les alarmes de faible profondeur en fonction de votre tirant d'eau et de votre marge de garde sous quille. Interprétez les échos avec esprit critique : la vase molle produit des échos diffus ; la roche dure donne des retours nets ; les bancs de poissons créent des artefacts en forme d'arche ; l'eau aérée près des vagues déferlantes provoque de fausses lectures de faible profondeur. Vérifiez l'échosondeur par rapport aux sondes cartographiées en des positions connues pour valider l'étalonnage.

Les loch-speedomètres mesurent la vitesse propre au moyen d'une hélice à ailettes ou de capteurs ultrasoniques. Les hélices à ailettes s'encrassent facilement avec les algues ou les balanes ; nettoyez-les régulièrement. Les capteurs ultrasoniques évitent l'encrassement mais coûtent plus cher. Étalonnez le capteur de vitesse par rapport à une distance mesurée en eau calme ; un loch mal étalonné produit des erreurs d'estime cumulatives. Remettez à zéro le loch de traversée au départ de la route ; consignez les lectures totales du loch dans le journal de bord pour le suivi de l'entretien.

Le GPS et les traceurs de cartes exigent une configuration correcte : confirmez que le datum WGS84 correspond à la carte ; réglez les unités de façon cohérente (milles nautiques/nœuds ou milles terrestres/métriques) ; configurez les préférences d'affichage pour une bonne lisibilité. Créez les waypoints et les routes méthodiquement, en vérifiant chacun sur la carte papier avant de s'y fier. Surveillez le XTE, mais comprenez qu'il ne mesure que l'écart latéral par rapport à la route prévue, et non la sécurité de cette route. Configurez et testez les alarmes (XTE, glissement d'ancre, faible profondeur, arrivée au waypoint) avant de vous y fier. Les superpositions de données (cibles AIS, images radar, GRIB météo) améliorent la conscience de la situation mais augmentent la charge mentale ; gérez impitoyablement l'encombrement de l'écran. Conservez une batterie de secours et l'indépendance d'un GPS portatif ; supposez que le système principal tombera en panne au pire moment possible.

L'interprétation de l'AIS exige de comprendre la classe A (navires de commerce, émission continue, données complètes) par rapport à la classe B (navires de plaisance, émission intermittente, données limitées). Le CPA (point de rapprochement maximal) et le TCPA (temps avant le CPA) indiquent le risque d'abordage ; réglez les seuils d'alarme de façon prudente. Les détails du navire (nom, MMSI, destination, cargaison) facilitent l'identification et la communication. Intégrez l'AIS aux affichages radar et au traceur pour une vision complète, mais rappelez-vous que de nombreux navires n'ont pas d'AIS du tout : bateaux de pêche, embarcations traditionnelles, navires militaires et appareils en panne créent des angles morts. Trop se fier à l'AIS crée une fausse sécurité ; la veille visuelle doit rester prioritaire.

Les instruments de vent distinguent le vent apparent (ressenti sur un bateau en mouvement) du vent vrai (écoulement atmosphérique réel). L'étalonnage garantit la précision ; des capteurs de tête de mât mal alignés produisent des erreurs systématiques. Choisissez délibérément les modes d'affichage : TWA/TWS pour la navigation et les décisions de route ; AWA/AWS pour l'optimisation du réglage des voiles. Retenez que le vent apparent se déporte vers l'avant lorsque la vitesse du bateau augmente ; cela affecte à la fois le réglage et la force perçue du vent.


Chapitre 17 : questions d'entraînement et auto-évaluation

Tester sa compréhension par la pratique

La théorie ne devient compétence que par une pratique délibérée. Travaillez ces questions honnêtement, en vérifiant vos réponses par rapport aux principes expliqués dans les chapitres précédents. Une difficulté signale des lacunes à réviser ; une facilité suggère que vous êtes prêt pour la pratique.

Cartographie et navigation :

  1. Deux amers relevés à 045°M et 120°M : tracez le point. Évaluez la précision en fonction de l'angle d'intersection et de la distance des amers. Quels facteurs dégraderaient ce point ?
  2. Calculez la CTS pour une branche de 8nm avec un courant de travers de 1.5kn à 270°T, une vitesse propre de 4.5kn et une dérive de 5°. Montrez toutes les constructions et conversions. Vérifiez que la réponse a un sens physique.
  3. Votre point à trois relèvements donne un cocked hat de 0.5nm. Comment interprétez-vous la position ? Quelles erreurs systématiques pourraient le causer ? Quand rejetteriez-vous entièrement le point ?
  4. Le GPS indique une position à 0.3nm du point visuel simultané. Recherchez les causes avant de décider lequel croire. Listez au moins quatre explications possibles.

Marées :

  1. À l'aide des tables de marées, calculez la hauteur de marée à 1430 sachant que HW 1200 (4.2m) et LW 1815 (0.8m). Utilisez la méthode de la courbe de marée, pas la règle des douzièmes. Expliquez pourquoi.
  2. Port secondaire : écart d'heure de HW +0045, écart de hauteur -0.6m en vives-eaux ; +0030, -0.4m en mortes-eaux. Port de référence HW 0900 (3.8m). Aujourd'hui se situe à mi-chemin entre vives-eaux et mortes-eaux. Trouvez l'heure et la hauteur de la pleine mer au port secondaire, avec l'interpolation détaillée.
  3. Sonde cartographiée 2.1m. Garde sous quille requise 1.0m. Tirant d'eau 1.8m. Quelle hauteur de marée minimale est nécessaire ? Quelle fenêtre horaire si HW 1000 (4.5m) et LW 1615 (0.7m) ?

RIPAM :

  1. Observation de nuit : feu de côté vert et feu blanc de tête de mât en vue par tribord avant. Identifiez le type de navire, le rapport de position et l'obligation de céder la route. Quelle action entreprenez-vous ?
  2. Visibilité restreinte : un long son suivi de deux brèves toutes les 2 minutes. Identifiez la catégorie du navire. Quelles sont vos obligations ?
  3. Situation de croisement : navire à moteur sur bâbord qui maintient son cap et sa vitesse, et vous êtes navire maintenu. À quel moment devez-vous agir ? Quelle action est appropriée ? Consignez la justification de votre décision.

Météorologie :

  1. Le baromètre baisse de 4mb en 3 heures. Le vent adonne de SW à SE. Les nuages descendent de Ci à As. Diagnostiquez le système qui approche. Quelles actions s'ensuivent ?
  2. Prévision F5 NW. Vent réel F3 W. Proposez trois explications plausibles. Quelles vérifications confirment laquelle s'applique ?
  3. Décrivez le cycle de développement de la brise de mer, y compris le moment, la force et l'effet sur les tactiques de navigation côtière de l'après-midi.

Sécurité et urgences :

  1. Homme à la mer au moteur par 15kn de vent et 1.5kn de courant. Détaillez la séquence complète de récupération avec les temps, les attributions d'équipage et les protocoles de communication.
  2. Surchauffe moteur en plein chenal dans un courant de marée. Actions immédiates ? Hiérarchie du dépannage ? Quand lancer un PAN-PAN plutôt que de continuer l'autodépannage ?
  3. Incendie détecté dans la cuisine. Réponse pas à pas incluant l'isolement, l'extinction, les critères d'évacuation et les points de décision MAYDAY.

Préparation de route :

  1. Préparez une traversée de jour de 15nm dans des eaux inconnues mais cartographiées. HW 1000. Coucher du soleil 1930. L'équipage comprend deux débutants. Produisez un plan sommaire avec le calendrier, les plans de secours et les critères de go/no-go.
  2. Le temps se dégrade en cours de traversée au-delà des prévisions. Donnez un cadre pour la décision de continuer, dérouter ou mouiller. Quels facteurs pèsent le plus lourd ?

Travaillez ces questions à plusieurs reprises jusqu'à ce que les réponses viennent naturellement. Recherchez ensuite une évaluation pratique sous la supervision d'un instructeur.


Chapitre 18 : ressources d'étude recommandées

Bâtir ses connaissances au-delà de ce manuel

Aucun ouvrage unique ne suffit à la maîtrise du Day Skipper. Complétez ce manuel par les publications officielles, les conseils d'instructeurs expérimentés et le temps passé en mer.

Publications officielles : Le RYA Day Skipper Handbook (G69) sert de manuel théorique de base à terre. Le RYA Yachtmaster Scheme Syllabus and Logbook (G158) définit les normes de compétence et suit l'expérience pratique. Le RYA Short Range Certificate Course Pack couvre en détail l'utilisation de la VHF/DSC. L'Admiralty Chart 5011 (INT1) fournit la référence complète des symboles de carte. Les Admiralty Tide Tables et l'Almanac fournissent les données de marée indispensables à la préparation de route.

Ouvrages complémentaires : The Complete Day Skipper de Tom Cunliffe offre des conseils pratiques complets, enrichis par des décennies d'enseignement. Les RYA Day Skipper Shorebased Course Notes complètent la théorie de salle de classe. Reeds Skipper’s Handbook fournit une référence rapide à bord couvrant brièvement les nœuds, les marées, le RIPAM et les urgences. Collins Guide to the Sea approfondit la compréhension météorologique et océanographique.

Ressources en ligne : Le site de la RYA tient à jour les pages de formation, les mises à jour des programmes et les informations sur les examens. Met Office Marine publie les bulletins de navigation, les prévisions côtières et les avis de coup de vent. UKHO EasyTide propose des prévisions de marées en ligne pour les ports standard et secondaires. Navionics et C-MAP proposent des démonstrations de cartes numériques pour se familiariser avec les interfaces de navigation électronique.

Expérience pratique : Rien ne remplace le temps passé à flot. Le Day Skipper Practical Course propose une formation intensive de cinq jours à bord sous la supervision d'un instructeur. Les sorties pour accumuler des milles parcourus consolident les compétences dans des conditions variées. La navigation personnelle en charter ou sur son propre bateau, dans des eaux familières, renforce progressivement la confiance. Les clubs affiliés à la RYA offrent des occasions de régate, de croisière et de formation dans des communautés bienveillantes.

Étudiez régulièrement. Naviguez souvent. Réfléchissez honnêtement. La compétence s'accumule par la répétition disciplinée, non par une révélation soudaine.


Conclusion : l'état d'esprit du skipper

La certification Day Skipper valide une compétence minimale, non la maîtrise. Le véritable skippering se forge au fil des années d'expérience accumulée, d'une auto-évaluation honnête et d'un engagement inlassable dans l'apprentissage. Chaque traversée enseigne quelque chose de nouveau ; chaque erreur corrigée devient une sagesse acquise. Restez humble face à l'indifférence de la mer envers les diplômes. Préparez-vous minutieusement. Décidez prudemment. Dirigez avec compassion. Naviguez avec précision. Communiquez clairement. Respectez le bateau, l'équipage, l'environnement et vos propres limites à parts égales.

La mer récompense la compétence et sanctionne la complaisance sans malveillance ni pitié. Votre responsabilité de skipper est de faire en sorte que ce soit la récompense, et non la sanction, qui définisse vos voyages. Ce manuel offre des fondations ; votre jugement, votre caractère et votre progression continue détermineront si ces fondations soutiennent des traversées sûres ou s'effondrent sous la pression. Choisissez avec sagesse. Naviguez en sécurité. Apprenez toujours.


Manuel terminé : 2026-10-06 Basé sur les normes du programme RYA Day Skipper et les exigences du journal G158 Conçu comme matériel d'étude complémentaire aux formations RYA officielles# RYA Coastal Skipper / Yachtmaster Coastal : manuel de cours complet

Introduction : la transition vers le commandement

Bienvenue dans le cours RYA Coastal Skipper et Yachtmaster Coastal. Ce manuel est conçu pour combler le fossé entre la navigation de jour compétente et le véritable commandement côtier. Jusqu'ici, votre formation s'est concentrée sur la conduite sûre d'un bateau en eaux familières, de jour. Vous avez appris à tracer une route, lire une carte, faire des nœuds et comprendre les règles de priorité de base. Ces compétences sont les fondations, mais ce n'en est pas le sommet.

Le niveau Coastal Skipper marque un changement fondamental de responsabilité. Vous ne vous contentez plus de conduire un bateau ; vous le commandez. Cette distinction est cruciale. Un commandant prend des décisions stratégiques sous pression, gère le bien-être de l'équipage sur plusieurs jours, navigue de nuit en eaux à marée inconnues, interprète des données météorologiques complexes sans se fier uniquement aux prévisions, et gère les urgences avec une autorité calme. Le Yachtmaster Coastal Certificate of Competence atteste que vous possédez non seulement les connaissances, mais aussi le jugement pratique nécessaire pour skipper un voilier sur des traversées côtières de jour comme de nuit, en eaux à marée.

Ce manuel couvre chaque sujet du programme comme si vous étiez assis en classe avec un instructeur expérimenté qui a navigué des dizaines de milliers de milles côtiers. Chaque section fournit des explications conceptuelles complètes, des procédures pas à pas, des exemples détaillés, les pièges courants et des cadres de décision. Lisez-le lentement. Relisez les sections avant les exercices pratiques. Utilisez les questions d'entraînement à la fin pour tester une compréhension réelle, et non la mémorisation. La mer ne se soucie pas de ce que vous avez mémorisé ; elle se soucie de ce que vous savez faire lorsque les conditions se dégradent à 2 h du matin dans un raz de marée.


Chapitre 1 : présentation du cours et prérequis

Comprendre la qualification

Le cours pratique RYA Coastal Skipper et l'examen Yachtmaster Coastal sont souvent évoqués ensemble, mais ils ont des objectifs différents. Le cours Coastal Skipper est un programme de formation de cinq jours à bord, conçu pour vous enseigner les compétences nécessaires à la croisière côtière. Il est pédagogique, bienveillant et axé sur la construction de la compétence par la pratique guidée. L'examen Yachtmaster Coastal, en revanche, est une évaluation indépendante visant à déterminer si vous possédez déjà ces compétences à un niveau professionnel. Beaucoup de navigateurs suivent d'abord le cours pour repérer et combler leurs lacunes, puis repassent l'examen quelques mois plus tard, une fois qu'ils ont accumulé suffisamment de temps de mer et d'expérience.

Le périmètre de cette qualification est précis : traversées côtières jusqu'à environ 60 milles nautiques de la côte, en eaux à marée, de jour comme de nuit. Elle ne couvre ni les traversées océaniques, ni la navigation astronomique, ni les longs voyages au large. Ceux-ci relèvent des qualifications Yachtmaster Offshore et Ocean. Toutefois, l'environnement côtier est sans doute plus exigeant en précision de navigation, en densité de trafic, en complexité des marées et en fréquence des décisions par mille parcouru. Un skipper côtier doit être plus vif, plus rapide et plus adaptable qu'un navigateur au large qui passe des jours en eau libre avec peu de dangers.

Prérequis et exigences de temps de mer

Avant de passer l'épreuve pratique Yachtmaster Coastal, vous devez justifier d'un temps de mer qualifiant acquis au cours des dix dernières années sur des bateaux de moins de 24 mètres de LOA. Les exigences standard sont trente jours en mer, deux jours comme skipper, huit cents milles nautiques parcourus et douze heures de nuit. Si vous détenez le certificat pratique RYA Coastal Skipper ou un Yachtmaster Coastal Certificate of Competence dans une autre discipline (comme la croisière à moteur), ces exigences sont réduites à douze jours en mer et quatre cents milles nautiques, mais les deux jours de skipper et les douze heures de nuit restent inchangés. L'âge minimum est de dix-sept ans.

Au moins la moitié de votre temps de mer qualifiant doit être acquise en eaux à marée. C'est non négociable. La navigation en eaux à marée introduit des variables (sens et vitesse du courant, hauteurs d'assèchement, passages à marée, calculs de port secondaire) qui n'existent tout simplement pas en milieu sans marée. L'examinateur attendra une aisance dans ces domaines, et l'aisance ne vient que d'une exposition répétée en conditions réelles, non de la seule étude théorique.

Vous devez aussi détenir un certificat d'opérateur radio maritime conforme au GMDSS, généralement le RYA Short Range Certificate (SRC), ainsi qu'un certificat de premiers secours valide, accepté par la RYA. Ce sont des prérequis obligatoires ; sans eux, vous ne pouvez pas être examiné. Une pièce d'identité avec photo (passeport ou permis de conduire) est également exigée.

Le bateau d'examen

Le bateau utilisé pour l'examen doit mesurer entre sept et dix-huit mètres de LOA, être en bon état de navigabilité et être équipé selon les normes énoncées dans le RYA Cruising Yacht Safety (C8). Il doit embarquer un jeu complet et à jour de cartes papier, de publications nautiques, d'un GPS, de tables de marées, de guides de pilotage et d'instruments de tracé. Le bateau doit être armé efficacement ; l'examinateur ne participe pas à l'armement. Vous devez donc prévoir un équipage compétent capable de manœuvrer les amarres, de tenir la veille et d'aider aux manœuvres pendant que vous démontrez vos capacités de skipper. L'examinateur observe, interroge et évalue ; il ne barre pas le bateau à votre place.

Ce que recherche l'examinateur

L'examen dure de six à dix heures pour un candidat seul, ou de huit à quatorze heures pour deux candidats. Pendant ce temps, l'examinateur évalue non seulement si vous savez exécuter correctement les tâches, mais aussi si vous démontrez un commandement sûr et assuré. Il veut voir un leadership affirmé, une communication claire, une planification proactive et la capacité à s'adapter lorsque les conditions changent. Il veut vous voir vérifier votre position indépendamment du GPS, briefer votre équipage avant chaque manœuvre, surveiller la météo et la marée tout au long de la traversée, et prendre des décisions fondées sur des faits plutôt que sur l'espoir. L'hésitation, la dépendance excessive à l'électronique, une mauvaise gestion de l'équipage ou un manque de conscience de la situation vous seront défavorables, même si l'exécution technique est satisfaisante.


Chapitre 2 : cartographie et navigation avancées

Pourquoi les savoir-faire traditionnels restent essentiels

À l'ère du GPS, des traceurs de cartes et des systèmes de navigation intégrés, il est tentant de considérer la cartographie traditionnelle comme un exercice académique. C'est une idée fausse et dangereuse. L'électronique tombe en panne. Les batteries meurent. Les écrans se fissurent. Les logiciels buguent. Des brouillages surviennent près des zones militaires. Lorsque votre principal outil de navigation s'éteint dans le brouillard, de nuit, dans un raz de marée au large d'une côte inconnue, votre capacité à déterminer votre position par relèvements au compas, alignements, sondes et navigation à l'estime est la seule chose qui vous sépare de la sécurité et du désastre. Le niveau Coastal Skipper exige que vous naviguiez avec assurance sans dépendre exclusivement de l'électronique. Cela ne signifie pas rejeter la technologie ; cela signifie la considérer comme un outil parmi d'autres, et maintenir votre maîtrise de chacun d'eux.

Points à trois relèvements

Le point à trois relèvements est la méthode visuelle la plus fiable dont dispose le navigateur côtier. Le principe est simple : prenez simultanément des relèvements au compas sur trois objets cartographiés distincts, idéalement espacés d'environ 120 degrés. Reportez chaque relèvement sous forme de droite sur la carte. Là où les trois droites se coupent se forme un petit triangle appelé « cocked hat ». Votre position réelle est supposée se trouver dans ce triangle, au point le plus proche de tout danger.

La taille du cocked hat renseigne sur la précision de votre point. Un triangle serré indique de bonnes observations et des amers bien répartis. Un grand triangle allongé suggère des erreurs : peut-être les relèvements n'étaient-ils pas réellement simultanés, le compas présentait-il une déviation non corrigée, ou les amers étaient-ils mal choisis (trop proches ou trop éloignés les uns des autres). En pratique, visez des amers à peu près équidistants et répartis sur au moins 90 degrés d'arc. Évitez de relever des objets presque alignés entre eux, car les droites obtenues se couperont sous des angles faibles, produisant un point allongé et peu fiable.

Erreur courante : oublier d'appliquer la déviation du compas avant de reporter. Convertissez toujours les relèvements au compas en relèvements magnétiques (ou vrais) à l'aide de votre table de déviation avant de les reporter sur la carte. Une erreur de deux degrés sur chacun des trois relèvements peut produire un cocked hat de plusieurs centaines de mètres de large, à un mauvais endroit.

Conseil pratique : entraînez-vous aux points à trois relèvements par bonne visibilité, lorsque vous connaissez votre position avec précision. Comparez votre point tracé à votre position GPS. Cela renforce la confiance et révèle les erreurs systématiques de votre technique ou de votre table de déviation.

Droites de position transférées (points par relèvements successifs)

Lorsqu'un seul amer est visible, situation courante le long des côtes rectilignes ou dans un brouillard partiel, vous ne pouvez pas obtenir un point classique. Utilisez alors un point par relèvements successifs. Prenez un relèvement de l'amer, notez l'indication du loch et l'heure, faites route à cap et vitesse constants pendant une durée connue, puis prenez un second relèvement du même amer. Reportez la première droite de position dans le sens de la route et selon le vecteur distance (en tenant compte de la correction du courant de marée) jusqu'à couper le second relèvement. Cette intersection est votre point par relèvements successifs.

La précision d'un point par relèvements successifs dépend entièrement de la précision du cap suivi, de la distance mesurée au loch et de l'estimation du courant pendant l'intervalle entre les deux relèvements. Toute erreur s'accumule. Dans un fort courant ou par forte dérive, un point par relèvements successifs pris sur un long intervalle peut avoir un cercle d'incertitude dépassant un ou deux milles nautiques. Gardez l'intervalle court lorsque c'est possible, et tenez toujours compte de la marée et de la dérive dans le vecteur de report.

Exemple détaillé : vous naviguez vers le nord le long d'une côte. À 1000, vous prenez un relèvement du phare Alpha : 045°M. Le loch indique 12.3 nm. Vous gouvernez 000°M à 5 nœuds dans l'eau. Pendant cette heure, le courant porte 090°T à 2 nœuds. À 1100, vous prenez un second relèvement d'Alpha : 070°M. Le loch indique 17.3 nm (5 nm parcourus). Pour construire le point par relèvements successifs : tracez la première droite de relèvement depuis Alpha à 045°M. Depuis un point commode de cette droite, tracez le vecteur de route dans l'eau (000°M, 5 nm). Depuis l'extrémité de ce vecteur, tracez le vecteur de marée (090°T, 2 nm). L'extrémité représente la position qu'aurait un bateau partant de la première droite de relèvement après une heure. Tracez une parallèle à la droite de relèvement d'origine passant par ce point. Là où cette droite transférée coupe le second relèvement (070°M depuis Alpha) se trouve votre point par relèvements successifs à 1100.

Alignements

Un alignement se produit lorsque deux objets cartographiés s'alignent verticalement depuis votre point de vue : un clocher directement derrière un phare, ou deux marques d'alignement à terre. Cet alignement définit une droite de position extrêmement précise. Les alignements sont supérieurs aux relèvements au compas car ils éliminent entièrement l'erreur de compas. Ils sont aussi instantanés : inutile de noter un relèvement pour le reporter ensuite. Tant que les deux objets restent alignés, vous êtes sur la ligne de l'alignement.

Les alignements sont inestimables pour les approches de port, la navigation en chenal et la confirmation de la position au passage des caps. Beaucoup de ports disposent de marques d'alignement artificielles conçues à cet effet. Les alignements naturels (bâtiments, tours, éléments remarquables de falaise) sont tout aussi efficaces s'ils ont été repérés sur la carte au préalable.

Cadre de décision : chaque fois que vous entrez dans des eaux inconnues, repérez sur la carte et dans le guide de pilotage les alignements utilisables avant d'arriver. Reportez-les sur votre plan de pilotage. Par mauvaise visibilité, un alignement peut être la seule référence de position fiable disponible.

Angles sextant horizontaux

Cette technique mesure l'angle horizontal entre trois objets cartographiés à l'aide d'un sextant posé sur le côté. Les angles sont reportés sur du papier calque superposé à la carte, ce qui donne un point extrêmement précis, indépendant de la variation magnétique ou de la déviation. Rarement utilisée aujourd'hui dans la navigation côtière courante en raison de la disponibilité du GPS, elle fait toujours partie du programme car elle illustre des principes fondamentaux et fournit une méthode de secours totalement indépendante des compas magnétiques.

La procédure demande de la pratique. Tenez le sextant à l'horizontale, visez l'objet le plus à gauche dans la lunette et amenez l'objet du milieu en coïncidence à l'aide du bras index. Notez l'angle. Répétez pour l'angle entre l'objet du milieu et celui de droite. Sur le papier calque, tracez des rayons depuis chaque objet, séparés des angles mesurés. Faites glisser et tourner le calque jusqu'à ce que les trois rayons passent simultanément par leurs objets respectifs sur la carte. Le sommet où se rencontrent les rayons est votre position.

Angles verticaux au sextant et distance

Un angle vertical au sextant permet de déterminer votre distance à un objet cartographié de hauteur connue, comme un phare. La formule est la suivante :

Distance (milles nautiques) = 0.565 × hauteur (pieds) / angle (minutes d'arc)

Ou en métrique : Distance (nm) = hauteur (mètres) / (1852 × tan(angle)), ce qui se simplifie approximativement en Distance (nm) ≈ hauteur (m) × 0.00054 / angle (degrés).

Des corrections doivent être appliquées pour l'erreur d'index, la dépression de l'horizon (hauteur de l'œil au-dessus du niveau de la mer) et la réfraction atmosphérique. Ces corrections figurent dans les tables des almanachs nautiques. Les négliger peut introduire des erreurs importantes, surtout pour de longues distances ou des objets de faible hauteur.

Application pratique : par visibilité réduite, la mesure de l'angle vertical au sextant d'un phare connu vous donne un cercle de distance. Combiné à un relèvement au compas du même phare, il donne un point sans avoir besoin d'un second amer.

Doubler l'angle sur l'avant

Cette technique élégante ne demande qu'un compas et un loch. Notez le relèvement relatif d'un amer (par exemple 30° sur l'avant tribord). Maintenez un cap et une vitesse constants jusqu'à ce que le relèvement relatif double (à 60°). La distance parcourue entre les deux observations est égale à votre distance de l'amer au moment du second relèvement.

Cela fonctionne parce que la géométrie forme un triangle isocèle. C'est rapide, ne nécessite aucun tracé et est utile pour estimer la distance d'un promontoire ou d'une bouée lorsqu'on longe une côte. Sa limite est qu'il suppose l'absence de courant de marée ou de dérive pendant l'intervalle ; dans de forts courants de travers, le résultat sera inexact s'il n'est pas corrigé.

Position estimée et navigation à l'estime

Comprendre la différence entre DR et EP est fondamental en navigation côtière.

La navigation à l'estime (DR) est votre position calculée uniquement à partir du cap gouverné et de la distance parcourue dans l'eau depuis un point de départ connu. Elle ignore la marée, le courant et la dérive. Sur la carte, elle est marquée d'un demi-cercle et d'un point. La DR est utile comme base de référence, mais elle s'éloigne de plus en plus de la réalité avec le temps en eaux à marée.

La position estimée (EP) est la position DR corrigée du courant de marée estimé, du courant et de la dérive. Sur la carte, elle est marquée d'un carré et d'un point. L'EP est votre meilleure estimation de la position réelle compte tenu des informations disponibles, mais elle comporte une incertitude inhérente. Par forte marée ou conditions incertaines, une EP peut dériver d'un à deux milles nautiques en quelques heures seulement.

Compétence clé : évaluez en permanence la fiabilité de votre EP. Demandez-vous : quelle confiance accorder à la prévision de marée ? Le vent a-t-il changé, modifiant ma dérive ? Avons-nous tenu exactement le cap et la vitesse supposés ? Quand ai-je eu mon dernier point confirmé ? Plus l'intervalle depuis un point confirmé est long, plus votre cercle d'incertitude est grand. Ne considérez jamais une EP comme un fait ; traitez-la comme une hypothèse à vérifier dès que possible.

Calcul de la route à suivre

Le calcul de la route à suivre (CTS) consiste à déterminer le cap à gouverner dans l'eau pour obtenir la route fond souhaitée, en tenant compte des courants de marée. Au niveau Coastal Skipper, on dépasse le simple calcul à un seul vecteur pour aborder des diagrammes de vecteurs sur plusieurs heures, intégrant des courants de marée variables sur de longues traversées.

Procédure pas à pas :

  1. Tracez la route fond (route souhaitée sur le fond) du point de départ à la destination sur la carte.
  2. Déterminez la durée prévue de la traversée en fonction de la distance et de la vitesse propre estimée.
  3. Depuis le point de départ, reportez le vecteur de marée de la première heure (direction et vitesse d'après le losange de courant ou l'atlas).
  4. Depuis l'extrémité du premier vecteur de marée, reportez le vecteur de la deuxième heure, et ainsi de suite pour chaque heure de la traversée.
  5. Depuis l'extrémité du dernier vecteur de marée, tracez un arc au compas à pointes sèches réglé sur la vitesse propre du bateau multipliée par le nombre d'heures.
  6. Le point où cet arc coupe la route fond détermine le temps total de route et définit la route dans l'eau requise.
  7. Mesurez la direction de la route dans l'eau depuis l'extrémité du dernier vecteur de marée jusqu'au point d'intersection. C'est votre route à suivre (CTS).

Ajustement dynamique : les conditions correspondent rarement exactement aux prévisions. Les variations de vent modifient la vitesse du bateau. Les courants de marée varient par rapport aux prévisions. Le Coastal Skipper doit recalculer la CTS dynamiquement pendant la traversée. Si votre vitesse baisse faute de vent, la traversée dure plus longtemps, vous exposant à des vecteurs de marée supplémentaires. Recalculez. Si le courant s'avère plus fort que prévu, votre route fond diverge. Recalculez. Considérez la CTS comme un calcul vivant, et non comme un exercice ponctuel avant le départ.

Erreur courante : utiliser un courant de marée moyen pour une traversée de plusieurs heures au lieu de vecteurs horaires. Les courants de marée changent sans cesse de direction et de vitesse. Faire la moyenne introduit des erreurs cumulatives qui peuvent vous éloigner de plusieurs milles de la route.

Niveaux de référence des cartes et garde

Le zéro hydrographique (CD) des cartes Admiralty modernes est généralement la plus basse mer astronomique (LAT). Les cartes plus anciennes peuvent utiliser la basse mer moyenne de vives-eaux (MLWS). Toutes les sondes et hauteurs d'assèchement cartographiées sont rapportées à ce niveau de référence. Savoir convertir la sonde cartographiée en profondeur d'eau réelle est indispensable à une navigation sûre.

Hauteurs d'assèchement : elles sont indiquées par un soulignement sur la carte (par ex. ₂₄ signifie que le fond découvre à 2.4 mètres au-dessus du zéro hydrographique à basse mer). Pour trouver la profondeur réelle d'eau à tout état de marée : Profondeur d'eau = hauteur de marée − hauteur d'assèchement. Si la hauteur de marée est de 3.5m et la hauteur d'assèchement de 2.4m, la profondeur d'eau est de 1.1m.

Tirants d'air (ponts, câbles) : ils sont mesurés à partir de la pleine mer astronomique la plus haute (HAT) ou de la pleine mer moyenne de vives-eaux (MHWS), selon la carte. Vérifiez toujours quel niveau de référence est utilisé avant de passer dessous. Un pont indiquant 15m de tirant d'air à HAT peut offrir nettement moins de dégagement à la pleine mer de vives-eaux si la carte utilise MHWS.

Garde sous quille (UKC) : maintenez au moins 10 % du tirant d'eau du bateau comme garde sous quille par temps calme sur fond connu. Augmentez nettement cette marge en houle, sur un fond mal connu ou lorsque vous naviguez dans des chenaux à forts courants de travers. Un bateau qui cale 2m doit garder au moins 0.2m de garde sous quille dans des conditions idéales, mais 0.5m ou plus dans des situations exposées ou incertaines. Échouer parce qu'on a calculé la garde sous quille trop juste relève d'un défaut de marin, non de la malchance.


Chapitre 3 : planification et exécution des traversées côtières

L'état d'esprit stratégique

La planification de route au niveau Coastal Skipper diffère fondamentalement de la navigation de jour. Une traversée de jour peut comporter quatre heures de navigation en eaux familières, avec une seule destination et peu de variables. Une traversée côtière s'étend sur douze à quarante-huit heures, traverse plusieurs régimes de marée, implique de la navigation de nuit, exige une planification de secours pour une météo qui se dégrade, et demande un ajustement stratégique continu. Vous ne faites pas que tracer une route ; vous gérez une opération dynamique aux contraintes concurrentes.

Le cadre APEM

Le cadre reconnu internationalement pour la préparation de route comporte quatre étapes : Appraisal (évaluation), Planning (planification), Execution (exécution) et Monitoring (suivi).

Appraisal (évaluation) est la phase de collecte d'informations. Avant de tracer la moindre ligne sur la carte, rassemblez et examinez toutes les données utiles : cartes papier et électroniques de toute la route et des zones environnantes, guides de pilotage et instructions nautiques, almanachs, tables de marées, atlas des courants de marée, dernières prévisions météo et bulletins maritimes, Avis aux navigateurs, guides de marina et de port, et informations sur les ports de refuge. Évaluez honnêtement les capacités de votre bateau : autonomie en carburant au moteur et à la voile, capacité d'eau, endurance des batteries pour les instruments et le pilote automatique, inventaire des voiles, fiabilité du moteur et état de l'équipement de sécurité. Évaluez le niveau de compétence et d'expérience de votre équipage. Une traversée routinière pour un équipage expérimenté peut être inappropriée pour des débutants par conditions limites.

Planning (planification) est la phase de conception de la route. Tracez les waypoints et les routes sur la carte. Repérez tous les dangers : hauts-fonds, roches, dispositifs de séparation de trafic, zones de pêche, zones d'exercices militaires, zones de câbles. Repérez les passages à marée et calculez les fenêtres horaires. Calculez les routes à suivre (CTS) pour chaque segment. Déterminez les heures d'arrivée estimées (ETA) aux waypoints et à destination. Prévoyez la consommation de carburant avec des réserves. Préparez les plans de pilotage pour les ports de départ et d'arrivée. Repérez les ports de refuge le long de la route (voir ci-dessous). Consignez le plan par écrit ou sous forme numérique afin qu'il puisse être briefé à l'équipage et consulté en navigation.

Execution (exécution) consiste à mettre le plan en action. Briefez tout l'équipage avant le départ. Établissez les quarts. Suivez les mises à jour météo par VHF, NAVTEX ou satellite. Ajustez le plan dynamiquement selon les conditions en temps réel. Un plan de route est un document vivant ; s'accrocher rigidement à un plan alors que les conditions ont changé est aussi dangereux que de n'avoir aucun plan.

Monitoring (suivi) est une vérification continue. Recoupez la position GPS avec les points visuels, les distances radar, les sondes et les calculs d'EP. Vérifiez que le bateau reste dans des marges de sécurité par rapport aux dangers. Suivez la progression par rapport aux ETA. Surveillez les signes de fatigue, de mal de mer ou de problèmes d'équipement chez l'équipage. Le suivi n'est pas passif : il est actif, continu et systématique.

Passages à marée et contraintes horaires

Un passage à marée est un goulet géographique qui ne peut être franchi en sécurité que pendant une fenêtre précise du cycle de marée. Il s'agit par exemple de Portland Race, du chenal des Needles dans le Solent, du détroit de Menai et de nombreuses barres de ports le long des côtes britanniques et européennes. Manquer un passage à marée peut ajouter des heures à la traversée, imposer un mouillage imprévu ou exposer le bateau à des conditions dangereuses.

Méthode de calcul : déterminez l'heure de l'étale ou du courant favorable au passage à l'aide des atlas de courants et des tables de marées. Remontez depuis cette heure pour calculer l'heure de départ nécessaire du port précédent, en tenant compte de la distance, de la vitesse propre prévue et des courants intermédiaires. Prévoyez une marge d'erreur ; arriver trente minutes en avance vaut mieux qu'arriver cinq minutes en retard.

Planification de secours : que se passe-t-il si vous manquez le passage ? Avant le départ, repérez un mouillage sûr ou un itinéraire de rechange où attendre la fenêtre de marée suivante. Ne tentez jamais de forcer un passage à marée dans des conditions défavorables parce que vous n'avez pas prévu de solution de secours. La mer ne récompense pas l'impatience.

Contexte réel : Portland Race, au large de la côte sud de l'Angleterre, est notoire. En vives-eaux, les courants génèrent des raz dépassant 7 nœuds, avec des vagues déferlantes capables de submerger les voiliers. La fenêtre de passage sûre est étroite. De nombreux skippers expérimentés se sont fait piéger en sous-estimant le moment ou la force du courant. Respectez les passages à marée : ce sont parmi les dangers les plus prévisibles, et pourtant les plus souvent sous-estimés, de la navigation côtière.

Ports de refuge

Ne planifiez jamais une traversée côtière sans avoir repéré des ports de refuge viables tous les quinze à trente milles nautiques, selon la vitesse du bateau et les conditions prévues. Un port de refuge est un port ou un mouillage où vous pouvez vous abriter en sécurité si la météo se dégrade, si l'équipement tombe en panne ou si un équipier tombe malade ou est blessé.

Critères d'un bon port de refuge : accessible par temps qui se dégrade (pas un port à assèchement si vous risquez d'arriver à basse mer), à l'abri des vents dominants et des vents prévus, doté de moyens de communication pour organiser une assistance, permettant des réparations ou une évacuation médicale, et documenté dans votre guide de pilotage avec les détails d'approche. Les ports à barre exigent une prudence particulière : les bancs de sable à l'entrée peuvent devenir infranchissables ou mortels lors de coups de vent qui poussent vers la côte (onshore), à cause des vagues déferlantes. Consultez toujours les instructions nautiques locales pour les conseils et restrictions de franchissement de barre.

Cadre de décision : lorsque les conditions commencent à se dégrader, demandez-vous : pouvons-nous atteindre en sécurité la destination prévue avant que la situation n'empire ? En cas de doute, déroutez-vous immédiatement vers le port de refuge le plus proche. Attendre de voir si les choses s'améliorent est l'erreur la plus courante en navigation côtière. Les conditions empirent généralement avant de s'améliorer, et la fenêtre de déroutement sûr se referme rapidement.

Formalités douanières

Pour les traversées côtières franchissant des frontières internationales (Manche vers la France, traversées de la mer d'Irlande, etc.), renseignez-vous sur les exigences douanières avant le départ. Hissez le pavillon Q (pavillon jaune de quarantaine) en entrant dans les eaux territoriales étrangères, jusqu'à l'autorisation de la douane. Prévenez les autorités de votre arrivée si nécessaire. Emportez les documents d'immatriculation du navire, les passeports et les listes d'équipage. Connaissez les franchises et les articles soumis à restriction. Ne pas respecter les formalités douanières peut entraîner des amendes, une retenue ou un refus d'entrée. Ce n'est pas une bureaucratie facultative : cela fait partie de la conduite responsable d'un bateau côtier.


Chapitre 4 : pilotage en eaux inconnues

La nature du pilotage

Le pilotage est la navigation dans des eaux resserrées, côtières ou portuaires, où la marge d'erreur est minimale et où un positionnement continu et rapide est nécessaire. Contrairement à la navigation en haute mer, où un point toutes les quinze minutes peut suffire, le pilotage exige une vigilance constante quant à la position par rapport aux dangers. Les profondeurs changent rapidement, les chenaux sont étroits, les courants de marée sont forts et le trafic est dense. C'est dans le pilotage que les compétences traditionnelles de navigation sont le plus durement mises à l'épreuve.

Préparer un plan de pilotage

Entrer dans des eaux inconnues sans plan de pilotage préparé relève de la négligence. Un plan de pilotage doit être rédigé ou esquissé avant l'arrivée, en particulier pour les entrées de nuit ou les approches par visibilité réduite.

Croquis du plan : Dessinez sur papier un schéma de l'approche du port. Ne vous fiez pas uniquement au zoom du traceur de cartes ; le fait de dessiner oblige à identifier et à intégrer les éléments clés, les distances et leurs relations. Indiquez les limites du chenal, les alignements, les bouées, les courbes isobathes, les dangers et les points d'abandon.

Alignements et portées : Repérez les alignements naturels ou artificiels qui vous maintiennent dans le chenal sûr. Les alignements sont des paires de repères de jour ou de feux conçues pour se superposer lorsque vous êtes sur la bonne route. Les portées naturelles (clocher derrière un promontoire, tour alignée avec le bord d'une falaise) sont tout aussi efficaces. Reportez-les bien en évidence sur votre croquis.

Relèvements de dégagement : Établissez un relèvement vers un objet remarquable porté sur la carte. Tant que votre relèvement au compas vers cet objet reste du côté « sûr » désigné du relèvement de dégagement, vous êtes à l'écart d'un danger précis. Par exemple, « Garder le relèvement du phare Bravo supérieur à 270°M pour dégager le haut-fond Charlie. » Les relèvements de dégagement assurent une surveillance de sécurité instantanée et continue, sans nécessiter de positions complètes.

Lignes de dégagement sur traceur de cartes : Les traceurs modernes permettent de tracer des limites numériques parallèles aux dangers, avec des alarmes d'écart de route (XTE) configurées pour se déclencher si vous dérivez au-delà. C'est un excellent filet de sécurité, mais ne vous y fiez jamais exclusivement. Les appareils électroniques tombent en panne ; les relèvements de dégagement et les alignements visuels, non.

Courbes de profondeur comme outils de pilotage : Le sondeur est l'un des instruments de pilotage les plus puissants disponibles. Si le chenal sûr se situe entre les courbes de 5m et de 10m, surveillez le sondeur en permanence. Connaissez le réglage de décalage de votre sondeur (indique-t-il la profondeur sous le transducteur, sous la quille ou sous la ligne de flottaison ?). Corrélez les sondes avec la carte pour confirmer la position. Une variation brusque et inattendue de la profondeur est un signal d'alerte immédiat.

Feux à secteurs : Comprenez les couleurs et les secteurs des feux à secteurs qui guident les entrées de port. Le blanc indique généralement le chenal sûr ; le rouge signale un danger à bâbord ; le vert, un danger à tribord. Mémorisez leurs caractéristiques avant l'entrée. Les feux à secteurs assurent un guidage latéral continu sans nécessiter de mesures de relèvement.

Exécuter le pilotage

Vitesse : Réduisez la vitesse à un niveau permettant d'arrêter ou de virer le bateau dans les eaux sûres visibles devant. Une vitesse excessive en eaux resserrées est la cause la plus fréquente des accidents de pilotage. Vous ne pouvez pas réagir à temps à des dangers que vous ne voyez pas.

Veille : Désignez des vigies dédiées. Une même personne ne doit pas à la fois barrer, naviguer et surveiller le trafic. Dans un pilotage chargé ou complexe, attribuez des rôles distincts : homme de barre, navigateur et vigie. La communication entre ces rôles doit être claire et continue.

Dérive due à la marée dans les chenaux : Soyez particulièrement attentif aux courants transversaux qui poussent le bateau latéralement dans les chenaux étroits. Appliquez des angles de crabe appropriés pour maintenir la route. Surveillez en permanence votre position par rapport aux limites du chenal à l'aide d'alignements, de relèvements de dégagement ou de courbes de profondeur. Un bateau entraîné vers une côte sous le vent dans un chenal étroit dispose de très peu de marge pour se rétablir.

Points d'abandon : Définissez des points géographiques précis où, si les conditions se sont dégradées, si la position est incertaine ou si l'équipement est défaillant, l'approche est abandonnée et le bateau retourne en mer ou se déroute vers un autre port. Des points d'abandon prédéfinis évitent la tendance dangereuse à continuer en espérant que les choses s'amélioreront. Décidez à l'avance ce qui constitue une condition d'abandon, et respectez cette décision lorsqu'elle se présente.

Pilotage de nuit

Le pilotage de nuit exige une préparation et une discipline accrues. L'identification des feux est primordiale ; mémorisez les caractéristiques (Feux à éclats, Feux à occultations, Isophase, Scintillant) de toutes les marques clés avant l'entrée. Comptez les éclats et les périodes avec précision ; ne devinez pas. Méfiez-vous des lumières de la côte en arrière-plan qui masquent ou brouillent les feux de navigation : les lumières d'une ville située derrière un port peuvent rendre les feux de bouées presque invisibles.

L'adaptation à l'obscurité prend vingt à trente minutes. Préservez la vision nocturne en utilisant un éclairage rouge dans le cockpit, en réduisant l'éclairage des écrans du traceur au minimum lisible et en évitant les lumières blanches. Utilisez la vision périphérique pour repérer les cibles faibles ; la rétine périphérique est plus sensible à la faible lumière que la fovéa centrale.

La superposition radar sur les traceurs est inestimable pour confirmer la forme des terres et repérer les dangers non éclairés la nuit. Toutefois, maintenez une veille visuelle : le radar ne détecte pas les bateaux en bois, les yachts en fibre de verre sans réflecteurs ni les débris flottants.


Chapitre 5 : Météorologie avancée

Au-delà de la prévision

Lire une prévision météo est une compétence de base. Interpréter les données météorologiques brutes, comprendre les systèmes synoptiques, reconnaître les effets locaux et porter des jugements indépendants lorsque les prévisions divergent des conditions observées sont des compétences du Coastal Skipper. Les prévisions sont des modèles ; l'atmosphère, elle, est la réalité. Le skipper qui fait confiance à la prévision plutôt qu'au baromètre doit en assumer les conséquences.

Interprétation des cartes synoptiques

Les cartes synoptiques représentent les configurations de pression atmosphérique au moyen d'isobares (lignes d'égale pression). Des isobares rapprochées indiquent un fort gradient de pression et des vents forts ; des isobares espacées indiquent des vents faibles. Le vent souffle à peu près parallèlement aux isobares, en étant légèrement dévié vers la basse pression (environ 15 degrés sur mer). La loi de Buys Ballot énonce : dans l'hémisphère Nord, placez-vous dos au vent ; la basse pression se trouve à votre gauche.

Fronts chauds : L'air chaud qui chevauche l'air froid produit une séquence nuageuse caractéristique : cirrus → cirrostratus → altostratus → nimbostratus. Attendez-vous à une pluie continue, à un vent qui refuse, à une baisse de pression et à une visibilité qui se dégrade. Après le passage du front, le vent adonne, la température monte, et la bruine ou le brouillard peuvent persister. Les fronts chauds se déplacent plus lentement que les fronts froids et donnent un préavis plus long, mais la dégradation prolongée peut épuiser l'équipage et mettre le matériel à l'épreuve.

Fronts froids : L'air froid qui s'insinue sous l'air chaud produit une bande étroite de cumulonimbus imposants, de fortes rafales, des orages possibles, un vent qui adonne rapidement, une forte hausse de pression et une chute de température. Les fronts froids passent vite mais violemment. Le brusque changement de vent et le front de rafales peuvent surprendre les bateaux non préparés. Prenez des ris avant l'arrivée du front ; attendre que le grain frappe est trop tard.

Fronts occlus : Ils se forment lorsqu'un front froid rattrape un front chaud. Le temps combine des caractéristiques des deux, souvent associées à des dépressions matures. Les occlusions peuvent produire des configurations météorologiques prolongées et complexes, difficiles à prévoir à partir de modèles frontaux simples.

Dépressions (basses pressions) : Les dépressions des moyennes latitudes se déplacent généralement d'ouest en est, guidées par le courant-jet. Leur cycle de vie passe d'une onde de dépression à l'occlusion. Comprendre le stade de développement aide à prévoir l'intensité et le mouvement. Une dépression qui se creuse, avec des isobares serrées, annonce une dégradation ; une dépression qui se comble laisse présager une amélioration.

Anticyclones (hautes pressions) : L'air subsident produit des vents faibles et un temps stable. Les anticyclones d'été apportent une brume de chaleur, des brises de mer et une navigation agréable. Les anticyclones d'hiver apportent du brouillard de rayonnement, du givre et une réduction de visibilité potentiellement dangereuse. Les anticyclones peuvent bloquer les dépressions qui approchent, créant des périodes prolongées de conditions stables mais parfois hasardeuses.

Effets météorologiques locaux

La météorologie côtière est dominée par des effets locaux que les prévisions globales et régionales manquent souvent ou sous-estiment.

Brise de mer et brise de terre : Le réchauffement différentiel entre la terre et la mer engendre un flux onshore pendant la journée (brise de mer, jusqu'à force 4) et un flux offshore plus faible la nuit (brise de terre). Les brises de mer peuvent modifier de façon spectaculaire le vent de gradient prévu près de la côte, créant des vents d'après-midi nettement plus forts ou de direction différente de ceux annoncés. Planifiez les départs et les arrivées de l'après-midi en tenant compte des effets de brise de mer.

Vents catabatiques : L'air froid et dense qui dévale les pentes la nuit génère de soudaines et violentes rafales offshore dans les mouillages côtiers. Le mistral dans le sud de la France et la bora en Adriatique en sont des exemples extrêmes, mais les effets catabatiques existent partout où un relief élevé borde l'eau. Mouiller au pied de falaises ou de montagnes abruptes expose le bateau à des rafales imprévisibles et puissantes, qui peuvent dépasser nettement les vents annoncés en haute mer.

Zones d'accélération et effet de couloir : Le vent s'accélère autour des caps, dans les détroits et entre les îles, par effet Venturi. Attendez-vous à des vents nettement plus forts que la prévision en haute mer dans ces zones. À l'inverse, les zones d'abri sous le vent des îles hautes ou des falaises connaissent un vent fortement réduit, mais des rafales confuses et tourbillonnantes ainsi que des mers croisées abruptes sur leurs bords. Naviguer dans les zones d'accélération exige anticipation et préparation ; être surpris dans un couloir de vent toutes voiles dehors est une recette pour les avaries.

Types de brouillard et implications :

  • Brouillard d'advection : Air chaud et humide qui se déplace au-dessus d'une eau froide. Fréquent au printemps et au début de l'été. Ne se dissipe pas sous le soleil ; il faut un changement de vent ou de masse d'air. Particulièrement dangereux, car il persiste et peut recouvrir de vastes zones côtières pendant plusieurs jours.
  • Brouillard de rayonnement : Se forme sur terre par nuits claires et calmes, puis dérive vers la mer au matin. Se dissipe généralement rapidement après le lever du soleil. Moins persistant que le brouillard d'advection, mais il peut réduire la visibilité à zéro lors des départs tôt le matin.
  • Brouillard frontal : Se forme dans la zone de précipitations située devant un front chaud. Indique l'approche d'un système frontal et une dégradation des conditions.

Sources de prévisions et évaluation critique

Bulletins maritimes (BBC Radio 4 / NAVTEX) : Découpés en zones maritimes nommées. Ils donnent la direction et la force du vent, le temps, la visibilité et la tendance de pression. Les Coastal Skippers doivent mémoriser les zones pertinentes pour leurs zones de croisière et les écouter régulièrement. Les bulletins maritimes font autorité et sont interprétés par des humains, contrairement aux sorties brutes de modèles.

Prévisions côtières : Plus localisées que les bulletins maritimes, elles couvrent les zones situées à moins de 5nm de la côte. Indispensables pour la préparation des passages côtiers, car elles tiennent compte des effets locaux que les prévisions plus générales ne captent pas.

Fichiers GRIB : Données binaires maillées, téléchargées par satellite ou par réseau mobile et affichées sur les logiciels de navigation. Les GRIB montrent les sorties de modèles sans interprétation humaine. Ils sous-estiment fréquemment les effets localisés, les grains frontaux, les orages et les zones d'accélération. Recoupez toujours les données GRIB avec les prévisions textuelles et les conditions observées. Prendre un GRIB pour la vérité est une erreur courante et dangereuse chez les plaisanciers trop dépendants de l'électronique.

Le baromètre : L'instrument météorologique le plus important à bord. Une chute rapide du baromètre (plus de 3mb en 3 heures) indique l'approche d'un système sévère, quelle que soit la prévision. Relevez la pression toutes les heures dans le journal de bord. Les tendances comptent davantage que les valeurs absolues. Une baisse régulière sur six heures est plus significative qu'une lecture isolée.

Cadre de décision : Lorsque la prévision, le baromètre et les conditions observées divergent, faites confiance au baromètre et à vos yeux. Les prévisions sont probabilistes ; les instruments et l'observation sont empiriques. Si le baromètre chute rapidement alors que la prévision annonce du beau temps, préparez-vous à une dégradation. Si la prévision annonce des coups de vent mais que le baromètre est stable et en hausse, les conditions peuvent être meilleures que prévu, mais restez vigilant.


Chapitre 6 : Théorie des marées et calculs de port secondaire

Pourquoi les marées comptent plus que vous ne le pensez

Les marées sont la caractéristique déterminante de la navigation côtière sous les latitudes tempérées. Elles déterminent quand vous pouvez entrer dans un port ou en sortir, si vous échouez sur des hauts-fonds, la vitesse à laquelle vous progressez le long de la côte et si vous survivez à certains passages. Mal comprendre les marées tue des marins et détruit des bateaux. La maîtrise de la théorie et du calcul des marées n'est pas négociable pour le Coastal Skipper.

Causes et cycles

Les marées résultent de l'attraction gravitationnelle de la Lune et du Soleil, combinée à la rotation de la Terre. Les marées de vives-eaux surviennent lorsque le Soleil et la Lune sont alignés (nouvelle et pleine lune), produisant des amplitudes et des courants plus forts. Les marées de mortes-eaux surviennent lorsque le Soleil et la Lune sont à angle droit (premier et dernier quartiers), produisant des amplitudes et des courants plus faibles. Les vives-eaux surviennent environ deux jours après l'alignement astronomique, en raison du retard dû aux frottements dans les bassins océaniques.

Les courbes de marée varient selon les régions. Les marées semi-diurnes (deux pleines mers et deux basses mers par jour) dominent les eaux britanniques et européennes. Les marées diurnes (une pleine mer et une basse mer) existent dans certaines parties de l'Asie du Sud-Est et du golfe du Mexique. Les marées mixtes (pleines mers et basses mers inégales) sont fréquentes dans de nombreuses régions du Pacifique. Comprendre le régime de marée local est essentiel pour une prévision précise.

Calculs de port secondaire : pas à pas

La plupart des ports n'ont pas de courbes de marée publiées. Les heures et hauteurs sont donc calculées comme des écarts par rapport à un port de référence. Ce processus d'interpolation est une compétence fondamentale du Coastal Skipper.

Étape 1 : Obtenez les données du port de référence. Relevez les heures et hauteurs des pleines mers (HW) et des basses mers (LW) du port de référence pour la date concernée, dans les tables de marées.

Étape 2 : Consultez les écarts. Dans l'almanach ou les tables de marées, relevez les écarts d'heure et de hauteur du port secondaire par rapport au port de référence. Ils sont donnés séparément pour les vives-eaux et les mortes-eaux.

Étape 3 : Déterminez l'état de la marée. Calculez l'amplitude au port de référence (hauteur de la PM moins hauteur de la BM). Comparez-la aux amplitudes moyennes de vives-eaux et de mortes-eaux indiquées pour le port de référence, afin de déterminer si la journée est plus proche des vives-eaux ou des mortes-eaux.

Étape 4 : Interpolez. Si la journée correspond exactement aux vives-eaux ou aux mortes-eaux, utilisez directement l'écart correspondant. Si elle se situe entre les deux, interpolez proportionnellement. Par exemple, si l'amplitude du port de référence est à mi-chemin entre les amplitudes de vives-eaux et de mortes-eaux, utilisez la moyenne des écarts de vives-eaux et de mortes-eaux.

Étape 5 : Appliquez les écarts. Ajoutez ou retranchez les écarts d'heure et de hauteur interpolés aux données HW/LW du port de référence pour obtenir les prévisions du port secondaire.

Exemple travaillé : Calculez la PM (HW) à Littlehaven (port secondaire) le 15 octobre.

  • HW du port de référence (Bigport) : 1423 UTC, hauteur 4.8m. LW : 0811 UTC, hauteur 0.9m. Amplitude = 3.9m.
  • Amplitude moyenne de vives-eaux à Bigport : 4.6m. Amplitude moyenne de mortes-eaux : 2.2m. L'amplitude du jour (3.9m) est plus proche des vives-eaux.
  • Écart d'heure de HW à Littlehaven en vives-eaux : +0115. En mortes-eaux : +0045. Interpolation pour une amplitude de 3.9m (environ 70 % entre mortes-eaux et vives-eaux) : écart d'heure ≈ +0105.
  • Écart de hauteur de HW à Littlehaven en vives-eaux : −0.6m. En mortes-eaux : −0.3m. Interpolation : écart de hauteur ≈ −0.5m.
  • HW à Littlehaven : 1423 + 0105 = 1528 UTC. Hauteur : 4.8 − 0.5 = 4.3m.

Erreur courante : Ne pas interpoler et utiliser aveuglément les écarts de vives-eaux ou de mortes-eaux, quel que soit l'état réel de la marée. Cela peut introduire des erreurs de plus d'une heure sur l'heure et d'un demi-mètre sur la hauteur, suffisantes pour échouer un bateau ou manquer une fenêtre de marée.

Courants de marée : losanges, atlas et vitesses

Les losanges de marée sur les cartes correspondent à des tables indiquant la direction (vraie) et la vitesse (en nœuds) du courant en vives-eaux et en mortes-eaux, pour chaque heure avant et après la HW du port de référence. Les atlas de courants de marée fournissent des données similaires sous forme graphique, avec des flèches indiquant la direction et des chiffres indiquant les vitesses (généralement présentées sous la forme vitesse en mortes-eaux / vitesse en vives-eaux).

Interpolation des vitesses : Si l'amplitude réelle au port de référence se situe entre vives-eaux et mortes-eaux, interpolez proportionnellement la vitesse du courant. Utiliser les vitesses de vives-eaux un jour de mortes-eaux surestime la force du courant ; utiliser les vitesses de mortes-eaux un jour de vives-eaux la sous-estime. Ces deux erreurs compromettent la précision de la navigation.

Vent contre courant : Lorsqu'un vent fort souffle directement contre un fort courant de marée, la hauteur des vagues augmente fortement, leur longueur d'onde se raccourcit et elles deviennent dangereusement raides. C'est une cause principale de chavirage et de dommages structurels en eaux côtières. Des zones comme Portland Race, Alderney Race et le Pentland Firth sont réputées pour leurs conditions de vent contre courant. Vérifiez les directions du vent et de la marée avant d'entrer dans toute zone connue pour ses forts courants. Si le vent s'oppose à la marée, envisagez de reporter le passage, de prendre un autre itinéraire ou de vous assurer que les conditions restent compatibles avec la sécurité de votre bateau.


Chapitre 7 : Systèmes de balisage et marques

Au-delà de l'AISM de base

Les marques latérales des régions A et B de l'AISM, les marques cardinales, les marques de danger isolé, les marques d'eaux saines et les marques spéciales sont couvertes au niveau Day Skipper. Le Coastal Skipper doit comprendre les applications avancées du balisage et les évolutions récentes.

Bouée de signalisation d'épave d'urgence

Introduite par l'AISM pour signaler les épaves nouvelles, non cartographiées ou très dangereuses. Aspect : bouée en pilier ou en espar à bandes verticales bleues et jaunes alternées. Marque de surmontage : croix jaune pointant vers le haut. Feu : éclats alternés bleus et jaunes. Traitez-la comme une marque de danger isolé et tenez-vous à bonne distance. Signalez-la immédiatement aux garde-côtes par VHF. Ces bouées peuvent apparaître sans préavis sur les cartes ; restez attentif à leur présence dans les zones d'accidents récents.

Balises Racon

Répondeurs radar installés sur certaines bouées et certains phares. Lorsqu'ils sont déclenchés par votre impulsion radar, ils émettent une réponse codée qui affiche sur l'écran radar une lettre distinctive en code Morse, rayonnant depuis la balise. Les Racon sont essentiels pour identifier des marques précises par visibilité réduite, lorsque la confirmation visuelle est impossible. Familiarisez-vous avec les codes Racon des marques de votre zone de croisière avant le départ.

Aides à la navigation AIS virtuelles

Le balisage moderne fait de plus en plus appel à des bouées émettant un signal AIS, ou à des marques entièrement virtuelles (aucune bouée physique n'existe ; seule une cible AIS apparaît sur le traceur de cartes). Comprenez la distinction entre les AtoN AIS réels (bouée physique émettant un signal) et les AtoN AIS virtuels. Ne vous fiez jamais uniquement à des marques virtuelles sans corroboration par la sonde, le radar ou l'observation visuelle. Les marques virtuelles peuvent être repositionnées instantanément par les autorités et ne pas refléter la réalité physique.

Approfondissement des caractéristiques des feux

Au-delà des feux à éclats et à occultations de base, comprenez :

  • Isophase (Iso) : Périodes de lumière et d'obscurité exactement égales.
  • Long éclat (L.Fl) : Éclat d'une durée de 2 secondes ou plus.
  • Scintillant (Q), très scintillant (VQ), ultra-scintillant (UQ) : Feux rapides utilisés principalement sur les marques cardinales. Nord : Q continu. Est : Q(3). Sud : Q(6)+L.Fl. Ouest : Q(9).
  • Feux groupés Fl(x) : Deux éclats ou plus en groupe.
  • Feux groupés composites Fl(x+y) : Par exemple, Fl(2+1) distingue des bifurcations de chenal spécifiques ou des marques de chenal préférentiel.

Mémorisez ces caractéristiques pour les marques de votre zone de croisière. L'identification positive des feux de nuit exige de compter les éclats et de chronométrer les périodes avec précision. Deviner conduit à l'échouage.


Chapitre 8 : Application du RIPAM dans des scénarios complexes

Cadre juridique et réalité pratique

Le Règlement international pour prévenir les abordages en mer (RIPAM) constitue le cadre juridique absolu de la navigation. Les règles de base sont couvertes aux niveaux Competent Crew et Day Skipper. Le Coastal Skipper doit appliquer ces règles dans des environnements côtiers complexes et très fréquentés, où plusieurs bateaux interagissent simultanément et où le trafic commercial est soumis à des contraintes différentes de celles des navires de plaisance.

Dispositifs de séparation du trafic (règle 10)

Les routes côtières croisent fréquemment les grands axes de navigation commerciale. Comprendre les règles des DST est essentiel.

Rejoindre et quitter : Rejoignez ou quittez une voie de circulation à son extrémité chaque fois que c'est possible. Si vous rejoignez par le côté, faites-le avec l'angle le plus faible possible, afin de limiter la perturbation du flux de trafic.

Traversée : Traversez les voies de circulation sur un cap aussi proche que possible de l'angle droit par rapport à la direction générale du trafic. Cela réduit le temps passé dans la voie et rend vos intentions claires pour le trafic commercial. Traverser à angle oblique prolonge l'exposition et crée de l'ambiguïté.

Zones de circulation côtière (ITZ) : Les bateaux de moins de 20m et les voiliers ne doivent pas emprunter les voies principales si une ITZ est disponible. Toutefois, si la traversée est nécessaire, suivez la règle de traversée ci-dessus. Ne vous attardez pas inutilement dans les voies de circulation.

Zones de séparation : N'entrez pas dans la zone de séparation centrale, sauf pour traverser, rejoindre ou quitter une voie, ou pour éviter un danger immédiat. Les zones de séparation existent pour prévenir les rencontres de face entre flux de trafic opposés.

Chenaux étroits (règle 9)

Tenez-vous à tribord du chenal. Les bateaux de moins de 20m ou les voiliers ne doivent pas gêner le passage d'un bateau qui ne peut naviguer en sécurité que dans un chenal étroit. Ne traversez pas un chenal étroit si cela gêne un bateau qui y navigue. Le dépassement dans un chenal étroit exige un accord par signaux sonores : deux longs suivis d'un court (« J'ai l'intention de vous dépasser par tribord ») ou deux courts (par bâbord). Réponse : un long, un court, un long, un court (« D'accord »).

Réalité pratique : Les navires de commerce dans les chenaux étroits ont une manœuvrabilité et une distance d'arrêt limitées. Même si vous avez légalement la priorité, la prudence commande de céder le passage tôt et clairement. Un abordage avec un porte-conteneurs est fatal, quel que soit le bon droit juridique.

Interaction avec les bateaux de pêche

Les bateaux de pêche dont les engins limitent la manœuvrabilité sont prioritaires sur les voiliers dans la hiérarchie de la règle 18. Apprenez à distinguer les chalutiers (feux tous horizons vert au-dessus de blanc), les senneurs, les palangriers et les fileyeurs dérivants. Leurs engins peuvent s'étendre sur des centaines de mètres à l'arrière ou sur le côté. Laissez aux bateaux de pêche une très large marge. Passez à l'arrière si possible. Ne passez jamais entre un bateau remorqueur et sa remorque. Les bateaux de pêche travaillent ; ils ne peuvent pas facilement manœuvrer leurs engins ni changer de cap. Respectez leurs opérations et laissez-leur de l'espace.

Règle 19 : conduite en visibilité réduite

Cette règle s'applique aux bateaux qui ne se voient pas, dans ou à proximité d'une visibilité réduite. Naviguez à une vitesse de sécurité adaptée aux circonstances. Tenez les moteurs prêts pour une manœuvre immédiate, même sous voiles.

Si vous détectez un autre bateau uniquement au radar, déterminez s'il existe une situation de rapprochement dangereux ou un risque d'abordage. Si c'est le cas, prenez des mesures d'évitement suffisamment à l'avance. Surtout : évitez de changer de cap à bâbord pour un bateau situé à l'avant du travers (sauf en dépassement) ; évitez de changer de cap vers un bateau par le travers ou sur l'arrière du travers. Ces restrictions empêchent les manœuvres conflictuelles lorsqu'aucun des deux bateaux ne peut voir l'autre.

Si vous entendez le signal de brume d'un bateau situé à l'avant de votre travers, ou si vous ne pouvez éviter une situation de rapprochement dangereux avec un bateau situé à l'avant de votre travers, réduisez la vitesse jusqu'à l'allure minimale permettant de gouverner. Naviguez avec une extrême prudence jusqu'à ce que le danger d'abordage soit écarté. L'arrêt peut être l'option la plus sûre.

Signaux sonores

Apprenez-les par cœur :

  • Manœuvre (en vue) : 1 bref = changement de cap à tribord ; 2 brefs = changement de cap à bâbord ; 3 brefs = propulsion arrière.
  • Avertissement/doute : 5 brefs ou plus, rapides.
  • Visibilité réduite (toutes les 2 minutes) : Bateau à moteur en route : 1 long. Bateau à moteur arrêté : 2 longs séparés de 2 secondes. Voilier : 1 long + 2 brefs. Bateau remorqueur : 1 long + 3 brefs. Au mouillage : cloche rapidement pendant 5 secondes chaque minute. Échoué : 3 coups de cloche, cloche pendant 5 secondes, 3 coups de cloche.

Chapitre 9 : Utilisation du radar et de l'AIS

Fondamentaux du radar

Le radar émet des impulsions micro-ondes et mesure le temps de retour des échos pour déterminer la distance et le relèvement des cibles. Bien comprendre les commandes est essentiel pour une utilisation efficace.

Gain : Amplifie les échos de retour. Réglez-le jusqu'à ce que les parasites de bruit disparaissent juste. Un gain trop fort masque les petites cibles dans les échos parasites ; un gain trop faible manque les cibles légitimes.

Clutter de mer (STC) : Supprime les échos de vagues près du bateau. Réglez-le avec soin ; une suppression excessive masque les petites embarcations et les bouées. Réajustez fréquemment à mesure que l'état de la mer évolue.

Clutter de pluie (FTC) : Différencie les cibles solides de la pluie. À utiliser avec modération ; il réduit la sensibilité globale et peut masquer des cibles situées dans ou derrière les cellules de pluie.

Échelle de portée : Utilisez une grande portée (12-24nm) pour une détection précoce des navires et de la météo. Utilisez une petite portée (1.5-3nm) pour le pilotage et l'évitement d'abordage. Changez régulièrement de portée pour conserver à la fois une vision de situation globale et un détail tactique.

Limites de détection des cibles : Les bateaux métalliques, les côtes abruptes et les réflecteurs radar apparaissent bien. Les yachts en fibre de verre, les bateaux en bois et les bancs de sable bas apparaissent mal, voire pas du tout. Ne supposez jamais qu'un écran radar vierge signifie absence de trafic. Le radar est une aide, non une garantie.

Radar pour l'évitement des abordages

Sur les écrans en mode cap en haut (Head-Up), toutes les cibles se déplacent par rapport à votre bateau. Une cible dont la traînée d'écho pointe directement vers le centre de l'écran est en route de collision, quel que soit son relèvement apparent. Les radars modernes calculent automatiquement le point d'approche le plus proche (CPA) et le temps jusqu'au CPA (TCPA) via le MARPA. Les appareils plus anciens exigent un suivi manuel à l'aide de traceurs de réflexion.

Observez le mouvement des cibles à l'écran pour déterminer leur allure et leur cap, afin d'appliquer correctement le RIPAM. Une cible qui se déplace de droite à gauche sur votre écran croise de bâbord vers tribord ; une cible qui se déplace de gauche à droite croise de tribord vers bâbord. Les cibles de face semblent immobiles en relèvement tout en se rapprochant en distance.

Indexation parallèle pour la navigation

Tracez une ligne de curseur parallèle à votre route prévue, décalée d'une distance de sécurité par rapport à une cible radar remarquable (côte, cap). En maintenant l'écho radar tangent à cette ligne, vous pouvez piloter en sécurité sans repères visuels. L'indexation parallèle est inestimable pour le pilotage de nuit et la navigation par visibilité réduite.

AIS : capacités et limites

L'AIS de classe A (obligatoire pour les navires soumis à la convention SOLAS) émet en continu les données dynamiques et statiques complètes. La classe B (plaisance et petits navires de commerce) émet moins fréquemment et à plus faible puissance. L'AIS-SART apparaît comme un symbole de détresse, avec distance et relèvement.

Limite critique : L'AIS repose sur la propagation VHF et sur une émission volontaire. Les navires militaires, certains bateaux de pêche et les embarcations non immatriculées peuvent ne pas émettre. L'AIS ne remplace ni le radar ni la veille visuelle. N'utilisez jamais l'AIS comme seul moyen d'évitement d'abordage. Recoupez toujours les données AIS avec les observations radar et visuelles.


Chapitre 10 : Navigation électronique

Principes et vulnérabilités du GPS

Le GPS utilise la trilatération par satellites, avec une précision typique de 3 à 5 mètres, améliorée à moins d'un mètre avec le DGPS, le WAAS ou l'EGNOS. Ses limites comprennent le brouillage et l'usurpation de signal (de plus en plus fréquents près des zones militaires), les perturbations ionosphériques, la panne d'antenne et l'écart de datum.

Avertissement sur l'écart de datum : Assurez-vous que le datum du GPS (généralement WGS84) correspond au datum de la carte. Reporter une position WGS84 sur une carte ancienne au datum OSGB peut produire des erreurs de plusieurs centaines de mètres. Vérifiez toujours la compatibilité des datums avant de vous fier au positionnement électronique.

Traceurs de cartes : vectoriel ou matriciel

Les cartes matricielles (RNC) sont des images numérisées de cartes papier. Elles ont un aspect familier, mais ne sont pas interrogeables et les fichiers sont volumineux. Les cartes vectorielles (ENC) reposent sur une base de données : elles sont cliquables, redimensionnables et personnalisables. Comprenez les indicateurs CATZOC (zone de confiance) sur les cartes vectorielles ; ils révèlent la qualité des levés et les imprécisions de sonde possibles.

Réglez les alarmes de façon appropriée : glissement de mouillage, faible profondeur, XTE, arrivée. Ce sont des filets de sécurité essentiels, mais elles provoquent une fatigue d'alarme si elles sont réglées de façon trop sensible. Ajustez-les à des seuils réalistes.

Le danger de la dépendance excessive

La navigation électronique est une aide, et non un substitut aux compétences traditionnelles. Les pannes d'écran, les coupures d'alimentation et les bogues logiciels surviennent régulièrement. Le Coastal Skipper doit revenir sans paniquer aux cartes papier, aux relèvements au compas et à l'estime. Pratiquez régulièrement la navigation traditionnelle, même lorsque l'électronique fonctionne parfaitement. La complaisance tue.


Chapitre 11 : Instruments de navigation

Maîtrise du compas magnétique

La variation (écart angulaire entre le nord vrai et le nord magnétique) varie selon les lieux et dans le temps. La déviation (erreur magnétique induite par le bateau) varie avec le cap. Erreur du compas = variation + déviation. Appliquez la méthode mnémotechnique TVMDC (« True Virgins Make Dull Company » : ajoutez les erreurs ouest en passant du vrai au compas, soustrayez-les en passant du compas au vrai).

Faites évoluer régulièrement le compas pour mettre à jour la table de déviation. La déviation change lorsque du matériel est ajouté, déplacé ou réparé. Une table de déviation périmée introduit des erreurs de navigation systématiques.

Instruments de vitesse et de profondeur

Les loch mesurent la vitesse par rapport à l'eau (STW) à l'aide de capteurs à roue à aubes, à ultrasons ou électromagnétiques. La STW est essentielle pour l'estime. Comparez-la à la vitesse sur le fond (SOG) fournie par le GPS. Les écarts entre STW et SOG indiquent un courant ou une dérive.

Les sondeurs mesurent la profondeur sous le transducteur, sous la quille ou sous la ligne de flottaison, selon le réglage de décalage. Connaissez votre décalage. Appliquez la hauteur de marée pour convertir les sondes en profondeurs cartographiées.

Instruments de vent

Les capteurs en tête de mât mesurent l'angle et la vitesse du vent apparent. Les calculateurs déterminent le vent vrai en tenant compte de la vitesse du bateau. Un vent vrai précis exige un loch STW étalonné, et non la SOG du GPS. Des instruments non étalonnés produisent des données de vent vrai trompeuses.

Considérations sur le pilote automatique

Les pilotes automatiques consomment beaucoup de courant, surtout par forte mer. Surveillez la tension de la batterie. Pratiquez régulièrement la barre à la main pour conserver vos compétences et votre conscience de la situation. Une dépendance excessive au pilote automatique dégrade le talent de barreur et réduit la vigilance face à l'évolution des conditions.


Chapitre 12 : Navigation par gros temps

Philosophie du gros temps côtier

Le gros temps côtier (force 6 à 8) diffère fondamentalement de la survie en tempête hauturière. L'objectif principal est d'atteindre un abri en toute sécurité, et non de survivre indéfiniment en mer. La préparation, la prise de ris précoce et la navigation tactique sont primordiales.

Préparation avant le départ

Si du gros temps est annoncé, envisagez sérieusement de reporter le départ. Si vous poursuivez vers un abri plus sûr, préparez-vous minutieusement. Sous le pont : arrimez tout le matériel libre, fixez les planchers, installez les bannettes anti-roulis sous le vent, préparez des plats chauds et des thermos, pompez les fonds de cale à sec. Sur le pont : vérifiez les filières et les chandeliers, installez des câbles de sécurité, rendez obligatoires les gilets et les harnais attachés en permanence, dégagez les dalots, fermez les écoutilles et les planches de descente, retirez les capotes et bimini qui créent de la prise au vent.

Prendre des ris tôt

« Si vous vous demandez s'il faut prendre un ris, il est déjà trop tard. » Prenez le ris tant que le bateau est à plat et maîtrisable. Ris en bordant : abaissez la drisse, fixez le point d'amure, retendez la drisse, tirez sur le point de ris, vérifiez l'absence de plis. Les focs à enrouleur perdent de leur efficacité aérodynamique lorsqu'ils sont partiellement enroulés ; passez à un foc de travail plus petit si possible. Les enrouleurs intégrés au mât qui se bloquent par gros temps créent de graves situations d'urgence ; testez les mécanismes avant le départ.

Tactiques en navigation

Au près : Virez sur les zones plus calmes. Choquez les écoutes ou abattez momentanément avant les grosses vagues pour réduire les chocs. Déplacez l'équipage vers l'arrière pour soulever l'avant.

Au largue : Allure la plus dangereuse par gros temps en raison du risque de travers. Restez équilibré. Lofez immédiatement lors des rafales.

Vent arrière : Rapide, mais exige une concentration intense. Les vagues de poupe provoquent un surf et une perte de contrôle de la barre. Filez des bosses à l'arrière pour ralentir le bateau et empêcher le surf.

Mise en cape : Contre-brassez le foc au vent, choquez la grand-voile, bloquez la barre sous le vent. Le bateau se stabilise à 45 à 60° du vent, avec une légère dérive, créant une nappe qui brise les vagues qui approchent. Excellent pour attendre le passage des grains ou des courants de marée. Tout Coastal Skipper doit maîtriser la mise en cape ; c'est la tactique la plus polyvalente par gros temps.

Visibilité réduite par gros temps

Associer gros temps et brouillard ou pluie impose l'application immédiate de la règle 19. Émettez les signaux de brouillard, renforcez la veille, réduisez la vitesse, activez le radar et l'AIS. Les conditions se cumulent ; traitez cette combinaison comme nettement plus dangereuse que l'un ou l'autre facteur pris isolément.


Chapitre 13 : Gestion des urgences et avaries

Échouage

Arrêtez immédiatement le moteur. Passez doucement la marche arrière pour tester si le bateau se dégage. N'accélérez pas fortement : vous risquez de vous enfoncer davantage ou d'aspirer de la vase dans les prises d'eau de refroidissement. Vérifiez l'absence de voie d'eau et d'envahissement. Sondez les fonds de cale. Vérifiez l'état de la marée : si elle baisse, préparez-vous à gîter le bateau pour éviter qu'il ne chavire lorsque l'eau se retire. Mouillez une ancre de kedge dans une eau plus profonde et halez dessus au guindeau. Attendez la marée montante. Déplacez les poids. Gîtez le bateau à l'aide de drisses amarrées à la côte ou à un bateau qui passe.

Voie d'eau et envahissement

Identifiez la source. Calfatez les brèches extérieures avec des matelas, des coussins ou des voiles. Bouchez les prises d'eau défaillantes avec des bondes en bois. Appliquez du mastic époxy sur les fissures. Faites fonctionner les pompes de cale électriques et manuelles. Si l'entrée d'eau dépasse la capacité des pompes, émettez immédiatement PAN-PAN ou MAYDAY.

Incendie

Incendie moteur : coupez l'arrivée de carburant. N'ouvrez PAS entièrement l'écoutille ; l'afflux d'oxygène provoque un embrasement généralisé. Déchargez l'extincteur par les orifices de ventilation ou par l'entrebâillement de l'écoutille. Rassemblez l'équipage, enfilez les gilets, préparez le sac d'urgence et le radeau de survie. N'abandonnez le navire qu'en dernier recours ; le bateau est généralement le meilleur radeau de survie.

Gréement de fortune

Panne de barre : déployez la barre de secours. Perte du gouvernail : fabriquez une rame de gouvernail à partir d'une gaffe de spinnaker ou des planchers, ou traînez une ancre flottante depuis les quartiers. Avarie de gréement : virez de bord pour mettre le côté cassé sous le vent. Soutenez le mât avec des drisses de rechange. Si le mât tombe, coupez-le rapidement pour éviter de perforer la coque.

Hélicoptère et sauvetage par canot

Hélicoptère : arrimez le matériel libre, affalez les voiles, abaissez le gréement si demandé. NE fixez PAS le câble de guidage au bateau ; laissez le treuilliste le guider et laissez s'évacuer l'électricité statique avant de toucher le panier. Suivez les instructions à la lettre. Canot de sauvetage : suivez les instructions du patron du canot pour l'approche bord à bord ou le remorquage.


Chapitre 14 : Gestion de l'équipage et quarts

Leadership affirmé

Le cœur de la formation du Coastal Skipper est le développement d'un leadership affirmé. Briefez l'équipage entier avant chaque passage : route, météo, courants de marée, procédures d'urgence, emplacement du matériel de sécurité et rôles individuels. Déléguez selon les compétences. Recueillez l'avis des équipiers expérimentés, mais prenez les décisions finales avec fermeté. L'hésitation en cas d'urgence est dangereuse.

Organisation des quarts pour les passages côtiers

Les passages côtiers (12 à 48 heures) exigent une veille souple. Effectif réduit (2 à 3 équipiers) : quarts de nuit rotatifs de 2 heures, le skipper assure les quarts les plus difficiles. Équipage complet (4 à 6) : répartissez en deux ou trois quarts, avec rotation des quarts de chien (dog watch). La relève doit comprendre un briefing sur la position, le cap, la vitesse, le trafic, les changements météo, les réglages de voiles et les anomalies. Ne réveillez pas le quart entrant avant que le bateau soit sécurisé et le briefing prêt.

Bien-être de l'équipage

Le mal de mer détruit le moral. Encouragez les personnes malades à rester sur le pont, à fixer l'horizon, à prendre la barre et à manger des aliments fades. Administrez des antiémétiques tôt. Protégez activement le sommeil de l'équipage ; la fatigue provoque des erreurs fatales. Fournissez des repas et des boissons chaudes ; la déshydratation altère la cognition, même par temps frais. Gérez votre propre fatigue pour conserver votre capacité à commander.


Chapitre 15 : VHF/ASN et opérations SMDSM (GMDSS) zone A1

Définition de la zone A1 du SMDSM

La zone A1 est la région couverte par les stations côtières VHF où l'alerte ASN continue est disponible, généralement jusqu'à 20 à 30nm au large.

Maîtrise de l'ASN (DSC)

Alerte de détresse : maintenez enfoncé le bouton rouge pendant 5 secondes. Transmet le MMSI, la position GPS et la nature de la détresse sur le canal 70. Faites suivre d'un MAYDAY vocal sur le canal 16. Appels de routine : utilisez l'annuaire MMSI pour proposer un canal de travail ; basculez après accusé de réception. Ne tenez jamais de conversations de routine sur le canal 16 ni sur le canal 70. Assurez-vous que le MMSI est enregistré auprès de l'autorité nationale, lié aux caractéristiques du bateau et aux contacts d'urgence.

Protocoles vocaux

MAYDAY (danger grave et imminent) : « MAYDAY ×3, ici [Nom ×3], Position [Lat/Long ou relèvement/distance], Nature de la détresse, Assistance requise, POB, Autres informations, Over. » PAN-PAN (urgence, sans danger grave) : même format, avec « PAN-PAN ×3. » Securite (avertissements de sécurité et de navigation) : « Securite ×3, Toutes stations ×3, ici [Nom]. »

NAVTEX

Récepteur automatique qui imprime les informations de sécurité maritime sur 518 kHz (en anglais) et 490 kHz (en langue locale). Programmez-le pour ne recevoir que les stations d'émission pertinentes, afin d'éviter l'encombrement.


Chapitre 16 : Premiers secours en mer

Hypothermie et choc de l'eau froide

Le choc de l'eau froide provoque un réflexe de halètement involontaire durant 1 à 3 minutes ; entrez dans l'eau lentement si possible. Symptômes de l'hypothermie : frissons, confusion, élocution embarrassée, apathie. Traitement : retirez les vêtements mouillés, isolez, réchauffez doucement (chaleur corporelle, sacs de couchage, boissons chaudes sucrées si la personne est consciente). NE frottez PAS les extrémités et n'appliquez PAS de chaleur directe ; cela provoque des arythmies cardiaques fatales.

Noyade

Récupérez la victime à l'horizontale. Commencez immédiatement la RCP si elle ne répond pas (rapport 30:2). La noyade secondaire survient des heures plus tard ; évacuez la victime même si elle a été réanimée.

Traumatismes

Hémorragie grave : pression directe, surélévation, garrots seulement en dernier recours. Traumatismes crâniens : surveillez le GCS, suspectez une lésion de la colonne vertébrale, immobilisez le cou. Fractures : attelle dans la position trouvée, vérifiez la circulation distale.

Évacuation médicale

Contactez les garde-côtes par VHF. Préparez le bateau : dégagez le pont, sécurisez les objets, préparez le patient pour le transfert.


Chapitre 17 : Stabilité et chargement

Concepts fondamentaux

Centre de gravité (G) : le poids total agit vers le bas. Centre de carène (B) : le centre du volume immergé agit vers le haut. Métacentre (M) : intersection de la verticale passant par B avec l'axe longitudinal lorsque le bateau gîte. GM (hauteur métacentrique) : distance entre G et M. GM positif = stable. GM élevé = raide (roulis sec). GM faible = mou (roulis lent, risque de chavirage si négatif).

Chargement pour la croisière côtière

Arrimez les charges lourdes bas et près de l'axe. Les charges sur le pont élèvent G ; fixez-les solidement. L'effet de surface libre des réservoirs partiellement remplis élève effectivement G et réduit fortement la stabilité ; gardez les réservoirs pleins ou vides.

Multicoques

Stabilité initiale énorme, mais aucune capacité d'auto-redressement. Au-delà de l'angle critique (70 à 90°), le bateau peut rester retourné. Réduction de voilure à anticiper avec une vigilance extrême.


Chapitre 18 : Navigation de nuit et par visibilité réduite

Discipline de la vision nocturne

Laissez 20 à 30 minutes d'adaptation à l'obscurité. Utilisez un éclairage rouge, des écrans tamisés et évitez les lumières vives. Utilisez la vision périphérique pour les cibles faibles.

Techniques de navigation de nuit

Comptez les éclats et les périodes pour identifier les feux avec certitude. Utilisez l'étoile Polaire pour vérifier la latitude. La sonde devient l'outil principal ; corrélez les profondeurs avec les courbes de la carte.

Procédures par visibilité réduite

Postez une double veille. Émettez les signaux de brouillard. Démarrez le moteur, prêt à manœuvrer. Activez le radar et l'AIS. Surveillez le canal 16. Réduisez jusqu'à la distance d'arrêt, dans la moitié de la portée visible. Si vous doutez de votre position, mouillez ou mettez-vous en cape.


Chapitre 19 : Manœuvre au port et à quai au moteur

Effets de l'hélice

Une hélice à pas à droite, en marche avant, pousse l'arrière à tribord ; en marche arrière, elle pousse fortement l'arrière à bâbord. Utilisez à votre avantage l'effet d'hélice. Le courant d'hélice sur le gouvernail assure la barre ; sans régime, le gouvernail est inefficace. De brèves poussées de puissance font pivoter l'arrière lorsque le bateau est immobile.

Stratégies d'accostage

Évaluez la dominance du vent et du courant avant l'entrée. Approchez toujours face à la force dominante. Le long du quai : angle faible (10 à 20°), utilisez l'effet d'hélice en marche arrière pour rentrer l'arrière. Amarrage méditerranéen : marche arrière vers le quai, mouillage de l'ancre à une distance prédéterminée, filage de la chaîne pendant la marche arrière, puis amarrage des aussières arrière. Accostage avant au quai : direction plus facile, mais débarquement plus difficile.

Aussières de spring

Spring avant (part du taquet avant vers l'arrière) : la marche avant fait pivoter l'arrière vers le quai. Spring arrière (part du taquet arrière vers l'avant) : la marche arrière fait pivoter l'avant vers le quai. Utilisez les springs pour faire levier et écarter l'avant ou l'arrière au départ.

Manœuvre en espace confiné

Les demi-tours en trois temps combinent marche avant/arrière, barre à fond et effet d'hélice. Tenir son poste exige des ajustements minimes ; trop corriger provoque des mouvements erratiques.


Chapitre 20 : Mouillage dans des conditions difficiles

Choix de l'ancre et évaluation du fond

Ancres à soc (CQR/Delta) pour un usage général. Bruce/Claw pour les fonds rocheux ou coralliens. Danforth/Fortress pour le sable et la vase. Rocna/Mantis pour une excellence polyvalente. Consultez les abréviations de fond sur la carte : M = vase (la meilleure), S = sable (bonne), Rk = roche (médiocre), Wd = herbier (médiocre).

Longueur de mouillage et mise en place

Chaîne : au minimum 4:1 ; chaîne ou bosse : 6 à 8:1. Gros temps : longueur maximale permise par l'espace d'évitage. Reculez lentement tout en filant la chaîne. Freinez la chaîne pour enfoncer les pattes. Testez la tenue en marche arrière. Confirmez avec des relèvements d'alignement.

Courants de marée forts

Mouillage bahaméen : mouillez l'ancre face au courant, reculez, mouillez une seconde ancre dans le sens du courant, puis tendez les mouillages pour limiter le rayon d'évitage. Le mouillage par l'avant et par l'arrière limite la capacité à pointer ; à utiliser avec prudence.

Mouillage par gros temps

Longueur maximale. Freinez la chaîne avec un amortisseur en nylon pour l'élasticité. Veille de mouillage obligatoire : alarme GPS, relèvements visuels, surveillance de la profondeur, moteur chaud. Si l'ancre chasse, filez davantage de chaîne. Si la tenue échoue, relevez l'ancre et prenez immédiatement la mer.

Ancre engagée

Faites marche avant au-dessus de l'obstacle pour vous dégager sous un autre angle. Utilisez une ligne de récupération frappée sur la tête de l'ancre. En dernier recours, balisez le mouillage avec une bouée et larguez-le ; vous le récupérerez plus tard.


Chapitre 21 : Techniques d'amarrage

Prise des bouées de coffre

Approchez lentement face à la force dominante. Utilisez la gaffe ; ne mettez jamais la main à l'eau. Passez la ligne dans l'anneau de la chaîne de remontée, et non dans la boucle de la bouée de prise. Vérifiez l'intégrité du coffre avant de quitter le bateau.

Amarrage méditerranéen

Pratiquez un positionnement précis de l'ancre à une distance du quai. La chaîne doit se tendre exactement au moment où l'arrière atteint le quai. Fixez des passerelles adaptées aux variations de marée.

Amarrage à couple

Communiquez avec le bateau d'accueil. Installez de gros pare-battages. Amarrez bord à bord, arrière contre arrière, plus des springs. Le bateau le plus extérieur doit pouvoir partir de façon indépendante.


Chapitre 22 : Récupération d'homme à la mer (avancé)

Actions immédiates

Criez « Homme à la mer ! ». Désignez une vigie dédiée qui pointe en permanence. Jetez immédiatement une bouée de sauvetage. Appuyez sur le bouton MOB du GPS. Alertez l'équipage et lancez la récupération.

Récupération à la voile

Arrêt rapide : virez sans larguer l'écoute du foc, faites le point mort près de la victime, approchez au petit largue. En huit : abattez, empannez, approchez au grand largue ou au petit largue. Largue, virement, largue : tenez le cap pendant 3 à 4 longueurs, virez, revenez au largue. Méthode la plus efficace par gros temps.

Récupération au moteur

Virez vers la victime (en écartant l'hélice). Tournez en cercle serré. Approchez lentement face au vent et au courant. Arrêtez-vous avec la victime à la porte d'embarquement.

Récupération depuis l'eau

Victime consciente et indemne : échelle d'embarquement. Victime inconsciente ou en hypothermie : drisse vers le harnais, parbuckling ou « Jason's Cradle ». Récupérez à l'horizontale pour éviter l'effondrement cardiovasculaire.

MOB de nuit

Éclairez la zone sans éblouir le barreur. Appuyez-vous sur le datum GPS et sur une balise AIS personnelle. Approchez très lentement. Écoutez les appels de voix.


Chapitre 23 : Préparation du yacht à la mer

Contrôle de l'équipement de sécurité

Vérifiez la présence, les dates de révision et l'accessibilité : radeau de survie, fusées de détresse, EPIRB/PLB, gilets, harnais, câbles de sécurité, extincteurs, trousse de premiers secours, pompes de cale, VHF et secours.

Arrimage

Matériel lourd arrimé. Planchers verrouillés. Cuisine sécurisée. Bannettes anti-roulis installées. Sac d'urgence près de la descente.

Briefing de sécurité de l'équipage

Avant le départ : emplacement et utilisation des gilets, des harnais et du radeau de survie ; fonctionnement de la VHF ; emplacement des extincteurs ; coupure du carburant et du gaz ; procédure MOB et rôles ; emplacement des prises d'eau et colmatage des voies d'eau ; déplacements sécurisés sur le pont et fixation des mousquetons.


Chapitre 24 : Vérifications moteur et dépannage

Contrôle WATER avant le départ

Water (liquide de refroidissement, prise d'eau de mer). Air (ventilation, filtre). Température (courroies intactes, flèche de 10 mm). Électricité (interrupteurs de batterie, connexions). Durites/Carburant (niveau d'huile, robinets de carburant, séparateur d'eau).

Dépannage en mer

Ne démarre pas : vérifiez le coupe-batterie, la tension, le solénoïde du démarreur et l'alimentation en carburant ; purgez le circuit de carburant. Surchauffe : vérifiez la prise d'eau de mer, la turbine (impeller), le liquide de refroidissement et le thermostat. Perte de puissance : filtre colmaté, eau dans le gazole, hélice encombrée, fuite d'air.

Inventaire des pièces de rechange

Turbines, courroies, filtres, huile, liquide de refroidissement, fusibles, ampoules, outils, multimètre.


Chapitre 25 : Questions d'entraînement et auto-évaluation

Utilisez-les pour tester votre niveau :

  1. Le GPS tombe en panne dans le brouillard. Décrivez comment établir la position à l'aide du radar, puis gagner un abri.
  2. Calculez le CTS pour un passage de 14nm : courant de marée 090°T@2.5kn h1, 110°T@1.5kn h2, vitesse du bateau 6kn, route sur le fond 045°T.
  3. Utilisez l'angle vertical au sextant pour déterminer la distance d'un phare de 45m. Quelles corrections s'appliquent ?
  4. Les cirrus s'épaississent en altostratus, le baromètre baisse, le vent refuse de SW à S. Quel système approche ? Quelles actions prendre ?
  5. Expliquez la formation du brouillard d'advection et pourquoi il est plus dangereux que le brouillard de rayonnement.
  6. Voilier aux amures à bâbord, dans un chenal étroit ; un bateau à moteur approche, contraint par son tirant d'eau. Qui doit céder le passage ? Quels signaux sonores ?
  7. Visibilité réduite, cible radar à 4nm sur tribord, relèvement constant, distance qui diminue. Quelles sont les obligations de la règle 19 ?
  8. Échoué à marée descendante, fond sableux. Actions immédiates, évaluation, plan de renflouement ?
  9. Procédure de mouillage bahaméen dans un courant inverse de 3 nœuds.
  10. Homme à la mer de nuit en force 6. Procédure de récupération complète.
  11. Rédigez un message Pan-Pan pour une jambe cassée, à 5nm de Beachy Head.
  12. Différences entre AIS de classe A et de classe B. Pourquoi ne pas s'appuyer uniquement sur l'AIS ?

Ce manuel s'appuie sur les exigences de l'examen côtier RYA Yachtmaster, le programme du cours pratique RYA Coastal Skipper de Sunsail, le programme RYA Yachtmaster Scheme (G158), RYA Cruising Yacht Safety (C8), le système de balisage maritime de l'AISM et le RIPAM 1972 tel que modifié. Compilé en octobre 2026.# RYA Yachtmaster Offshore : manuel de cours complet

Ce manuel est destiné au navigateur qui se prépare à obtenir le certificat de compétence RYA/MCA Yachtmaster Offshore. Ce n'est ni une liste de contrôle ni un plan. C'est un manuel de cours détaillé, de niveau instructeur, conçu pour vous apprendre à raisonner, agir et diriger lorsque vous êtes responsable d'un bateau et de son équipage jusqu'à 150 milles nautiques d'un port sûr, de jour comme de nuit, dans des conditions qui mettront à l'épreuve toutes vos compétences. Le certificat Yachtmaster Offshore est largement considéré comme l'une des qualifications de voile les plus exigeantes et les plus respectées au monde, car il ne se contente pas de vérifier si vous savez faire naviguer un bateau ; il vérifie si vous savez en assurer le commandement.

Tout au long de ce manuel, chaque sujet est traité comme une discipline vivante. Vous y trouverez des démonstrations pas à pas, des exemples travaillés tirés de passages hauturiers réels, des cadres de décision utilisés par les skippers professionnels, des erreurs courantes ayant conduit à des accidents graves et des conseils pratiques qui ne viennent que du temps passé en mer. Ne lisez pas ceci comme un manuel à mémoriser, mais comme la sagesse accumulée de milliers de passages hauturiers condensée en une seule référence.


Chapitre 1 : Planification avancée des passages

La philosophie de la planification hauturière

Au niveau Day Skipper, la planification d'un passage consiste essentiellement en du cabotage : vous regardez où vous voulez aller, vérifiez la marée, vous assurez d'avoir assez de jour, puis vous motorisez ou naviguez jusqu'à destination. Au niveau Yachtmaster Offshore, ce paradigme s'effondre complètement. Vous planifiez désormais des passages de plusieurs jours où le port sûr le plus proche peut se trouver à soixante ou cent milles, où les systèmes météo évolueront pendant que vous êtes en mer, où les passes de marée doivent être franchies avec précision ou attendues pendant douze heures, et où votre marge d'erreur se mesure non pas en mètres, mais en survie.

La base de toute planification de passage est le cycle APEM : Appréciation, Planification, Exécution et Surveillance. Ce n'est pas un exercice bureaucratique. C'est un cadre cognitif qui vous maintient en vie. L'appréciation est la phase où vous rassemblez toutes les informations utiles au voyage : cartes, instructions nautiques, prévisions météo, données de marée, capacités de l'équipage, état du bateau et exigences réglementaires. La planification consiste à synthétiser ces informations en une route cohérente, avec des solutions de repli. L'exécution est le fait de naviguer selon le plan tout en s'adaptant à la réalité. La surveillance est le contrôle continu de la conformité de l'exécution au plan, et la reconnaissance du moment où ce n'est plus le cas.

Choix de la route : hauturière ou côtière

L'une des premières décisions à prendre est de savoir si vous optez pour une route directe au large ou si vous longez la côte. Cela semble simple, mais cela comporte des compromis que les skippers inexpérimentés jugent souvent mal. Une route au large, dans la limite des 150 milles, offre souvent de meilleurs angles de vent, car vous échappez aux déformations liées au relief qui créent des vents contraires le long des côtes. Vous évitez le trafic commercial dense, les flottilles de pêche et les dangers peu profonds qui se concentrent près du rivage. En revanche, vous perdez la possibilité de rentrer rapidement à l'abri si quelque chose tourne mal. Si un équipier tombe malade, si votre gréement commence à céder ou si la météo se dégrade au-delà des prévisions, être à quatre-vingts milles au large signifie que vous devez gérer le problème seul.

La navigation côtière offre le confort psychologique de la proximité de la terre, mais ce confort peut être trompeur. Une côte sous le vent par coup de vent est bien plus dangereuse que la haute mer. Lorsque vous longez la côte, vous devez évaluer en permanence si les ports que vous comptez utiliser comme refuges sont réellement accessibles lorsque les conditions se dégradent. De nombreux petits ports ont des passes qui deviennent infranchissables par forte houle. D'autres s'envasent selon les saisons, ce qui signifie que les profondeurs indiquées sur votre carte peuvent être optimistes. Certains ports s'assèchent entièrement à basse mer, ce qui ne sert à rien si vous arrivez avec une coque endommagée à trois heures du matin, pendant une basse mer de vives-eaux.

Exemple travaillé : Considérons un passage de Falmouth à Crosshaven (sud de l'Irlande). La route directe à travers la mer Celtique fait environ 250 milles nautiques. À une vitesse moyenne de six nœuds, cela représente environ 42 heures de navigation. Vous serez bien dans la limite hauturière des 150 milles pendant une grande partie de la traversée, mais vous serez aussi au-delà du délai de secours rapide pendant le tiers central. L'alternative côtière consiste à naviguer vers l'est dans la Manche, à franchir le pas de Calais, puis à remonter vers le nord, ce qui ajoute des centaines de milles et plusieurs jours de navigation, mais vous garde près des ports tout au long du trajet. La plupart des candidats Yachtmaster expérimentés choisiraient la route directe, mais seulement après avoir identifié les îles Scilly et la côte sud de l'Irlande comme points de refuge viables, étudié les courants de marée autour du rocher du Fastnet, et vérifié que la fenêtre météo permet une traversée de deux jours avec une marge confortable avant l'arrivée du prochain système frontal.

Fenêtres météo : au-delà de la prévision

Une erreur courante chez les marins hauturiers en formation consiste à considérer une prévision météo comme une promesse plutôt que comme une probabilité. Lorsque vous identifiez une fenêtre de départ, vous ne cherchez pas simplement du beau temps aujourd'hui. Vous projetez l'évolution synoptique sur toute la durée de votre passage et vous vous demandez : « Ce temps va-t-il tenir assez longtemps pour que j'atteigne ma destination, ou au moins un port de refuge viable ? »

Vos critères de go/no-go doivent être établis avant que vous ne ressentiez la pression de partir. Écrivez-les. Par exemple : « Je ne partirai pas s'il existe un avis de coup de vent pour une zone de ma route dans les 36 premières heures. Je ne partirai pas si un front froid doit traverser ma route pendant les heures de nuit. Je ne partirai pas si la passe de marée à [lieu] ne peut être atteinte dans les quatre heures suivant l'étale prévue. » Ces critères retirent l'émotion de la décision. Lorsque vous êtes bloqué au port depuis trois jours et que l'équipage s'impatiente, la tentation de partir dans des conditions marginales devient énorme. Des critères rédigés à l'avance vous protègent de cette pression.

Comprendre les passages frontaux est essentiel. Un front chaud qui approche amènera généralement une succession de nuages de plus en plus bas (cirrus, cirrostratus, altostratus, nimbostratus), une baisse de la pression barométrique, un vent qui refuse et une pluie prolongée. Un front froid qui suit apportera un brusque changement de vent (souvent un adonnement violent), une hausse rapide de la pression, des grains et peut-être des orages. Si votre passage vous oblige à traverser une zone frontale, prévoyez de le faire à un endroit où vous disposez d'espace pour manœuvrer, et non dans un chenal étroit ou près d'une côte sous le vent.

Ports de refuge : l'art de la contingence

Tout plan de passage hauturier doit inclure des ports de refuge identifiés. Mais les repérer sur une carte n'est que la première étape. Vous devez étudier chacun d'eux en détail. L'entrée est-elle signalée par des feux visibles de nuit ? Le port offre-t-il une profondeur suffisante pour votre tirant d'eau à toutes les hauteurs de marée ? Y a-t-il une barre, et si oui, dans quelles conditions devient-elle dangereuse ? Pouvez-vous entrer face à un vent de mer ?

Un port de refuge qui vous oblige à franchir une barre par coup de vent de mer de force 7 n'est pas un refuge ; c'est un piège. Étudiez attentivement les instructions nautiques. Repérez les formules du type « dangereux par vents d'est » ou « entrée soumise à une forte houle après de longs vents du sud ». Notez les canaux VHF des autorités portuaires et la disponibilité de coffres ou d'espaces de mouillage. Dans certaines régions isolées, le meilleur refuge peut être un mouillage abrité derrière une île plutôt qu'un port officiel.

Calculs de carburant et d'eau : les mathématiques de l'autonomie

Manquer de carburant ou d'eau en mer n'est pas un simple désagrément ; c'est une urgence. Vos calculs doivent être rigoureux et prudents.

Pas à pas du calcul de carburant : Commencez par déterminer la consommation de votre moteur à différents régimes. La plupart des notices de moteurs diesel fournissent une courbe de consommation, mais elles reposent sur des conditions idéales. En pratique, pousser dans une mer forte consomme nettement plus de carburant que de naviguer au moteur par mer plate. Réalisez des tests empiriques : remplissez le réservoir, faites tourner le moteur pendant exactement dix heures au régime de croisière, refaites le plein et calculez votre consommation réelle en litres par heure. Faites-le par temps calme et par mauvais temps.

Pour un passage hauturier de 42 heures, si votre consommation de croisière est de 3.5 litres par heure, il vous faut 147 litres rien que pour la traversée. Mais vous devez aussi tenir compte de l'utilisation du groupe électrogène si vous en dépendez pour charger les batteries, des longues périodes au moteur si le vent tombe, et des manœuvres aux deux extrémités. La réserve standard au large est de 25 pour cent au-dessus de votre consommation totale estimée. Donc : 147 litres plus 25 pour cent font environ 184 litres au minimum. Si vos réservoirs contiennent 200 litres, votre marge est infime. S'ils en contiennent 150, vous ne pouvez pas effectuer ce passage en sécurité uniquement au moteur et devez vous assurer que votre plan de navigation à la voile est solide.

Pas à pas du calcul d'eau : Une personne qui pratique la navigation hauturière physique a besoin d'environ 3 à 4 litres d'eau douce par jour pour boire, cuisiner et assurer une hygiène de base. Pour un équipage de cinq personnes sur un passage de trois jours, cela représente au minimum 45 à 60 litres. Si vous disposez d'un dessalinisateur, prévoyez sa défaillance. Les dessalinisateurs sont sensibles à la température de l'eau, à la salinité et à la contamination par l'huile ou les sédiments. Emportez assez d'eau stockée pour achever le passage sans le dessalinisateur, et considérez celui-ci comme un bonus plutôt que comme une source principale. Établissez des protocoles de rationnement avant d'en avoir besoin : si les réserves d'eau descendent sous un seuil calculé, réduisez immédiatement les usages non alimentaires au lieu d'attendre que les réservoirs soient presque vides.

Gestion des passes de marée pour les passages prolongés

Les passes de marée sont des goulets géographiques où les courants sont si forts que la progression contre eux est soit impossible, soit dangereusement inefficace. Par exemple, l'Alderney Race, Portland Bill et le Pentland Firth. Gérer ces passes lors d'un passage hauturier de plusieurs jours exige une planification à rebours, depuis la passe jusqu'à l'heure de départ.

Procédure pas à pas : D'abord, déterminez la fenêtre horaire pendant laquelle le courant de marée à la passe est favorable ou nul à l'étale. Consultez les atlas de courants de marée, et pas seulement les losanges de marée des cartes, car les atlas montrent l'étendue spatiale du courant, et pas seulement sa valeur en un point. Ensuite, calculez votre heure d'arrivée estimée à la passe en fonction de votre heure de départ et de la vitesse prévue. Troisièmement, travaillez à rebours : si la fenêtre favorable s'ouvre à 1400 UTC et que votre trajet jusqu'à la passe dure 30 heures, vous devez partir avant 0800 UTC la veille. Quatrièmement, prévoyez une marge. Si votre vitesse baisse en raison de vents plus faibles que prévu, arriverez-vous quand même à la passe ? Sinon, où attendrez-vous, et cette position d'attente est-elle sûre ?

Une erreur courante consiste à calculer les passes de marée uniquement à partir des vitesses de vives-eaux fournies dans l'atlas. Si vous naviguez en mortes-eaux, les courants seront plus faibles, ce qui peut sembler avantageux, mais peut en réalité poser problème si vous comptiez sur un fort courant porteur pour gagner de la vitesse. Interpolez toujours entre les vitesses de vives-eaux et de mortes-eaux en fonction de l'amplitude de marée pour votre date précise.

Sauvegarde et redondance de la navigation électronique

Les yachts modernes dépendent fortement de la navigation électronique, mais l'électronique tombe en panne. Une infiltration d'eau salée, des défauts électriques, la foudre et de simples plantages logiciels peuvent rendre votre traceur inutilisable en quelques secondes. L'examinateur Yachtmaster Offshore attendra de vous que vous naviguiez correctement sans électronique, mais plus important encore, l'océan finira par l'exiger de vous.

La redondance signifie des systèmes indépendants. Disposer de deux traceurs alimentés par le même bus électrique n'est pas de la redondance, c'est de la duplication. Une véritable redondance exige des sources d'alimentation séparées, des antennes séparées et, idéalement, des technologies différentes. Les cartes papier restent la sauvegarde ultime, car elles ne nécessitent ni électricité, ni satellites, ni mises à jour logicielles. Elles doivent être à jour, corrigées avec les derniers avis aux navigateurs, et physiquement protégées des dégâts d'eau.

Protocole de sécurité des points de route : Ne suivez jamais aveuglément un point de route GPS jusque dans un port ou à travers un chenal étroit. Avant de saisir un point de route dans votre traceur, vérifiez sa position visuellement sur une carte papier. Contrôlez les écarts entre le datum WGS84 (utilisé par le GPS) et le datum des anciennes cartes papier. Une différence de quelques encablures peut vous mener sur des rochers. Lorsque vous naviguez vers un point de route, maintenez une veille visuelle et recoupez avec les sondes, les relèvements au compas et les distances radar.

Gestion des alarmes : Les alarmes d'écart de route (XTE), les alarmes de glissement de mouillage et les alarmes de faible profondeur sont des outils essentiels, mais elles peuvent aussi créer une fatigue d'alarme. Si votre alarme XTE retentit à chaque fois que vous vous écartez légèrement pour éviter un casier de pêche, vous finirez par l'ignorer au moment où elle compte. Réglez les seuils d'alarme en fonction du contexte de navigation : serrés en eaux resserrées, plus larges en haute mer. Comprenez que les alarmes sont des alertes, et non des pilotes automatiques. Elles signalent qu'un point requiert votre attention ; elles ne remplacent pas votre jugement.


Chapitre 2 : Navigation avancée sans électronique

L'état d'esprit de la navigation traditionnelle

Il existe une différence psychologique profonde entre naviguer avec l'électronique et naviguer sans elle. Lorsque vous disposez d'un GPS, vous savez toujours exactement où vous êtes. Cela favorise la complaisance. Lorsque votre GPS tombe en panne, l'incertitude soudaine peut provoquer la panique si vous n'avez pas entretenu en permanence vos compétences de navigation traditionnelle. Le candidat Yachtmaster Offshore doit considérer l'estime et les positions estimées non comme des exercices académiques, mais comme le moyen principal de navigation, l'électronique servant d'outil de vérification pratique.

L'estime : le fondement de la conscience de sa position

L'estime (DR) est le procédé qui consiste à calculer votre position actuelle en faisant avancer une position connue selon le cap, la vitesse et le temps. Cela semble simple, mais maintenir un point d'estime précis sur vingt-quatre heures de navigation hauturière est une discipline exigeante, qui distingue les navigateurs compétents des navigateurs occasionnels.

Pour tenir un point d'estime, vous partez d'un point connu (une position confirmée par des relèvements visuels, des distances radar ou le GPS). À partir de ce point, vous tracez votre route sur la carte, en indiquant la direction en degrés vrais. Le long de cette ligne, vous reportez la distance parcourue d'après votre loch (vitesse par rapport à l'eau multipliée par le temps). Vous mettez à jour ce point à intervalles réguliers, généralement chaque heure pile pendant les passages côtiers, et au moins à chaque changement de quart en mer.

Mais l'estime brute est intrinsèquement imprécise. Elle ne tient pas compte de la dérive (la dérive latérale causée par la pression du vent sur la coque et les voiles), des erreurs de barre (aucun barreur ne maintient un cap parfait) ni des erreurs de loch (les loch à roue à aubes s'encrassent facilement, et la vitesse par rapport à l'eau diffère de la vitesse sur le fond lorsqu'il y a du courant). Sur douze heures, une position d'estime non corrigée peut se trouver à plusieurs milles de votre position réelle. Vous devez donc appliquer des corrections en permanence.

Estimation de la dérive : La dérive varie avec la force du vent, l'angle par rapport au vent, la forme de la coque et la configuration de voilure. Pour point de départ, un yacht de croisière typique remontant au vent par force 4 peut subir une dérive de 5 à 10 degrés. En vent arrière, la dérive est négligeable. Pour mesurer la dérive empiriquement, observez votre sillage : l'angle entre votre sillage et votre cap inverse est votre angle de dérive. Appliquez cette correction à votre route d'estime en traçant la ligne d'estime décalée de l'angle de dérive vers le côté sous le vent.

Erreur courante : Beaucoup d'élèves oublient de recaler leur estime sur chaque point confirmé. Si vous obtenez un point fiable, votre ancienne ligne d'estime n'a plus de sens. Repartez d'une nouvelle ligne d'estime à partir du point. Continuer à prolonger une ancienne ligne d'estime en ignorant de nouvelles informations de position est une recette pour une erreur cumulative.

Position estimée : combiner l'estime et les facteurs environnementaux

Une position estimée (EP) est une position d'estime corrigée du courant de marée, du courant général et de la dérive. Elle représente votre meilleure estimation de l'endroit où vous vous trouvez réellement, en reconnaissant qu'elle offre une confiance moindre qu'un point véritable obtenu par l'intersection de droites de position.

Construire une EP pas à pas :

  1. Tracez votre position d'estime à partir de votre dernier point connu, en appliquant le cap gouverné, la distance parcourue dans l'eau et la correction de dérive.
  2. Depuis l'extrémité de votre ligne d'estime, tracez le vecteur de marée. En utilisant l'atlas des courants de marée ou les données des losanges, déterminez le sens (set) et la vitesse (drift) du courant pour la période écoulée. Tracez ce vecteur à partir de votre position d'estime.
  3. L'extrémité du vecteur de marée est votre position estimée. Marquez-la d'un triangle (le symbole conventionnel d'une EP) et notez l'heure.

Exemple travaillé : Votre dernier point était à 0800, à la position 50°10'N, 004°30'W. Vous avez gouverné 270°T à 6 nœuds dans l'eau. La dérive est estimée à 5° à tribord à cause d'un vent de nord. À 1000 (deux heures écoulées), votre route dans l'eau est de 275°T (cap gouverné plus dérive) pour 12 milles nautiques. Tracez cette ligne d'estime. Consultez maintenant l'atlas des courants de marée : pour cette zone, pendant la deuxième heure du cycle de marée, le courant porte à 220°T à 1.5 nœud. Sur deux heures, la dérive de marée est de 3 milles nautiques dans la direction 220°T. Depuis l'extrémité de votre ligne d'estime, tracez un vecteur de 3nm de long dans la direction 220°T. Son extrémité est votre EP de 1000.

Comprenez clairement la hiérarchie de confiance des positions : un point (obtenu par deux droites de position ou plus, par GPS ou par radar) offre la confiance la plus élevée. Une EP offre une confiance modérée. Une position d'estime pure offre la confiance la plus faible. Votre journal de bord doit indiquer quel type de position vous enregistrez à un moment donné.

Point par transport : extraire une position d'informations limitées

Un point par transport est utilisé lorsque vous ne pouvez obtenir qu'une seule droite de position à la fois, par exemple un relèvement unique sur un phare que vous dépassez pendant plusieurs heures. Comme il faut au moins deux droites de position simultanées pour obtenir un point, vous « transportez » la première droite de position le long de votre route et de la distance parcourue, afin de créer une intersection artificielle avec la seconde droite de position.

Procédure : Prenez votre premier relèvement sur l'objet et tracez la droite de position sur la carte. Notez l'heure. Continuez votre route. Après un intervalle suffisant (généralement lorsque le relèvement a changé d'au moins 30 degrés, pour plus de précision), prenez un second relèvement du même objet et tracez cette droite de position. Puis, à partir de n'importe quel point de la première droite de position, tracez votre route et la distance parcourue entre les deux observations. Transportez toute la première droite de position parallèlement à elle-même, le long de ce vecteur. Le point où la première droite transportée coupe la seconde droite de position est votre point par transport.

Point critique : La précision d'un point par transport dépend entièrement de la précision de votre route et de la distance parcourue entre les observations. Si le courant de marée a affecté votre route pendant cet intervalle, vous devez appliquer le vecteur de marée au transport, et pas seulement votre route dans l'eau. Ne pas tenir compte de la marée pendant l'intervalle de transport est l'erreur la plus courante dans les points par transport, et peut entraîner des erreurs de position de plusieurs milles.

Introduction à la navigation astronomique pour le marin hauturier

La navigation astronomique complète (observations d'étoiles, méthodes de droites de hauteur et tables de réduction) relève de la qualification Yachtmaster Ocean. Toutefois, le candidat Yachtmaster Offshore doit posséder une compétence astronomique de base pour les situations où l'électronique tombe en panne et où vous êtes hors de vue de la terre pendant de longues périodes.

Latitude par hauteur méridienne : À midi vrai local, le soleil atteint son point le plus haut dans le ciel. En mesurant cette hauteur au sextant et en connaissant la déclinaison du soleil (issue de l'almanach nautique), vous pouvez calculer directement votre latitude. La formule est simple : Latitude = 90° − hauteur observée + déclinaison (en appliquant les conventions de signe). Cette seule technique donne une droite de latitude fiable n'importe où sur terre qui, combinée à votre longitude d'estime, réduit considérablement votre position.

Vérification du compas par l'azimut solaire : Même sans effectuer de visées complètes, vous pouvez utiliser le soleil pour vérifier l'erreur de votre compas. Calculez le relèvement vrai du soleil pour votre position approximative et l'heure, à l'aide de l'almanach ou des tables d'amplitude. Comparez-le au relèvement compas du soleil. L'écart est votre erreur de compas (variation plus déviation). Faire cette vérification chaque jour en mer garantit que, si votre compas à flux (fluxgate) tombe en panne, ou si votre compas de barre développe une déviation due à un chargement déplacé, vous le détectez rapidement.

Identification des étoiles : Apprenez à reconnaître au moins quinze étoiles de navigation majeures et leurs constellations. Polaris pour les vérifications de latitude nord. Sirius, Canopus et Véga comme repères brillants. La capacité à vous orienter par les étoiles lorsque l'horizon est visible mais que toute l'électronique est hors service n'est pas une nostalgie romantique ; c'est le fondement même du métier de marin.

Pilotage traditionnel : entrer au port à l'aveugle

Il arrivera que vous deviez entrer dans un port inconnu par visibilité réduite, peut-être de nuit, peut-être avec un radar dégradé ou hors service. Les techniques de pilotage traditionnelles sont votre bouée de sauvetage.

Procédure d'entrée à l'aveugle : Avant de vous approcher, étudiez soigneusement la carte. Repérez les courbes de profondeur qui mènent vers l'entrée. Planifiez votre approche le long d'une courbe de profondeur précise, en utilisant votre sondeur comme guide principal. Si la carte montre une courbe de 10 mètres menant à l'entrée du port, gouvernez de façon à maintenir cette profondeur. Si les sondes commencent à diminuer de façon inattendue, vous êtes sorti de la courbe et devez stopper ou virer immédiatement vers le large.

Relèvements de dégagement : Établissez les relèvements de danger avant de commencer votre approche. Par exemple, s'il existe un récif au nord du chenal, déterminez le relèvement du récif vers un amer remarquable. Tant que votre relèvement compas vers cet amer reste au sud du relèvement de danger, vous êtes à l'écart du récif. Notez ces relèvements de dégagement et briefez la barre : « Ne laissez pas le relèvement vers le clocher dépasser 045°M, sinon nous sommes sur les rochers. »

Alignements et portées : Les alignements naturels, où deux objets fixes se superposent visuellement, sont extraordinairement fiables, car ils ne nécessitent aucun instrument. Si la carte indique que l'entrée du port se trouve dans l'alignement d'une cheminée et d'un mât radio, utilisez cet alignement. Les alignements sont insensibles aux erreurs de compas, aux pannes de GPS et aux écarts de datum de la carte.


Chapitre 3 : Météorologie hauturière

Pourquoi la météorologie compte davantage au large

En navigation côtière, le mauvais temps est un désagrément. Vous rentrez au port, attendez qu'il passe et réessayez le lendemain. Au large, au-delà de la limite des 150 milles, mais toujours dans le champ opérationnel de cette qualification, le mauvais temps est une menace pour la vie. Vous ne pouvez pas vous cacher. Vous devez comprendre les systèmes météo suffisamment en profondeur pour anticiper leur comportement, interpréter les prévisions avec assez d'esprit critique pour repérer quand elles se trompent, et lire le ciel et le baromètre assez bien pour valider ou remettre en cause les informations qui arrivent par les haut-parleurs de votre poste de navigation.

Interprétation des cartes synoptiques : lire l'atmosphère

Une carte synoptique est un instantané de la répartition de la pression atmosphérique sur une zone géographique. Apprendre à la lire couramment est aussi essentiel que d'apprendre à lire une carte marine. La caractéristique fondamentale d'une carte synoptique est l'isobare : une ligne reliant les points de même pression atmosphérique. L'espacement des isobares vous indique la force du vent : des isobares serrées indiquent un fort gradient de pression et donc des vents forts ; des isobares espacées indiquent des vents faibles.

Estimer la force du vent à partir des isobares : Utilisez l'échelle de vent géostrophique imprimée sur la plupart des cartes synoptiques. Placez l'échelle perpendiculairement aux isobares à votre position, en couvrant un nombre précis d'isobares, et lisez la vitesse du vent correspondante. Rappelez-vous que cela donne le vent géostrophique, c'est-à-dire le vent théorique non affecté par le frottement de surface. Le vent réel en surface sera environ 20 à 30 pour cent plus faible au-dessus de la mer, et refusé d'environ 10 à 15 degrés par rapport à la direction géostrophique, en raison de la force de Coriolis et du frottement.

Identifier les structures : Les dépressions (basses pressions) sont marquées par des isobares fermées et concentriques autour d'une basse pression centrale. Les anticyclones (hautes pressions) sont semblables, mais entourent une haute pression. Les creux sont des prolongements allongés de basse pression, souvent associés à un temps instable et à des grains. Les crêtes sont des prolongements de haute pression apportant un temps stable. Les cols sont des zones situées entre deux hautes et deux basses pressions, où les isobares s'écartent ; les vents y sont faibles et variables, et le temps est souvent humide et orageux.

Systèmes frontaux : Les fronts chauds sont représentés par des demi-cercles pointant dans le sens du mouvement. À l'approche d'un front chaud, l'air chaud glisse sur l'air froid en recul, produisant une séquence nuageuse prévisible : des cirrus élevés qui s'épaississent en cirrostratus, puis s'abaissent en altostratus, et enfin des nimbostratus pluvieux. La pression baisse régulièrement. Le vent refuse (tourne dans le sens inverse des aiguilles d'une montre). La visibilité se dégrade. Les fronts froids sont représentés par des triangles. L'air froid s'insinue brutalement sous l'air chaud, provoquant un soulèvement rapide, des cumulonimbus imposants, des averses ou des orages violents, un brusque adonnement du vent (rotation dans le sens des aiguilles d'une montre) et une hausse rapide de la pression. Les fronts occlus se forment lorsqu'un front froid rattrape un front chaud, soulevant complètement l'air chaud de la surface. Ils combinent les caractéristiques des deux et indiquent une dépression en pleine maturité.

Développement des dépressions et cyclogenèse explosive : Toutes les basses pressions ne se valent pas. Une dépression qui se creuse rapidement, définie en météorologie par une baisse de pression de 24 millibars ou plus en 24 heures, subit une cyclogenèse explosive, parfois appelée « bombe météo ». Ces systèmes produisent des vents extrêmes et une mer chaotique. Repérer les signes est vital : un réseau d'isobares très serré, un soutien marqué du courant-jet en altitude (visible sur les cartes d'altitude) et une tendance barométrique rapide. Si votre baromètre baisse de plus de 3 millibars en trois heures, vous êtes probablement sur la trajectoire d'un système important, quelle qu'ait été la prévision de la veille.

Sources de prévision : fichiers GRIB, bulletins maritimes et leurs limites

Fichiers GRIB : Les fichiers GRIB (GRIdded Binary, données binaires maillées) sont des sorties de modèles informatiques téléchargées par satellite ou par radio SSB. Ils affichent sur une grille les flèches de vent, les isobares, les hauteurs de vagues et les précipitations. Ils sont extrêmement utiles, mais dangereusement mal compris. Un fichier GRIB n'est pas une prévision produite par un météorologue humain. C'est une sortie brute de modèle numérique. Différents modèles (GFS des États-Unis, ECMWF d'Europe, UKMO de Grande-Bretagne) utilisent des algorithmes et des résolutions différents. Le GFS a une résolution plus grossière et peut manquer les zones d'accélération localisées près des caps. L'ECMWF gère généralement mieux les eaux européennes, mais se met à jour moins fréquemment pour les utilisateurs gratuits.

La limite la plus critique des fichiers GRIB est qu'ils lissent les extrêmes. Un GRIB peut indiquer 25 nœuds dans une zone où les rafales atteindront 40. Ils ne représentent pas de façon fiable le moment du passage des fronts, l'intensité des grains ni la formation du brouillard. Utilisez les GRIB comme une donnée parmi d'autres, aux côtés des prévisions analysées par des humains, et non comme votre seule source. Comparez toujours la prévision GRIB à vos relevés barométriques réels et aux conditions observées. Si le GRIB annonce un vent de sud-ouest à 15 nœuds, que votre baromètre chute brutalement et que le vent souffle du nord-est à 25 nœuds, faites confiance à vos instruments.

Bulletins maritimes : Le bulletin maritime du Met Office britannique découpe les mers autour des îles Britanniques en zones nommées (Viking, North Utsire, South Utsire, Forties, Cromarty, etc.). Les émissions sur BBC Radio 4 et NAVTEX fournissent les avertissements de coup de vent, une synthèse générale et des prévisions par zone, incluant direction et force du vent, temps, visibilité et état de la mer. Apprenez intimement la géographie de ces zones. Lorsque vous entendez « Forties, Cromarty, Forth : sud-ouest 5 à 7, coup de vent 8 ensuite », vous devez immédiatement visualiser où se trouvent ces zones par rapport à votre position.

La pression barométrique comme outil de prévision : Votre baromètre est l'instrument de prévision le plus honnête à bord. Il ne souffre ni de retards de transmission, ni de biais de modèle, ni d'erreur humaine. Retenez les règles empiriques : une baisse régulière de 1 à 2 mb par heure indique une dépression ou un front qui approche. Une baisse supérieure à 3 mb par heure suggère un système qui s'intensifie rapidement. Une hausse rapide après une baisse marque généralement le passage d'un front froid. Tenez un barographe ou notez les relevés de pression toutes les heures ; la tendance compte davantage que la valeur absolue.

Courants de marée et interaction avec la météo

Le vent contre le courant crée des états de mer disproportionnellement dangereux. Un vent de force 6 soufflant contre un courant de marée de 3 nœuds produira des vagues plus raides et plus déferlantes que le même vent avec la même marée. Lorsque vous planifiez des passages hauturiers, superposez vos prévisions de courant de marée à votre prévision météo. Si vous prévoyez de doubler un cap où de forts courants de marée s'écoulent, assurez-vous que la direction du vent ne s'opposera pas à la marée au moment de votre passage. Cette interaction est à l'origine de nombreuses zones de mer dure parmi les plus célèbres au monde : Portland Bill, l'Alderney Race et le cap Horn doivent leur réputation redoutable à la dynamique du vent contre le courant.

Calculs de port secondaire

Tous les ports ne disposent pas de courbes de marée publiées. Pour les ports secondaires, vous devez déduire les informations de marée en appliquant des écarts d'heure et de hauteur à un port de référence dont les données sont publiées.

Exemple travaillé pas à pas : Vous avez besoin de l'heure et de la hauteur de la pleine mer (HW) à Salcombe (port secondaire), par rapport à Devonport (port de référence). Consultez les tables d'écarts de marée de votre almanach. La table pourrait indiquer que la HW à Salcombe survient 0050 minutes après la HW à Devonport en vives-eaux, et 0030 minutes après en mortes-eaux. L'écart de hauteur moyen pourrait être de -0.3m en vives-eaux et -0.1m en mortes-eaux.

Si la HW de Devonport aujourd'hui est à 1200 UTC avec une hauteur de 5.2m, et que la journée se situe à mi-chemin entre vives-eaux et mortes-eaux, vous interpolez. Écart d'heure : à mi-chemin entre +50 et +30, cela fait +40 minutes. Donc la HW à Salcombe est à 1240 UTC. Écart de hauteur : à mi-chemin entre -0.3m et -0.1m, soit -0.2m. Donc la hauteur de la HW à Salcombe est 5.2 - 0.2 = 5.0m.

Erreur courante : Les élèves appliquent souvent l'écart de vives-eaux quelle que soit la phase de marée réelle. Interpolez toujours entre les valeurs de vives-eaux et de mortes-eaux en fonction du nombre de jours écoulés depuis la dernière marée de vives-eaux ou de mortes-eaux. Rappelez-vous aussi que les écarts d'heure s'appliquent à l'heure prévue du port de référence, et non à une heure d'horloge fixe. Et n'oubliez jamais que les calculs de port secondaire héritent de toutes les imprécisions de la prévision du port de référence, plus l'erreur d'interpolation.

Dépressions tropicales : vigilance pour le marin hauturier

Si la gestion complète des tempêtes tropicales relève du programme Yachtmaster Ocean, tout Yachtmaster Offshore naviguant sous les latitudes subtropicales ou tropicales doit reconnaître les signes avant-coureurs. Les TRS (ouragans, typhons, cyclones) sont des systèmes de basse pression compacts et d'une violence intense. Les signes avant-coureurs incluent une houle persistante arrivant d'une direction inhabituelle (indiquant des vagues lointaines générées par la tempête), une séquence nuageuse progressive identique à celle d'un front chaud qui approche, mais qui s'accélère beaucoup plus vite, et une chute de pression barométrique dépassant la variation diurne normale. Si vous observez ces signes, votre priorité est l'évitement immédiat : rejoindre le demi-cercle navigable (côté droit dans l'hémisphère Nord, côté gauche dans l'hémisphère Sud) et maximiser la distance par rapport à la trajectoire prévue. Dans la limite hauturière des 150 milles, votre meilleure option est généralement de rejoindre un port avant l'arrivée de la tempête.


Chapitre 4 : Tactiques par gros temps

Comprendre le gros temps

Le gros temps n'est pas une condition unique. La force 7 (vent proche de la tempête, 28 à 33 nœuds) exige des tactiques différentes de la force 10 (tempête, 48 à 55 nœuds). L'état de la mer compte autant que la force du vent : des vagues de 6 mètres à longue période sont gérables ; des vagues de 4 mètres à période courte et raide sont terrifiantes. Les mers confuses, où des vagues réfléchies croisent la houle incidente, créent un chaos multidirectionnel qui met en échec les tactiques habituelles. Le Yachtmaster Offshore doit comprendre non seulement quoi faire, mais aussi quand passer d'une stratégie à une autre à mesure que les conditions évoluent.

Prise de ris : moment et technique

La règle universelle de la prise de ris par gros temps est la suivante : si vous vous demandez s'il faut prendre un ris, il est déjà temps de le faire. Attendre que les conditions vous y obligent signifie que vous exécuterez une tâche physiquement exigeante et techniquement précise sur un pont mouillé et secoué, avec un vent déjà trop fort pour un travail sûr. Prenez les ris tôt, progressivement, et tant que vous avez encore l'énergie et la maîtrise pour le faire correctement.

Prise de ris en bordant sous charge : La plupart des yachts de croisière utilisent la prise de ris en bordant (dite « jiffy »). Par gros temps, la grand-voile claque violemment dès que la tension de la bôme et de l'écoute est relâchée. La procédure doit être répétée jusqu'à devenir automatique. Lofez légèrement pour décharger la voile. Choquez la drisse de la quantité exacte nécessaire pour que l'œillet de ris atteigne la bôme. Halez d'abord le pendeur de ris (la ligne de point d'amure) pour fixer le nouveau point d'amure, puis halez la ligne de point d'écoute. Retendez la drisse. Si vous choquez trop la drisse, la voile se défait complètement, et la rehisser à 35 nœuds devient presque impossible. Si vous ne lofez pas suffisamment, les charges sur la drisse et les lignes de ris peuvent dépasser ce que des mains humaines peuvent gérer.

Enrouleurs dans le mât et dans la bôme : Les grand-voiles à enrouleur simplifient la prise de ris, mais introduisent des risques. Si le mécanisme d'enroulement se bloque sous charge par gros temps, vous ne pouvez pas abaisser la voile de façon conventionnelle. Prenez toujours les ris des grand-voiles à enrouleur avant que le vent ne monte au point où un blocage devient probable. Assurez-vous que les renvois de la bosse de retour et de la ligne d'enroulement sont bien alignés et sans frottement.

Équilibre à la barre : Lorsque vous réduisez la voilure, le centre de voilure se déplace. Si vous prenez un ris dans la grand-voile mais laissez un grand génois établi, le centre de voilure avance, induisant un mauvais équilibre sous le vent (le bateau tend à abattre). Un mauvais équilibre sous le vent par mer forte est dangereux, car le bateau tend à se présenter par le travers des vagues. À l'inverse, une grand-voile excessive sans foc suffisant provoque une forte tendance au lof, épuisant le barreur et ralentissant le bateau. La réduction progressive de la voilure doit maintenir l'équilibre : prenez un ris dans la grand-voile et réduisez le foc proportionnellement.

Mise en cape : le bouton pause du large

La mise en cape est l'une des tactiques les plus précieuses par gros temps dont dispose un voilier. Correctement exécutée, le yacht se stabilise dans une position d'environ 40 à 60 degrés par rapport au vent, dérivant lentement sous le vent, avec un minimum d'action à la barre. Les voiles s'équilibrent mutuellement : le foc fait tomber l'avant tandis que la grand-voile le fait lever, créant un équilibre. Le yacht crée une nappe (eau calme) au vent en dérivant, ce qui brise partiellement les vagues qui approchent.

Comment se mettre en cape sur un sloop : Naviguez au près serré aux amures à bâbord. Virez de bord sans larguer l'écoute du foc, en laissant le foc contre-brassé (plaqué contre le côté au vent). Au passage du lit du vent, poussez fortement la barre vers le côté sous le vent (la barre à franchir vers le côté opposé au vent, ou la roue tournée comme pour s'éloigner du vent). Le foc contre-brassé fait tomber l'avant ; le gouvernail le fait lever. Ajustez l'écoute de grand-voile et l'angle de la barre jusqu'à ce que le bateau trouve son équilibre. Vous êtes maintenant en cape.

Particularités du gréement cutter : Les cutters se mettent en cape admirablement, car le trinquette peut être contre-brassé indépendamment tandis que le yankee est enroulé. Le foc intérieur plus petit fournit une force d'équilibrage plus douce et plus contrôlable.

Quand utiliser la mise en cape : Utilisez-la pour passer un grain, pour une pause réparation, pour attendre le jour avant d'entrer au port ou pour laisser reposer un équipage épuisé. C'est une tactique de confort par conditions modérées et une tactique de survie par conditions sévères. Toutefois, la mise en cape a ses limites. Par mer très déferlante, le bateau peut être couché par le travers des vagues. Si la hauteur des vagues approche la longueur du bateau, la mise en cape devient risquée, et vous devriez envisager de filer une ancre flottante ou de naviguer vent arrière à la place.

Erreur courante : Ne pas bloquer la barre dans la position. Si vous vous mettez en cape puis lâchez la roue ou la barre sans la sécuriser, le bateau finira par empanner ou abattre violemment. Amarrez fermement la barre une fois la position équilibrée trouvée.

Rester à sec (lying ahull) : quand on s'arrête simplement

Rester à sec signifie abattre toutes les voiles et laisser le bateau trouver sa propre orientation par rapport au vent et aux vagues, en se stabilisant généralement par le travers ou au quartier. C'est généralement considéré comme une tactique de dernier recours, car rester par le travers de grosses vagues déferlantes expose le bateau au risque de chavirage. Toutefois, par gros temps modéré où la mer est forte mais ne déferle pas, rester à sec permet à l'équipage de se reposer sous le pont. Elle ne doit jamais être utilisée par mer confuse ou raide. Si vous choisissez de rester à sec, retirez toutes les voiles pour éviter des dégâts par claquement, arrimez tout en bas et maintenez une veille.

Vent arrière : survie au portant

Naviguer vent arrière signifie naviguer au portant, soit à sec de toile, soit sous tourmentin, soit avec une grand-voile fortement réduite. Cette tactique garde la poupe face aux vagues, réduisant la vitesse relative entre le bateau et les mers qui approchent. Elle est efficace lorsque vous disposez d'espace sous le vent et lorsque les vagues sont assez régulières pour être gouvernées.

Le risque de travers : Le plus grand danger en vent arrière est le travers. Une vague soulève la poupe, accélère le bateau sur sa face, et l'étrave plonge dans le creux devant. Le bateau fait un violent écart latéral, pouvant chavirer. Éviter les travers exige une barre active et habile. Gouvernez dans le dos de chaque vague, en évitant le surf sauf si vous avez confiance dans le contrôle du bateau. Si le bateau commence à accélérer excessivement, gouvernez légèrement en travers de la face de la vague pour ralentir, puis remettez le cap dans le creux.

Techniques de barre : Par mer de l'arrière, ne tentez pas de maintenir un cap parfaitement droit. Laissez l'étrave osciller légèrement avec le rythme des vagues. Surveillez la vague qui approche par l'arrière à travers le capot de descente ou via un miroir monté à l'arrière. Sentez la poupe se soulever et répondez par de douces corrections à la barre. Un excès de barre provoque précisément les embardées qui mènent au travers.

Drogues et ancres flottantes : les dispositifs de traînée expliqués

Les drogues et les ancres de mer sont des dispositifs fondamentalement différents, qui servent à des fins différentes. Les confondre est une erreur courante et potentiellement fatale.

Ancre de mer (ancre parachute) : Une ancre de mer est un grand dispositif en forme de parachute, déployé depuis l'étrave sur un long mouillage. Son but est de maintenir le bateau presque immobile, l'étrave face au vent et aux vagues. Le bateau dérive très lentement sous le vent. C'est la tactique de survie ultime lorsque vous n'avez pas d'espace pour naviguer vent arrière et que les conditions sont trop sévères pour la mise en cape. L'ancre de mer maintient la partie la plus solide du bateau (l'étrave) face aux plus grosses vagues.

Déploiement pas à pas : Frappez le mouillage de l'ancre de mer sur une ferrure d'étrave solide (bitte d'amarrage, socle du guindeau ou point d'ancrage dédié), jamais sur un taquet fixé à travers un stratifié de pont mince. Pliez soigneusement le mouillage pour éviter les nœuds. Frappez la ligne de retrait (utilisée pour la récupération) au sommet du parachute. Déployez le parachute sous le vent. Filez progressivement le mouillage. La longueur recommandée est généralement de 10 à 15 fois la hauteur de vague, bien que les fabricants fournissent des indications précises. La protection contre l'usure est essentielle : le mouillage qui passe dans le chaumard d'étrave scie un cordage non protégé en quelques heures. Utilisez des manchons en cuir, des sections de tuyau d'incendie ou un équipement anti-usure dédié. Une fois entièrement déployé, bloquez la barre au milieu et descendez. Le mouvement sera violent, mais le bateau sera orienté en sécurité.

Récupération : Récupérer une ancre de mer déployée par gros temps est extrêmement difficile. On tire sur la ligne de retrait pour replier le parachute, réduisant sa traînée suffisamment pour le hisser à bord. Cela exige une puissance de treuil importante ou une force d'équipage considérable. Entraînez-vous à la récupération par conditions modérées avant d'en avoir besoin dans une tempête.

Drogue (série ou cône) : Une drogue est déployée depuis la poupe pour ralentir la progression du bateau en vent arrière. Contrairement à l'ancre de mer, elle n'arrête pas le bateau ; elle l'empêche de surfer de façon incontrôlée sur les faces de vagues et de se mettre au travers. Une drogue à cône unique offre une traînée modérée. Une drogue en série (comme la Jordan Series Drogue) est constituée de dizaines de petits cônes cousus sur un long mouillage en nylon, offrant une traînée progressive et auto-ajustable, beaucoup plus efficace dans des conditions extrêmes et moins sujette à échapper aux faces de vagues.

Installation de la patte d'oie : Qu'il s'agisse d'une drogue ou d'une ancre de mer, une patte d'oie répartit la charge sur les deux quartiers (poupe) ou sur les deux joues d'étrave. Un point d'attache unique crée une charge asymétrique et des embardées. Utilisez une patte d'oie avec un anneau central pour le mouillage de la drogue, renvoyé symétriquement vers des points solides de chaque bord du bateau.

Filage de bosses : En cas d'urgence, lorsqu'aucun dispositif de traînée approprié n'est disponible, filer de longues bosses (cordages lourds) à l'arrière crée une traînée significative. La chaîne fonctionne mieux que le cordage. Regroupez plusieurs bosses ensemble. C'est une solution improvisée, et non un substitut à un équipement adapté, mais elle a déjà sauvé des bateaux.

Voiles de tempête : tourmentin et foc de tempête

Les voiles de tempête sont fabriquées dans des tissus lourds, avec des angles renforcés et une forme minimale. Elles sont conçues pour fournir juste assez de puissance pour maintenir la capacité de gouverne, sans submerger le bateau.

Tourmentin : Un tourmentin remplace la grand-voile en conditions de tempête. Idéalement, il est installé sur sa propre rainure indépendante sur le mât, séparée de la rainure de la chute de grand-voile. Vous pouvez ainsi hisser le tourmentin sans avoir à abaisser et démonter complètement la grand-voile d'abord, un avantage de sécurité crucial lorsque la grand-voile est bloquée ou trop dangereuse à manier. L'écoute du tourmentin est renvoyée vers des points solides dédiés, et non par le rail de grand-voile standard. Hisser un tourmentin exige de la préparation : il doit être ensaché et prêt à la base du mât, avec les écoutes déjà renvoyées, avant que les conditions ne se dégradent.

Foc de tempête : Un foc de tempête remplace le foc de travail. Il est très petit, solidement construit et généralement d'un orange vif pour être visible. Sur un cutter, il s'établit sur l'étai intérieur. Sur un sloop, il peut exiger de retirer entièrement le génois à enrouleur et d'agrafer le foc de tempête sur l'étai, ou d'utiliser un étai intérieur amovible. Enrouler un génois jusqu'à la taille d'un foc de tempête n'équivaut pas à un véritable foc de tempête : la voile enroulée présente une aérodynamique désastreuse, le centre de voilure est trop haut, et la protection anti-UV peut ne pas être bien positionnée. Des focs de tempête dédiés sont indispensables pour la navigation hauturière sérieuse.

Eau verte et sécurité du pont

« Eau verte » désigne les vagues solides qui déferlent sur le pont, par opposition aux embruns. L'eau verte exerce une force énorme. La conception du cockpit compte : un cockpit petit et profond s'évacue plus vite et retient moins de poids qu'un grand cockpit peu profond. Assurez-vous que les dalots du cockpit sont dégagés de tout débris avant l'arrivée du gros temps. Testez la capacité des pompes de cale par rapport au volume du cockpit : si le cockpit se remplit complètement, vos pompes peuvent-elles le vider avant la vague suivante ?

Par gros temps, tous les équipiers sur le pont doivent porter un harnais attaché aux câbles de sécurité. Les câbles de sécurité doivent courir le long de l'axe ou à l'intérieur des passavants, et non le long des pavois, où un équipier attaché pourrait être entraîné par-dessus bord. Les filières doivent être inspectées pour la corrosion et la tension. Les échelles d'embarquement doivent pouvoir être déployées par une personne dans l'eau, sans l'aide du pont : entraînez-vous à cet exercice.

L'étanchéité est primordiale. Fermez et verrouillez toutes les écoutilles avant le gros temps. Retirez les capots d'aération des dorades et insérez des obturateurs. Obturez au ruban adhésif les bouchons de remplissage du pont pour empêcher l'eau de pénétrer dans les réservoirs de carburant et d'eau. Sécurisez les planches de descente du capot et assurez-vous que le puits d'écoutille s'égoutte librement. Chaque ouverture du pont est un point potentiel d'envahissement catastrophique.


Chapitre 5 : Quarts et gestion de la fatigue

La réalité de la veille hauturière

En navigation de jour, tout le monde est éveillé, impliqué et partage la responsabilité. Lors d'un passage hauturier de plusieurs jours, l'équipage doit dormir, mais le bateau doit toujours être conduit en sécurité. L'organisation des quarts est la structure qui rend cela possible. C'est aussi l'aspect de la navigation hauturière qui conduit le plus souvent aux accidents lorsqu'il est mal géré, car la fatigue dégrade chaque fonction cognitive sur laquelle le skipper s'appuie : jugement, temps de réaction, maîtrise émotionnelle et conscience de la situation.

Schémas d'organisation des quarts

Le choix du système de quarts dépend de la taille de l'équipage, du niveau d'expérience et de la durée du passage. Il n'existe pas de système universellement parfait, seulement le meilleur compromis pour votre situation particulière.

Trois sur trois : L'équipage est divisé en deux quarts. Chaque quart assure la veille pendant trois heures, puis se repose pendant trois heures. Cela assure une couverture continue avec un planning simple. Toutefois, trois heures de sommeil sont physiologiquement insuffisantes pour une récupération complète, et au bout de plusieurs jours, la dette de sommeil cumulée devient sévère. Ce système convient aux passages courts (moins de 48 heures) ou aux équipages plus nombreux qui peuvent tourner avec des périodes de repos supplémentaires.

Quatre sur quatre : Similaire au trois sur trois, mais avec des quarts de quatre heures. C'est le système hauturier le plus courant pour des équipages de quatre à six personnes. Quatre heures permettent des cycles de sommeil plus profonds. L'inconvénient est que chaque membre du quart assume la responsabilité pendant une période plus longue, et que la relève intervient huit fois par jour, ce qui exige des passations rigoureuses.

Quart « mère » : Une personne désignée (souvent le skipper ou un équipier expérimenté) ne tient pas de quart régulier, mais est disponible pour assister n'importe quel quart, préparer les repas, effectuer la maintenance et assurer les relèves. Cela ajoute de la souplesse, mais exige un équipage assez nombreux pour libérer une personne de la rotation.

Quarts de chien : Pour éviter que les mêmes personnes ne tiennent toujours les quarts peu agréables (par exemple minuit à 4 heures), la période de quart du soir est divisée en deux « quarts de chien » plus courts (généralement 16 h à 18 h et 18 h à 20 h). Cela fait tourner le planning : au fil des jours successifs, chaque quart connaît des créneaux horaires différents.

Cadre de décision : Pour un équipage de quatre personnes sur un passage de trois jours, le quatre sur quatre est standard. Pour un équipage de six personnes, vous pouvez utiliser trois quarts de deux personnes chacun, sur une rotation de quatre heures de quart et huit heures de repos, ce qui donne à chacun huit heures entre deux quarts, bien supérieur pour le repos. Associez toujours vos équipiers les plus faibles avec les plus forts dans les quarts en binôme.

Protocoles de relève : la transition critique

La relève de quart est le moment de vulnérabilité maximale. Le quart sortant connaît la situation actuelle ; le quart entrant ne la connaît pas encore. Une relève précipitée ou incomplète signifie que le nouveau quart prend la suite à l'aveugle.

Liste de contrôle de la relève formelle : Le chef de quart sortant doit communiquer les points suivants au chef de quart entrant, idéalement en restant tous deux dans le cockpit pendant au moins dix minutes avant la relève officielle :

  • Position actuelle (vérifiée par un point ou une EP)
  • Cap gouverné et route sur le fond
  • Vitesse dans l'eau et vitesse sur le fond
  • Plan de voilure actuel et changements récents
  • Conditions météo et tendance (relevé barométrique, direction et force du vent, types de nuages)
  • Tous les contacts radar et AIS, y compris CPA/TCPA pour toute cible préoccupante
  • Tous les ordres permanents du skipper (par exemple « Réveillez-moi si le vent dépasse 25 nœuds » ou « Changez de cap pour 270 au point de route Bravo »)
  • État du matériel (pannes, alarmes coupées, batteries en charge)
  • Niveaux d'eau dans les fonds de cale
  • Tout sujet de préoccupation sur le bien-être de l'équipage à l'intérieur

Le chef de quart entrant doit confirmer sa compréhension, poser des questions et ne pas accepter le quart tant qu'il n'a pas une conscience complète de la situation. La relève doit être consignée dans le journal de bord.

Erreur courante : Le quart sortant, désespéré de dormir, précipite la relève et descend. Le quart entrant, encore engourdi par le réveil, acquiesce sans vraiment assimiler les informations. Cinq minutes plus tard, il découvre sur le radar un navire qui se rapproche rapidement, que le quart précédent surveillait. La rigueur dans la relève sauve des vies.

Devoirs de veille : plus que simplement regarder

La règle 5 du RIPAM exige que chaque bateau maintienne une veille appropriée, visuelle et auditive, ainsi que par tous les moyens disponibles adaptés aux circonstances. En haute mer, cela signifie un balayage systématique, et non une observation passive. Apprenez à vos équipiers à balayer l'horizon par secteurs, en marquant une brève pause dans chaque secteur pour permettre à la vision périphérique de détecter un mouvement ou des feux. Les jumelles doivent être utilisées périodiquement, mais pas en permanence : elles restreignent le champ de vision.

Le radar et l'AIS complètent la veille visuelle, sans la remplacer. Les petits bateaux de pêche en bois peuvent ne pas apparaître au radar ni émettre d'AIS. Les yachts non éclairés sont invisibles électroniquement. Le son porte loin sur l'eau la nuit ; une corne de brume ou le bruit d'un moteur peut vous alerter d'un trafic avant que vous ne le voyiez.

Gestion de la fatigue : le tueur silencieux

La fatigue est la plus grande menace pour la sécurité hauturière. Elle altère la cognition de façon équivalente à une intoxication alcoolique. Des études montrent qu'après 17 heures d'éveil, la dégradation des performances équivaut à une alcoolémie de 0.05%. Après 24 heures, elle équivaut à 0.10% : légalement ivre dans la plupart des juridictions.

Reconnaître la fatigue : Les micro-sommeils (brèves pertes de conscience involontaires durant quelques secondes) sont le signe le plus dangereux. Un barreur qui subit des micro-sommeils peut sembler éveillé, mais est fonctionnellement inconscient pendant quelques instants. D'autres signes incluent l'irritabilité, l'incapacité à se concentrer, la fixation sur des détails sans importance, un temps de réaction ralenti et une mauvaise communication. L'auto-évaluation n'est pas fiable, car les personnes fatiguées sous-estiment systématiquement leur altération. La surveillance mutuelle est essentielle : les équipiers de quart doivent être habilités à dire : « Tu dois aller te reposer ; je vais appeler quelqu'un pour te relever. »

Hygiène du sommeil : Protégez impitoyablement l'équipage endormi. Les couchettes doivent être sombres (utilisez des tissus occultants sur les hublots), silencieuses (des bouchons d'oreilles aident énormément) et sécurisées (les bannettes anti-roulis empêchent de tomber). Évitez de déranger les équipiers hors quart pour des raisons non critiques. Faites des siestes stratégiquement : une sieste de 20 minutes restaure la vigilance sans provoquer d'inertie du sommeil, tandis qu'un cycle complet de sommeil de 90 minutes apporte une récupération plus profonde. Si votre système de quarts le permet, encouragez des siestes supplémentaires en dehors des périodes de repos programmées.

Alimentation et hydratation : Les repas copieux induisent la somnolence. Proposez des collations légères et fréquentes, riches en glucides complexes et en protéines. Évitez les pics de sucre suivis de coups de fatigue. L'hydratation est essentielle : la déshydratation imite et aggrave la fatigue. Surveillez la couleur de l'urine comme indicateur grossier d'hydratation. Limitez la dépendance à la caféine : utile pour une vigilance ponctuelle, sa consommation chronique perturbe la qualité du sommeil pendant les repos, créant un cercle vicieux. L'alcool n'a pas sa place pendant un quart et doit être sévèrement limité ou interdit pendant les passages hauturiers.

Répartition de la charge de travail : N'assignez pas le même équipier à des quarts consécutifs par gros temps. Alternez les tâches exigeantes. Si un quart affronte un grain exigeant un effort intense, ajustez les plannings suivants pour accorder à ce quart un temps de récupération supplémentaire. Le skipper doit surveiller la fatigue cumulée de l'ensemble de l'équipage, et non seulement celle des quarts individuels.


Chapitre 6 : Commandement de l'équipage et gestion des conflits

Le skipper en tant que chef

La compétence technique à la voile est nécessaire mais insuffisante pour le Yachtmaster Offshore. Vous commandez un bateau où se trouvent des êtres humains qui ont des niveaux d'expérience variés, des motivations différentes, des angoisses personnelles et des limites physiques. Votre leadership détermine si le passage sera sûr, efficace et agréable, ou dangereux, pénible et désuni.

Leadership situationnel

Un leadership hauturier efficace n'est pas un style unique. Il s'adapte dynamiquement aux circonstances.

Leadership directif : Utilisé en cas d'urgence, par gros temps ou lorsque les équipiers manquent d'expérience. Vous donnez des instructions claires et précises, sans débat. « Mettez votre harnais. Attachez-vous au câble au vent. Allez au mât et frappez la drisse. » Il n'y a pas de place pour la discussion lorsqu'une vague est sur le point de déferler sur le pont. Le leadership directif convient également aux manœuvres complexes, comme un accostage dans de forts courants, où une coordination précise est nécessaire.

Leadership consultatif : Utilisé pendant la planification du passage, l'évaluation météo et les décisions tactiques où l'avis de l'équipage apporte une valeur ajoutée. « La prévision montre deux routes possibles. Voici les compromis. Qu'en pense chacun ? » Cela renforce l'engagement de l'équipage et fait émerger des points de vue que vous pourriez manquer. Toutefois, la décision finale vous revient. La consultation n'est pas une démocratie : vous recueillez des informations, et non un vote.

Leadership délégatif : Utilisé pendant la navigation courante, lorsque les équipiers expérimentés peuvent gérer les tâches de façon autonome. « Sarah, vous êtes chef de quart. Tenez le cap 240, gardez les réglages de voiles optimisés, et réveillez-moi si quoi que ce soit change. » La délégation renforce la compétence et la confiance. Mais déléguer sans supervision revient à abandonner. Faites des points réguliers. Vérifiez que les tâches déléguées sont effectuées correctement.

Passer d'un style à l'autre : La marque d'un skipper mature est de savoir quand changer de style. Si vous êtes délégatif pendant la navigation courante et que vous rencontrez soudain un grain inattendu, vous devez devenir directif immédiatement. L'hésitation coûte du temps et de la sécurité. À l'inverse, rester directif par temps calme engendre du ressentiment et infantilise les équipiers expérimentés.

Prendre des décisions sous pression

Les décisions hauturières impliquent souvent des informations incomplètes, une pression temporelle et des conséquences importantes. Utilisez des cadres de décision structurés plutôt que le seul instinct.

La boucle OODA (Observer, Orienter, Décider, Agir) : Initialement conçue pour les pilotes de chasse, cette méthode s'applique parfaitement à la navigation hauturière. Observez la situation (recueillez les données des instruments, les comptes rendus de l'équipage, l'évaluation visuelle). Orientez-vous (interprétez les données dans leur contexte : qu'est-ce que cela signifie pour notre sécurité, notre route, nos ressources ?). Décidez d'une ligne de conduite (choisissez parmi les options disponibles en tenant compte des risques et des avantages). Agissez (exécutez avec détermination). Revenez ensuite immédiatement à l'observation pour évaluer si votre action a produit le résultat escompté.

Communiquer les décisions : Lorsque vous prenez une décision importante (modifier le cap pour éviter la météo, dérouter vers un port de refuge, changer le système de quart), expliquez votre raisonnement à l'équipage. Les gens acceptent bien mieux les situations difficiles lorsqu'ils en comprennent la raison. « Nous nous déroutons vers Cherbourg parce que le baromètre baisse plus vite que prévu, que le prochain front arrivera de nuit, et que je ne suis pas prêt à risquer l'équipage dans ces conditions pendant la nuit. » Cela instaure la confiance et forme en même temps les jeunes marins.

Résolution des conflits : gérer les dynamiques humaines

Un conflit à bord d'un petit bateau lors d'une longue traversée est inévitable. Le confinement, la fatigue, l'inconfort, la peur et les incompatibilités de personnalité y contribuent. Un conflit non résolu détruit la cohésion de l'équipage et compromet la sécurité.

Prévention par la préparation : La meilleure résolution de conflit intervient avant même que le conflit ne commence. Organisez des briefings complets avant la traversée, couvrant les attentes, les rôles, les règles et les normes de communication. Discutez ouvertement de la répartition du travail. Établissez que les griefs doivent être exprimés tôt et en privé, et non laissés pourrir. Précisez que l'autorité du skipper en matière de sécurité est absolue, mais que le respect mutuel entre les personnes est de règle.

Intervention précoce : Traitez les tensions dès les premiers signes. Deux équipiers qui s'accrochent pendant la manœuvre des voiles ne relèvent pas encore d'un problème de personnalité ; c'est le signe que quelque chose ne va pas, peut-être la fatigue, un malentendu ou un sentiment d'injustice. Intervenez en privé. « J'ai remarqué une certaine friction pendant l'exercice de prise de ris. Aide-moi à comprendre ce qui s'est passé. » Écoutez activement. Ne prenez pas parti trop vite. Souvent, les conflits naissent d'instructions peu claires ou d'attentes divergentes plutôt que de la malveillance.

Médiation entre équipiers : Lorsque deux équipiers sont réellement en conflit, il peut être nécessaire de faire office de médiateur. Réunissez-les dans un espace neutre. Fixez des règles de base : parler à tour de rôle, s'en tenir aux comportements et à leurs effets plutôt qu'aux attaques personnelles. Guidez-les vers une solution mutuellement acceptable. Restez impartial. Votre rôle est celui d'un facilitateur, pas d'un juge. Si la médiation échoue, il faudra peut-être séparer les personnes en les affectant à des quarts différents pour limiter les contacts.

Maintien du moral : Le moral n'est pas un luxe ; c'est un facteur de sécurité. Un équipage démoralisé commet des erreurs, perd sa motivation et se désengage des responsabilités partagées. Célébrez les étapes : franchir une latitude importante, terminer un quart difficile, atteindre la mi-parcours. La bonne nourriture est sans doute le remontant le plus puissant à bord ; investissez dans la planification et la préparation des repas. Maintenez des routines qui apportent structure et normalité. Reconnaissez honnêtement la difficulté des conditions ; une bonne humeur de façade affaiblit la crédibilité. L'humour, utilisé à propos, désamorce efficacement les tensions.


Chapitre 7 : interprétation avancée du RIPAM

Au-delà de la mémorisation : vivre les règles

Tout navigateur apprend le RIPAM. Le Yachtmaster Offshore doit le vivre. À ce niveau, le Règlement international pour prévenir les abordages en mer n'est pas un jeu de fiches à réciter ; c'est un cadre juridique et pratique dynamique, que vous appliquez en temps réel, sous pression, souvent avec des informations incomplètes, tout en conduisant un bateau dans des conditions difficiles. De plus, vous devez comprendre comment les tribunaux ont interprété ces règles, car en cas d'abordage, c'est la jurisprudence, et pas seulement le texte brut, qui détermine la responsabilité.

Visibilité restreinte : la règle 19 en pratique

La règle 19 régit la conduite des navires en visibilité restreinte (brouillard, forte pluie, neige, fumée). Elle modifie fondamentalement le paradigme de l'évitement des abordages, car vous ne pouvez pas voir les autres navires pour déterminer leur aspect, et les distinctions navire privilégié / navire tenu de s'écarter des règles 12 à 18 disparaissent en grande partie.

Vitesse de sécurité dans le brouillard : La règle 6 exige que tout navire navigue à une vitesse de sécurité adaptée aux circonstances. En visibilité restreinte, cela signifie presque toujours une vitesse réduite. Mais « réduite » dépend du contexte. Si vous êtes en pleine mer et que le radar ne montre aucun contact dans un rayon de 10 milles, maintenir 6 nœuds peut être sûr. Si vous êtes dans un couloir de navigation avec plusieurs cibles radar, 6 nœuds peuvent être imprudents. Les facteurs déterminant la vitesse de sécurité comprennent : la densité du trafic, l'éclairage ambiant (les lumières de la côte masquant les feux de navigation), l'état de la mer (les vagues masquant les échos radar), la distance d'arrêt de votre navire et la fiabilité de votre radar.

Décisions assistées par radar : La règle 19 d) stipule qu'un navire qui détecte un autre navire uniquement par radar doit déterminer s'il existe une situation de proximité ou un risque d'abordage et, le cas échéant, prendre des mesures d'évitement suffisamment tôt. C'est là que la compétence en traçage radar devient légalement obligatoire, et non plus seulement recommandée en pratique. Vous ne pouvez pas respecter la règle 19 si vous ne savez pas interpréter votre écran radar.

Seuils d'action : Quand faut-il modifier son cap dans le brouillard sur la base des informations radar ? Il n'existe pas de CPA (Closest Point of Approach, point d'approche le plus proche) seuil unique, car cela dépend de la visibilité, de la vitesse et de la densité du trafic. Toutefois, à titre de repère de travail, toute cible présentant un CPA inférieur à 1 mille marin en mer ouverte, ou inférieur à 0,5 mille marin en eaux encombrées, exige une action. La manœuvre doit être suffisamment marquée pour être immédiatement visible sur le radar de l'autre navire : un changement de cap de 5 degrés est invisible ; un changement de 30 degrés ou une réduction à la vitesse minimale de gouverne est sans équivoque.

Ce qu'il ne faut pas faire : La règle 19 d) i) met explicitement en garde contre le changement de cap à bâbord pour un navire situé sur l'avant du travers, sauf en cas de dépassement. Cela reflète le réflexe instinctif de tourner à droite propre à la conduite routière et vise à éviter que deux navires dans le brouillard ne se dirigent l'un vers l'autre. Mettre le cap à tribord est presque toujours la première action la plus sûre.

Signaux sonores : En visibilité restreinte, vous devez émettre le signal de brouillard approprié à intervalles prescrits. Un navire à propulsion mécanique faisant route émet un long coup toutes les deux minutes. Un voilier émet un long suivi de deux brefs. Connaissez ces signaux sur le bout des doigts. Tout aussi important : écoutez-les. Coupez la musique, faites régulièrement silence dans la conversation, ouvrez un panneau pour mieux entendre. De nombreux abordages dans le brouillard surviennent parce que le veilleur se trouvait dans une cabine fermée et n'a jamais entendu la corne de l'autre navire avant qu'il ne soit bord à bord.

Dispositifs de séparation du trafic : naviguer sur les autoroutes maritimes

Les dispositifs de séparation du trafic (DST) organisent le trafic commercial en voies définies, à la manière des séparateurs d'autoroute. Les yachts doivent interagir correctement avec les DST, sous peine de danger physique et de conséquences juridiques.

Traverser un DST : La règle 10 c) stipule qu'un navire traversant une voie de circulation doit le faire sur un cap aussi proche que possible d'un angle droit par rapport à la direction générale du trafic. Cela minimise le temps passé dans la voie, présente votre navire par le travers aux navires qui approchent, maximise votre surface équivalente radar et rend vos intentions claires. Ne traversez pas en diagonale pour gagner de la distance.

Rejoindre ou quitter un DST : Rejoignez à l'extrémité d'une voie ou selon un petit angle par rapport au flux général. N'entrez pas brusquement sur le côté dans un trafic rapide.

Zones de trafic côtières (ZTC) : La ZTC se situe entre le DST et la côte. Elle est destinée au trafic local, aux navires entrant ou sortant des ports et aux petites embarcations. Si vous effectuez une navigation côtière et n'avez pas besoin d'utiliser le DST, utilisez la ZTC. Cependant, la ZTC n'est pas une zone de libre circulation ; les règles normales de route et de navigation s'y appliquent toujours.

Navires de pêche et voiliers dans un DST : La règle 10 i) stipule que les navires de moins de 20 mètres et les voiliers ne doivent pas gêner le passage des navires à propulsion mécanique suivant une voie de circulation. Vous avez le droit d'être dans le DST, mais vous ne devez pas gêner le trafic commercial. Si un porte-conteneurs fonce sur vous dans sa voie, vous vous écartez, même si, selon les règles de routes croisées, vous seriez autrement le navire privilégié.

Jurisprudence : comment les tribunaux interprètent le RIPAM

Comprendre les affaires d'abordage emblématiques éclaire la manière dont les règles sont appliquées en pratique et ce que les tribunaux attendent des marins professionnels.

Le principe de bonne marine (règle 2 a)) : La règle 2 a) stipule que rien dans les règles n'exonère un navire des conséquences de la négligence des précautions requises par la pratique ordinaire des marins. Les tribunaux invoquent systématiquement cette règle. Même si vous avez techniquement respecté une règle de route spécifique, si votre conduite globale est restée en deçà de la norme d'un marin prudent, vous serez jugé fautif. Consignez votre raisonnement : si vous vous êtes écarté d'une application stricte de la règle pour éviter un danger immédiat (permis par la règle 2 b)), notez précisément pourquoi dans votre journal de bord.

Obligations du navire privilégié (règle 17) : Le navire privilégié doit d'abord maintenir son cap et sa vitesse (règle 17 a) i)). Cependant, lorsqu'il apparaît que le navire tenu de s'écarter ne prend pas de mesures appropriées, le navire privilégié peut agir pour éviter l'abordage (règle 17 a) ii)). Point crucial : lorsque l'abordage ne peut être évité par le seul navire tenu de s'écarter, le navire privilégié doit prendre les mesures les plus susceptibles d'aider à l'éviter (règle 17 b)). Les tribunaux examinent si le navire privilégié a agi trop tôt (créant de la confusion) ou trop tard (rendant l'évitement impossible). Le bon moment est celui où un marin raisonnable conclut que le navire tenu de s'écarter ne réagit pas. Ce n'est pas au premier signe d'inquiétude, mais bien avant que l'impact ne devienne inévitable.

Répartition des responsabilités : Les tribunaux d'amirauté modernes attribuent rarement 100 % de la faute à un seul navire. Les deux parties ont généralement contribué à l'abordage par des erreurs d'omission ou de commission. Comprendre cela incite à une marine défensive : même lorsque vous êtes le navire privilégié, vous devez être prêt à agir.


Chapitre 8 : traçage radar et évitement des abordages

Pourquoi le traçage manuel compte encore

Les radars modernes dotés d'un ARPA (Automatic Radar Plotting Aid, aide automatique au traçage radar) et d'une superposition AIS rendent l'évitement des abordages apparemment facile. Les cibles sont suivies automatiquement, les vecteurs affichés, les CPA et TCPA calculés numériquement. Pourquoi, dans ce cas, le programme du Yachtmaster Offshore insiste-t-il sur le traçage manuel ? Parce que la technologie tombe en panne, parce que l'ARPA peut être trompé par les parasites ou le retour de mer, parce que l'AIS n'affiche que les navires équipés de transpondeurs, et parce que comprendre la géométrie du mouvement relatif fait de vous un marin fondamentalement meilleur. Le traçage manuel n'est pas de la nostalgie ; c'est une compétence fondamentale.

Traçage en mouvement relatif : la géométrie de l'abordage

Lorsque vous observez un autre navire au radar, vous voyez son mouvement par rapport au vôtre, et non son mouvement réel dans l'eau. Si vous faites route vers le nord à 8 nœuds et qu'un autre navire fait route vers le nord à 8 nœuds sur un cap parallèle, il apparaît immobile sur votre radar, bien que vous avanciez tous deux rapidement sur le fond. Comprendre cette distinction entre mouvement relatif et mouvement réel est la clé de l'interprétation radar.

Construire un tracé en mouvement relatif :

  1. À l'aide d'un traceur à réflexion (un disque transparent monté sur l'écran radar) ou d'une feuille de traçage papier, marquez le centre comme position de votre propre navire.
  2. À l'instant T1, notez le relèvement et la distance de la cible. Reportez ce point sur la feuille.
  3. À l'instant T2 (généralement 3 ou 6 minutes plus tard, pour faciliter le calcul), notez le nouveau relèvement et la nouvelle distance de la cible. Reportez ce second point.
  4. Tracez une droite passant par les deux points et prolongez-la vers le centre. C'est la ligne de mouvement relatif (LMR).
  5. Le point le plus proche où la LMR passe par le centre est le CPA. Mesurez cette distance.
  6. Le temps mis par la cible pour parcourir sa position actuelle jusqu'au point CPA le long de la LMR, calculé à partir de la vitesse observée entre T1 et T2, donne le TCPA.

Déterminer le cap et la vitesse vrais : Pour trouver le cap et la vitesse réels de la cible, construisez un triangle vectoriel. Depuis le centre, reportez le vecteur cap et vitesse de votre propre navire. Depuis la position T1 de la cible, appliquez votre vecteur en sens inverse. La géométrie résultante révèle le mouvement réel de la cible. Ce processus est enseigné en détail dans le cours radar de la RYA et doit être pratiqué jusqu'à la maîtrise.

Détermination de l'aspect : L'aspect décrit l'orientation de la cible par rapport à vous, selon que vous voyez sa proue, sa poupe ou son travers. Cela importe, car cela indique si la cible croise, rencontre ou dépasse. Au radar, l'aspect peut se déduire de la forme de l'écho (un écho large suggère une présentation par le travers) et être confirmé par l'analyse du traçage.

Utilisation électronique du radar : tirer parti de la technologie

Intégration ARPA : L'ARPA suit automatiquement les cibles sélectionnées et calcule leur cap, leur vitesse, leur CPA et leur TCPA. Pour l'utiliser efficacement, vous devez en comprendre les limites. Il faut plusieurs balayages (généralement 1 à 3 minutes) pour établir une trajectoire fiable après l'acquisition d'une cible. Pendant cette période d'initialisation, le vecteur affiché est inexact. Par mer forte, les cibles peuvent être perdues puis réacquises à plusieurs reprises, ce qui réinitialise le compteur de suivi. L'ARPA peine avec les cibles rapprochées, qu'il peut confondre.

Corrélation AIS : L'AIS fournit directement l'identité, le cap, la vitesse et la destination du navire à partir de son transpondeur. Superposé au radar, il crée une image composite puissante. Mais l'AIS présente des lacunes importantes : les transpondeurs de classe B (courants sur les yachts) émettent moins fréquemment que ceux de classe A (navires de commerce) et peuvent ne pas apparaître sur tous les radars commerciaux. Les navires de pêche, les bâtiments militaires et les navires dans certaines régions peuvent ne pas émettre d'AIS du tout. Ne supposez jamais qu'un affichage AIS vide signifie que l'eau est libre.

Zones de garde et alarmes : Réglez des anneaux de garde (limites circulaires à des distances spécifiées) pour déclencher une alarme lorsque de nouvelles cibles entrent dans la zone. Cela vous permet de vous occuper d'autres tâches sans fixer l'écran en permanence. Cependant, dans les eaux fréquentées, les alarmes de garde peuvent retentir constamment, entraînant une lassitude face aux alarmes. Ajustez le rayon de la zone de garde selon la densité du trafic : large en pleine mer, plus étroit aux approches côtières.

Indexation parallèle (IP) : L'indexation parallèle est une technique permettant de maintenir une distance de sécurité par rapport aux dangers ou de rester centré dans un chenal. Vous tracez sur l'écran radar une ligne parallèle à votre route prévue, décalée d'une distance de sécurité par rapport à un élément bien visible au radar (une falaise, une digue). Tant que l'écho de cet élément reste sur la ligne IP, vous êtes sur votre route sûre. C'est inestimable pour le pilotage par visibilité réduite, et bien plus fiable que la navigation aux seules distances radar.

Suppression des parasites : Les commandes de gain, de réglage, de parasites de pluie (FTC) et de parasites de mer (STC) doivent être ajustées en permanence à mesure que les conditions changent. Une suppression excessive du bruit de mer effacera les petites cibles comme les bouées, les kayaks ou les petites embarcations en bois. Un parasite de pluie insuffisamment atténué laisse l'écran masqué par les échos de précipitations. La bonne technique consiste à réduire le gain jusqu'à la disparition des parasites, puis à l'augmenter légèrement jusqu'à ce que les petites cibles apparaissent. Réajustez fréquemment.

Prise de décision pour éviter les abordages

Une fois le CPA et le TCPA déterminés par traçage ou ARPA, vous devez décider quand et comment agir.

Seuils d'action : Il n'existe pas de CPA universel déclenchant une action. En pleine mer avec bonne visibilité, un CPA de 2 milles peut justifier un léger ajustement. Dans le brouillard, un CPA de 1 mille exige une action immédiate et substantielle. Le principe directeur est : agir tôt, agir substantiellement, et agir de manière immédiatement visible pour l'autre navire. Une série de petits changements de cap déroute l'observateur radar de l'autre navire ; un seul changement important communique clairement l'intention.

Vérification : Après avoir modifié le cap ou la vitesse, poursuivez le traçage. Le CPA a-t-il augmenté comme prévu ? Sinon, votre action était insuffisante ou l'autre navire a lui aussi modifié son cap. Réévaluez immédiatement. Ne supposez jamais que votre manœuvre a résolu la situation tant que l'observation continue ne l'a pas confirmé.

Communication VHF : Bien que la VHF puisse servir à coordonner les croisements avec des navires identifiés, elle comporte des risques. La mauvaise identification (appeler le mauvais navire), les barrières linguistiques et le temps perdu à négocier au lieu de manœuvrer peuvent tous contribuer aux abordages. L'OMI recommande de ne pas utiliser la VHF pour éviter les abordages, sauf absolue nécessité. Si vous communiquez, soyez concis, identifiez-vous clairement par votre nom et votre position, et indiquez votre action prévue.


Chapitre 9 : opérations GMDSS zones A1/A2

Comprendre le Système mondial de détresse et de sécurité en mer (GMDSS)

Le GMDSS est le cadre international des communications maritimes et de l'alerte de détresse. Il a remplacé l'ancien système qui consistait à espérer que quelqu'un entende votre appel MAYDAY sur le canal 16 de la VHF. Sous le GMDSS, les alertes de détresse sont envoyées numériquement via l'ASN (appel sélectif numérique), ce qui garantit une réception automatisée par les stations côtières et les navires à proximité, qu'il y ait ou non quelqu'un à l'écoute sur les canaux vocaux.

En tant que Yachtmaster Offshore, vous naviguez principalement dans les zones maritimes A1 et A2. Comprendre ces définitions n'est pas théorique : elles déterminent l'équipement que vous devez emporter et la manière d'appeler les secours.

Zone maritime A1 : Définie comme une zone située dans la couverture radiotéléphonique d'au moins une station côtière VHF où l'alerte ASN continue est disponible. En pratique, cela s'étend à environ 20 à 30 milles marins au large, selon la hauteur des antennes et le relief. Dans la zone A1, un poste VHF ASN est votre principal moyen de communication de détresse.

Zone maritime A2 : Définie comme une zone située dans la couverture radiotéléphonique d'au moins une station côtière MF où l'alerte ASN continue est disponible, à l'exclusion des zones A1. Elle s'étend généralement à environ 100 milles marins au large. Dans la zone A2, vous avez besoin d'un poste ASN MF capable d'émettre sur 2187.5 kHz en plus de votre équipement VHF.

Le certificat Yachtmaster Offshore permettant de naviguer jusqu'à 150 milles d'un port, vous opérerez fréquemment à la limite extérieure de la zone A2, voire au-delà. Si vous vous aventurez au-delà de A2, vous entrez dans la zone maritime A3, qui nécessite des communications par satellite (Inmarsat ou ASN HF). Prévoyez votre équipement en conséquence : si votre traversée peut vous emmener au-delà de la couverture MF fiable, emporter un dispositif de communication par satellite (EPIRB avec messagerie satellite, ou téléphone satellite) n'est pas facultatif ; c'est indispensable.

Exigences et utilisation de l'équipement

Poste VHF ASN : Tout navire naviguant au large doit disposer d'un poste VHF ASN fixe relié à un récepteur GPS (afin que votre position soit automatiquement incluse dans les alertes de détresse). Le contrôleur ASN permet d'envoyer des appels de routine à des navires spécifiques, des appels de groupe et, point crucial, des alertes de détresse. Le bouton de détresse est généralement dissimulé sous un capot rouge pour éviter tout déclenchement accidentel. Un appui maintenu pendant cinq secondes émet un signal de détresse numérique contenant votre numéro MMSI, votre position et la nature de la détresse (si elle est préprogrammée), sur le canal 70. Cette alerte est reçue par tous les navires équipés d'ASN et par les stations côtières à portée.

Procédure d'alerte de détresse : Si vous devez émettre une alerte de détresse, activez d'abord le bouton de détresse ASN. Cela envoie l'alerte numérique silencieusement et instantanément. Immédiatement après, passez sur le canal 16 de la VHF (ou sur 2182 kHz MF si vous êtes en zone A2) et émettez un appel vocal MAYDAY. L'alerte ASN attire l'attention ; l'appel vocal fournit les détails. Suivez le format MAYDAY standard : « MAYDAY MAYDAY MAYDAY, ici [nom du navire, trois fois], [indicatif/MMSI], MAYDAY [nom du navire], position [latitude/longitude ou relèvement et distance depuis un repère], nature de la détresse [coulage, incendie, médical], assistance requise, nombre de personnes à bord, autres informations, OVER. »

Annulation des fausses alertes : Si vous activez accidentellement une alerte de détresse ASN, ne vous contentez pas d'éteindre la radio. Les stations côtières lanceront des opérations SAR. Émettez immédiatement une annulation vocale sur le canal 16 : « Toutes stations, toutes stations, toutes stations, ici [nom du navire, indicatif, MMSI]. Annulez mon alerte de détresse de [heure]. Mon navire est en sécurité. Terminé. » Contactez si possible la station côtière la plus proche par téléphone pour confirmer l'annulation.

Appels d'urgence et de sécurité : PAN-PAN (urgence) signale une situation concernant la sécurité d'un navire ou d'une personne sans constituer un danger grave et immédiat. SÉCURITÉ précède les avis de navigation ou les avertissements météorologiques. Les deux peuvent être lancés par ASN sur les fréquences d'urgence et de sécurité appropriées, avant de passer à la voix.

NAVTEX : Les récepteurs NAVTEX impriment ou affichent automatiquement les diffusions d'informations de sécurité maritime (ISM), y compris les avertissements de navigation, les avertissements météorologiques, les avis de recherche et de sauvetage et les alertes de piraterie. Les messages sont classés par codes lettres (A à Z). Vous pouvez programmer votre NAVTEX pour rejeter certaines catégories, mais ne rejetez jamais les catégories A (avertissements de navigation), B (avertissements météorologiques) ou D (informations SAR). Apprenez à lire la sortie NAVTEX avec esprit critique : un avertissement concernant une mine à la dérive à 200 milles est informatif ; un avertissement concernant une bouée non éclairée dans votre chenal d'approche exige une action.

Secours par batterie : La réglementation GMDSS exige que le matériel de communication de détresse puisse fonctionner pendant au moins 6 heures sur alimentation de secours si l'alimentation électrique principale tombe en panne. Testez régulièrement votre système de basculement. Sachez quel disjoncteur alimente vos radios et si elles se trouvent sur le réseau de secours ou sur le réseau domestique. Si votre alternateur tombe en panne et que vous fonctionnez uniquement sur batteries, privilégiez l'alimentation des radios plutôt que l'éclairage de la cabine.


Chapitre 10 : urgences médicales en mer

La réalité de la médecine hauturière

Lorsque vous êtes à 80 milles de la côte, vous êtes le médecin. Des délais d'intervention d'ambulance mesurés en minutes deviennent des délais d'évacuation mesurés en heures ou en jours. Le Yachtmaster Offshore doit être prêt à gérer des urgences médicales avec une formation limitée, des moyens limités et des conséquences illimitées. Votre certificat de premiers secours en cours de validité constitue l'exigence minimale ; la compétence médicale pratique en mer va bien au-delà.

Services de téléassistance médicale (TMAS)

Vous n'avez pas à diagnostiquer et traiter seul des affections médicales complexes. Le TMAS vous met en relation, par radio ou téléphone satellite, avec des médecins qualifiés spécialisés en médecine maritime. Au Royaume-Uni, ce service est accessible via les garde-côtes ou directement via les numéros d'hôpitaux désignés, publiés dans l'Admiralty List of Radio Signals (ALRS), volume 1.

Contacter le TMAS : Établissez le contact par ASN VHF avec les garde-côtes pour demander un avis médical, par radiotéléphonie MF/HF, ou par téléphone satellite. Préparez la position de votre navire, sa description et les renseignements sur le patient avant d'appeler.

Protocole de consultation : Le médecin aura besoin d'informations précises pour vous conseiller efficacement. Préparez-vous avant d'appeler : âge, sexe et poids du patient, affections médicales connues, allergies, médicaments en cours, symptômes exacts (apparition, durée, gravité, évolution), constantes vitales (fréquence du pouls, fréquence respiratoire, température, tension artérielle si vous disposez du matériel, niveau de conscience). Décrivez les blessures avec précision : « Une plaie de 5cm à l'avant-bras gauche, saignement maîtrisé par pression, os non visible » est bien plus utile que « Il s'est bien coupé le bras. »

Suivre les instructions : Les médecins du TMAS peuvent vous demander d'administrer des médicaments de la pharmacie de bord, d'effectuer des gestes que vous n'avez jamais pratiqués ou de vous préparer à une évacuation. Suivez les instructions à la lettre. Posez des questions si vous ne comprenez pas. Consignez tout : heure de l'appel, nom du médecin, instructions données, actions entreprises, réaction du patient.

Urgences médicales courantes en mer

Hypothermie : L'environnement en mer est intrinsèquement hypothermisant. L'immersion dans l'eau froide, l'exposition prolongée au vent et aux embruns, et des vêtements inadaptés y contribuent tous. L'hypothermie légère (température centrale 35-32°C) se manifeste par des frissons, de la maladresse et un jugement altéré. L'hypothermie modérée (32-28°C) entraîne confusion, arrêt des frissons (signe dangereux) et élocution pâteuse. L'hypothermie sévère (en dessous de 28°C) entraîne la perte de connaissance, des troubles du rythme cardiaque et la mort.

Le traitement vise à empêcher une nouvelle déperdition de chaleur et à réchauffer progressivement. Retirez les vêtements mouillés. Isolez le patient du pont et du vent. Apportez de la chaleur au tronc (poitrine, aisselles, aine), et non aux extrémités, qui renverraient le sang froid vers le cœur et provoqueraient un « afterdrop » et un risque d'arrêt cardiaque. Donnez des boissons chaudes et sucrées si le patient est conscient et peut avaler. Ne frottez jamais et ne massez jamais les membres hypothermiques. Manipulez les patients en hypothermie sévère avec une extrême douceur ; une manipulation brutale peut déclencher une fibrillation ventriculaire.

Traumatismes : Les chutes, les écrasements causés par des bômes oscillantes ou du matériel mobile, et les coupures dues au gréement en fil métallique sont fréquents en mer. Les traumatismes crâniens exigent une vigilance particulière : surveillez le niveau de conscience à l'aide de l'échelle AVPU (Alert, éveillé ; Voice, répond à la voix ; Pain, répond à la douleur ; Unresponsive, inconscient). Toute détérioration impose une évacuation urgente. Les fractures doivent être immobilisées dans la position où elles se trouvent, à l'aide d'attelles, de rembourrages et de bandages. N'essayez pas de remettre en place les fractures manifestement déplacées, sauf si la circulation distale est compromise. Les écrasements peuvent provoquer des hémorragies internes et un syndrome des loges ; évacuez d'urgence.

Mal de mer : Minimisé par certains, le mal de mer sévère est réellement dangereux en mer. Des vomissements persistants entraînent déshydratation, déséquilibre électrolytique et incapacité. Un équipier qui ne peut retenir ses liquides pendant 24 heures constitue une urgence médicale. Administrez des antiémétiques tôt (cyclizine, prochlorpérazine ou patchs d'hyoscine) avant que les vomissements ne deviennent incontrôlables. Les médicaments par voie orale sont inutiles une fois les vomissements commencés ; utilisez des suppositoires ou des formes injectables si vous les avez à disposition et si vous êtes formé. Maintenez l'hydratation par petites gorgées fréquentes de solutions électrolytiques.

Accidents cardiaques : Une douleur thoracique, une douleur irradiant dans le bras ou la mâchoire, un essoufflement et des sueurs évoquent un infarctus du myocarde. Administrez de l'aspirine (300mg à croquer, non avalée d'un coup) sauf allergie. Maintenez le patient au repos en position semi-assise. Soyez prêt à pratiquer un massage cardiaque et à utiliser un DAE si vous en disposez. Les accidents cardiaques en mer imposent un contact immédiat avec le TMAS et la priorisation de l'évacuation.

Infections : Les plaies en milieu marin s'infectent rapidement. Les organismes présents dans l'eau de mer, en particulier les espèces de Vibrio, provoquent des infections agressives. Nettoyez soigneusement toutes les plaies à l'eau douce (et non à l'eau de mer, malgré la croyance répandue). Appliquez un antiseptique. Surveillez l'apparition de rougeur, de gonflement, de pus, de traînées rouges et de fièvre, signes d'une infection généralisée nécessitant des antibiotiques. Votre pharmacie de bord doit comporter des antibiotiques à large spectre (amoxicilline/acide clavulanique ou ciprofloxacine), mais leur administration doit idéalement être guidée par le TMAS.

Gestion de la pharmacie de bord

La trousse médicale hauturière va bien au-delà des pansements adhésifs et du paracétamol. Le contenu recommandé comprend : bandelettes de fermeture de plaies, compresses stériles de plusieurs tailles, bandes, écharpes triangulaires, attelles SAM, gel pour brûlures, seringues d'irrigation, solution antiseptique, sels de réhydratation orale, antalgiques (paracétamol, ibuprofène, codéine), antiémétiques, antihistaminiques, antibiotiques à large spectre, crème antifongique, collyre, pinces, ciseaux, thermomètre, brassard de tensiomètre, stéthoscope, gants et masque de réanimation.

Les médicaments stupéfiants (opioïdes puissants comme la morphine) peuvent être transportés à bord de navires commerciaux sous licence spécifique. Les yachts privés sont soumis à des réglementations variables selon l'État du pavillon. Connaissez vos obligations légales.

Tenez un registre d'inventaire. Vérifiez les dates de péremption avant chaque traversée. Remplacez immédiatement les articles utilisés. Consignez chaque médicament administré : nom, dose, voie d'administration, heure, identité du patient et réaction. Ce registre accompagne le patient lors de l'évacuation et vous protège juridiquement.


Chapitre 11 : systèmes de bord et maintenance

L'autonomie comme compétence technique

En mer, il n'y a pas de mécanicien de port. Lorsque votre moteur s'arrête, que votre dessalinisateur tombe en panne ou que votre installation électrique court-circuite, c'est vous l'ingénieur. Le Yachtmaster Offshore n'est pas censé reconstruire un moteur diesel de zéro, mais il doit savoir diagnostiquer les pannes courantes, effectuer des réparations de fortune et entretenir les systèmes de manière préventive pour éviter les pannes.

Dépannage du moteur diesel

Les moteurs diesel marins sont remarquablement fiables lorsqu'ils sont bien entretenus, mais ils ont besoin de trois éléments pour fonctionner : carburant, air et compression. Lorsqu'un moteur ne démarre pas ou s'arrête, éliminez méthodiquement ces facteurs.

Organigramme de diagnostic des pannes au démarrage :

  1. Le démarreur tourne-t-il ? Si non : vérifiez la tension de la batterie, les connexions de batterie, le solénoïde du démarreur et le contacteur d'allumage. Si oui, poursuivez.
  2. Le moteur tourne-t-il sans démarrer ? Si oui : soupçonnez l'alimentation en carburant ou l'admission d'air.
  3. Vérifiez le carburant : y a-t-il du carburant dans le réservoir ? La vanne de carburant est-elle ouverte ? Le filtre à carburant est-il colmaté ? Purgez le circuit de carburant pour évacuer l'air (ouvrez les vis de purge sur le boîtier du filtre et sur la pompe d'injection, actionnez la pompe d'alimentation manuelle jusqu'à obtenir un carburant sans bulles, resserrez les vis, tentez un démarrage).
  4. Vérifiez l'air : le filtre à air est-il bouché ? La sortie d'échappement est-elle immergée ou obstruée ?
  5. Si le carburant et l'air sont confirmés, soupçonnez un problème de compression (segments usés, problèmes de soupapes), qui nécessite une réparation professionnelle.

Pannes courantes et réparations de fortune :

  • Contamination du carburant : L'eau dans le gazole est la cause la plus fréquente de panne moteur en mer. L'eau pénètre par condensation, par des soutes contaminées ou par des orifices de remplissage qui fuient. Les symptômes comprennent un fonctionnement irrégulier, de la fumée blanche et, finalement, des calages. Prévention : inspectez visuellement le carburant avant l'avitaillement, utilisez des filtres à carburant avec séparateur d'eau et vidangez le bol du séparateur chaque jour. Traitement : remplacez les filtres colmatés, purgez le circuit et ajoutez un traitement biocide si une prolifération bactérienne (« diesel bug ») est soupçonnée.
  • Panne de turbine : La turbine de la pompe d'eau de mer fait circuler l'eau de refroidissement. Les ailettes en caoutchouc se dégradent, se fissurent ou se déchirent, surtout si la pompe fonctionne à sec, même brièvement. Symptôme : surchauffe rapide du moteur. Emportez toujours des turbines de rechange et sachez les remplacer : fermez la prise d'eau, retirez le couvercle de la pompe, extrayez l'ancienne turbine (à l'aide d'un extracteur ou en faisant levier avec précaution), nettoyez le carter, lubrifiez la nouvelle turbine avec du liquide vaisselle ou de la glycérine, installez-la, remplacez le joint du couvercle et rouvrez la prise d'eau.
  • Rupture de courroie d'alternateur : Une courroie cassée interrompt la charge des batteries et peut arrêter la circulation de l'eau douce si la pompe à eau est entraînée par courroie. Symptômes : chute de la tension de batterie, allumage du voyant d'alerte. Emportez des courroies de rechange. Tendez correctement : la courroie doit fléchir d'environ 10mm sous une pression modérée du pouce sur sa portée la plus longue.
  • Surchauffe : Au-delà de la panne de turbine, la surchauffe peut résulter de prises d'eau brute bouchées (algues, sacs plastiques), de thermostats défaillants ou d'un niveau de liquide de refroidissement bas dans les circuits fermés. Diagnostiquez méthodiquement, depuis la prise de mer vers l'intérieur.

Inventaire des pièces de rechange : Votre kit de rechange hauturier doit comprendre : filtres à carburant (primaire et secondaire), filtres à huile, turbines de pompe d'eau de mer, courroies d'alternateur, fusibles de tous les calibres utilisés à bord, huile moteur, liquide de refroidissement, ampoules de rechange, colliers de serrage, divers tuyaux, matériau de joint, mastic époxy et outillage de base, dont clés, tournevis, multimètre et matériel de purge.

Entretien préventif : Contrôles quotidiens du moteur avant le départ et pendant les traversées : niveau d'huile, niveau de liquide de refroidissement, tension des courroies, inspection visuelle des fuites, propreté de la crépine d'eau brute. Suivez les intervalles d'entretien du constructeur pour les vidanges, le réglage des soupapes et l'entretien des injecteurs. Notez méticuleusement les heures moteur.

Installations électriques

Circuits en courant continu : La plupart des yachts fonctionnent en 12V ou 24V DC. Le choix de la technologie de batterie affecte toute votre stratégie électrique. Les batteries au plomb sont lourdes et ne tolèrent qu'une décharge de 50 %. Les batteries AGM supportent des cycles plus profonds et se rechargent plus vite. Les batteries au lithium fer phosphate (LiFePO4) offrent une capacité considérable, un poids léger et une profondeur de décharge utile de 80 à 90 %, mais nécessitent un système de gestion de batterie (BMS) et des profils de charge compatibles. Connaissez la capacité totale en ampères-heures de votre parc de batteries et votre consommation journalière. Si vos instruments de navigation, feux, pilote automatique et réfrigération consomment 15 ampères en permanence, vous consommez 360 ampères-heures par jour. Vos sources de charge (alternateur, solaire, éolien, quai) doivent reconstituer ce montant chaque jour, faute de quoi votre parc se vide.

Diagnostic au multimètre : Un multimètre est votre principal outil de dépannage. Apprenez à mesurer la tension (pour confirmer la présence d'alimentation), la continuité (pour trouver les fils rompus) et la résistance. Le test de chute de tension est particulièrement efficace : mesurez la tension à la batterie, puis au niveau de l'appareil. Si la batterie affiche 12.6V mais que l'appareil reçoit 10.8V, vous avez une chute de 1.8V, qui indique des connexions corrodées, une section de câble sous-dimensionnée ou un composant défaillant quelque part dans le circuit.

Circuits en courant alternatif : Le quai, les onduleurs et les groupes électrogènes fournissent du 230V / 110V AC. Le courant alternatif est plus dangereux que le continu. Utilisez toujours des transformateurs d'isolement pour le raccordement au quai, afin de prévenir la corrosion galvanique et les risques d'électrocution. La protection par DDR (disjoncteur différentiel) est obligatoire. Ne travaillez jamais sur des circuits AC sans avoir confirmé qu'ils sont hors tension et verrouillés.

Énergies renouvelables : Les panneaux solaires nécessitent des régulateurs de charge MPPT pour un rendement optimal. Les éoliennes doivent être sécurisées ou freinées en cas de tempête pour éviter une destruction par survitesse. Les hydrogénérateurs traînent dans l'eau et produisent de l'énergie proportionnellement à la vitesse du bateau, mais créent une traînée. Comprenez les caractéristiques de production de chacun et leur intégration dans votre régime de charge des batteries.

Dessalinisateurs et plomberie

Les dessalinisateurs par osmose inverse font passer l'eau de mer à travers des membranes semi-perméables à haute pression (plus de 800 PSI), laissant passer les molécules d'eau tout en rejetant le sel. Les membranes sont fragiles : le chlore, les hydrocarbures et l'encrassement biologique les détruisent. Ne faites jamais fonctionner un dessalinisateur dans des ports pollués ou à proximité de déversements de carburant. Lorsqu'il n'est pas utilisé pendant de longues périodes, les membranes doivent être « conservées » avec une solution conservatrice pour prévenir la prolifération bactérienne. Le « déconservage » exige un rinçage à l'eau douce avant de produire de l'eau potable.

Surveillez la qualité de la production du dessalinisateur à l'aide d'un salinomètre ou par un test gustatif. Si l'eau devient salée, la membrane est compromise ou la pression est insuffisante. Les défaillances de plomberie en mer (tuyaux qui fuient, membranes de pompe défaillantes, filtres colmatés) peuvent rapidement gaspiller une eau douce précieuse. Emportez des kits de réparation de pompe et sachez isoler des sections du circuit de plomberie pour contenir les fuites sans perdre toute la pression d'eau.


Chapitre 12 : stabilité et contrôle des avaries

Comprendre la stabilité du navire

La stabilité est ce qui maintient votre yacht droit. Au niveau du Yachtmaster Offshore, vous devez comprendre non seulement que votre bateau est stable, mais pourquoi il l'est, comment cette stabilité évolue avec les conditions et quelles actions peuvent la détruire en quelques minutes. Cette connaissance distingue le skipper qui réagit intelligemment à une crise de celui qui panique pendant que le navire roule vers le chavirage.

La courbe de stabilité GZ : la signature de stabilité de votre navire

La courbe GZ (courbe des bras de redressement) trace la distance horizontale entre le centre de gravité (G) et la verticale passant par le centre de carène (Z), à chaque angle de gîte. Cette distance, le bras de redressement (GZ), multipliée par le déplacement du navire, donne le moment de redressement qui tend à ramener le bateau droit.

Pour de petits angles de gîte, GZ augmente à peu près linéairement. Lorsque la gîte augmente, GZ atteint une valeur maximale (bras de redressement maximal), puis diminue jusqu'à s'annuler à l'angle d'annulation de la stabilité (AVS). Au-delà de l'AVS, le navire a une énergie de redressement négative : il tend à poursuivre son chavirage plutôt qu'à revenir droit. Un yacht de croisière moderne typique peut avoir un AVS de 120 à 140 degrés. Les yachts traditionnels à fort déplacement dépassent souvent 150 degrés. Les yachts de course à quille profonde peuvent avoir une stabilité initiale élevée mais un AVS plus faible, en raison de coques légères et de centres de gravité élevés.

L'aire sous la courbe GZ représente l'énergie totale nécessaire pour faire chavirer le navire. Une grande aire signifie que le bateau absorbe une énergie de vague considérable avant de se retourner. Les organismes de réglementation utilisent des exigences minimales d'aire pour certifier les navires dans les catégories hauturières (CE catégorie A pour la navigation océanique).

Implications pratiques : Vous ne pouvez pas calculer votre courbe GZ en mer, mais vous devez comprendre ce qui l'affecte. Remonter le centre de gravité (ajouter du poids en hauteur, stocker du matériel lourd sur le pont, un équipier debout sur le rouf) réduit GZ à tous les angles et abaisse l'AVS. Abaisser le centre de gravité améliore la stabilité. L'effet de surface libre (eau ou carburant qui ballotte dans des réservoirs partiellement remplis) agit comme une remontée virtuelle du centre de gravité et réduit fortement la stabilité. Gardez toujours les réservoirs pleins ou vides ; les réservoirs à moitié remplis constituent la configuration la plus dangereuse.

Hauteur métacentrique (GM) et stabilité initiale

Le GM est la distance entre le centre de gravité (G) et le métacentre (M), c'est-à-dire le point théorique autour duquel le navire pivote aux petits angles de gîte. Un GM positif signifie que le navire est initialement stable. Un GM plus grand signifie une plus grande résistance initiale à la gîte (un navire « raide »). Un GM plus petit signifie que le navire gîte facilement (un navire « mou »). Toutefois, un GM excessif crée un navire qui se redresse brutalement à chaque vague, avec un mouvement inconfortable et potentiellement dangereux, qui projette l'équipage dans la cabine et sollicite le gréement.

Vous ne pouvez pas mesurer le GM directement en mer, mais vous pouvez en ressentir les effets. Si votre yacht gîte excessivement sous voiles par conditions modérées malgré une prise de ris appropriée, soupçonnez un centre de gravité élevé (GM faible). Vérifiez si des objets lourds ont été arrimés trop haut ou si du lest s'est déplacé.

Stabilité après avarie : survivre à une voie d'eau

La stabilité après avarie désigne la capacité de votre navire à rester à flot et stable après une brèche dans la coque. Lorsqu'un compartiment se remplit d'eau, deux phénomènes se produisent simultanément : vous perdez de la flottabilité dans cet espace, et le poids supplémentaire de l'eau élève votre centre de gravité et crée un effet de surface libre. Cette double pénalité peut faire chavirer un navire qui survivrait à chacune de ces conditions prises isolément.

Inondation croisée et contre-inondation : Si la voie d'eau est asymétrique (d'un seul bord), le navire développe une gîte dangereuse. L'inondation croisée consiste à laisser délibérément entrer de l'eau du côté opposé pour rétablir l'assiette. Cela paraît contre-intuitif (vous inondez volontairement votre propre bateau), mais un navire à plat aux fonds inondés est plus stable qu'un navire gîté avec une voie d'eau partielle. La contre-inondation ne doit être tentée que si vous comprenez ses implications sur la stabilité et si vous avez confirmé que la réserve de flottabilité totale reste suffisante.

Maîtrise des avaries : réparations d'urgence

Lorsque de l'eau pénètre dans la coque de façon inattendue, la rapidité de réaction détermine la survie.

Localiser les voies d'eau : Écoutez, regardez, touchez. Écoutez le bruit d'eau qui s'engouffre. Cherchez des filets d'eau le long des surfaces internes de la coque, derrière les garnitures, sous les planchers. Palpez les espaces sombres pour sentir un écoulement. Sources courantes de fuites : passe-coques (prises de mer qui lâchent, colliers de serrage corrodés), dommages au joint coque-quille, presse-étoupes de mèche de safran, joints d'arbre d'hélice, logements de cadènes et dommages dus à une collision.

Techniques de réparation d'urgence :

  • Bouchons de bois : Chaque passe-coque doit avoir un bouchon de bois conique attaché à proximité. Si la prise de mer lâche ou si le raccord de coque se fissure, enfoncez le bouchon dans l'orifice au maillet. Le bois gonfle au contact de l'eau et forme un joint. Entraînez-vous à cette manœuvre.
  • Matelas d'obturation : Lourds matelas de toile à œillets et filins, que l'on fait glisser le long de l'extérieur de la coque pour couvrir une brèche. La pression de l'eau les maintient en place. Leur mise en œuvre exige deux personnes, et ils fonctionnent mieux sur des sections de coque relativement lisses, et non près des bouchains ou des courbes complexes.
  • Mastic époxy et ruban de réparation sous-marine : Les mastics époxy à deux composants durcissent sous l'eau et peuvent colmater temporairement des fissures, des tuyaux fendus ou des raccords endommagés. Le ruban silicone auto-amalgamant s'étire et adhère à lui-même, formant des enveloppes étanches autour de tuyaux fendus ou de conduites fissurées.
  • Solutions de fortune : Coussins plaqués contre les trous depuis l'intérieur et maintenus par des planches d'appui. Matelas bourrés dans les brèches. Tout ce qui ralentit l'entrée d'eau fait gagner du temps pour pomper.

Capacité de pompage : Calculez votre capacité de pompage totale. Les pompes de cale électriques débitent généralement 2000 à 4000 gallons par heure, mais seulement lorsque les batteries alimentent et que la crépine n'est pas colmatée. Les pompes manuelles débitent beaucoup moins, mais fonctionnent sans électricité. Maintenez toujours une pompe manuelle de secours. Si votre débit d'entrée d'eau dépasse votre débit de pompage, vous coulez, quelle que soit la redondance des pompes. Privilégiez l'arrêt de la voie d'eau plutôt que l'augmentation du pompage.

Barre de secours : La perte de la direction en mer est une urgence grave. Si les câbles de la barre à roue cassent, de nombreux yachts disposent d'un logement de barre de secours sur la mèche de safran : repérez-le avant d'en avoir besoin et assurez-vous que la barre est accessible. Si le safran lui-même est perdu, gréez une direction de fortune à l'aide d'une drogue ou de remorques traînantes déployées de façon asymétrique depuis chaque quartier, réglées pour gouverner le navire. Les vérins hydrauliques du pilote automatique peuvent parfois être mis en commande manuelle si le calculateur électronique tombe en panne.

Confinement d'incendie : Un incendie à bord est sans doute l'urgence hauturière la plus terrifiante. Les priorités sont : donner l'alarme, attaquer le feu si cela est sans danger, et préparer simultanément l'abandon du navire. L'isolement des compartiments est essentiel : fermez les panneaux, les portes et la ventilation pour priver le feu d'oxygène. Le refroidissement des cloisons (asperger d'eau les cloisons adjacentes au foyer) empêche la propagation. N'ouvrez jamais un panneau donnant sur un espace où vous soupçonnez un incendie sans avoir un extincteur chargé prêt à l'emploi ; l'apport d'oxygène provoquera un embrasement explosif. Connaissez les types d'extincteurs : CO2 pour les feux électriques, poudre polyvalente pour usage général, couvertures anti-feu pour les feux de graisse en cuisine. L'eau sur un feu de graisse provoque des projections catastrophiques.


Chapitre 13 : abandon du navire et engins de survie

La décision d'abandonner

La maxime maritime est claire : « Montez dans le radeau de survie. » Votre navire est toujours le meilleur engin de survie disponible : il offre abri, moyens de communication, nourriture, eau et visibilité. Abandonner le navire prématurément vous expose à un environnement bien plus hostile. Mais retarder l'abandon lorsque le navire est réellement perdu coûte des vies.

Critères d'abandon : Abandonnez uniquement lorsque rester à bord présente un danger supérieur à celui de rejoindre le radeau de survie. Coulage imminent (voie d'eau dépassant la capacité de pompage, défaillance structurelle sous la ligne de flottaison), incendie incontrôlable menaçant les réservoirs de carburant ou l'intégrité de la structure, ou brèche catastrophique de la coque sans possibilité de réparation. Cette décision relève du seul skipper. Pas de vote, pas de comité. Une fois prise, exécutez-la immédiatement et complètement.

Temps de préparation : À partir du moment où vous décidez d'abandonner, chaque seconde compte. Mais une préparation augmente considérablement les chances de survie. Avant d'entrer dans le radeau :

  1. Émettez un MAYDAY avec votre position, la nature de l'urgence, le nombre de personnes et votre intention d'abandonner.
  2. Activez votre EPIRB. S'il est automatique (déclenchement hydrostatique), vérifiez le largage. S'il est manuel, emportez-le avec vous.
  3. Habillez-vous le plus chaudement possible : plusieurs couches, vêtements d'extérieur imperméables, bonnets, gants. L'hypothermie tue plus vite que la déshydratation ou la famine.
  4. Saisissez les sacs d'abandon (préparés à l'avance, voir ci-dessous).
  5. Remplissez les récipients d'eau douce.
  6. Rassemblez les fusées de détresse supplémentaires, le SART, la VHF portable, la trousse de premiers secours, un couteau et toute nourriture accessible rapidement.
  7. Ne perdez pas de temps à rassembler des effets personnels.

Sacs d'abandon : Tout navire hauturier doit disposer de sacs d'abandon préparés, rangés près de la descente ou du radeau de survie. Contenu : VHF portable avec piles de rechange, GPS, fusées de détresse, miroir de signalisation, sifflet, comprimés de purification de l'eau, rations alimentaires d'urgence, fournitures de premiers secours, crème solaire, lunettes de soleil, trousse de pêche, lampe torche, EPIRB de rechange si disponible, copies des documents du navire dans des pochettes étanches. Inspectez et renouvelez le contenu des sacs d'abandon à chaque saison.

Mise à l'eau et embarquement dans le radeau de survie

Emplacement et installation : Les radeaux de survie doivent être installés là où ils peuvent se dégager librement si le navire coule sous eux (unité de largage hydrostatique), ou être déployables manuellement sans obstacle. Ils ne doivent pas être enfouis sous des annexes, des panneaux solaires ou des jerricans. L'amarre (ligne d'activation) doit être fixée à un point solide du navire avant le déploiement : cette ligne déclenche le gonflage lorsque le radeau touche l'eau et que le navire continue de couler ou de dériver.

Procédure de déploiement : Fixez l'amarre à un point solide. Jetez le conteneur du radeau à l'eau, loin du navire, sous le vent (pour que le navire ne dérive pas sur lui). Tirez fermement sur l'amarre jusqu'à sentir une résistance : cela active la bouteille de CO2 qui gonfle le radeau. Attendez la fin du gonflage. Si le radeau se gonfle à l'envers, utilisez la sangle de redressement située sous le radeau pour le retourner : placez-vous du côté de la bouteille de CO2, saisissez la sangle, penchez-vous en arrière et laissez votre poids le faire basculer.

Embarquement : Montez dans le radeau depuis le navire si possible : sauter d'abord à l'eau gaspille de l'énergie et accélère l'hypothermie. Utilisez l'échelle ou la rampe d'embarquement intégrée au radeau. Aidez en premier les équipiers blessés ou affaiblis. Une fois tout le monde à bord, coupez l'amarre qui vous relie au navire qui coule, à l'aide du couteau de sécurité fourni à l'intérieur du radeau. Rester attaché à un bateau qui coule peut entraîner le radeau par le fond.

Priorités de survie dans le radeau

Une fois dans le radeau, vos priorités suivent la hiérarchie de survie : protection, localisation, eau, nourriture, moral.

Protection : Mettez-vous à l'abri du vent et des embruns. Fermez la bâche du radeau. Retirez les vêtements extérieurs mouillés si des rechanges secs se trouvent dans les sacs d'abandon ; sinon, essorez les vêtements et remettez-les. Blottissez-vous les uns contre les autres pour vous réchauffer. Traitez l'hypothermie énergiquement dès le premier instant.

Localisation : Votre EPIRB émet. Déployez votre SART (Search and Rescue Transponder) ou AIS-SART pour apparaître sur les écrans radar ou AIS des navires de secours. N'utilisez les fusées que lorsque vous voyez ou entendez des sauveteurs potentiels : les fusées sont limitées, et les gaspiller sur un horizon vide ne sert à rien. Les miroirs de signalisation sont efficaces de jour, lorsque des avions ou des navires sont visibles. Les marqueurs colorants créent une nappe visible. Un sifflet porte plus loin que la voix, avec une dépense d'énergie moindre.

Eau : La déshydratation tue en quelques jours. Rationnez strictement l'eau disponible, généralement 500ml par personne et par jour au minimum une fois les réserves établies. Ne buvez en aucun cas de l'eau de mer ; cela accélère la déshydratation et provoque une insuffisance rénale. Si le radeau comporte un dessalinisateur manuel, utilisez-le selon les instructions. Recueillez l'eau de pluie grâce aux gouttières de la bâche. Ne mangez pas sans disposer d'une eau suffisante : la digestion consomme de l'eau, ce qui aggrave la déshydratation.

Nourriture : Les humains survivent des semaines sans nourriture. Rationnez soigneusement les provisions d'urgence. La pêche complète les rations, mais la digestion nécessite de l'eau. Évitez de manger des espèces de poissons inconnues : certains poissons de récifs tropicaux sont porteurs de la toxine de la ciguatera. Dans les situations de survie, la nourriture a souvent une valeur psychologique plus que nutritionnelle.

Moral : Le commandement ne prend pas fin lorsque vous abandonnez le navire. Attribuez des rôles dans le radeau : vigie, écopeur, responsable du matériel. Maintenez un tour de quart. Gardez des conversations utiles. Reconnaissez honnêtement la peur, mais affichez votre confiance dans le sauvetage. L'effondrement du moral mène à l'apathie, puis à la mort. L'attitude du skipper donne le ton émotionnel à chaque survivant.


Chapitre 14 : sensibilisation au code ISPS

La sûreté dans l'environnement maritime moderne

Le Code international pour la sûreté des navires et des installations portuaires (ISPS) a été mis en place à la suite des attentats de septembre 2001 pour renforcer la sûreté maritime à l'échelle mondiale. Bien qu'il vise principalement le transport commercial et les installations portuaires, les yachts naviguant à l'international, en particulier ceux qui fréquentent des ports étrangers, traversent des zones à risque de piraterie ou transportent des passagers commerciaux, doivent comprendre les principes de l'ISPS et respecter les exigences applicables.

Les niveaux de sûreté expliqués

Niveau de sûreté 1 (normal) : L'état de base. Les mesures de protection courantes sont maintenues : points d'accès contrôlés, zones réservées sécurisées, vérification de l'identité des visiteurs, surveillance des ponts et des abords. Pour un yacht, cela signifie verrouiller le bateau lorsqu'il est inoccupé, savoir qui monte à bord, sécuriser les compartiments moteur et les postes de navigation, et garder une vigilance générale dans les marinas et les mouillages.

Niveau de sûreté 2 (renforcé) : Déclenché lorsque le renseignement indique un risque accru. Les mesures supplémentaires comprennent : une fréquence accrue des rondes ou des quarts, la restriction des accès à moins de points d'entrée, l'escorte des visiteurs, le renforcement des protocoles de communication, la préparation à un départ rapide. Les yachts dans des régions connaissant une instabilité politique, des alertes de piraterie ou des menaces terroristes doivent adopter volontairement les pratiques du niveau 2, même si elles ne sont pas formellement imposées.

Niveau de sûreté 3 (exceptionnel) : Déclenché lorsqu'un incident est imminent ou en cours. Les directives spécifiques des autorités doivent être suivies à la lettre. Cela peut impliquer de rejoindre des zones de sécurité désignées, de céder le contrôle aux forces de sécurité ou d'appliquer des procédures de confinement d'urgence. La conformité est obligatoire et immédiate.

Responsabilités du yacht et sûreté pratique

Contrôle d'accès : Tenez un registre des visiteurs. Connaissez chaque personne à bord de votre navire. Dans les ports inconnus, organisez une garde à la coupée pendant les heures du soir. Verrouillez les écoutilles et les hublots lorsque vous quittez le navire. Utilisez des serrures à code pour les compartiments sensibles.

Zones réservées : Les compartiments moteur, la passerelle et les postes de navigation, ainsi que les coffres à voiles contenant du matériel de sécurité, doivent être considérés comme des espaces réservés. Verrouillez-les lorsqu'ils ne sont pas utilisés. Un accès non autorisé à ces zones peut indiquer un vol, un sabotage ou la présence d'un passager clandestin.

Signalement des activités suspectes : Si vous observez un comportement inhabituel à proximité de votre navire (tournoiements répétés d'embarcations non identifiées, prises de vues non autorisées des dispositifs de sûreté, tentatives d'abordage en votre absence), signalez-le immédiatement au Port Facility Security Officer (PFSO) ou à l'autorité maritime locale. Ne confrontez pas directement les menaces potentielles.

Documentation : Les yachts commerciaux naviguant selon le code de pratique du MCA peuvent devoir disposer d'un plan de sûreté du navire. Même les yachts privés gagnent à disposer de procédures de sûreté écrites couvrant les routines de quart, les protocoles d'accès et les réponses aux urgences. Assurez-vous que tous les équipiers possèdent une pièce d'identité valide et que les papiers du navire sont à jour et accessibles pour inspection.

Sensibilisation à la piraterie : Bien que la limite hauturière de 150 milles tienne généralement les candidats YM Offshore à l'écart des corridors de piraterie en haute mer, les transits côtiers dans certaines régions (golfe de Guinée, corne de l'Afrique, détroits d'Asie du Sud-Est) exigent une vigilance accrue. Naviguez à vitesse soutenue, maintenez une veille radar, utilisez des citadelles (chambres fortes renforcées) si le navire en est équipé, déposez les plans de route auprès des centres de coordination navale concernés (UKMTO, MSCHOA) et évitez de mouiller dans les zones à haut risque connues.


Chapitre 15 : tenue du journal de bord et documentation

Le journal de bord en tant que document juridique et outil de navigation

Votre journal de pont n'est pas un journal intime. C'est un document juridique recevable devant un tribunal, un registre de navigation assurant la continuité entre les quarts, un historique de maintenance attestant de la diligence requise, et une chronique des décisions susceptibles d'être examinées par les enquêteurs, les assureurs ou les autorités maritimes après un incident. Traitez-le avec le sérieux qui convient.

Inscriptions au journal de pont

Ce qu'il faut consigner : Chaque heure (ou au minimum à chaque changement de quart), consignez les éléments suivants : heure en UTC, position (avec indication de son mode d'obtention : point GPS, EP, estime), cap suivi, route sur le fond, vitesse surface, vitesse fond, direction et force du vent, état de la mer, pression barométrique et tendance, voilure ou régime moteur, heures moteur, toute modification de cap ou de vitesse avec ses motifs, événements importants (changements météo, observations, pannes d'équipement, problèmes d'équipage, communications émises ou reçues) et personnel de quart.

Format et normes : Utilisez des colonnes normalisées pour les données courantes et des sections narratives pour les événements. Écrivez à l'encre indélébile (le crayon bave ; le stylo bille coule à l'humidité ; les stylos gel d'archivage ou les crayons nautiques traditionnels conçus pour papier humide sont idéaux). Les corrections se font en barrant d'un trait unique l'erreur, en écrivant la correction à côté et en la paraphant. N'effacez jamais, ne corrigez jamais au correcteur et n'arrachez jamais de pages. Un journal modifié suggère une dissimulation ; une inscription barrée et paraphée suggère une correction honnête.

Papier et numérique : La tenue électronique via les traces du traceur de cartes ou des applications dédiées offre précision et sauvegarde facile. Toutefois, l'électronique tombe en panne. Conservez un journal papier comme registre juridique principal. Exportez régulièrement les traces électroniques et conservez-les séparément. Si votre traceur tombe en panne et que vous n'avez pas de journal papier, vous perdez à la fois votre historique et la continuité.

Valeur juridique : Après un abordage, un échouage, une blessure ou une perte, les enquêteurs demanderont votre journal. Les incohérences, les lacunes ou les modifications manifestes a posteriori nuisent gravement à la crédibilité. Des inscriptions exactes et contemporaines, y compris celles qui consignent des erreurs ou de mauvaises conditions, témoignent d'une conduite professionnelle. Les tribunaux comprennent que les urgences perturbent la tenue parfaite du journal ; ils ne pardonnent pas la falsification.

Archives de navigation

Le travail sur carte doit être soigné et utiliser les symboles standard. Les points fixes sont marqués de cercles accompagnés des heures. Les EP sont marqués de triangles. Les positions estimées sont marquées de croix. Présentez vos calculs de marées, les constructions de cap à suivre et les dérivations de ports secondaires directement sur la carte ou dans un cahier joint. Cette piste de vérification permet à un autre navigateur de contrôler votre travail ou de reprendre la navigation si vous devenez incapable de poursuivre.

Documentation réglementaire

Tenez un dossier comprenant : certificat d'immatriculation du navire, police d'assurance, liste d'équipage avec les détails des passeports, licence de station radio, certificats d'opérateur (SRC/LRC), registres d'entretien du matériel de sécurité (date du dernier entretien du radeau, dates d'expiration des fusées, remplacement de la pile de l'EPIRB, contrôles des extincteurs), registres d'incidents médicaux et papiers de dégagement portuaire. De nombreuses juridictions exigent que vous les présentiez à l'entrée. Des documents mal organisés retardent le dédouanement et attirent l'attention.

Registres d'entretien

Consignez chaque entretien moteur, vidange, remplacement de filtre, réparation et modification. Notez les heures moteur à chaque entretien. Ce registre sert plusieurs objectifs : assurer que l'entretien préventif reste dans les temps, fournir la preuve de conformité à la garantie, démontrer la diligence aux experts et aux assureurs, et informer les futurs propriétaires ou examinateurs de l'historique mécanique du navire.


Chapitre 16 : coordination de recherche et sauvetage

Fonctionnement des opérations SAR : le système derrière le sauvetage

Lorsque vous appuyez sur le bouton de détresse ASN ou que vous activez votre EPIRB, vous entrez dans un vaste réseau international de coordination. Comprendre son fonctionnement vous aide à communiquer efficacement avec les sauveteurs et à gérer vos attentes pendant la période la plus éprouvante de votre vie en mer.

Centres de coordination de sauvetage maritime (MRCC)

Les MRCC sont des installations à terre chargées de coordonner les opérations SAR dans des régions désignées. Ils reçoivent les alertes de détresse des systèmes satellitaires EPIRB, des réseaux radio ASN et des comptes rendus relayés. Dès réception d'une alerte, le MRCC évalue la situation, identifie les moyens de sauvetage disponibles et coordonne leur déploiement. Les sous-centres (MRSC) assurent la coordination locale.

Moyens disponibles : La réponse dépend de la localisation. Près des côtes, les canots de sauvetage de la RNLI (eaux britanniques) ou les services nationaux équivalents appareillent rapidement, avec des délais d'intervention typiques de 30 à 90 minutes dans un rayon de 20 milles de leur station. Les hélicoptères offrent une intervention plus rapide et une capacité de treuillage, mais leur autonomie et leur rayon d'action sont limités (généralement un rayon opérationnel de 200 à 300 nm). Les navires de commerce participant à AMVER ou à des systèmes de comptes rendus similaires peuvent être déroutés par le MRCC pour porter assistance. Au large, les avions à voilure fixe peuvent larguer des vivres pendant que les moyens de surface font route vers votre position, un processus qui prend de nombreuses heures, voire des jours.

Protocoles de communication : Le MRCC tentera de vous contacter sur le canal 16 de la VHF, sur 2182 kHz MF ou par satellite. Une fois la communication établie, passez sur une fréquence de travail afin de garder le canal 16 libre. Indiquez votre position, la nature de l'urgence, le nombre de personnes, la description du navire, les blessures et les conditions météorologiques à votre position. Soyez concis et factuel. Suivez les instructions du MRCC : il dispose d'une vision de la situation plus large que la vôtre.

Rôle du coordinateur sur les lieux (OSC)

Si plusieurs navires convergent vers une zone de détresse, l'un d'eux doit coordonner les efforts pour éviter le chaos. Le MRCC désigne généralement un OSC, en général le navire le plus capable ou la première unité compétente arrivée sur zone. Si vous êtes désigné OSC, vos responsabilités comprennent : maintenir la communication avec le MRCC, diriger les autres navires assistants vers des secteurs de recherche ou des tâches précises, coordonner les schémas d'approche, gérer les fréquences radio et rendre compte de l'avancement.

Schémas de recherche : Le manuel IAMSAR définit les schémas de recherche standard. La recherche en carré expansif commence au point de référence (datum), c'est-à-dire la dernière position connue corrigée de la dérive, et s'étend vers l'extérieur par branches de plus en plus longues ; elle est efficace lorsque le datum est raisonnablement précis. La recherche par secteurs divise la zone en segments en forme de part de tarte rayonnant depuis le datum ; elle est utilisée pour de petites zones de recherche où la probabilité de présence de la cible est élevée. La recherche en lignes de route balaie des routes parallèles sur une grande zone ; elle est utilisée lorsque l'incertitude sur la position est forte. Les calculs de dérive tiennent compte du vent et du courant qui déplacent à la fois l'objet recherché et le navire de recherche depuis la dernière position connue.

Opérations de récupération

Treuillage par hélicoptère : Lorsqu'un hélicoptère arrive, suivez précisément ses instructions, généralement transmises par VHF ou par haut-parleur. Dégagez le pont des objets mobiles susceptibles de devenir des projectiles dans le souffle du rotor. Ne dirigez pas de lumières vers le haut, en direction du cockpit. L'hélicoptère descendra un filin de guidage (cordage lesté) ou une élingue de sauvetage. Laissez le câble de décharge statique toucher le navire ou l'eau avant de saisir l'élingue, car les hélicoptères accumulent de fortes charges statiques. Ne fixez pas le filin de guidage à votre navire ; tenez-le sans le serrer, afin que l'hélicoptère puisse le larguer instantanément si nécessaire. Passez l'élingue sous les aisselles de la victime, bras à l'intérieur, puis signalez que vous êtes prêt.

Transfert par canot de sauvetage : L'approche de canots de sauvetage par forte mer exige une coordination. Le patron du canot dirige la manœuvre. Préparez les défenses, tenez prêts les lancerets, informez les victimes de la méthode de transfert. Dans des conditions extrêmes, le canot peut vous remorquer vers des eaux plus calmes avant le transfert.

Procédures après l'incident

Après le sauvetage, conservez tous les journaux, cartes et enregistrements électroniques. Les autorités mèneront des entretiens de débriefing. Fournissez des déclarations factuelles, sans spéculation. Coopérez pleinement avec les services d'enquête sur les accidents maritimes. Organisez un soutien psychologique pour l'équipage : les incidents traumatisants laissent des séquelles psychologiques qui se manifestent des jours ou des semaines plus tard. Prévenez rapidement vos assureurs. Traitez les demandes des médias avec prudence ; désignez un porte-parole unique et tenez-vous aux faits vérifiés.


Chapitre 17 : procédures de remorquage

La complexité du remorquage en mer

Remorquer un autre navire, ou être remorqué, est trompeusement difficile. Ce qui paraît simple dans un port par temps calme devient dangereux en mer ouverte. Un remorquage mal conduit a déjà fait couler des navires, détruit des appareils à gouverner et tué des équipiers. Le Yachtmaster Offshore doit maîtriser à la fois la mécanique et le droit du remorquage.

Évaluer s'il faut accepter de remorquer

Avant de vous engager dans un remorquage, évaluez soigneusement la situation. Votre navire est-il assez puissant ? Un yacht de 35 pieds tentant de remorquer un navire en difficulté de 55 pieds par force 6 risque de perdre le contrôle des deux bateaux. L'état de la mer est-il gérable ? Remorquer dans des vagues déferlantes soumet les deux navires à des charges de choc qui rompent les filins et arrachent les taquets. Quel est l'état du navire en difficulté ? S'il embarque de l'eau rapidement, le remorquage peut retarder un naufrage inévitable tout en mettant en danger votre propre équipage. Existe-t-il de meilleures options ? Parfois, rester en attente tout en appelant un sauvetage professionnel est plus sage qu'un héroïsme amateur.

Critères de refus : Vous n'êtes pas juridiquement obligé de remorquer, sauf si cela ne présente pas de danger sérieux pour votre propre navire et votre équipage (l'obligation SOLAS de porter assistance s'applique au sauvetage de vies, et pas nécessairement à celui des biens). Si le remorquage met en péril la sécurité de votre navire, refusez poliment et proposez une autre assistance : relais de communications, mise en attente à proximité, transfert de survivants.

Gréer le remorquage

Installation de la patte d'oie : Ne fixez jamais un filin de remorquage sur un seul taquet. Les charges dynamiques en mer l'arracheraient du pont. Construisez une patte d'oie répartissant la charge sur plusieurs points solides : treuils principaux, bittes samson ou bittes de remorquage dédiées. Utilisez des manilles souples ou des nœuds de chaise plutôt que des manilles métalliques, qui peuvent se rompre sous une charge de choc.

Protection contre le frottement : Le filin de remorquage passant dans les chaumards ou sur les lisses s'use étonnamment vite. Enveloppez les points de contact de cuir, de toile, de tronçons de tuyau d'incendie ou de manchons anti-frottement du commerce. Inspectez constamment pendant le remorquage et adaptez la protection à mesure que l'usure apparaît.

Chaînette : Le filin de remorquage ne doit jamais être raidi. Une courbe de chaînette (la flèche naturelle) agit comme un amortisseur, lissant les charges de ressac créées lorsque les navires tanguent de façon indépendante dans les vagues. Par temps calme, une chaînette réduite est acceptable. Par mer forte, augmentez fortement la longueur filée. Ajouter de la chaîne au milieu du filin augmente le poids de la chaînette et son effet amortisseur.

Largage rapide : Les deux navires doivent pouvoir larguer le filin instantanément si la situation devient dangereuse. Utilisez des crochets de largage rapide, des crochets pélican, ou gardez simplement un couteau bien aiguisé à portée du point d'attache. Un filin impossible à larguer devient un piège si le navire remorqué fonce en avant ou se met en travers.

Conduire le remorquage

Démarrage progressif : Reprenez le mou progressivement. Accélérez en douceur pour laisser la chaînette se former avant que la pleine tension ne s'établisse. Des démarrages brusques génèrent des charges de pointe plusieurs fois supérieures à la tension en régime établi.

Vitesse et cap : Adaptez la vitesse à l'état de la mer, et non à l'urgence. Par mer de l'arrière, le navire remorqué peut surfer sur les vagues et dépasser le navire remorqueur ; maintenez une vitesse suffisante pour rester en avant sans en avoir trop, faute de quoi le filin se détend puis claque. Par mer de face, les deux navires tanguent fortement ; réduisez la vitesse pour minimiser les charges de choc. Faites route selon un cap minimisant l'exposition par le travers aux vagues pour les deux navires.

Communication : Établissez un canal VHF dédié entre les navires. Convenez de signaux : « Mou », « Prise de charge », « Largage d'urgence », « Accélérez », « Ralentissez ». Une communication continue prévient les malentendus qui conduisent à la rupture des amarres ou à des abordages.

Surveillance : Affectez un équipier chargé de surveiller le filin en permanence. Inspectez les points de frottement toutes les trente minutes. Surveillez les températures moteur : le remorquage impose aux moteurs des charges lourdes et soutenues, différentes des régimes normaux de navigation à voile ou au moteur.

Recevoir un remorquage

Si votre navire est en difficulté et accepte un remorquage, préparez-vous minutieusement avant que le navire remorqueur n'arrive bord à bord. Dégagez les ponts. Identifiez les points solides pour la patte d'oie. Informez tous les équipiers de leur rôle. Déployez les défenses. Préparez des lancerets pour passer l'aussière qui tirera le filin de remorquage. Une fois la liaison établie, gouvernez activement pour rester aligné derrière le navire remorqueur : un yacht remorqué qui embardée violemment d'un bord à l'autre crée des charges latérales énormes et peut faire chavirer le remorqueur.

Largage d'urgence : Les deux navires doivent convenir des signaux et procédures de largage avant le début du remorquage. Si le navire remorqué commence à couler, si le navire remorqueur perd sa direction, ou si le filin casse et fouette dangereusement, une séparation immédiate sauve les deux navires.

Distinction juridique : remorquage ou sauvetage

Cette distinction a des conséquences financières considérables. Le remorquage est un service rendu en vertu d'un contrat (formel ou informel) lorsque le navire assisté n'est pas en péril grave. Le sauvetage s'applique lorsqu'un navire est en danger et que le sauveteur porte volontairement une assistance efficace ; les indemnités de sauvetage peuvent atteindre un pourcentage de la valeur totale du navire sauvé.

Se protéger : Avant de passer une aussière, établissez verbalement (idéalement enregistré sur VHF ou en présence de témoins) s'il s'agit d'un remorquage ou d'un sauvetage. Énoncez clairement : « Je propose une assistance par remorquage, étant entendu qu'il s'agit d'un remorquage volontaire et non d'un sauvetage, et qu'aucune demande d'indemnité de sauvetage ne sera formulée. Êtes-vous d'accord ? » Si l'autre navire accepte, vous disposez d'une preuve. Le Lloyd's Open Form (LOF) est un contrat de sauvetage standard utilisé lorsque le danger est réel ; le signer accepte des conditions de sauvetage qui seront fixées ultérieurement par arbitrage. Les yachts privés doivent éviter le LOF, sauf en cas de véritable détresse ; négociez plutôt des accords de remorquage à forfait.

Notification à l'assureur : Informez immédiatement votre assureur après tout événement de remorquage, qu'il soit donné ou reçu. Les polices comportent des exigences de notification spécifiques et des limitations de couverture concernant le remorquage.


Chapitre 18 : conditions préalables à l'examen et préparation

Ce dont vous avez besoin avant de vous présenter

L'examen RYA Yachtmaster Offshore ne se passe pas à la légère. Les conditions préalables garantissent que les candidats qui se présentent à l'évaluation possèdent déjà une expérience réelle substantielle. Sans atteindre ces seuils, aucune quantité d'étude théorique ne peut compenser.

Exigences de temps de mer : Vous devez enregistrer 50 jours en mer, 2500 milles marins parcourus, avec au moins 5 jours en tant que skipper. Cinq de vos traversées doivent dépasser 60 milles marins, dont au moins deux traversées de nuit et deux en tant que skipper. Ce sont des minimums, et non des objectifs. Les candidats qui atteignent tout juste les conditions préalables peinent souvent, car leur expérience manque de diversité. Visez à dépasser largement chaque exigence avant de réserver votre examen.

Exigences réduites : Si vous détenez déjà un certificat de compétence Yachtmaster Offshore (par exemple, en passant de la voile au moteur ou inversement), les exigences sont divisées par deux : 25 jours, 1250 milles, 3 jours en tant que skipper, 3 traversées de plus de 60 nm.

Certificats requis : Vous devez présenter un certificat GMDSS Short Range Certificate (SRC) valide ou supérieur, un certificat de premiers secours reconnu (RYA First Aid ou STCW Elementary First Aid en cours de validité), ainsi qu'une pièce d'identité avec photographie. Sans ces documents physiquement présents le jour de l'examen, l'examinateur ne peut pas poursuivre, et vous perdez les frais d'inscription.

Âge minimum : 18 ans.

Le format de l'examen

L'examen pratique dure de 8 à 12 heures pour un candidat seul, ou de 10 à 18 heures pour deux candidats examinés ensemble. Il se déroule à bord d'un navire de 7 à 18 mètres LOA, en état de navigabilité et équipé conformément aux normes RYA. L'examinateur évalue votre compétence dans tous les domaines couverts par ce manuel : préparation de la traversée, conduite du navire à la voile et au moteur, navigation (électronique et traditionnelle), interprétation de la météorologie, application du RIPAM, procédures de sécurité, gestion de l'équipage et réaction aux urgences.

L'examinateur ne suit pas un scénario rigide. Il crée des situations (urgences simulées, défis de navigation, conflits d'équipage) et observe votre réaction. Il évalue le jugement autant que la compétence technique. Un candidat qui réalise une récupération d'homme à la mer parfaite, mais n'a pas remarqué que la personne était tombée à l'eau en premier lieu, démontre une veille insuffisante et échouera.

Recommandations de préparation

Semaines de préparation : Il est fortement recommandé de s'inscrire à une semaine de préparation formelle auprès d'un centre de formation RYA. Les statistiques montrent systématiquement des taux de réussite nettement plus élevés chez les candidats ayant suivi ces semaines que chez ceux qui se présentent sans préparation. Les semaines de préparation mettent en évidence les lacunes de connaissances dans des conditions réalistes, vous familiarisent avec les attentes des examinateurs et renforcent votre confiance par la répétition.

Examens blancs : Entraînez-vous dans des conditions d'examen, avec un instructeur qualifié jouant le rôle de l'examinateur. Les contraintes de temps, les situations imprévues et les critères d'évaluation formels révèlent des faiblesses que la navigation de plaisance ordinaire ne montre pas.

Auto-évaluation : Travaillez méthodiquement le programme RYA G158. Évaluez honnêtement votre compétence dans chaque sujet. Concentrez votre temps d'étude sur les points faibles plutôt que de répéter ce que vous maîtrisez. La plupart des candidats échouent non pas par manque de maîtrise de la conduite du bateau, mais à cause de lacunes en théorie de la navigation, en interprétation de la météorologie ou en application du RIPAM.

Familiarisation avec le bateau : Si l'examen se déroule sur un navire inconnu, arrivez tôt. Apprenez chaque système : l'emplacement des prises de mer, le fonctionnement du système de prise de ris, l'emplacement de l'équipement de sécurité, la manière de démarrer et d'arrêter le moteur, le son des alarmes, l'emplacement de la barre de secours. Un examinateur qui vous demande de démontrer une procédure pour laquelle vous ne trouvez pas le matériel reflète mal votre préparation, quelles que soient vos connaissances de fond.

Préparation mentale : L'examen teste le sang-froid sous pression. Entraînez-vous à prendre des décisions à voix haute, afin que l'examinateur entende votre raisonnement. Verbalisez votre processus de pensée : « Je vois un CPA de 0.3 milles sur le radar, le vent refuse, ce qui suggère une approche frontale ; je modifie mon cap de 30 degrés à tribord pour augmenter le CPA et nous placer pour le changement de vent attendu. » Une compétence silencieuse est invisible ; une compétence exprimée démontre la maîtrise.


Annexe A : questions d'entraînement et auto-évaluation

Ces questions simulent le niveau de réflexion requis au niveau Yachtmaster Offshore. Traitez-les dans des conditions chronométrées, en rédigeant des réponses complètes, comme si vous les expliquiez à un examinateur.

Scénarios de navigation

Question 1 : Calculez le cap à suivre pour une étape de 45 milles marins, avec un courant de marée transversal de 2.5 nœuds établi à 90 degrés de votre route prévue, une vitesse surface de 6 nœuds et une dérive estimée de 5 degrés. Présentez tous les calculs, y compris la construction vectorielle.

Indications : Cet exercice demande de construire un triangle vectoriel de marée. Tracez votre route fond du départ à la destination. Depuis le point de départ, reportez le vecteur de marée (2.5nm dans le sens de la marée pendant une heure). Depuis l'extrémité du vecteur de marée, tracez un arc de rayon égal à la vitesse surface d'une heure (6nm). L'intersection de cet arc avec la route fond définit la direction de votre route sur l'eau. Appliquez la correction de dérive pour convertir la route sur l'eau en cap. La réponse détaillée doit montrer que le CTS diffère de la route fond à la fois par la composante de marée et par la composante de dérive.

Question 2 : Votre GPS tombe en panne à 80 milles marins au large, alors qu'il reste 12 heures de traversée. Décrivez vos actions immédiates, votre stratégie de navigation et la manière dont vous en informez votre équipage.

Indications : Les actions immédiates comprennent la confirmation de la panne (vérifier les connexions, essayer les appareils de secours, contrôler l'intégrité de l'antenne), le passage à une navigation à l'estime et en EP à partir de la dernière position GPS connue, l'intensification de la veille visuelle et radar, et un briefing calme de l'équipage. La stratégie consiste à tenir une estime rigoureuse, à chercher des positions par observations astronomiques si elles sont disponibles, à utiliser les sondes à l'approche de reliefs du plateau continental, et à naviguer prudemment avec des marges de sécurité élargies autour des dangers. La communication doit être honnête mais assurée : la panique se propage plus vite que l'information.

Scénarios de météorologie

Question 3 : Votre baromètre a baissé de 8 millibars en trois heures. Le vent refuse. La prévision GRIB annonce une force 5 du nord-ouest. Expliquez cette divergence et décidez de l'action à mener.

Indications : Une baisse de 8 mb en trois heures dépasse largement la tendance barométrique normale et indique un système en intensification rapide, vraisemblablement une cyclogenèse explosive ou une dépression profonde à déplacement rapide. Le refus du vent confirme le passage d'un front chaud suivi de l'approche du secteur froid. Le modèle GRIB n'a pas su capturer l'intensité du système, probablement en raison de limitations de résolution ou d'un calcul de modèle dépassé. Faites confiance à votre baromètre plutôt qu'au GRIB. Action : prendre immédiatement un ris important, assujettir tout le matériel de pont, briefer l'équipage pour du gros temps, envisager un changement de cap pour gagner de l'espace de sécurité ou gagner un port de refuge, et suivre les NAVTEX et les bulletins de navigation pour les avertissements actualisés.

Scénarios de gros temps

Question 4 : Les conditions se sont dégradées jusqu'à force 8 avec une mer croisée de 6 mètres. Comparez la cape et le déploiement d'une drogue en série pour un sloop à quille à bulbe de 12 mètres. Justifiez votre choix.

Indications : La mise en cape par mer croisée de 6 mètres sur un sloop à quille à bulbe est risquée, car les quilles à bulbe offrent moins de stabilité directionnelle que les quilles longues, et une mer croisée frappe le navire sous plusieurs angles, annulant l'effet protecteur de la nappe d'huile. Le navire peut être pris par le travers par des vagues croisées. Une drogue en série déployée depuis la poupe pendant une navigation vent arrière maintient la stabilité directionnelle, empêche le surf et l'embardée, et présente la poupe (structure la plus résistante) aux lames de l'arrière. La justification doit faire référence aux caractéristiques du type de navire, à la géométrie de l'état de la mer et à la fatigue de l'équipage.

Scénarios RIPAM

Question 5 : En visibilité restreinte, votre radar montre une cible à 4 milles marins qui se rapproche, avec un CPA de 0.3 nm et un TCPA de 25 minutes. Pas de retour AIS. Décrivez pas à pas votre processus de décision.

Indications : Étape 1 : confirmez que la cible radar est réelle (et non un parasite) en la vérifiant sur plusieurs balayages. Étape 2 : commencez immédiatement le traçage pour déterminer la tendance du mouvement relatif. Étape 3 : reconnaissez qu'un CPA de 0.3 nm dans le brouillard constitue une situation de proximité exigeant une action au titre de la règle 19. Étape 4 : déterminez si la cible est sur l'avant du travers ; si c'est le cas, évitez de changer de cap à bâbord. Étape 5 : effectuez un changement de cap substantiel à tribord (au moins 30 degrés) bien avant l'expiration du TCPA, ou réduisez la vitesse à la vitesse minimale de gouverne. Étape 6 : émettez le signal de brouillard approprié. Étape 7 : poursuivez le traçage pour vérifier que le CPA augmente après votre manœuvre. Étape 8 : consignez toutes les actions et heures.

Scénarios de sécurité et de médecine

Question 6 : Un équipier subit une fracture ouverte du tibia à 60 milles marins au large. Décrivez votre plan de prise en charge complet.

Indications : Immédiat : contrôlez le saignement par pression directe (évitez d'enfoncer les fragments osseux), immobilisez le membre dans la position trouvée à l'aide d'attelles SAM ou d'un rembourrage de fortune, traitez le choc (allongez-le à plat, surélevez les jambes non blessées, isolez-le du pont froid). Secondaire : contactez le TMAS par VHF/MF/téléphone satellite avec les détails du patient et ses constantes vitales. Suivez les instructions de télémédecine concernant l'administration d'analgésiques, l'irrigation de la plaie et l'affinement de l'attelle. Facteurs de décision d'évacuation : gravité du saignement, état neurovasculaire distal à la fracture (pouls, sensibilité, mobilité), conditions météo pour un transfert par hélicoptère, distance au port le plus proche, évolution de l'état du patient. Consignez tout. Surveillez en permanence.

Question 7 : Votre moteur tombe en panne alors que vous traversez un couloir de navigation très fréquenté. Énumérez les actions immédiates par ordre de priorité.

Indications : Priorité 1 : alertez l'équipage et enfilez les gilets de sauvetage et les harnais. Priorité 2 : évaluez visuellement et au radar/AIS la situation du trafic, et déterminez le risque d'abordage immédiat. Priorité 3 : hissez les signaux appropriés (boule-losange-boule si vous êtes à la voile et que le moteur est en panne, ou les marques et feux de navire sans maîtrise si vous ne pouvez pas manœuvrer). Priorité 4 : tentez un redémarrage (contrôle rapide : alimentation en carburant, admission d'air, connexions de batterie). Priorité 5 : si le redémarrage échoue, utilisez les voiles pour dégager le couloir si possible. Priorité 6 : diffusez SÉCURITÉ ou PAN-PAN sur la VHF canal 16 pour informer le trafic de votre état. Priorité 7 : dépannez méthodiquement (purge du carburant, contrôle de la turbine, inspection des courroies). Priorité 8 : consignez toutes les actions et communications.


Annexe B : ressources d'étude recommandées

Acquérir la profondeur de connaissances requise pour le Yachtmaster Offshore exige de travailler des ouvrages de référence au-delà de ce manuel. Les ressources suivantes constituent les références standard utilisées par les instructeurs RYA et les skippers professionnels dans le monde entier.

RYA Yachtmaster Scheme Syllabus and Logbook (G158) : Le programme officiel définissant chaque compétence évaluée lors de l'examen. Votre préparation doit correspondre point par point à ce document. Disponible auprès des publications RYA.

RYA Coastal Skipper/Yachtmaster Offshore Handbook : L'ouvrage d'accompagnement du cours de théorie à terre. Couvre la navigation, la météorologie et les questions de sécurité sous forme de leçons structurées, avec des exercices pratiques.

The Complete Yachtmaster de Tom Cunliffe : Largement considéré comme la référence de qualification définitive en un seul volume. Cunliffe écrit avec la clarté de décennies d'expérience professionnelle hauturière, associant enseignement technique et sagesse pratique. Lecture indispensable.

Adlard Coles' Heavy Weather Sailing : Initialement écrit par Adlard Coles et constamment actualisé par ses éditeurs successifs, cet ouvrage rassemble les expériences de tempête de centaines de navires, accompagnées d'analyses tactiques. La lecture de récits réels de yachts ayant survécu (ou non) à des conditions extrêmes développe une compréhension intuitive qu'aucun manuel ne peut reproduire.

RYA Radar Handbook : Guide complet sur l'utilisation du radar, les techniques de traçage et l'intégration à l'évitement des abordages. Étude obligatoire pour la partie radar de l'examen.

Reeds Marine Engineering Series : Référence en plusieurs volumes couvrant en profondeur les moteurs diesel, les systèmes électriques et la construction navale. Utile aux candidats qui souhaitent une compétence technique allant au-delà du dépannage de base.

MCA Code of Practice for Small Commercial Vessels (MGN 280) : Le cadre réglementaire régissant les yachts classés commerciaux. Comprendre ces exigences est indispensable pour quiconque exploite professionnellement des yachts dans la limite hauturière de 150 milles.

IAMSAR Manual Volume III : Le troisième volume du Manuel international de recherche et sauvetage aéronautiques et maritimes traite des opérations des moyens mobiles, c'est-à-dire du rôle de votre navire dans les opérations SAR. Dense, mais faisant autorité.

Ship Construction for Mariners de D.J. Eyres : Apporte une compréhension de base des structures de coque, des calculs de stabilité et des principes de contrôle des avaries, pertinents pour les aspects techniques du commandement hauturier.


Document compilé : 2026-10-06 Objet : manuel de cours complet pour la préparation au RYA Yachtmaster Offshore Basé sur les éléments de programme des exigences du certificat de compétence RYA/MCA Yachtmaster Offshore# RYA Yachtmaster Ocean : manuel de cours complet

Ce manuel s'adresse au plaisancier qui se prépare à traverser les océans. Ce n'est ni une liste de contrôle ni un plan de programme. Il s'agit d'un ensemble de notes de cours détaillées, rédigées par un instructeur, destinées à vous enseigner les concepts, les procédures et les cadres de décision nécessaires pour naviguer avec un yacht jaugeant jusqu'à 200 tonneaux de jauge brute sur n'importe quel océan de la planète. Le certificat RYA Yachtmaster Ocean représente le plus haut niveau de compétence en plaisance. L'obtenir signifie que vous avez prouvé, par un examen rigoureux en mer et à terre, que vous savez assurer la sécurité d'un navire et de son équipage lorsque la terre se trouve à des milliers de milles et que la navigation électronique a cessé de fonctionner. Lisez ce manuel comme si vous étiez assis en classe, face à un instructeur qui a traversé l'Atlantique, doublé le cap Horn et navigué aux étoiles.


Chapitre 1 : l'examen et ce qu'il exige de vous

Avant de parler des sextants ou des systèmes météorologiques, vous devez comprendre exactement ce que la RYA attend de vous. L'examen Yachtmaster Ocean n'est pas un QCM passé dans une salle de classe confortable. C'est un examen oral d'environ une heure et demie à deux heures, mené par un examinateur RYA qui passera au crible chaque aspect d'une traversée océanique qualifiante que vous avez déjà accomplie. Vous ne pouvez pas passer cet examen sans avoir d'abord pris la mer.

Votre traversée qualifiante doit répondre à des critères stricts. Le navire doit être un voilier ou un yacht à moteur jaugeant jusqu'à 500 tonneaux de jauge brute. La distance totale parcourue ne doit pas être inférieure à 600 milles marins. Sur ces 600 milles, au moins 200 milles marins doivent être parcourus à plus de 50 milles de toute terre ou de tout élément cartographié pouvant servir à la navigation. Cela garantit que vous étiez réellement hors de vue de la terre, en vous appuyant sur vos propres compétences plutôt que sur le pilotage côtier. La traversée doit durer au moins 96 heures consécutives, soit quatre journées et nuits complètes en mer. Vous devez avoir accompli cette traversée dans les dix ans précédant la date de votre examen. Pendant la traversée, vous devez avoir tenu un rôle de responsabilité, soit en tant que skipper du navire, soit en tant que personne seule en charge d'un quart. Vous devez en outre avoir pris une part entière à la planification et à la préparation du voyage. Cela comprend l'élaboration du plan de navigation, la vérification de l'état matériel du yacht et de tout l'équipement, l'armement du navire avec des pièces de rechange, le calcul des besoins en carburant et en eau, et l'avitaillement en vivres. Surtout, vous devez avoir navigué avec succès sans aides électroniques pendant la partie hauturière de la traversée. Cela signifie que vous avez planifié, réduit et tracé des observations astronomiques, plus précisément une observation de hauteur méridienne du soleil (sun-run-meridian) ou une observation sun-run-sun, et que vous avez effectué un contrôle du compas à l'aide du relèvement d'un astre.

Pour simplement postuler à l'examen, vous devez détenir le certificat de compétence RYA/MCA Yachtmaster Offshore, ou un certificat d'officier de quart MCA (OOW) pour des yachts de moins de 3000 tonneaux de jauge brute. Vous avez besoin d'une pièce d'identité valide avec photographie. Sachez que seuls les titulaires du CoC Yachtmaster Offshore reçoivent le CoC Yachtmaster Ocean complet à la réussite ; les titulaires d'un OOW reçoivent à la place un certificat de confirmation de réussite.

Quarante-huit heures avant votre examen oral, vous devez remettre deux documents à l'examinateur. Le premier est un récit, c'est-à-dire un compte rendu écrit détaillé de la manière dont vous avez planifié et effectué la traversée qualifiante. Ce n'est pas une entrée de journal intime ; c'est un document professionnel couvrant la justification de votre route, votre stratégie météorologique, la façon dont vous avez sélectionné et géré votre équipage, vos calculs d'avitaillement et de soutage, la préparation de l'entretien et des pièces de rechange que vous avez entreprise, ainsi que des synthèses quotidiennes de votre progression et de vos décisions. Le second document est votre registre de navigation. Il s'agit des fiches d'observation, des feuilles de traçage et des pages de journal de bord que vous avez réellement remplies à bord pendant que vous étiez hors de vue de la terre. Ils doivent démontrer votre capacité à naviguer sans moyens électroniques, y compris la réduction et le tracé de vos observations solaires et votre contrôle de compas astronomique.

Pendant l'examen oral lui-même, attendez-vous à ce que l'examinateur vous interroge sur tout ce qui touche à la préparation des traversées océaniques. Il questionnera la logique de votre planification, votre compréhension de la météorologie mondiale, vos décisions de gestion d'équipage et vos connaissances en matière de préparation, d'entretien et de réparations d'urgence du yacht. Il existe aussi une épreuve écrite portant sur les observations astronomiques, la réduction des observations et la météorologie mondiale. Toutefois, si vous détenez le certificat de fin de formation à terre RYA/MCA Yachtmaster Ocean, délivré à l'issue d'un examen final surveillé dans un centre de formation RYA reconnu, ou un certificat de compétence STCW complet délivré par la MCA en tant qu'officier de pont sans limitation, vous êtes dispensé de l'épreuve écrite.


Chapitre 2 : théorie de la navigation astronomique et architecture de la voûte céleste

Pour naviguer aux étoiles, vous devez d'abord comprendre le modèle géométrique qui le rend possible. La navigation astronomique traite l'univers entier comme si toutes les étoiles, les planètes, le soleil et la lune étaient peints sur la surface intérieure d'une sphère inimaginablement vaste entourant la Terre. Nous l'appelons la sphère céleste. Bien que nous sachions que les étoiles se trouvent à des distances très différentes, les traiter comme si elles étaient fixées sur une sphère unique nous permet d'utiliser la géométrie sphérique pour déterminer notre position sur Terre.

Imaginez que vous vous tenez sur le pont de votre yacht au milieu du Pacifique. Si vous prolongez à l'infini l'axe de rotation de la Terre vers le haut, dans l'espace, il perce la sphère céleste aux pôles célestes. Dans l'hémisphère Nord, le pôle Nord céleste est commodément repéré par Polaris, située à moins d'un degré du pôle exact. Si vous projetez l'équateur terrestre vers l'extérieur, dans l'espace, il trace un grand cercle sur la sphère céleste, appelé équateur céleste. Le soleil ne reste pas sur l'équateur céleste : comme la Terre est inclinée sur son axe de 23 degrés et 26 minutes, le soleil semble décrire une trajectoire au-dessus et au-dessous de l'équateur au cours de l'année. Cette trajectoire apparente s'appelle l'écliptique. Le point où l'écliptique coupe l'équateur céleste en allant du sud vers le nord s'appelle le premier point du Bélier, symbolisé par les cornes du bélier. Ce point est la marque de référence zéro pour mesurer la position des étoiles, un peu comme Greenwich est la référence zéro de la longitude sur Terre.

Juste au-dessus de votre tête, sur le yacht, se trouve votre zénith. Juste sous vos pieds, de l'autre côté de la Terre, se trouve votre nadir. Le grand cercle situé exactement à mi-chemin entre votre zénith et votre nadir est votre horizon rationnel. Lorsque vous regardez l'horizon de la mer, vous observez une version légèrement abaissée de cet horizon rationnel, en raison de votre hauteur au-dessus de l'eau.

Nous repérons les objets sur Terre à l'aide de la latitude et de la longitude. Nous repérons les objets sur la sphère céleste à l'aide de la déclinaison et des angles horaires. La déclinaison est l'équivalent céleste de la latitude. C'est la distance angulaire d'une étoile ou d'une planète au nord ou au sud de l'équateur céleste. La déclinaison du soleil varie constamment au fil de l'année, au fur et à mesure de son déplacement le long de l'écliptique, atteignant 23 degrés 26 minutes Nord au solstice d'été et 23 degrés 26 minutes Sud au solstice d'hiver. En revanche, la déclinaison d'une étoile reste pratiquement constante pendant toute une vie humaine.

Sur Terre, la longitude se mesure à l'est ou à l'ouest depuis Greenwich. Sur la sphère céleste, nous mesurons l'angle horaire de Greenwich, ou GHA. Le GHA est la distance angulaire mesurée en continu vers l'ouest, depuis le méridien de Greenwich jusqu'au cercle horaire de l'astre. Il varie de 0 à 360 degrés. Contrairement à la longitude, qui s'arrête à 180 degrés Est ou Ouest, le GHA ne cesse d'augmenter vers l'ouest, sur tout le tour du globe. Votre angle horaire local, LHA, est la distance angulaire mesurée vers l'ouest depuis votre propre méridien local jusqu'au cercle horaire de l'astre. La relation est simple mais absolument cruciale : LHA = GHA plus votre longitude si vous êtes à l'est, ou LHA = GHA moins votre longitude si vous êtes à l'ouest. Si le résultat est supérieur à 360 degrés, retranchez 360. S'il est négatif, ajoutez 360. Se tromper dans ce calcul est l'erreur la plus fréquente des étudiants, et elle placera votre position calculée à des centaines de milles de la réalité.

Pour les étoiles, nous utilisons une coordonnée supplémentaire, l'angle horaire sidéral, ou SHA. Comme les étoiles sont fixes les unes par rapport aux autres, leur SHA se mesure vers l'ouest depuis le premier point du Bélier et non depuis Greenwich. Pour trouver le GHA d'une étoile, il suffit d'ajouter le GHA du Bélier (tabulé toutes les heures dans l'almanach) au SHA de l'étoile (imprimé à la fin de l'almanach et qui varie à peine au cours de l'année).

Toute la navigation astronomique repose sur la résolution d'un triangle sphérique particulier, le triangle astronomique, ou triangle PZX. Les trois sommets de ce triangle sont P, le pôle céleste élevé ; Z, votre zénith ; et X, la position géographique de l'astre, c'est-à-dire le point exact de la surface terrestre situé directement sous l'étoile ou le soleil. Les côtés de ce triangle sont définis par votre position et celle de l'astre. Le côté PZ est votre colatitude, égale à 90 degrés moins votre latitude. Le côté PX est la distance polaire, égale à 90 degrés moins la déclinaison si votre latitude et la déclinaison portent le même nom (toutes deux Nord ou toutes deux Sud), ou 90 degrés plus la déclinaison si elles portent des noms contraires. Le côté ZX est votre distance zénithale, égale à 90 degrés moins la hauteur vraie de l'astre. L'angle en P est l'angle horaire local. L'angle en Z est l'azimut, c'est-à-dire le relèvement vrai de l'astre depuis votre position. En mesurant la hauteur de l'astre au sextant, nous établissons la distance zénithale. En extrayant le GHA et la déclinaison de l'almanach, nous établissons les autres côtés et angles. La résolution de ce triangle nous donne notre droite de hauteur.

Lorsque vous mesurez la hauteur d'une étoile, vous déterminez votre distance par rapport à la position géographique de l'étoile. Si une étoile se trouve exactement à 40 degrés au-dessus de votre horizon, votre distance zénithale est de 50 degrés. Comme un degré d'arc à la surface de la Terre vaut 60 milles marins, vous êtes exactement à 3000 milles marins du point de la Terre situé directement sous cette étoile. Vous pourriez être n'importe où sur un cercle de 3000 milles de rayon centré sur ce GP. Mais, comme ce cercle est si vaste, un tout petit segment de celui-ci, tracé sur votre carte marine, paraît parfaitement droit. Cette ligne droite est votre droite de hauteur. Vous vous trouvez quelque part sur cette droite, qui est perpendiculaire à l'azimut de l'astre. Prenez une observation d'un second astre, obtenez une seconde droite de hauteur, et le point où elles se croisent est votre point.


Chapitre 3 : le sextant, son anatomie et son utilisation

Le sextant marin est l'instrument le plus élégant que vous tiendrez jamais en main. Il utilise le principe de la double réflexion pour mesurer, avec une précision étonnante, l'angle entre un astre et l'horizon. La lumière se réfléchit sur le miroir d'index puis sur le verre d'horizon : l'angle entre le rayon incident venant de l'étoile et le rayon sortant vers votre œil vaut donc exactement le double de l'angle entre les miroirs. Cela signifie qu'un sextant dont l'arc ne couvre que 60 degrés peut mesurer des angles allant jusqu'à 120 degrés.

Il est essentiel de connaître l'anatomie de l'instrument. La monture est la structure métallique rigide qui maintient tous les éléments en alignement précis. Fixé à la monture se trouve l'arc, une échelle graduée allant de zéro à environ 120 degrés. Le bras d'index pivote au centre de l'arc et balaie celui-ci. À l'extrémité supérieure du bras d'index, monté précisément au point de pivot, se trouve le miroir d'index. À mi-hauteur de la monture, dans votre ligne de visée, se trouve le verre d'horizon. Ce verre est soit semi-argenté, soit coupé en deux dans sa hauteur, ce qui vous permet de regarder directement à travers lui l'horizon réel tout en voyant simultanément le reflet du ciel renvoyé par le miroir d'index. Sous le verre d'horizon se trouve la lunette, qui grossit la vue. Le long de l'arc se trouvent les verres filtrants, des filtres colorés que l'on interpose dans le trajet optique pour protéger vos yeux lors des visées sur le soleil. À l'extrémité du bras d'index se trouve le tambour micrométrique, associé à un vernier, qui permet de lire des fractions de minute d'arc, généralement au 0.1 ou 0.2 minute près. Des pinces de déblocage vous permettent de faire glisser rapidement le bras d'index le long de l'arc avant de le bloquer pour un réglage fin.

La visée du soleil exige une séquence rigoureuse. D'abord, sélectionnez les verres filtrants appropriés. Ne regardez jamais le soleil à travers un sextant sans que les verres filtrants soient en place, en aucune circonstance ; des lésions rétiniennes permanentes surviennent en une fraction de seconde. Réglez le bras d'index près de zéro degré. Pointez le sextant directement vers le soleil. Débloquez la pince et faites avancer le bras d'index en gardant le soleil visible dans le miroir d'index. Lorsque vous faites avancer le bras, l'image réfléchie du soleil descend dans le verre d'horizon. Lorsqu'elle apparaît près de l'horizon, bloquez le bras d'index. Utilisez ensuite le tambour micrométrique pour amener le bord inférieur du soleil, appelé bord inférieur, exactement tangent à la ligne d'horizon.

Voici la technique qui distingue les novices des navigateurs compétents : vous devez faire osciller le sextant. Inclinez légèrement l'instrument à gauche et à droite, le long de son axe optique. Ce faisant, le soleil semble décrire un petit arc dans votre champ de vision. Réglez le tambour micrométrique pour que le point le plus bas de cet arc effleure tout juste l'horizon. Faire osciller le sextant garantit que l'instrument était parfaitement vertical au moment de l'observation. Si vous ne le faites pas, vous risquez de mesurer la hauteur avec une légère inclinaison, ce qui donne toujours une valeur artificiellement élevée. À l'instant exact où le soleil touche l'horizon, vous ou votre chronométreur devez noter l'heure précise en temps universel, d'après votre chronomètre synchronisé. Enfin, lisez l'angle sur l'arc, le tambour micrométrique et le vernier. Cette lecture brute est votre hauteur au sextant, notée Hs.

Avant de vous fier à une observation, vous devez déterminer l'erreur d'index. L'erreur d'index apparaît lorsque le miroir d'index et le verre d'horizon ne sont pas parfaitement parallèles alors que le bras d'index est réglé exactement à zéro degré. Pour la déterminer, mettez le bras à zéro et regardez l'horizon. La vue directe de l'horizon à travers le verre transparent et la vue réfléchie de l'horizon renvoyée par les miroirs doivent former une ligne unique, parfaitement continue et sans rupture. Si elles sont décalées ou désalignées, tournez le tambour micrométrique jusqu'à les aligner parfaitement. Lisez la valeur sur le tambour. Si la lecture est positive, c'est-à-dire « sur l'arc », votre erreur d'index est négative, et vous devez la retrancher des observations futures. Si la lecture est négative, c'est-à-dire « hors de l'arc », votre erreur d'index est positive, et vous devez l'ajouter. L'ancien moyen mnémotechnique peut sauver des vies ici : « Si c'est hors de l'arc, ajoutez ; si c'est sur l'arc, retranchez. » Les variations de température déforment légèrement le métal du sextant ; vous devez donc contrôler l'erreur d'index chaque jour, avant de prendre toute observation.

En mer, traitez votre sextant avec respect. Rangez-le dans son étui, fixé solidement dans un coffre pour qu'il ne puisse ni bouger ni tomber. Après une exposition aux embruns, rincez-le délicatement à l'eau douce et séchez-le avec un chiffon doux. Ne touchez jamais les surfaces miroitées avec les doigts ; les huiles dégraderaient l'argenture. Faites la mise au point de la lunette pour votre propre œil avant de commencer. Ne lubrifiez les pièces mobiles que très parcimonieusement, et uniquement avec la graisse recommandée par le constructeur. Un sextant tombé est généralement un sextant perdu, et lors d'une traversée océanique sans GPS, un sextant perdu signifie que vous êtes perdu.


Chapitre 4 : corrections du sextant et calcul de la hauteur vraie

Le nombre que vous lisez sur le sextant, Hs, n'est pas l'angle géométrique vrai entre l'astre et le centre de la Terre. Il est déformé par les réalités physiques de votre plateforme d'observation, de l'atmosphère et de la taille des astres concernés. Vous devez appliquer une chaîne stricte de corrections pour convertir Hs en Ho, la hauteur observée vraie. Omettre une correction ou appliquer le mauvais signe est le moyen le plus rapide d'échouer à l'examen ou de manquer votre atterrissage.

La chaîne des corrections suit un ordre précis. Vous partez de Hs. Vous appliquez l'erreur d'index pour obtenir Ia, la hauteur instrumentale. Vous retranchez la dépression de l'horizon (Dip) pour obtenir Ha, la hauteur apparente. Puis vous appliquez la réfraction, le demi-diamètre et la parallaxe pour arriver à Ho.

Nous avons déjà traité de l'erreur d'index. Elle s'applique algébriquement à Hs, selon qu'elle est sur l'arc ou hors de l'arc.

La dépression de l'horizon tient compte du fait que vous vous tenez sur un pont situé au-dessus du niveau de la mer. Comme vous êtes surélevé, l'horizon visible s'abaisse en dessous de l'horizon rationnel vrai. Plus votre œil est haut, plus l'horizon s'abaisse, ce qui signifie que vous mesurez un angle légèrement plus grand que si vous flottiez au niveau de la mer. La dépression est donc toujours retranchée. La formule de la dépression, exprimée en minutes d'arc, est 0.97 multiplié par la racine carrée de la hauteur d'œil en pieds, ou 1.76 multiplié par la racine carrée de la hauteur d'œil en mètres. Si votre œil se trouve à 9 pieds au-dessus de l'eau, la racine carrée de 9 vaut 3. Multipliez par 0.97, et votre dépression est de 2.9 minutes. Vous retranchez 2.9 minutes de votre Ia.

La réfraction est causée par l'atmosphère terrestre, qui agit comme une lentille. Lorsque la lumière d'une étoile pénètre dans l'atmosphère, depuis le vide spatial, elle se courbe vers le bas en direction de l'air plus dense. Cette courbure fait apparaître l'astre plus haut dans le ciel qu'il ne l'est réellement. Comme la réfraction élève la position apparente, vous devez toujours la retrancher pour trouver la position vraie. La réfraction est maximale à l'horizon, où elle relève l'image d'environ 34 minutes d'arc, soit davantage que le diamètre du soleil ! Au zénith, juste au-dessus de vous, la réfraction est nulle. Les tables de réfraction standard du Nautical Almanac supposent une température de l'air de 10 degrés Celsius et une pression de 1010 millibars. Dans des conditions extrêmes, comme la navigation dans un air arctique au-dessus d'une eau relativement chaude, une réfraction non standard peut introduire des erreurs. Plus important encore, comme la réfraction augmente de façon exponentielle à mesure que l'astre s'approche de l'horizon, les observations prises en dessous de 10 degrés de hauteur sont considérées comme très peu fiables. Les variables atmosphériques deviennent trop chaotiques pour être prédites avec précision à l'aide des tables standard. Essayez toujours de viser les astres lorsqu'ils sont bien au-dessus de l'horizon.

Le demi-diamètre ne s'applique qu'au soleil et à la lune. Les étoiles et les planètes sont si éloignées qu'elles apparaissent comme des points lumineux sans dimension. Mais le soleil et la lune sont des disques. Lorsque vous prenez une observation, vous amenez le bord inférieur (bord inférieur) ou le bord supérieur (bord supérieur) du disque tangent à l'horizon. Cependant, les modèles mathématiques de l'almanach calculent la position du centre de l'astre. Vous devez corriger le rayon du disque. Si vous avez visé le bord inférieur, le centre se trouve au-dessus de votre mesure ; vous ajoutez donc le demi-diamètre. Si vous avez visé le bord supérieur, le centre se trouve en dessous de votre mesure ; vous le retranchez donc. Le demi-diamètre du soleil vaut environ 16 minutes d'arc, variant légèrement selon la période de l'année parce que l'orbite terrestre est elliptique. Le demi-diamètre de la lune varie entre 15 et 16.5 minutes, en raison de son orbite très elliptique.

La parallaxe est le déplacement géométrique de la position apparente d'un astre dû au fait que vous observez depuis la surface de la Terre plutôt que depuis son centre. Pour les étoiles, la distance est si grande que la parallaxe est pratiquement nulle. Pour le soleil, la parallaxe est minime, environ 0.1 minute, et elle est généralement incluse dans les tables de correction principales. Mais pour la lune, la parallaxe est considérable. La lune est si proche de la Terre que votre position à la surface modifie sensiblement l'angle mesuré. La parallaxe horizontale, HP, de la lune varie d'environ 54 à 61 minutes d'arc. L'almanach fournit la valeur HP toutes les heures, et vous devez l'utiliser pour extraire la correction de parallaxe appropriée. La parallaxe fait toujours apparaître l'astre plus bas que depuis le centre de la Terre ; la correction de parallaxe est donc toujours ajoutée. Vénus et Mars nécessitent parfois de petites corrections de parallaxe, tabulées dans l'almanach.

Pour éviter aux navigateurs d'effectuer des calculs trigonométriques complexes pour chaque observation, le Nautical Almanac regroupe la réfraction, le demi-diamètre et la parallaxe solaire dans des tables de correction de hauteur uniques. Pour le soleil, vous entrez dans la table avec votre hauteur apparente et vous extrayez une correction combinée, selon que vous avez visé le bord inférieur ou le bord supérieur, et selon la période de l'année (d'octobre à mars, ou d'avril à septembre). Pour les étoiles et les planètes, vous entrez avec la hauteur apparente et vous extrayez uniquement la réfraction. Pour la lune, le processus est plus complexe : vous entrez dans une table en deux parties, en utilisant à la fois la hauteur apparente et la parallaxe horizontale, et vous devrez peut-être appliquer une correction supplémentaire de -30 minutes si vous avez visé le bord supérieur.

Parcourons un exemple complet et détaillé de correction d'une observation solaire. Imaginez que vous êtes en traversée au milieu de l'Atlantique. Vous prenez une observation du bord inférieur du soleil. Votre sextant indique 42 degrés 15.3 minutes. Avant l'observation, vous avez contrôlé votre erreur d'index et trouvé 0.2 minute sur l'arc. Votre hauteur d'œil est de 6 pieds.

Vous commencez par la hauteur au sextant, Hs, de 42 degrés 15,3 minutes. L'erreur d'index se trouvant sur l'arc, vous la soustrayez. 42 degrés 15,3 minutes moins 0,2 minute donne une hauteur instrumentale, Ia, de 42 degrés 15,1 minutes. Ensuite, vous calculez la dépression de l'horizon. La racine carrée de 6 pieds vaut 2,449. Multipliez par 0,97 : vous obtenez 2,4 minutes. Soustrayez cette dépression de Ia : 42 degrés 15,1 minutes moins 2,4 minutes donne une hauteur apparente, Ha, de 42 degrés 12,7 minutes. Consultez maintenant la table de correction de hauteur du Soleil dans l'Almanach nautique. En entrant avec 42 degrés 12,7 minutes pour le bord inférieur, vous relevez une correction combinée pour la réfraction, le demi-diamètre et la parallaxe mineure de 15,1 minutes. Ajoutez-la à Ha : 42 degrés 12,7 minutes plus 15,1 minutes donne une hauteur observée vraie, Ho, de 42 degrés 27,8 minutes. Enfin, pour trouver votre distance zénithale, soustrayez Ho de 90 degrés. 90 degrés moins 42 degrés 27,8 minutes donne une distance zénithale de 47 degrés 32,2 minutes. Cela signifie que vous êtes à 47 degrés et 32,2 milles nautiques multipliés par 60 de la position géographique du Soleil à l'instant exact où vous avez pris cette observation.


Chapitre 5 : Le temps, les chronomètres et la maîtrise de l'Almanach nautique

En navigation astronomique, le temps n'est pas un simple horaire ; c'est une coordonnée. La Terre tourne de 360 degrés en 24 heures, soit 15 degrés par heure, 15 minutes d'arc par minute de temps et un quart de mille nautique par seconde de temps à l'équateur. Si votre montre est fausse de quatre secondes, votre position calculée sera fausse d'un mille nautique. Si elle est fausse d'une minute, vous serez à quinze milles. La précision de l'heure n'est pas négociable.

Le Temps universel, souvent désigné par UT, UTC ou GMT, est la référence de temps fondamentale. Il repose sur la rotation de la Terre par rapport au Soleil au méridien de Greenwich. Toutes les données de l'Almanach nautique sont tabulées en UT. Vous ne réduisez jamais une observation en heure locale ou en heure de zone. Le temps moyen local est le temps solaire à votre longitude précise ; il diffère de l'UT d'une heure pour chaque 15 degrés de longitude parcourus vers l'est ou l'ouest. L'heure de zone est l'heure civile normalisée utilisée par les horloges à terre. Le temps sidéral est basé sur la rotation de la Terre par rapport aux étoiles plutôt qu'au Soleil. Comme la Terre tourne sur elle-même tout en tournant autour du Soleil, un jour sidéral est d'environ 3 minutes et 56 secondes plus court qu'un jour solaire. C'est pourquoi les étoiles se lèvent quatre minutes plus tôt chaque nuit. L'AHG du point vernal augmente de 15 degrés et 2,46 minutes par heure d'UT, un peu plus vite que le Soleil.

Votre principal outil de suivi de l'UT est un chronomètre marin ou une montre à quartz de haute qualité, réservée uniquement à la navigation. Cette montre doit être réglée sur l'UT et ne jamais être modifiée pour les fuseaux horaires locaux. Aucun appareil mécanique ou à quartz n'est parfait, vous devez donc suivre son erreur de chronomètre, c'est-à-dire la différence entre ce que la montre indique et l'UT réelle. Vous la déterminez en écoutant les signaux horaires radio, comme WWV émis depuis le Colorado, MSF depuis le Royaume-Uni ou DCF77 depuis l'Allemagne, ou en la comparant à un affichage UTC issu du GPS. Plus importante que l'erreur elle-même est la marche, c'est-à-dire la variation quotidienne de l'erreur. Si votre chronomètre avance exactement de 1,5 seconde chaque jour, vous pouvez prévoir mathématiquement son erreur exacte à tout moment futur, ce qui vous permet de conserver une précision inférieure à la seconde plusieurs semaines après avoir quitté le port. Notez toujours l'heure exacte de votre observation à la seconde près.

L'Almanach nautique est publié chaque année par le UK Hydrographic Office ou par l'US Naval Observatory. C'est la bible du navigateur. En l'ouvrant aux pages journalières, vous trouverez des colonnes de données classées par heure. Pour le Soleil, vous disposez de l'AHG et de la déclinaison pour chaque heure entière d'UT. Pour la Lune et les planètes, vous disposez de l'AHG et de la déclinaison, ainsi que de deux valeurs essentielles : « v » et « d ». La valeur « d » représente la variation horaire de la déclinaison, utilisée pour interpoler la déclinaison exacte à la minute de votre observation. La valeur « v » tient compte du fait que la Lune et les planètes ne se déplacent pas dans le ciel exactement à la même vitesse uniforme que les étoiles, en raison de leur mécanique orbitale. Les pages journalières donnent aussi l'AHG du Bélier pour chaque heure, qui constitue la base de toutes les observations d'étoiles. À l'arrière de l'almanach, vous trouverez l'angle horaire sidéral (AHS) et la déclinaison des 57 étoiles de navigation retenues. Ces valeurs restent pratiquement constantes toute l'année. Les pages journalières indiquent également les heures de lever et de coucher du Soleil et de la Lune, ainsi que le début et la fin des crépuscules civil et nautique, essentiels pour planifier les observations d'étoiles.

Pour extraire les données d'une observation, suivez une procédure précise. Supposons que vous observiez le Soleil à 14 heures, 23 minutes et 45 secondes d'UT, le 15 mai. D'abord, ouvrez la page journalière du 15 mai. Repérez la ligne de 14 h UT. Notez l'AHG et la déclinaison. Admettons que l'AHG soit de 30 degrés 15,2 minutes et la déclinaison de Nord 18 degrés 45,2 minutes, avec une valeur « d » de +0,6. Ensuite, consultez les tables d'incréments et de corrections à l'arrière du livre. Trouvez la page intitulée 23 minutes. Descendez la colonne jusqu'à 45 secondes. Dans la colonne « Soleil-Planètes », vous lirez un incrément, par exemple 5 degrés 56,3 minutes. Vous l'ajoutez à votre AHG horaire. Ainsi, 30 degrés 15,2 minutes plus 5 degrés 56,3 minutes donnent une AHG finale de 36 degrés 11,5 minutes. Regardez maintenant la colonne de correction « d » sur la même page. Repérez la ligne 23 m 45 s et la colonne correspondant à une valeur « d » de 0,6. Vous pourriez relever une correction de 0,2 minute. Comme la valeur « d » était positive, vous l'ajoutez à la déclinaison horaire : Nord 18 degrés 45,2 minutes plus 0,2 minute donne Nord 18 degrés 45,4 minutes. Vous disposez maintenant des coordonnées exactes de la position géographique du Soleil au moment de votre observation.


Chapitre 6 : Réduction des observations et méthode d'interception de Marcq Saint-Hilaire

La réduction des observations est le moteur mathématique de la navigation astronomique. C'est le procédé qui convertit les données brutes de votre observation au sextant et de votre extraction de l'almanach en une droite que vous pouvez tracer sur une carte. Bien que vous puissiez résoudre le triangle PZX à l'aide des formules de trigonométrie sphérique et d'une calculatrice scientifique, les marins s'appuient universellement sur des tables de réduction précalculées pour gagner du temps et éviter les erreurs de calcul en mer. La méthode enseignée pour le RYA Yachtmaster Ocean est la méthode d'interception de Marcq Saint-Hilaire, mise au point par un officier de marine français au XIXe siècle. Elle est élégante, fiable, et constitue le cœur de votre examen pratique.

La méthode d'interception compare la réalité à une hypothèse. La réalité est votre hauteur observée, Ho, c'est-à-dire l'angle que vous avez réellement mesuré au sextant puis corrigé. L'hypothèse est la hauteur calculée, Hc, c'est-à-dire l'angle que vous auriez mesuré si vous vous trouviez à une position précise et supposée sur la carte. La différence entre Ho et Hc vous indique à quelle distance vous vous trouvez réellement de cette position supposée, et dans quelle direction.

La première étape consiste à choisir une position supposée. Vous partez de votre point estimé, votre meilleure évaluation de votre position d'après votre route et votre vitesse. Vous devez ajuster ce point estimé pour créer une position supposée qui respecte les exigences de vos tables de réduction, généralement AP3270 (aussi appelées Pub. No. 249). Ces tables demandent des latitudes et des angles horaires locaux en degrés entiers. Par conséquent, votre latitude supposée est simplement votre latitude estimée arrondie au degré le plus proche. Si votre latitude estimée est de 35 degrés 10 minutes Nord, votre latitude supposée est de 35 degrés Nord. Votre longitude supposée demande un peu de calcul. Il vous faut un AHL qui soit un nombre entier de degrés. Comme AHL égale AHG moins longitude Ouest, vous choisissez une longitude qui force l'AHL à être un nombre entier. Si votre AHG est de 36 degrés 11,5 minutes et que vous voulez un AHL de 354 degrés, vous posez une longitude Ouest supposée égale à 36 degrés 11,5 minutes moins 354 degrés... attendez, cela donne un nombre négatif, donc on ajoute 360. En fait, la règle la plus simple est : longitude Ouest supposée égale AHG moins l'AHL entier voulu. Si votre AHG est de 36 degrés 11,5 minutes et que votre longitude estimée est de 42 degrés 15 minutes Ouest, vous voulez un AHL proche de 354 degrés (car 36 - 42 = -6, plus 360 = 354). Vous choisissez donc une longitude supposée de 42 degrés 11,5 minutes Ouest. Maintenant, AHG (36 degrés 11,5 minutes) moins longitude Ouest supposée (42 degrés 11,5 minutes) plus 360 degrés donne un AHL exactement égal à 354 degrés. Les minutes s'annulent parfaitement.

La deuxième étape consiste à entrer dans les tables de réduction. À l'aide de l'AP3270 Volume II (pour les latitudes de 0 à 39 degrés) ou du Volume III (pour les latitudes de 40 à 89 degrés), ouvrez la page correspondant à votre latitude supposée. Vérifiez que vous êtes dans la bonne section, selon que votre déclinaison est de même nom que votre latitude (toutes deux Nord ou toutes deux Sud) ou de nom contraire (l'une Nord, l'autre Sud). Repérez la colonne de votre déclinaison en degrés entiers et la ligne de votre AHL en degrés entiers. À l'intersection, relevez trois valeurs : Hc (la hauteur calculée tabulée), d (une valeur servant à interpoler la minute exacte de déclinaison) et Z (l'angle d'azimut). Vous utilisez la valeur « d » et une table à l'arrière du livre pour ajouter ou retrancher une petite correction à Hc, selon les minutes impaires de déclinaison restant de l'almanach. Vous obtenez ainsi votre hauteur calculée finale, Hc.

La troisième étape consiste à convertir l'angle d'azimut tabulé Z en relèvement vrai Zn, compris entre 0 et 360 degrés. Les règles dépendent de votre hémisphère et de l'AHL. Aux latitudes Nord, si l'AHL est supérieur à 180 degrés, Zn égale Z. Si l'AHL est inférieur à 180 degrés, Zn égale 360 degrés moins Z. Aux latitudes Sud, si l'AHL est supérieur à 180 degrés, Zn égale 180 degrés moins Z. Si l'AHL est inférieur à 180 degrés, Zn égale 180 degrés plus Z. Mémorisez ces règles : se tromper de quadrant d'azimut revient à tracer votre droite de position dans une partie complètement erronée de l'océan.

La quatrième étape consiste à calculer l'interception. Vous soustrayez Hc de Ho. Interception égale Ho moins Hc. Si Ho est supérieur à Hc, l'astre apparaissait plus haut dans le ciel qu'il ne l'aurait fait depuis votre position supposée. Vous devez donc être plus près de la position géographique de l'astre que ne l'était votre position supposée. Vous portez l'interception vers l'astre. Si Hc est supérieur à Ho, l'astre était plus bas que prévu, ce qui signifie que vous êtes plus loin : vous portez l'interception à l'opposé de l'astre. Les mnémotechniques classiques sont CGA (Computed Greater Away, soit Hc plus grand, éloigné) ou HoMoTo (Ho More Towards, soit Ho plus grand, vers). Rappelez-vous qu'une différence d'une minute d'arc équivaut à un mille nautique d'interception.

La cinquième étape consiste à tracer. Marquez votre position supposée sur votre carte ou votre feuille de report. Tracez un trait léger depuis la PS dans la direction de l'azimut vrai Zn. Mesurez la distance d'interception en milles nautiques le long de cette ligne, vers ou à l'opposé de la PS selon le cas. Faites une marque. Tracez une ligne passant par cette marque et perpendiculaire à la ligne d'azimut. Cette perpendiculaire est votre droite de position. Vous vous trouvez quelque part sur celle-ci.

Pour obtenir un point, il vous faut au moins deux droites de position qui se coupent. Vous pouvez y parvenir en observant deux astres différents en succession rapide, idéalement séparés de 60 à 120 degrés d'azimut pour une intersection nette. Vous pouvez aussi utiliser la technique classique de la navigation hauturière : la méthode « Sun-Run-Meridian ». Vous faites une observation du Soleil le matin, qui donne une droite de position oblique. Vous naviguez plusieurs heures, en consignant soigneusement votre cap et votre vitesse pour construire une route estimée. À midi local apparent, lorsque le Soleil atteint son point le plus haut et coupe votre méridien, vous faites une nouvelle observation. L'observation de midi donne une droite de latitude pure, orientée est-ouest. Vous reportez ensuite votre droite de position du matin en la déplaçant le long de votre route estimée et de la distance parcourue. Le point où cette droite reportée coupe votre droite de latitude de midi est votre position observée, votre point courant. Cette hauteur Sun-Run-Meridian est l'exigence minimale absolue pour la documentation de votre traversée qualifiante du Yachtmaster Ocean.

Pour ceux qui préfèrent les mathématiques aux gros livres de tables, vous pouvez réduire les observations à l'aide d'une calculatrice scientifique et des formules de trigonométrie sphérique. La hauteur calculée se trouve avec l'équation : sin Hc égale (sin latitude × sin déclinaison) plus (cos latitude × cos déclinaison × cos AHL). L'azimut Z se trouve avec : cos Z égale (sin déclinaison moins sin latitude × sin Hc) divisé par (cos latitude × cos Hc). Vous devez ensuite appliquer les règles de quadrant pour convertir Z en Zn. Cette méthode par calculatrice est excellente pour vérifier les entrées des tables, ou dans les situations où vous ne disposez pas du volume AP3270 correspondant à votre latitude.


Chapitre 7 : Observations du Soleil en pratique

Le Soleil est l'astre le plus utilisé en navigation hauturière, car il est visible de jour, lorsque l'horizon est le plus net. Toutefois, le moment de l'observation compte énormément. Les observations du Soleil le matin ou l'après-midi servent à obtenir des droites de position obliques. Vous voulez que le Soleil soit à une hauteur comprise entre 15 et 75 degrés. En dessous de 15 degrés, la réfraction atmosphérique devient imprévisible, introduisant des erreurs qu'aucune table ne peut entièrement corriger. Au-dessus de 75 degrés, le Soleil est presque au zénith. Son azimut change extrêmement vite, pivotant de plusieurs dizaines de degrés en quelques minutes, ce qui rend impossible le tracé d'une droite de position stable, et la géométrie du triangle PZX se comprime et devient sensible à de minuscules erreurs.

La hauteur méridienne, ou observation de midi, est une pierre angulaire de la navigation traditionnelle. Lorsque le Soleil traverse votre méridien local, son angle horaire local est exactement nul. À cet instant, il atteint sa hauteur maximale de la journée. Comme il se trouve directement au nord ou au sud de vous, la droite de position obtenue est parfaitement orientée est-ouest, ce qui vous donne une droite de latitude pure. Pour la réaliser, vous devez estimer l'heure du midi local apparent. Vous prenez votre longitude estimée, la convertissez en temps (en rappelant que 15 degrés égalent une heure), et appliquez l'équation du temps, une valeur imprimée dans l'almanach qui tient compte de la vitesse irrégulière du Soleil le long de l'écliptique. Dix à quinze minutes avant le midi local apparent estimé, vous montez sur le pont avec votre sextant. Vous observez le Soleil qui monte. Peu à peu, sa vitesse de montée diminue. Il semble rester immobile à son sommet pendant une minute ou deux avant de commencer à redescendre. Notez cette hauteur maximale. Appliquez vos corrections standard d'erreur d'index, de dépression, de réfraction et de demi-diamètre pour obtenir Ho. Calculez la distance zénithale en soustrayant Ho de 90 degrés. Votre latitude se déduit ensuite en combinant la distance zénithale et la déclinaison. La règle générale est : latitude égale distance zénithale plus ou moins déclinaison. Le signe dépend de la position du Soleil au nord ou au sud de vous, et du fait que votre latitude et la déclinaison du Soleil soient de même nom ou non. Esquisser rapidement un schéma du passage au méridien sur un bout de papier évite des erreurs de signe désastreuses. Si vous êtes à 35 degrés Nord et que le Soleil a une déclinaison de 18 degrés Nord, le Soleil est au sud de vous. Votre distance zénithale est ajoutée à la déclinaison de manière appropriée pour donner votre latitude.

Voyons un exemple complet d'observation Sun-Run-Meridian, tel que vous le réaliseriez en traversée. Nous sommes le 15 mai. Votre position estimée du matin est 35 degrés 10 minutes Nord, 042 degrés 15 minutes Ouest. À 14 heures 23 minutes 45 secondes d'UT, vous observez le bord inférieur du Soleil. Votre hauteur au sextant est de 58 degrés 12,4 minutes. Votre erreur d'index est de 1,2 minute hors de l'arc. Votre hauteur d'œil est de 8 pieds.

D'abord, corrigez la hauteur. Hs est de 58 degrés 12,4 minutes. L'IE est hors de l'arc, donc on ajoute 1,2 minute. Ia est de 58 degrés 13,6 minutes. La dépression pour 8 pieds vaut 0,97 fois la racine carrée de 8 (2,828), soit 2,7 minutes. Retranchez la dépression : Ha est de 58 degrés 10,9 minutes. Cherchez la correction principale pour le bord inférieur du Soleil en mai, pour une hauteur apparente d'environ 58 degrés. La table donne +15,5 minutes. Ajoutez cela à Ha pour obtenir Ho : 58 degrés 26,4 minutes.

Ensuite, extrayez l'AHG et la déclinaison. D'après l'almanach du 15 mai à 14 h UT, supposons que l'AHG du Soleil soit de 30 degrés 15,2 minutes, la déclinaison de N 18 degrés 45,2 minutes, et d de +0,6. Allez à la table des incréments pour 23 m 45 s. L'incrément Soleil-Planètes est de 5 degrés 56,3 minutes. Ajoutez-le à l'AHG : 36 degrés 11,5 minutes. La correction « d » pour 0,6 à 23 m 45 s est de +0,2 minute. Ajoutez-la à la déclinaison : N 18 degrés 45,4 minutes.

Établissez maintenant la position supposée. Arrondissez la latitude estimée de 35 degrés 10 minutes N à 35 degrés N. Il nous faut un AHL en degrés entiers. L'AHG est de 36 degrés 11,5 minutes. La longitude estimée est de 42 degrés 15 minutes W. L'AHL sera d'environ 36 - 42 + 360 = 354 degrés. Pour qu'il soit exactement 354, nous devons poser une longitude Ouest supposée égale à l'AHG moins 354 degrés. Attendez : AHG (36 degrés 11,5) moins longitude Ouest supposée = 354. Donc longitude Ouest supposée = 36 degrés 11,5 minutes - 354 + 360 = 42 degrés 11,5 minutes W. Notre position supposée est 35 degrés N, 42 degrés 11,5 minutes W. L'AHL est exactement de 354 degrés.

Entrez dans l'AP3270 Volume II avec la latitude 35 N, la déclinaison 18 N (même nom) et l'AHL 354. Relevez Hc, d et Z. Interpolez Hc à l'aide de la valeur « d » et des 45,4 minutes de déclinaison. Supposons que la valeur Hc interpolée finale soit de 58 degrés 10,0 minutes et que Z soit de 160 degrés.

Convertissez Z en Zn. Nous sommes aux latitudes Nord, et l'AHL vaut 354 (supérieur à 180). La règle indique que Zn égale Z. Donc Zn est de 160 degrés vrais.

Calculez l'interception. Ho est de 58 degrés 26,4 minutes. Hc est de 58 degrés 10,0 minutes. L'interception vaut Ho moins Hc = 16,4 minutes. Comme Ho est supérieur, l'interception est de 16,4 milles nautiques vers le Soleil (relèvement vrai 160).

Vous reportez votre position supposée. Tracez une ligne à 160 degrés. Mesurez 16,4 milles vers le Soleil. Tracez votre droite de position perpendiculaire. Vous faites ensuite route pendant les heures suivantes, en consignant soigneusement vitesse, cap, dérive et courant. À midi local apparent, vous prenez la hauteur méridienne, calculez votre latitude exacte et faites avancer cette droite de position du matin le long de votre route estimée pour la couper avec la droite de latitude de midi. Cette intersection est votre point, obtenu entièrement sans instruments électroniques.


Chapitre 8 : Observations de la Lune, des planètes et des étoiles

Si le Soleil est fiable, naviguer uniquement grâce à lui signifie attendre toute la journée pour obtenir des observations. Pour maîtriser réellement la navigation hauturière, vous devez utiliser les étoiles, les planètes et la Lune.

Les observations d'étoiles sont le summum de la navigation astronomique, mais elles exigent précision et rapidité. Les étoiles ne sont utiles que lorsque vous pouvez voir simultanément l'étoile et l'horizon. Cela ne se produit que pendant les crépuscules civil et nautique, une fenêtre fugace d'environ vingt à trente minutes juste après le coucher du soleil ou juste avant son lever. Une fois le ciel complètement sombre, l'horizon disparaît. Une fois le Soleil complètement levé, les étoiles disparaissent. Vous ne pouvez pas flâner sur le pont pendant le crépuscule en espérant vous débrouiller : vous devez vous préparer à l'avance. Avant le crépuscule, utilisez votre sélecteur d'étoiles ou calculez à l'avance quelles étoiles seront visibles, quelles seront leurs hauteurs approximatives et leurs azimuts. Choisissez trois ou quatre étoiles bien réparties autour de l'horizon. Idéalement, vous voulez des étoiles séparées d'environ 120 degrés d'azimut pour obtenir un bon triangle de point. Pendant la fenêtre crépusculaire, vous passez rapidement d'une étoile à l'autre, en mesurant leurs hauteurs et en notant l'heure exacte de chacune. La réduction est identique à celle du Soleil, sauf que vous calculez l'AHG de l'étoile en ajoutant l'AHG du Bélier (page journalière de l'almanach) à l'AHS de l'étoile (liste des étoiles à l'arrière). Les étoiles n'ont ni demi-diamètre ni parallaxe significative, donc la correction de hauteur se réduit à la seule réfraction. Lorsque vous tracez trois droites de position d'étoiles, elles se coupent rarement en un point parfaitement unique à cause de petites erreurs d'observation. Elles forment plutôt un petit triangle appelé « chapeau mal coupé ». Votre position la plus probable se trouve au centre de ce triangle.

Les difficultés des observations d'étoiles sont réelles. L'horizon s'estompe rapidement. Des nuages peuvent masquer l'étoile choisie au moment critique. Confondre une étoile est une erreur catastrophique : si vous pensez avoir observé Sirius alors qu'il s'agissait de Procyon, votre droite de position sera fausse de plusieurs dizaines de milles. C'est pourquoi connaître ses constellations et utiliser le sélecteur d'étoiles est obligatoire, et non facultatif.

Les observations de planètes offrent un compromis brillant. Vénus, Mars, Jupiter et Saturne sont assez lumineuses pour être vues pendant le crépuscule, avec un horizon net, comme les étoiles. Elles n'utilisent cependant pas l'AHS ni le Bélier. Leurs AHG et déclinaisons sont tabulées toutes les heures sur les pages journalières de l'almanach, comme pour le Soleil. Vous devez appliquer la correction « v » à l'AHG pour tenir compte du mouvement orbital de la planète par rapport aux étoiles de fond, et la correction « d » à la déclinaison. Vénus et Mars nécessitent parfois une petite correction de parallaxe supplémentaire, que l'on trouve dans les tables. La parallaxe de Jupiter et de Saturne est si faible qu'elle est négligeable. Comme les planètes sont brillantes et faciles à identifier, elles constituent des cibles exceptionnelles pour les points crépusculaires.

Les observations de la Lune sont les plus complexes, mais extrêmement précieuses, car la Lune est fréquemment visible en journée. L'observer en même temps que le Soleil vous donne un point de jour sans attendre midi. Cependant, la Lune se déplace rapidement sur la sphère céleste, et son AHG et sa déclinaison changent beaucoup plus vite que celles du Soleil. Le défi particulier de la Lune réside dans ses corrections. La parallaxe horizontale est grande, variable, et doit être relevée toutes les heures dans l'almanach. Vous devez utiliser les tables spécifiques de correction de hauteur de la Lune en deux parties, en entrant à la fois avec votre hauteur apparente et la valeur HP. Si vous observez le bord supérieur de la Lune, vous devez retrancher 30 minutes d'arc supplémentaires standardisées, en plus de la correction habituelle du demi-diamètre. De plus, la Lune présente un effet d'augmentation : son demi-diamètre apparent est légèrement plus grand lorsqu'elle est au zénith que lorsqu'elle est à l'horizon, car elle est physiquement plus proche de vous d'un rayon terrestre. Cet effet est intégré aux tables de correction principales, mais il illustre la complexité de la navigation lunaire.


Chapitre 9 : Le sélecteur d'étoiles et le planisphère

La navigation par les étoiles exige de savoir où se trouvent les étoiles. Le sélecteur d'étoiles, comme le HO 2102-D ou le RYA Star Finder, est un ordinateur analogique mécanique qui résout ce problème. Il se compose d'un disque de base sur lequel les 57 étoiles de navigation sont tracées en permanence selon leur AHS et leur déclinaison. Au-dessus de cette base, vous placez un gabarit transparent en plastique conçu pour votre latitude précise. Vous faites tourner le gabarit pour l'aligner sur l'angle horaire local du Bélier à l'heure de votre observation prévue. Instantanément, le gabarit révèle quelles étoiles sont au-dessus de votre horizon, leurs hauteurs approximatives et leurs azimuts. Vous utilisez cet outil de deux façons. D'abord, pour la planification : avant le crépuscule du soir, vous posez le gabarit sur la base, identifiez trois étoiles situées entre 20 et 65 degrés de hauteur et espacées de 120 degrés en azimut, et notez leurs relèvements prévus afin de savoir exactement où pointer le sextant. Ensuite, pour l'identification : si vous observez une étoile brillante sans être certain de laquelle il s'agit, notez sa hauteur et son azimut approximatifs, reportez cette intersection sur le sélecteur d'étoiles et voyez quelle étoile dont la position imprimée se trouve sous votre repère.

Un planisphère est une carte plane et tournante du ciel nocturne, ajustée à votre latitude et à la date. Bien que moins précis mathématiquement que le HO 2102-D pour extraire des hauteurs exactes, c'est un outil pédagogique précieux pour se familiariser avec les constellations. Apprendre à trouver la Polaire en suivant les pointeurs de la Grande Ourse, ou à localiser Sirius en suivant la ligne de la ceinture d'Orion, transforme le ciel nocturne, d'un amas confus de lumières, en une carte lisible.

L'Almanach nautique répertorie 57 étoiles de navigation retenues, plus la Polaire. En tant que futur Yachtmaster Ocean, vous ne devez pas vous fier uniquement aux outils. Vous devez mémoriser les positions approximatives, les magnitudes et les constellations d'origine des quinze à vingt étoiles les plus brillantes. Sachez que Sirius est l'étoile la plus brillante du ciel, située dans le Grand Chien. Sachez que Canopus est une étoile australe éblouissante. Connaissez Arcturus, Véga, Capella, Rigel, Procyon, Bételgeuse, Spica et Antarès. Lorsque vous êtes épuisé, transi de froid, et que les nuages ne s'écartent que trente secondes pendant le crépuscule, vous n'aurez pas le temps de consulter un livre. Vous devez reconnaître les étoiles instinctivement.


Chapitre 10 : Vérification du compas par relèvement céleste

Lors d'une longue traversée océanique, votre compas magnétique est votre bouée de sauvetage. Les pilotes automatiques tombent en panne, les GPS perdent leur alimentation, mais le compas magnétique pointe toujours vers le nord magnétique. Cependant, les compas souffrent de déviation causée par les champs magnétiques du navire lui-même. Lors d'une traversée océanique, à mesure que vous changez de cap et de latitude, la variation change constamment, et le déplacement de la cargaison ou des modifications électriques peuvent altérer la déviation. Vous devez vérifier régulièrement votre erreur de compas à l'aide des astres. C'est un élément obligatoire de votre documentation de traversée qualifiante.

La procédure est simple. En même temps que vous mesurez une hauteur au sextant sur un astre, ou juste avant ou après, vous relevez le relèvement compas de ce même astre. Vous pouvez utiliser un pélorus, un compas à main, ou simplement lire le compas de route si l'astre est droit devant ou par le travers. Vous effectuez ensuite la réduction standard de cette observation pour calculer l'azimut vrai, Zn, de l'astre. Vous comparez l'azimut vrai au relèvement compas observé. La différence entre les deux est l'erreur totale. Si l'azimut vrai est supérieur au relèvement compas, l'erreur est Est. S'il est inférieur, l'erreur est Ouest. La mnémotechnique est « Erreur Est, Compas Moindre ; Erreur Ouest, Compas Meilleur ». Une fois l'erreur totale connue, vous soustrayez la variation connue pour votre position actuelle, relevée sur votre carte océanique, afin d'isoler la déviation du compas sur ce cap précis. Vous consignez cette déviation dans votre carte de déviation du compas et dans votre journal de bord.

Pourquoi est-ce si critique ? Si vous naviguez à l'estime pendant trois semaines à travers le Pacifique à cause d'un couvert nuageux persistant qui empêche les observations célestes, une erreur de compas inconnue de seulement trois degrés vous fera dériver de près de quarante milles par millier de milles parcourus. Des vérifications régulières du compas par les astres garantissent que votre route estimée reste fiable.


Chapitre 11 : Planification d'une traversée océanique

Planifier une navigation côtière consiste à tracer une ligne sur une carte et à vérifier les marées. Planifier une traversée océanique implique d'analyser la climatologie mondiale, les régimes météorologiques historiques, les capacités du navire et l'endurance humaine. C'est une réflexion stratégique à l'échelle planétaire.

La première grande décision consiste à choisir entre une route orthodromique et une route loxodromique. Une loxodromie, ou rhumb line, est une route qui coupe chaque méridien de longitude selon exactement le même angle. Sur une carte de Mercator standard, une loxodromie apparaît comme une ligne parfaitement droite. Elle est très facile à suivre, car vous réglez votre compas sur un cap et le maintenez. Cependant, comme la projection de Mercator déforme les distances aux hautes latitudes, une loxodromie n'est pas la distance la plus courte entre deux points sur une sphère. Une orthodromie (great circle) est le plus court chemin. Sur une sphère, elle est formée par l'intersection d'un plan passant par le centre de la Terre et les deux points à la surface. Sur une carte de Mercator, une orthodromie apparaît comme une courbe s'incurvant vers le pôle. Sur une carte gnomonique, où le point de projection est le centre de la Terre, une orthodromie apparaît comme une ligne parfaitement droite. Pour les traversées courtes de moins de 500 milles, la différence est négligeable. Mais pour une traversée transatlantique ou transpacifique, suivre l'orthodromie peut faire économiser des centaines de milles et plusieurs jours. Le problème est qu'une orthodromie oblige à changer constamment de cap au compas. Pour contourner cela en pratique, les navigateurs tracent l'orthodromie sur une carte gnomonique, marquent des points de passage tous les cinq degrés de longitude, reportent ces coordonnées sur une carte de Mercator, puis suivent des loxodromies entre les points de passage. Cela approxime efficacement l'orthodromie.

Cependant, une orthodromie pure pourrait vous faire entrer dans des latitudes dangereusement élevées. Si vous suivez une orthodromie de New York à Tokyo, la route s'incurve loin vers le nord, dans les eaux couvertes de glace des Aléoutiennes et de l'Arctique. Pour éviter cela, on utilise une route orthodromique composite. Vous suivez une orthodromie depuis votre point de départ jusqu'à un parallèle limite prédéterminé, une latitude maximale sûre dictée par les limites des glaces, les trajectoires des tempêtes ou les vents dominants. Vous naviguez ensuite le long de ce parallèle, qui est une loxodromie, jusqu'au point où une seconde orthodromie redescend vers votre destination. Cela concilie les avantages en distance de l'orthodromie avec les contraintes de sécurité de l'océan réel.

La planification moderne d'une traversée intègre le routage météo dynamique. Le temps où l'on fixait un cap en espérant le meilleur est révolu. Aujourd'hui, les navigateurs téléchargent des fichiers GRIB par communication satellite. Ces fichiers superposent aux cartes numériques les vitesses et directions du vent prévues, les pressions barométriques, les hauteurs de vagues et les courants océaniques. Les logiciels de routage analysent ces fichiers GRIB ainsi que le diagramme de performance polaire de votre voilier (un graphique indiquant la vitesse de votre yacht selon les angles et les forces du vent) et calculent la route optimale. Mais vous devez comprendre la différence entre routage stratégique et routage tactique. Le routage stratégique se fait plusieurs mois à l'avance à l'aide des Ocean Pilot Charts, qui présentent les moyennes mensuelles historiques des roses des vents, des courants, des limites de glaces et de la fréquence des coups de vent. Il décide du corridor général : suivons-nous la route des alizés ou la route nord ? Le routage tactique se fait quotidiennement ou toutes les heures à l'aide des fichiers GRIB, pour éviter des dépressions individuelles ou tirer parti de variations locales du vent à l'intérieur de ce corridor stratégique. Ne vous fiez jamais uniquement au logiciel : les fichiers GRIB sont des prévisions, non des garanties, et ils lissent les rafales extrêmes.

L'approche d'un atterrissage après des semaines en mer exige une vigilance accrue. Votre cercle d'incertitude issu de la navigation astronomique et de l'estime peut avoir une largeur de dix à vingt milles. À mesure que vous approchez de la côte, passez progressivement de la navigation astronomique à la navigation terrestre et électronique. Repérez les feux d'atterrissage principaux, les caps visibles au radar et les courbes de sonde sur votre carte. Prévoyez de larges marges pour les erreurs cumulées. La règle d'or de la navigation hauturière : n'approchez jamais une côte inconnue de nuit, sauf si vous avez formellement identifié les feux et les sondes. Mettez-vous à la cape au large et attendez l'aube. Un nombre incalculable de yachts se sont perdus sur des récifs parce que des équipages épuisés ont tenté de rejoindre la marina dans l'obscurité après un mois en mer.


Chapitre 12 : Météorologie et climatologie mondiales

Pour traverser un océan en toute sécurité, vous devez comprendre le moteur qui gouverne la météo mondiale. L'atmosphère terrestre est un système de répartition de la chaleur, piloté par un réchauffement solaire inégal et modulé par la rotation de la planète.

À l'équateur, l'intense rayonnement solaire réchauffe la surface, ce qui fait monter rapidement l'air. Il se forme ainsi une ceinture de basse pression qui entoure le globe, connue sous le nom de zone de convergence intertropicale, ou ZCIT. Les marins l'appelaient historiquement les Pot-au-noir. Ici, les vents sont faibles et variables, ponctués de violents orages cumulonimbus, de pluies torrentielles et d'une humidité oppressante. Lorsque cet air chauffé atteint le sommet de la troposphère, il diverge et s'écoule vers les pôles. En chemin, il se refroidit. Lorsqu'il atteint environ 30 degrés de latitude Nord et Sud, il s'est suffisamment refroidi pour redescendre vers la surface. Cet air subsident forme les ceintures de hautes pressions subtropicales, historiquement appelées les Latitudes des chevaux. L'air qui descend empêche la formation de nuages, ce qui donne un ciel clair, des vents faibles et un temps stable. Cette boucle de circulation, de l'équateur jusqu'à 30 degrés et retour, est la cellule de Hadley.

L'air qui descend à 30 degrés revient vers l'équateur en surface. Cependant, l'effet Coriolis (la déviation apparente due à la rotation terrestre) infléchit ce courant. Dans l'hémisphère Nord, le flux est dévié vers la droite, créant les alizés du nord-est. Dans l'hémisphère Sud, il est dévié vers la gauche, créant les alizés du sud-est. Ces alizés sont les meilleurs amis du navigateur : réguliers, fiables, de force modérée, soufflant dans la même direction sur des milliers de milles.

Entre 30 et 60 degrés de latitude se trouve la cellule de Ferrel. L'air de surface s'écoule vers les pôles depuis les anticyclones subtropicaux, dévié par Coriolis pour créer les vents d'ouest dominants. Dans l'hémisphère Nord, ils soufflent du sud-ouest ; dans l'hémisphère Sud, du nord-ouest. C'est le domaine des fréquentes et profondes dépressions qui tournent le long du front polaire, générant de forts coups de vent et d'énormes houles océaniques. Entre 60 degrés et les pôles se trouve la cellule polaire, où l'air froid et dense descend et s'écoule vers l'équateur sous forme de vents d'est polaires, rencontrant les vents d'ouest au front polaire turbulent.

Comprendre ces ceintures de vents globales dicte votre stratégie de traversée. Les Pot-au-noir (0 à 10 degrés, selon la saison) signifient calmes et grains. Les alizés (10 à 30 degrés) signifient une navigation rapide vent arrière. Les variables, ou Latitudes des chevaux (30 à 35 degrés), signifient vents faibles et moteur. Les vents d'ouest (35 à 60 degrés) signifient temps dur, mer formée de l'arrière et transit rapide si vous survivez aux conditions. Les vents d'est polaires (60 à 90 degrés) signifient glace et froid extrême.

Les moussons sont des inversions saisonnières de ces régimes de vents, causées par les différences de vitesse de réchauffement entre d'immenses masses continentales et les océans voisins. L'océan Indien et l'Asie du Sud-Est présentent le climat de mousson le plus spectaculaire. En été, le continent asiatique se réchauffe, créant une vaste zone de basse pression qui aspire l'air de l'océan, ce qui amène la mousson du sud-ouest, caractérisée par des vents forts et humides et de fortes pluies. En hiver, la terre se refroidit rapidement, créant une haute pression qui souffle l'air vers la mer sous forme de mousson du nord-est, apportant des vents secs et modérés. Les périodes de transition entre les moussons sont notoirement dangereuses, avec des orages violents et imprévisibles. Les navigateurs qui planifient une traversée de l'océan Indien doivent caler leur passage sur les phases favorables des moussons.

L'oscillation australe El Niño, ENSO, perturbe profondément ces modèles idéalisés. Lors d'un épisode El Niño, des eaux anormalement chaudes s'étendent sur le Pacifique oriental. Cela affaiblit ou inverse les alizés du sud-est, déplace la ZCIT et modifie les trajectoires des tempêtes à l'échelle mondiale. El Niño provoque une hausse de l'activité cyclonique dans le Pacifique, de graves sécheresses en Australie et en Indonésie, et des hivers anormalement humides sur les Amériques. À l'inverse, La Niña se caractérise par un refroidissement accentué du Pacifique oriental, qui renforce les alizés et augmente considérablement l'activité cyclonique dans l'Atlantique. Vous ne pouvez pas planifier une traversée du Pacifique ou de l'Atlantique en vous fiant uniquement aux moyennes historiques des Pilot Charts ; vous devez consulter les prévisions ENSO actuelles, car elles modifient fondamentalement la climatologie de la saison.

Le brouillard en mer est un danger permanent, principalement causé par le brouillard d'advection. Il se produit lorsque l'air chaud et humide souffle horizontalement au-dessus d'un courant océanique froid. L'air se refroidit sous son point de rosée, et l'humidité se condense en un brouillard dense. Les Grands Bancs au large de Terre-Neuve sont réputés pour cela, là où le Gulf Stream chaud rencontre le courant du Labrador glacial. Le banc d'Agulhas au large de l'Afrique du Sud connaît des phénomènes similaires. Le brouillard d'advection peut persister pendant des jours, vous aveuglant face au trafic maritime et aux terres. Le brouillard frontal se forme près des fronts chauds lorsque la pluie tombe à travers un air plus froid, tandis que le brouillard de rayonnement est rare en mer et se limite surtout aux estuaires côtiers par nuits calmes et claires.


Chapitre 13 : Les tempêtes tournantes tropicales

De tous les dangers que présente l'océan, aucun n'est aussi terrifiant ni aussi destructeur que la tempête tournante tropicale. Selon le bassin, elle est appelée ouragan dans l'Atlantique Nord et le Pacifique Nord-Est, typhon dans le Pacifique Nord-Ouest, et cyclone dans l'océan Indien et le Pacifique Sud. Comprendre leur physique, reconnaître leur approche et exécuter des manœuvres d'évitement précises comptent parmi les compétences les plus critiques examinées pour le Yachtmaster Ocean.

Une tempête tournante tropicale (TRS) ne se forme pas spontanément. Elle exige une combinaison précise d'ingrédients environnementaux. D'abord, la température de surface de la mer doit être d'au moins 26,5 degrés Celsius, et cette chaleur doit s'étendre sur une profondeur d'environ 50 mètres, pour constituer un immense réservoir d'énergie latente. Ensuite, la perturbation doit se former à au moins 5 degrés de latitude de l'équateur. Exactement à l'équateur, la force de Coriolis est nulle, ce qui signifie que l'air ne peut pas commencer à tourner. Troisièmement, il doit exister une perturbation atmosphérique préexistante de basse altitude, comme une onde tropicale issue des côtes africaines ou un talweg au sein de la ZCIT, pour servir de germe. Quatrièmement, le cisaillement vertical du vent doit être faible ; si les vents en altitude soufflent fortement dans une direction différente de celle des vents de surface, ils déchireront la tempête naissante avant qu'elle ne s'organise. Enfin, il doit y avoir une humidité abondante dans toute la troposphère pour alimenter les orages cumulonimbus.

Une fois formée, la structure d'une TRS mature est distincte. En son centre se trouve l'œil, d'un diamètre typique de 10 à 50 milles nautiques. À l'intérieur de l'œil, les vents sont faibles, le ciel est souvent dégagé et la pression barométrique atteint son minimum absolu. Le calme soudain de l'œil est psychologiquement trompeur et extrêmement dangereux : des équipiers inexpérimentés croient parfois que la tempête est finie et montent sur le pont, pour être frappés par le mur de l'œil opposé. Autour de l'œil se trouve le mur de l'œil, un anneau de cumulonimbus géants atteignant 60 000 pieds. Le mur de l'œil concentre les vents les plus violents, les pluies les plus intenses et les mers les plus monstrueuses. S'étendant vers l'extérieur à partir du mur sur des centaines de milles, se trouvent les bandes pluvieuses : des bras en spirale de grains intenses, de rafales et de pluies torrentielles.

Les TRS se forment généralement dans les alizés d'est et se déplacent d'abord vers l'ouest ou le nord-ouest dans l'hémisphère Nord, et vers l'ouest ou le sud-ouest dans l'hémisphère Sud. Leur vitesse de translation est typiquement de 10 à 20 nœuds. En atteignant 20 à 30 degrés de latitude, les tempêtes subissent souvent une recourbure, tournant vers le pôle puis, finalement, vers l'est à mesure qu'elles s'intègrent aux vents d'ouest dominants. Le point de recourbure est très variable et extrêmement dangereux : une tempête qui a avancé lentement vers l'ouest pendant des jours peut soudain accélérer à 30 nœuds sur une trajectoire nord-est, surprenant les navigateurs.

Reconnaître une TRS qui approche vous donne des jours précieux de préparation. Votre instrument le plus fiable est le baromètre. Une chute de plus de 3 millibars sous la moyenne saisonnière de votre région, ou une baisse régulière et implacable de 1 à 2 millibars par heure, indique un danger grave. Sous les tropiques, le baromètre monte et descend normalement deux fois par jour selon un rythme prévisible appelé variation diurne, ou marée barométrique. Lorsque votre baromètre cesse de suivre ce rythme biquotidien et amorce une baisse monotone, la marée barométrique tropicale est submergée par une dépression qui approche. Le second signal d'alerte est la houle. Une TRS génère d'énormes houles à longue période qui rayonnent depuis le centre, en se propageant bien plus vite que la tempête elle-même. Si vous remarquez soudain une houle lourde à longue période arrivant d'une direction inhabituelle, plusieurs jours avant que le vent n'augmente, cette houle pointe comme un doigt directement vers le relèvement de la tempête. Observez le ciel : les cirrus élevés commencent à s'épaissir et à s'abaisser en altostratus, puis en couvert dense. Le soleil peut offrir des levers et des couchers rouge feu, la lumière traversant les nappes nuageuses qui s'épaississent. Enfin, le vent lui-même commence à adonner ou à refuser régulièrement tout en gagnant en force. L'essentiel est qu'un ou deux de ces signes pris isolément peuvent être ambigus, mais la convergence d'un baromètre en baisse, d'une houle mystérieuse, de nuages élevés qui s'épaississent et d'un vent qui tourne constitue un appel incontestable à l'action immédiate.

La partie la plus sophistiquée de l'évitement des TRS consiste à déterminer de quel côté de la tempête vous vous trouvez. Imaginez la tempête se déplaçant le long de sa trajectoire. Une ligne tracée dans le sens du déplacement partage le système circulaire en deux demi-cercles : le demi-cercle droit et le demi-cercle gauche (tels que définis dans l'hémisphère Nord). La distinction est importante, car le vent tourne dans le sens inverse des aiguilles d'une montre autour d'un centre de basse pression dans l'hémisphère Nord, tandis que le système lui-même se déplace vers l'ouest ou le nord-ouest.

Dans l'hémisphère Nord, le demi-cercle droit est le demi-cercle dangereux. Ici, les vents tournant dans le sens antihoraire soufflent dans la même direction générale que le mouvement vers l'avant de la tempête. La vitesse du vent que vous subissez est la somme du vent de rotation et de la vitesse de translation, ce qui rend les conditions de ce côté nettement plus sévères. Pire encore, les vecteurs de vent tendent à souffler vers la trajectoire de la tempête, ce qui signifie que si vous ne faites rien, la tempête vous entraînera lentement sur son propre chemin. Si vous vous trouvez dans le demi-cercle droit de l'hémisphère Nord, mettez le vent sur tribord avant, à environ 45 degrés relatifs. Vous vous éloignez ainsi de la trajectoire de la tempête tout en faisant route au maximum. À mesure que le vent refuse, ajustez votre cap pour garder le vent fixé sur tribord avant, en augmentant progressivement votre angle d'échappement.

Dans l'hémisphère Nord, le demi-cercle gauche est le demi-cercle navigable. Ici, les vents antihoraires s'opposent au mouvement vers l'avant de la tempête, si bien que les vitesses de vent observées sont un peu plus faibles, et les vecteurs de vent s'éloignent de sa trajectoire. Votre manœuvre consiste à mettre le vent sur tribord arrière, à environ 135 degrés relatifs, et à courir devant la tempête, en laissant la force propre du vent vous éloigner de sa trajectoire.

Si la tempête est droit devant vous et que vous êtes clairement sur sa trajectoire, vous devez mettre le vent sur tribord arrière et vous diriger vers un côté jusqu'à entrer dans le demi-cercle navigable. La mnémotechnique pour l'hémisphère Nord est simple : vent sur tribord avant pour s'échapper du demi-cercle dangereux, vent sur tribord arrière pour s'échapper du demi-cercle navigable.

Dans l'hémisphère Sud, l'effet Coriolis s'inverse et les cyclones tropicaux tournent dans le sens des aiguilles d'une montre. Comme la rotation est inversée alors que la trajectoire se déplace toujours globalement vers l'ouest, les dangers des demi-cercles sont symétriques. Dans l'hémisphère Sud, le demi-cercle gauche devient le demi-cercle dangereux. Votre manœuvre consiste à mettre le vent sur bâbord avant, à environ 315 degrés relatifs, et à faire route. Si vous êtes dans le demi-cercle droit de l'hémisphère Sud (le côté navigable), mettez le vent sur bâbord arrière, à environ 225 degrés relatifs, et courez. Si la tempête est droit devant dans l'hémisphère Sud, mettez le vent sur bâbord arrière pour basculer dans le demi-cercle navigable.

Avant de choisir la bonne manœuvre, vous devez déterminer dans quel demi-cercle vous vous trouvez. Utilisez la loi de Buys Ballot. Dans l'hémisphère Nord, faites face au vent : le centre de basse pression se trouve quelque part à votre droite et légèrement en arrière. Notez la direction probable de la tempête (généralement ouest ou nord-ouest). Tracez une ligne perpendiculaire à votre direction de vent passant par votre position, et comparez-la à la trajectoire de la tempête. Méthodes pratiques plus simples : si le vent refuse progressivement (sens horaire) tout en se renforçant dans l'hémisphère Nord, vous entrez probablement dans le dangereux demi-cercle droit. Si le vent adonne (sens antihoraire) en se renforçant, vous êtes dans le demi-cercle gauche. Dans l'hémisphère Sud, faites face au vent : la dépression se trouve à votre gauche et légèrement en arrière.

Si, malgré votre planification, vous êtes pris dans toute la fureur de la tempête, les tactiques de survie prennent le relais. Mettez-vous à la cape si vous ne pouvez pas faire route en sécurité. Déployez une ancre flottante ou un drogue pour maintenir un cap contrôlé et éviter un travers dangereux ou un empannage dans les lames énormes de l'arrière. Verrouillez chaque écoutille, hublot et objet sur le pont avec des saisines ; une seule écoutille ouverte peut inonder le bateau en quelques secondes. Gardez tout l'équipage à l'intérieur et reposé, en alternant des périodes de repos abritées pour que quelqu'un soit toujours opérationnel. Plus important encore, ne tentez jamais de traverser l'œil de la tempête, sauf si vous êtes physiquement incapable de l'éviter. Si vous traversez le calme de l'œil, vous ressortirez face au mur de l'œil opposé, où les vents tournent de 180 degrés et frappent avec une violence catastrophique et soudaine, faisant souvent chavirer ou démâter les bateaux pris au dépourvu.


Chapitre 14 : Courants mondiaux et dérive

Les courants océaniques sont les fleuves de la mer, et les comprendre est aussi important pour un navigateur hauturier que comprendre le vent. Les courants de surface sont principalement dus au vent. Les alizés et les vents d'ouest dominants poussent la couche superficielle de l'eau, et l'effet Coriolis dévie ce flux d'environ 45 degrés par rapport à la direction du vent ; le transport net, dit transport d'Ekman, se produit à 90 degrés du vent. Cela entraîne de vastes gyres océaniques en rotation. À l'échelle mondiale, les courants profonds sont entraînés par la circulation thermohaline, un tapis roulant de densité créé par les différences de température et de salinité de l'eau : l'eau froide et salée plonge dans l'Atlantique Nord et circule le long du fond océanique avant de remonter ailleurs.

Dans l'océan Atlantique, le Gulf Stream est le courant le plus célèbre et le plus influent. Il coule vers le nord-est le long de la côte des États-Unis avant de tourner vers l'est à travers l'Atlantique, atteignant des vitesses allant jusqu'à 4 nœuds en son cœur. Il est chaud et nettement délimité par rapport aux eaux plus froides de son flanc nord. Là où le Gulf Stream rencontre le courant froid du Labrador sur les Grands Bancs, le contraste de température engendre certains des pires brouillards d'advection persistants de la planète. Le Gulf Stream se prolonge par la dérive nord-atlantique, qui transporte l'eau chaude vers le nord-ouest de l'Europe et maintient des pays comme la Grande-Bretagne et la Norvège bien plus chauds que ne le voudrait leur latitude. Sur le flanc est du gyre atlantique, le courant des Canaries coule vers le sud le long de la côte nord-ouest de l'Afrique ; il est froid, lent et riche en nutriments. Le courant équatorial nord, entraîné par les alizés du nord-est, traverse l'Atlantique vers l'ouest en direction des Caraïbes. Dans l'Atlantique Sud, le courant du Brésil coule vers le sud le long de l'Amérique du Sud comme courant de bordure occidentale chaud, tandis que le courant de Benguela remonte vers le nord le long de l'Afrique du Sud-Ouest, un courant froid de remontée d'eaux profondes célèbre pour ses brouillards épais. Le courant des Aiguilles coule vers le sud-ouest le long de la côte sud-est de l'Afrique à une vitesse remarquable. Là où ce courant rapide rencontre des vents et des houles contraires près du banc des Aiguilles, il engendre des vagues scélérates monstrueuses. Doubler le cap de Bonne-Espérance en yacht est une entreprise sérieuse précisément à cause de ce courant.

Dans le Pacifique, le courant de Kuroshio au large du Japon est l'équivalent pacifique du Gulf Stream : rapide, chaud et puissant. La dérive nord-pacifique se déplace lentement vers l'est à travers le Pacifique Nord en direction de la côte américaine, où elle devient le courant froid de Californie qui descend vers le sud le long de la côte ouest des États-Unis, apportant le brouillard avec lui. Dans l'hémisphère Sud, le courant est-australien remonte vers le sud le long de l'Australie, chaud et rapide. Le long de la côte ouest de l'Amérique du Sud, le courant de Humboldt, ou courant du Pérou, remonte vers le nord ; il est froid, riche en nutriments, et empêche la formation de TRS dans le Pacifique oriental, car l'eau de surface froide n'a pas l'énergie nécessaire pour alimenter des tempêtes tropicales.

L'océan Indien est unique, car ses courants s'inversent entièrement avec les saisons de mousson. Le courant de mousson coule vers l'ouest pendant la mousson du sud-ouest et vers l'est pendant la mousson du nord-est.

Enfin, le courant circumpolaire antarctique, ou ACC, est le plus grand courant de la Terre. Il coule continuellement vers l'est, sans obstacle terrestre, et fait le tour du continent antarctique. Ce flux ininterrompu, combiné aux vents d'ouest dominants qui soufflent dans la même direction, crée les légendaires mers des Quarantièmes rugissants et des Cinquantièmes hurlants. Rien ne vient briser le fetch, et les mers atteignent des proportions terrifiantes.

Dans la planification d'une traversée, les courants sont une considération stratégique majeure. En naviguant vers l'est à travers l'Atlantique, vous visez à profiter du Gulf Stream et de la dérive nord-atlantique pour gagner de la vitesse gratuitement. En descendant vers le sud le long de la côte américaine, vous luttez pour rester du côté côtier du Gulf Stream afin d'éviter un courant contraire implacable. En doublant le cap de Bonne-Espérance, vous devez décider s'il faut traverser le courant des Aiguilles ou chercher à vous en abriter. Prenez toujours en compte la dérive du courant dans votre estime. Un courant de seulement 1 nœud, agissant sur votre coque 24 heures sur 24, éloigne un bateau de 24 milles nautiques de sa route prévue en une seule journée. Sur une semaine, cela s'accumule en plus de 160 milles d'erreur.


Chapitre 15 : Zones climatiques mondiales et stratégie de traversée

Historiquement, les marins ont établi des routes océaniques éprouvées, fondées sur des siècles d'expérience, et ces routes restent l'épine dorsale de la planification moderne. La route des alizés pour une traversée transatlantique part des îles Canaries vers le Cap-Vert, puis descend vers les Caraïbes. Cette route suit les alizés du nord-est vers le sud-ouest, traverse la ZCIT, retrouve les alizés du sud-est ou du nord-est de l'autre côté, et se tente idéalement entre novembre et janvier pour éviter la saison des ouragans. La route clipper est le tour du monde classique d'ouest en est par le cap de Bonne-Espérance, le cap Leeuwin et le cap Horn. Elle suit les vents d'ouest dominants et l'ACC, offrant une progression extrêmement rude mais remarquablement rapide autour du globe. La route du Pacifique Nord va de la côte ouest des États-Unis à Hawaï, puis à Guam ou aux îles Marshall, et ensuite aux Philippines ou au Japon, en profitant des alizés tout en évitant soigneusement la saison des typhons, de juillet à novembre.

Le calendrier d'une traversée est dicté principalement par l'évitement des saisons des tempêtes tournantes tropicales et par la mise à profit des moussons et des alizés favorables. La saison des ouragans dans les Caraïbes et l'Atlantique court du 1er juin au 30 novembre ; les traversées transatlantiques sont donc planifiées en dehors de cette période. La saison des cyclones dans le Pacifique Sud va de novembre à avril. La saison des cyclones dans l'océan Indien varie selon le bassin, mais s'étend généralement de novembre à mai. Pour la mer Rouge, les yachts remontent vers le nord au printemps, avant que la chaleur extrême et la mousson du sud-ouest ne rendent les conditions insupportables, et descendent vers le sud à l'automne. Étudiez le World Cruising Routes de Jimmy Cornell et l'Admiralty Ocean Passages for the World (NP136) pour comprendre ces corridors établis, mais vérifiez toujours les prévisions saisonnières actuelles avant de vous engager.


Chapitre 16 : Navigation dans les glaces et aux hautes latitudes

Si votre traversée vous mène vers des latitudes plus élevées, la glace devient un danger mortel. Les icebergs détachés des glaciers du Groenland et de l'Antarctique sont le danger le plus célèbre, car environ 90 % de leur masse est immergée. Un iceberg qui semble modeste au-dessus de la ligne de flottaison peut s'étendre sous la surface en une masse immense et invisible, capable de percer la coque d'un yacht. Les fragments plus petits, appelés growlers et bergy bits, sont particulièrement traîtres : ils flottent bas sur l'eau, sont difficiles à voir à l'œil nu et notoirement difficiles à détecter au radar en raison de leur faible section radar et de leur faible franc-bord.

La banquise, eau de mer gelée consolidée en une plaque solide, peut emprisonner et écraser un navire. Pour aider les navigateurs à éviter ces dangers, les Pilot Charts publient les limites mensuelles des glaces, indiquant la limite nord ou sud recommandée pour chaque mois de transit. L'International Ice Patrol diffuse des alertes aux icebergs dans l'Atlantique Nord, et les informations sur les glaces sont aussi relayées par NAVTEX et par les diffusions HF de sécurité maritime (MSI).

Votre stratégie de routage dans les eaux exposées aux glaces doit inclure la consultation des Pilot Charts pour les limites saisonnières, et le choix d'une route qui reste bien à l'écart de celles-ci. Maintenez en permanence une veille visuelle dédiée, en particulier de nuit et dans le brouillard. Surveillez les diffusions NAVTEX et HF MSI pour les bulletins de glaces. Réduisez la vitesse en entrant dans des zones de glace suspectées, afin de disposer du temps nécessaire pour manœuvrer ou stopper. Si vous prévoyez une navigation aux hautes latitudes, sachez que les coques commerciales opérant dans ces eaux doivent satisfaire à des codes spécifiques de renforcement pour les glaces ; une coque de yacht standard n'est pas conçue pour un contact délibéré avec la glace.


Chapitre 17 : Communications à longue distance

Communiquer avec le monde extérieur lorsque vous êtes à des milliers de milles de la côte exige une approche par couches, car aucune technologie unique n'est parfaite partout.

La radio HF (haute fréquence), également appelée bande latérale unique (BLU ou SSB), fonctionne entre 3 et 30 MHz et repose sur la propagation par saut ionosphérique : les signaux rebondissent sur l'ionosphère pour parcourir des milliers de milles. L'utilisation de la HF exige de l'habileté. Vous devez choisir les fréquences en fonction de l'heure et de la distance : les basses fréquences fonctionnent mieux la nuit et sur de courtes distances, tandis que les hautes fréquences donnent de meilleurs résultats de jour et sur de longues distances, car le rayonnement solaire modifie la hauteur et la densité des couches ionosphériques. Les radios HF prennent en charge le DSC, Digital Selective Calling (appel sélectif numérique), sur les bandes MF/HF pour l'alerte de détresse automatisée et l'interrogation. Pour la communication vocale, la HF maritime utilise la bande latérale supérieure (USB) au-dessus de 2 MHz. Une installation HF nécessite une antenne filaire longue, souvent le pataras, et un coupleur d'antenne automatique pour adapter l'impédance sur la large plage de fréquences. La consommation électrique est importante : les émissions de 100 watts vident rapidement les batteries, il vous faut donc un système de charge robuste. La HF est aussi sensible au bruit atmosphérique, aux éruptions solaires et aux tempêtes géomagnétiques, qui peuvent couper les communications pendant des heures.

Les communications par satellite ont transformé la navigation hauturière. Iridium exploite une constellation de 66 satellites en orbite terrestre basse, offrant une couverture mondiale réelle, y compris les pôles. Les appareils Iridium vont des modèles portatifs aux installations fixes sous le pont avec antennes-dômes extérieures. Les services comme Iridium GO! et Iridium Certus offrent la voix et des données à débit faible à moyen, suffisantes pour télécharger les fichiers météo GRIB, envoyer des courriels et assurer le suivi du navire. Les points forts d'Iridium sont la couverture mondiale, le matériel compact et la faible latence ; sa faiblesse a traditionnellement été le coût plus élevé du matériel et des données, même si ces coûts diminuent.

Inmarsat utilise des satellites géostationnaires, ce qui signifie que la couverture ne s'étend que d'environ 70 degrés Nord à 70 degrés Sud, sans couverture polaire. Inmarsat-C assure une messagerie textuelle en stockage et retransmission (store-and-forward) et est essentiel pour la conformité GMDSS zone A3, en recevant les informations de sécurité maritime via les diffusions Enhanced Group Call. FleetBroadband offre la voix et les données haut débit, coûteuses mais capables de prendre en charge des téléconsultations médicales, des appels vidéo avec la famille et le téléchargement de gros fichiers météo. Le VSAT et, de plus en plus, le Starlink Maritime fournissent un accès Internet à haut débit sur les grands yachts. Bien qu'ils ne soient pas actuellement reconnus comme équipements de sécurité GMDSS principaux, ces systèmes sont devenus inestimables pour le routage météo opérationnel et le bien-être de l'équipage.

La NAVTEX diffuse des informations de sécurité maritime sur 518 kHz en anglais, couvrant les zones côtières à environ 250 à 400 milles nautiques de la station émettrice. La NAVTEX HF étend cette couverture aux régions océaniques profondes sur des bandes haute fréquence désignées, garantissant que les navigateurs éloignés de la côte reçoivent quand même les avis de tempête, les bulletins de glaces et les avis de dangers de navigation.


Chapitre 18 : Opérations dans les zones maritimes GMDSS A3 et A4

Le Système mondial de détresse et de sécurité en mer (SMDSM) divise les océans du globe en zones maritimes selon la couverture des communications, et chaque zone impose des exigences d'équipement spécifiques. La zone A1 se trouve à portée d'au moins une station côtière VHF avec DSC, à environ 20 à 30 milles nautiques. La zone A2 est à portée d'au moins une station côtière MF avec DSC, à environ 100 à 150 milles nautiques, à l'exclusion de A1. La zone A3 relève de la couverture des satellites géostationnaires de communications maritimes, généralement de 70 degrés Nord à 70 degrés Sud, à l'exclusion de A1 et A2. La zone A4 comprend les régions polaires au-delà de 70 degrés Nord et en deçà de 70 degrés Sud, hors couverture Inmarsat, et exige des solutions HF DSC ou Iridium.

Un yacht entreprenant de sérieuses traversées océaniques, en particulier celui qui cherche à obtenir une certification commerciale ou simplement à se conformer volontairement au niveau de sécurité de la SOLAS, embarque généralement un équipement complet. Cela comprend un poste VHF DSC fixe avec un portatif de secours ; un émetteur-récepteur MF/HF DSC, ou un terminal Inmarsat-C ou FleetBroadband ; une EPIRB 406 MHz, de préférence avec GPS et libérable à la flottaison ; un SART radar ou un AIS-SART ; un récepteur NAVTEX, complété par une NAVTEX HF ou une EGC Inmarsat pour les MSI en haute mer ; et une alimentation de secours dédiée à tous les équipements de communication, car une batterie principale à plat ne doit jamais vous priver de la capacité d'appeler à l'aide.

Les procédures de détresse dans les zones A3 et A4 suivent un protocole par étapes. D'abord vient l'alerte : appuyez sur le bouton de détresse DSC de votre poste MF/HF ou déclenchez votre alerte de détresse Inmarsat, et déployez votre EPIRB pour que les satellites triangulent votre position. Ensuite vient le message vocal ou textuel de suivi : émettez un appel de détresse vocal Mayday sur 2182 kHz en MF ou sur les fréquences vocales de détresse HF désignées, telles que 4125, 6215, 8291, 12290 ou 16420 kHz, ou envoyez un message de priorité détresse via Inmarsat. Troisièmement, si vous êtes au-delà de la portée directe d'un centre de coordination de sauvetage maritime (MRCC), comptez sur d'autres navires ou des stations à terre pour relayer votre alerte par HF DSC ou satellite. Enfin, activez votre SART ou AIS-SART lorsque vous estimez que les moyens de secours sont à portée radar ou AIS : la couronne distinctive de signaux du répondeur SART sur l'écran radar d'un sauveteur, ou sa cible sur l'AIS, est ce qui le guide jusqu'à votre position exacte.


Chapitre 19 : Autonomie à bord

Une traversée océanique met à l'épreuve votre capacité à faire vivre l'équipage à bord pendant des semaines, loin de tout accastilleur, de tout magasin d'alimentation ou de tout mécanicien.

L'eau est le consommable le plus critique. Le minimum absolu pour boire et cuisiner est de 3 litres par personne et par jour, et les besoins augmentent considérablement sous la chaleur tropicale, tandis que l'hygiène en exige nettement plus. Calculez la capacité totale de vos réservoirs par rapport à la durée prévue de la traversée, plus une marge de réserve de 30 %. Pour les longues traversées océaniques, un dessalinisateur par osmose inverse est quasiment indispensable. Les dessalinisateurs exigent une eau d'alimentation propre, donc évitez de les faire fonctionner dans les ports ou après des déversements de carburant ; ils nécessitent un rinçage régulier des membranes et une puissance électrique importante, en 12 V ou 24 V continu, ou en courant alternatif via un générateur ou un onduleur. Le débit va de 30 à plus de 200 litres par heure selon le modèle. Installer des récupérateurs d'eau de pluie à partir des bâches, ou diriger les dalots du pont vers les réservoirs pendant les grains tropicaux, fournit une eau d'appoint gratuite, mais il faut la filtrer avant stockage. Mettez en place un rationnement strict dès le début, dès que les réserves baissent de façon inattendue, plutôt qu'au moment où les réservoirs sont déjà vides.

L'avitaillement, science de l'approvisionnement, commence par les besoins caloriques. Par temps froid ou gros temps, l'équipage brûle 3 000 à 4 000 calories par jour, et les menus doivent équilibrer glucides, protéines et lipides en conséquence. Conservez les produits secs dans des contenants étanches à l'humidité et aux nuisibles, vérifiez la rouille des boîtes de conserve avant le départ, et consommez les produits frais en premier : les légumes racines se conservent le plus longtemps, tandis que les légumes verts se gâtent en une semaine. Votre réfrigérateur et votre congélateur fonctionnent uniquement sur votre budget électrique : si l'énergie est limitée, planifiez les menus autour d'aliments de longue conservation. Prévoyez toujours une réserve anti-mal de mer d'aliments faciles à digérer et fades, comme des crackers, du ginger ale et du bouillon, accessibles sans cuisson pendant les 48 premières heures de la traversée, lorsque la majorité de l'équipage se sentira au plus mal.

Votre bilan énergétique est un exercice d'ingénierie que vous devez achever avant de quitter le port. Recensez chaque consommateur : additionnez les ampères-heures consommés sur 24 heures par le pilote automatique, le réfrigérateur, les instruments de navigation, l'éclairage, les communications et le dessalinisateur. Comparez ensuite cette demande à votre capacité de production. L'alternateur du moteur produit de l'électricité tant que le moteur tourne ; les panneaux solaires assurent une recharge silencieuse et fiable en journée ; les éoliennes fournissent de l'énergie proportionnellement à la force du vent, qui, ironiquement, tombe au moment où vous en avez le moins besoin ; et les hydrogénérateurs, remorqués ou entraînés par l'arbre, sont exceptionnellement efficaces sur les traversées rapides, car ils produisent de l'électricité à partir de l'eau qui s'écoule le long de la coque chaque fois que le bateau avance. Les batteries lithium fer phosphate sont devenues la norme moderne grâce à leur tolérance à la décharge profonde et à leur légèreté par rapport aux batteries AGM ou gel, et votre parc doit être dimensionné pour deux à trois jours d'autonomie sans aucune recharge.

Les pièces de rechange sont votre police d'assurance contre les pannes qui ne peuvent pas être réparées avec du gros ruban adhésif. Pour le moteur, emportez des filtres à carburant, des filtres à huile, des rotors de pompe à eau, des courroies, des injecteurs et des balais de démarreur. Pour le gréement, emportez des manilles de rechange, du fil et du cordage, des pinces bulldog, du ruban de réparation de voiles, un passe-voile, des aiguilles et des poulies de rechange. Pour les installations électriques, emportez des fusibles, des ampoules, un multimètre, du fil électrique de rechange, des cosses et une antenne VHF de secours. Pour la barre, emportez une barre à roue de secours, des câbles ou vérins hydrauliques de rechange et du liquide hydraulique. Pour la plomberie, emportez des membranes de pompe, des colliers de serrage pour durites et des bouchons de rechange pour prises d'eau. Le principe directeur est d'emporter les petites pièces consommables sujettes aux pannes plutôt que des ensembles complets, car ce sont les petites pièces qui cèdent réellement et que vous pouvez effectivement réparer en mer.


Chapitre 20 : Gestion avancée de l'équipage et psychologie

La dimension psychologique de la navigation océanique est ce qui distingue le Yachtmaster Ocean de toutes les qualifications inférieures. La navigation côtière se mesure en heures ; la navigation océanique en semaines. Vous vivrez dans un espace réduit avec les mêmes personnes, sans échappatoire et avec une intimité limitée. Ce confinement engendre irritabilité, méfiance ou repli sur soi. Vous connaîtrez l'oscillation étrange entre l'ennui extrême dans les Pot-au-noir et la terreur absolue d'un coup de vent en pleine nuit, et ces deux extrêmes provoquent une fatigue psychologique. La privation chronique et partielle de sommeil liée aux quarts érode les fonctions cognitives, la régulation émotionnelle et la prise de décision plus vite que presque tout autre facteur. Le mal du pays, l'inquiétude pour la famille restée à terre, le stress financier et la peur brute de l'océan lui-même s'accumulent en silence.

Vos contre-mesures doivent être délibérées. Établissez et maintenez une routine quotidienne prévisible couvrant les repas, les quarts et l'entretien ; la routine apporte un point d'ancrage psychologique lorsque tout le reste est en mouvement. Marquez les jalons, comme le franchissement de l'équateur, le passage à mi-parcours ou les anniversaires, par des repas spéciaux et des traditions, comme la cérémonie du Shellback pour le franchissement de l'équateur. Emportez des livres, des films téléchargés, de la musique, des podcasts et des instruments de musique. Planifiez des contacts réguliers par téléphone satellite ou par courriel avec la famille, car entendre la voix d'un proche remonte mesurablement le moral. Surtout, investissez fortement dans la nourriture : de bons repas sont le plus grand remontant moral d'une longue traversée, et une cuisine qui sert des plats chauds et savoureux peut sauver une semaine par ailleurs misérable.

La résolution des conflits exige de l'attention avant que les problèmes ne s'enveniment. Traitez les griefs tôt. Le skipper doit rester impartial et calme, en arbitrant les différends sans prendre parti. Attribuez des espaces privés, même s'il ne s'agit que d'une couchette ou d'un casier dédié, pour préserver les limites de chacun. Répartissez équitablement les tâches ingrates, comme le nettoyage de la cuisine ou la veille à l'ancre, pour que personne ne se sente exploité. Les systèmes de quarts pour les longues traversées dépendent du nombre d'équipiers : un système à deux quarts, bâbord et tribord, en 4 heures de quart et 4 heures de repos, ou 6 et 6, convient aux équipages réduits de deux à quatre personnes mais s'épuise sur plusieurs semaines ; un système à trois quarts, en 4 heures de quart et 8 heures de repos, exige six équipiers ou plus et offre un cycle de repos bien plus sain. Intégrez une Mother Watch, une personne hors quart en permanence pour la cuisine et les tâches domestiques, qui tourne tous les quelques jours. Restez flexible, en adaptant l'ensemble du système aux conditions météo, à la maladie des équipiers et à la fatigue qui s'accumule.


Chapitre 21 : Soins médicaux en mer (avancé)

En navigation côtière, une urgence médicale signifie appeler les garde-côtes et attendre un hélicoptère. Lors d'une traversée océanique, les secours peuvent être à plusieurs jours ou plusieurs semaines, et c'est vous qui constituez l'équipe médicale.

La télémédecine transforme cet isolement. Les TMAS, Telemedical Maritime Assistance Services (services d'assistance médicale maritime à distance), sont joignables par téléphone satellite ou par HF via un MRCC, et assurent une consultation en temps réel avec des médecins spécialisés en médecine maritime. La clé d'une télémédecine efficace est la préparation : avant d'appeler, rassemblez les signes vitaux du patient (pouls, tension artérielle, température, fréquence respiratoire) et ses antécédents médicaux, car le médecin à terre vous les demandera immédiatement, et vous ne voulez pas chercher un tensiomètre pendant que le temps presse.

Les situations médicales avancées exigent des connaissances pratiques. L'appendicite et les autres affections abdominales aiguës ne peuvent pas être traitées à bord ; votre rôle se limite à la prise en charge de la douleur par des antalgiques, à la perfusion de liquides si vous êtes équipé, et à un détournement ou une évacuation immédiats. Les fractures doivent être immobilisées avec des matériaux de fortune tels que de la mousse, du bois ou des éléments de gréement, avec des attelles de traction pour les fractures du fémur et une surveillance constante du choc. Les urgences dentaires, comme les obturations perdues, les abcès et les dents cassées, sont fréquentes et très douloureuses ; emportez un matériau d'obturation provisoire comme du Cavit, du ciment dentaire, de l'huile de girofle, des antibiotiques et des antalgiques puissants, et considérez l'extraction comme un ultime recours absolu qui exige une formation spécifique. Les brûlures graves dues aux accidents en cuisine doivent être refroidies à l'eau ou au sérum physiologique stérile, puis recouvertes de film alimentaire, ce qui prévient l'infection sans coller à la plaie ; une réhydratation agressive selon les principes de la formule de Parkland devient alors essentielle. Toute plaie peut évoluer vers une septicémie en mer : maintenez une hygiène rigoureuse, comprenez l'usage des antibiotiques prophylactiques et surveillez les traînées rouges qui irradient à partir d'une plaie ou l'apparition de fièvre. Les urgences psychiatriques, notamment la psychose aiguë, la dépression sévère ou les idées suicidaires provoquées par l'isolement et le stress, exigent des compétences de désescalade, une sédation si vous êtes formé et équipé, et une surveillance constante.

La pharmacie de bord doit respecter les normes de catégorie B ou C selon votre pavillon et le code MCA. Elle doit comprendre des antibiotiques à large spectre sur ordonnance, des antalgiques allant des AINS aux opioïdes là où ils sont autorisés, des antiémétiques, des antihistaminiques et des auto-injecteurs d'adrénaline contre l'anaphylaxie. Elle doit contenir des kits de suture, des canules IV et des perfusions, des attelles SAM et des pansements pour brûlures. Un manuel médical complet, tel que le Ship Captain's Medical Guide, doit se trouver à bord, et les médicaments contrôlés doivent être consignés et sécurisés conformément à la réglementation du pavillon.


Chapitre 22 : Réglementation internationale, douane et entrée au port

Arriver dans un pays étranger après une traversée océanique est une démarche administrative autant que nautique. En entrant dans les eaux territoriales d'une nation étrangère, vous hissez le pavillon Q, un pavillon jaune uni de quarantaine, qui annonce que votre navire est sain et demande la libre pratique, c'est-à-dire la permission d'entrer. Vous ne l'amenez qu'après que les autorités douanières ou sanitaires vous ont autorisé. De nombreux pays exigent une notification préalable d'arrivée, de 24 à 72 heures, transmise par courriel, par radio ou par des portails en ligne tels que e-NOAD aux États-Unis. Préparez et tenez prêts vos documents : certificat d'immatriculation du navire, passeports de l'équipage, visas, liste d'équipage complétée, autorisation de sortie du port précédent, déclarations sanitaires, déclarations d'armes à feu le cas échéant, et certificats pour les animaux de compagnie.

Les exigences de visa doivent être étudiées des mois à l'avance pour chaque membre d'équipage. Certains pays délivrent des visas à l'arrivée pour les plaisanciers ; d'autres exigent des demandes auprès d'une ambassade déposées bien avant le départ. Dépasser la durée d'un visa peut entraîner des amendes ou, au pire, la saisie de votre navire. En matière de douane et de droits, déclarez toutes les marchandises soumises à droits, y compris l'alcool et le tabac au-delà des limites personnelles, ainsi que les articles réglementés tels que les drogues, certains aliments, les plantes et les armes. De nombreux pays autorisent les yachts à entrer en franchise de droits sous un permis d'importation temporaire (Temporary Import Permit) valable pour une durée déterminée, par exemple un an dans l'UE ou 18 mois aux États-Unis, ce qui vous permet de garder le bateau dans le pays sans payer de droits d'importation, à condition de le faire repartir ou de le réexporter à terme. Les yachts commerciaux suivent les procédures d'avitaillement sous entrepôt sous douane pour leur inventaire.

La réglementation environnementale est strictement appliquée dans de nombreuses zones de croisière. La convention MARPOL encadre les rejets d'eaux usées, d'eaux grises, de déchets et d'hydrocarbures ; de nombreux sanctuaires océaniques et zones économiques exclusives interdisent tout rejet, donc prévoyez une capacité suffisante de réservoir de rétention. La biosécurité compte aussi : le nettoyage de carène empêche le transfert d'espèces envahissantes, telles que le poisson-lion et les algues toxiques, entre les régions, et vous pourriez être tenu de présenter un certificat récent de nettoyage de carène.


Chapitre 23 : Code ISPS, sûreté et sensibilisation à la piraterie

Le Code international pour la sûreté des navires et des installations portuaires s'applique aux navires de commerce de plus de 500 tonneaux de jauge brute et aux ports qu'ils visitent. Bien que facultatif pour la plupart des yachts de plaisance, ses concepts sont examinables et pertinents. Le code ISPS définit trois niveaux de sûreté qui déterminent l'intensité du contrôle d'accès et de la surveillance : le niveau 1 est normal, le niveau 2 relève les mesures face à un risque accru, et le niveau 3 exige des mesures antiterroristes spécifiques face à une menace imminente. Les navires de commerce tiennent un plan de sûreté du navire documenté, qui fixe les procédures pour faire face aux menaces ; comprendre ce cadre vous aide à interpréter les régimes de sûreté portuaire partout dans le monde.

La piraterie et les vols à main armée restent une menace réelle sur certaines traversées océaniques. Les zones à haut risque reconnues comprennent le golfe d'Aden et la Corne de l'Afrique, le golfe de Guinée au large de l'Afrique de l'Ouest, le détroit de Malacca, certaines parties des Caraïbes où les vols mineurs et les abordages sont fréquents, et certaines régions d'Amérique du Sud. Lorsque vous transitez dans la zone à haut risque (ZHR) au large de la Somalie, déposez votre plan de transit auprès de l'UKMTO (UK Maritime Trade Operations) ou du MSCHOA, et signalez toute activité suspecte au centre de signalement des actes de piraterie de l'IMB (IMB Piracy Reporting Centre).

Les stratégies d'atténuation sont superposées. Transitez dans les zones à haut risque à vitesse maximale, idéalement en convoi ou dans des corridors protégés comme l'Internationally Recommended Transit Corridor. Une citadelle, c'est-à-dire un refuge blindé et dissimulé avec des communications indépendantes, dont téléphone satellite et VHF, sa propre ventilation et des coupe-moteurs, offre à l'équipage un lieu où se replier si le navire est abordé. Les dissuasions physiques comprennent du fil de rasoir installé le long des rambardes et des lances à eau prêtes à repousser les tentatives d'abordage, ainsi que des systèmes passifs de détection radar. La veille s'intensifie : maintenez une veille visuelle et radar renforcée, et envisagez des protocoles de navire « dark », minimisant l'éclairage extérieur pour éviter la détection, en équilibrant soigneusement ces mesures avec les exigences du RIPAM. Suivez les Best Management Practices, actuellement BMP5, les lignes directrices de l'industrie pour la défense contre la piraterie. Concernant les armes à feu, sachez qu'elles sont très réglementées : les transporter complique énormément l'entrée dans les ports étrangers et est illégal dans de nombreuses juridictions, et les gardes armés connus sous le nom de Privately Contracted Armed Security Personnel constituent une solution commerciale impraticable et juridiquement périlleuse pour un yacht.


Chapitre 24 : Considérations sur la course océanique

Bien que le Yachtmaster Ocean soit avant tout une qualification de croisière, le programme reconnaît le contexte de la course océanique. Les grandes épreuves, telles que la transatlantique ARC, la Route du Rhum, le Vendée Globe, The Ocean Race, la Fastnet et la Sydney-Hobart, exigent des compétences proches de celles de votre qualification. Les voiliers de course doivent satisfaire aux exigences rigoureuses de stabilité des Offshore Special Regulations, notamment les scores STIX et une limite de stabilité positive dépassant 110 à 120 degrés, garantissant que le bateau peut se redresser après un chavirage. Les qualifications d'équipage imposent des stages de survie en mer, une formation médicale et des minimums de milles parcourus. La course repose fortement sur des logiciels sophistiqués de routage météo, tels qu'Expedition et Adrena, souvent soutenus par des routeurs professionnels à terre qui exploitent des micro-phénomènes météo pour gagner des avantages infimes. Surtout, la course pousse les bateaux et les équipages à leurs limites structurelles et humaines : maintenir la performance avec un sommeil minimal exige une discipline extrême et une évaluation honnête des risques, car les erreurs dues à la fatigue, à 20 nœuds de vitesse dans le Grand Sud, ont des conséquences fatales.


Chapitre 25 : Documentation de la traversée qualifiante et exigences du journal de bord

L'évaluation complète de votre compétence pratique par l'examinateur repose sur la documentation que vous avez soumise 48 heures avant l'examen oral. Elle doit être méticuleuse, complète et honnête.

Le récit doit se lire comme un rapport professionnel, et non comme un journal intime. Il doit expliquer la logique de votre choix d'itinéraire et les alternatives envisagées, votre stratégie météo, y compris la façon dont vous avez interprété les prévisions avant et pendant la traversée et si vous avez modifié votre route à cause du temps, votre choix d'équipage couvrant les niveaux d'expérience et la répartition des rôles, ainsi que la manière dont vous avez géré les dynamiques interpersonnelles, vos calculs d'avitaillement et de soutage avec les marges que vous avez conservées, la préparation de votre yacht couvrant l'entretien effectué, les pièces de rechange embarquées et les contrôles de sécurité, ainsi que les synthèses quotidiennes d'exécution consignant les progrès, les difficultés et les décisions.

Les relevés de navigation doivent prouver que vous avez navigué sans GPS ni traceur de cartes pendant le tronçon hauturier. Les fiches d'observation doivent être des formulaires pré-imprimés soigneusement remplis, montrant chaque étape de la chaîne de réduction : Hs, Ia, Ha, Ho, AHL, Hc, interception et Zn. Les feuilles de report doivent montrer des droites de position claires et précisément tracées, des droites de position transférées, des points courants et des routes estimées, le tout étiqueté avec les heures et les coordonnées. Les vérifications du compas doivent consigner les relèvements observés et les déviations calculées. Votre journal de bord doit contenir des entrées continues, généralement à chaque quart ou toutes les quatre heures, consignant l'heure, la lecture du loch, le cap suivi, le vent, la lecture du baromètre, la voilure et les observations célestes.

Des pièges courants font échouer des candidats par ailleurs compétents. Des réductions d'observations peu claires ou incomplètes laissent penser que vous ne comprenez pas le processus. Ne pas montrer clairement le trajet entre vos observations du matin et de midi compromet entièrement le point courant. Revendiquer une précision irréaliste, comme un point au sextant précis à 0,1 mille nautique près, suggère une fabrication, car aucune observation au sextant ne soutient une telle précision. L'absence de registres d'erreur de chronomètre indique que vous ne contrôliez pas votre variable la plus critique. Présentez des registres honnêtes, méthodiques et complets, et votre compétence parlera d'elle-même.


Chapitre 26 : Questions d'entraînement et exemples résolus

Renforçons les concepts par un entraînement de type examen.

Une question d'examen écrit pourrait être : le 15 mai, votre position estimée est 35 degrés 10 minutes Nord, 042 degrés 15 minutes Ouest. Vous observez le bord inférieur du Soleil à 14 heures 23 minutes 45 secondes d'UT. La hauteur au sextant est de 58 degrés 12,4 minutes. L'erreur d'index est de 1,2 minute hors de l'arc. La hauteur d'œil est de 8 pieds. Calculez l'interception et l'azimut vrai.

Commencez par les corrections : Hs de 58 degrés 12,4 minutes, plus 1,2 minute car l'erreur d'index est hors de l'arc, donne Ia de 58 degrés 13,6 minutes. La dépression pour 8 pieds vaut 0,97 fois 2,828, soit 2,7 minutes, à soustraire, ce qui donne Ha de 58 degrés 10,9 minutes. La correction principale du Soleil pour le bord inférieur en mai donne plus 15,5 minutes, soit Ho de 58 degrés 26,4 minutes. Extrayez l'AHG du Soleil à 14 h de l'almanach, par exemple 30 degrés 15,2 minutes, ajoutez l'incrément pour 23 minutes 45 secondes de 5 degrés 56,3 minutes pour obtenir 36 degrés 11,5 minutes, et appliquez la correction « d » à la déclinaison de N 18 degrés 45,2 minutes. Arrondissez votre latitude estimée à une latitude supposée de 35 degrés Nord. Choisissez une longitude Ouest supposée de 42 degrés 11,5 minutes pour que votre AHL soit exactement de 354 degrés. Entrez dans l'AP3270 Volume II avec la latitude 35 N, la déclinaison N 18 (même nom) et l'AHL 354, relevez Hc, d et Z, interpolez Hc pour les minutes exactes de déclinaison, puis calculez l'interception comme Ho moins Hc, en décidant si elle est vers ou à l'opposé de l'astre. Convertissez Z en Zn selon la règle de l'hémisphère Nord pour un AHL supérieur à 180 degrés, ce qui donne Zn égal à Z.

Les questions de théorie exigent des réponses rédigées, et non des slogans. Pourquoi les observations sous 10 degrés de hauteur sont-elles peu fiables ? Parce que la réfraction atmosphérique augmente de façon exponentielle près de l'horizon et devient très variable à cause des inversions de température et des anomalies de pression ; les tables de réfraction standard supposent des conditions moyennes, donc à faible hauteur l'écart entre la réfraction tabulée et la réfraction réelle devient assez grand pour introduire des erreurs d'altitude substantielles.

Que faites-vous si votre baromètre chute de 5 millibars en 3 heures en naviguant dans l'ouest des Caraïbes en août ? Cela indique fortement l'approche d'une tempête tournante tropicale. Déterminez immédiatement le relèvement de la tempête à l'aide de la loi de Buys Ballot et de la direction de toute houle anormale. Identifiez le demi-cercle dans lequel vous vous trouvez. Exécutez la bonne manœuvre d'évitement, en mettant le vent sur tribord avant si vous êtes dans le demi-cercle dangereux de l'hémisphère Nord. Sécurisez le navire pour le gros temps, informez l'équipage, mettez à jour vos comptes rendus de position par satellite ou HF, et changez de cap pour maximiser votre distance par rapport à la trajectoire prévue.

Quelle est la différence entre l'AHG du Bélier et l'AHS ? L'AHG du Bélier est la distance angulaire vers l'ouest depuis le méridien de Greenwich jusqu'au premier point du Bélier, qui varie en continu avec la rotation terrestre. L'AHS est la distance angulaire vers l'ouest depuis le premier point du Bélier jusqu'à une étoile précise, restant pratiquement constante durant l'année. On les combine ainsi : AHG de l'étoile égale AHG du Bélier plus AHS de l'étoile.

Pourquoi utiliser une route orthodromique composite plutôt qu'une orthodromie pure ? Parce qu'une orthodromie pure peut atteindre des latitudes excessivement élevées, exposant le navire à la glace, aux coups de vent sévères et aux courants contraires. Une route composite limite la latitude maximale atteinte en suivant un parallèle limite entre deux arcs d'orthodromie, équilibrant la distance économisée avec la sécurité.

Énoncez les exigences minimales de la traversée qualifiante : 600 milles nautiques au total, dont au moins 200 milles nautiques à plus de 50 milles de la terre, une durée d'au moins 96 heures, réalisée dans les dix dernières années, en tant que skipper ou chef de quart, et incluant une navigation astronomique réussie comprenant une hauteur Sun-Run-Meridian et une vérification du compas.


Chapitre 27 : Progression de l'étude et références croisées

Ce manuel s'appuie sur les qualifications RYA antérieures. Les bases de la navigation, les nœuds, le matériel de sécurité et la VHF initiale sont couverts par les supports Competent Crew. La cartographie côtière, les calculs de marées, le RIPAM de base, la planification de passages de jour et l'utilisation de la radio SRC proviennent de Day Skipper. Le pilotage côtier avancé, le radar et l'AIS, la zone GMDSS A1, les bases du gros temps et les marées des ports secondaires proviennent de Coastal Skipper. La planification de traversées hauturières jusqu'à 150 milles nautiques, une sensibilisation astronomique initiale, l'aperçu des TRS, les GMDSS A1 et A2, la gestion de la fatigue, les courbes de stabilité, la sensibilisation ISPS et la coordination SAR proviennent de Yachtmaster Offshore. Là où ces qualifications vous ont appris à composer avec le temps, celle-ci vous apprend à comprendre les systèmes mondiaux qui le créent. Là où elles vous ont appris à naviguer à vue de la côte, celle-ci vous apprend à trouver votre position lorsqu'il n'y a plus de terre à mille milles dans quelque direction que ce soit.


Chapitre 28 : Ressources recommandées

Constituez votre bibliothèque avant de commencer l'étude. Le programme et le journal de référence sont le RYA Yachtmaster Scheme Syllabus and Logbook (G158), où vous consignerez votre traversée qualifiante. Les RYA Yachtmaster Ocean Shorebased Course Notes accompagnent le cours théorique de 40 heures. Vous devez posséder l'Almanach nautique de l'année en cours, publié par l'UKHO ou l'USNO, pour tous les calculs astronomiques. Conservez l'AP3270 (Pub. No. 249) Volumes I, II et III, ou la NP401 (Pub. No. 229), pour la réduction des observations. Ocean Passages for the World (NP136) est le guide de l'UKHO sur les routes traditionnelles et le climat. Les Admiralty Pilot Charts fournissent les données historiques mensuelles de temps et de courants par bassin océanique.

Parmi les ouvrages de référence, Celestial Navigation for Yachtsmen de Mary Blewitt reste le manuel concis classique. The Shell Book of Navigation de Paul Adamson est un excellent guide pratique. Heavy Weather Sailing d'Adlard Coles apporte le contexte essentiel de survie aux tempêtes. World Cruising Routes de Jimmy Cornell est la bible de la planification de traversées et des fenêtres climatiques. Le Ship Captain's Medical Guide est la référence standard pour la préparation à la télémédecine.

Les sources principales de ce manuel sont la page RYA Yachtmaster Ocean Exam, la page RYA Yachtmaster Ocean Theory Course et le RYA Yachtmaster Scheme Syllabus and Logbook (G158), à jour en octobre 2026.


Document compilé : 2026-10-06 Base du programme : normes RYA G158 à jour en octobre 2026